Le numéro deux des Zèbres, Khalid Karama, nous a fixé rendez-vous au Palais des 1001 délices, un salon de thé de la Place St-Josse à Bruxelles. L'endroit est réputé pour la qualité de ses pâtisseries et autres sucreries du Maroc. Depuis le début de la saison, par contre, cela n'a pas toujours été du gâteau à Charleroi. "Mais je retiens d'abord le côté passionnant de cette aventure", souligne-t-il tout de suite.
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Le numéro deux des Zèbres, Khalid Karama, nous a fixé rendez-vous au Palais des 1001 délices, un salon de thé de la Place St-Josse à Bruxelles. L'endroit est réputé pour la qualité de ses pâtisseries et autres sucreries du Maroc. Depuis le début de la saison, par contre, cela n'a pas toujours été du gâteau à Charleroi. "Mais je retiens d'abord le côté passionnant de cette aventure", souligne-t-il tout de suite. Depuis le début de la saison, le stade des Zèbres n'a jamais ressemblé à un navire voguant sur un fleuve tranquille. Il y a eu de petites pannes, de grosses avaries, des collisions et on a craint que le bâtiment ne sombre comme le Titanic. Les tempêtes aidant, le petit mousse a pris du grade dans la flotte du Sporting cher au Pays de Charleroi. D' Etienne Delangre à Dante Brogno, Khalid Karama a écopé comme tout le monde pour que le club ne coule pas. "Cette équipe était et demeure, un grand chantier", avance-t-il. "Dès le départ, l'accent a été mis sur le renouveau en profondeur. Etienne Delangre n'a jamais eu droit au zeste de chance qui peut faire la différence. A la longue, sans succès, le groupe est entré dans une spirale tout à fait négative. L'héritage était lourd à porter. Le club ne s'était pas encore remis de la fin de l'ère Enzo Scifo. Je ne porte pas de jugement. Je ne sais pas ce qui s'était passé mais le club, dans toutes ses composantes, a été marqué au fer rouge par les divorces de la saison passée. Le deuil n'était pas fait. C'était lourd, pas dans le vestiaire, à l'extérieur. Personne n'a jamais mis de pression sur le groupe. Toutefois, seuls de bons résultats auraient permis de cicatriser tout de suite les plaies. La qualité du jeu a souvent été intéressante mais l'équipe était en panne de leaders. L'atmosphère est dès lors devenue de plus en plus pesante. Je suis persuadé qu'Etienne Delangre avait de bonnes idées. Il a été emporté par la courbe négative des résultats. Aucun entraîneur n'échappe à la réalité de cette pression. L'équipe est restée en construction. Quelques succès auraient permis de terminer les fondations. Delangre rebondira, en Belgique ou ailleurs, et il tiendra compte des leçons de son aventure carolo". Brogno comme Luis FernandezKhalid Karama dirigea l'équipe durant une semaine avec Mario Notaro avant qu' AbbasBayat ne confie les clefs de la maison à Dante Brogno. "Je n'ai jamais eu l'intention de rester à la tête des Zèbres.", avance Khalid Karama. "Je suis un employé du club. Le président Bayat m'a demandé dès le départ d'aider le numéro 1. C'est mon job et j'en suis fier. Je me veux pas courir avant de savoir marcher. Je suis heureux. Mais, plus tard, j'espère coacher une équipe de D1. Je suis ambitieux et je crois que tout le monde doit l'être à ce niveau. Abbas Bayat a eu une bonne idée en portant son choix sur Dante Brogno. Etienne Delangre est un professeur du football. Un intellectuel. Dante Brogno colle plus à l'image de la région. C'est un Caroloet il fait partie du paysage comme les usines et les terrils. Sa carrière de joueur lui a offert un immense prestige. Les supporters sont à fond derrière lui. Il y a communion et c'est un atout important dans la guerre pour le maintien. Dante vit tout cela avec ses tripes et il accorde une énorme importance à la vie du groupe, même quand le football n'est pas au centre de tout". En gros, la philosophie de jeu de Dante ressemble cependant à celle d'Etienne. Brogno a tenté de relancer la machine via le 5-3-2 mais est vite revenu au 4-4-2 que son prédécesseur prônait aussi. "Il était logique de tenter autre chose", souligne Karama. "Dante s'est rendu compte que le 5-3-2 n'était pas notre tasse de thé. Le groupe ne dispose pas de joueurs pour balayer les flancs. Dante Brogno n'ignorait cependant pas que l'effectif accusait des manquements. Les mauvais résultats les ont révélés au grand jour. Dante avait besoin de trois ou quatre gars capables d'aller au charbon dans les moments difficiles". En quelques semaines, Charleroi recrute Laquait, Boeka Lisasi, Macquet et Sama. Presque une demi équipe qui efface les possibilités de comparaisons avec le temps d'Etienne Delangre. La donne a tellement changé. Karama observe attentivement les coaches de D1. Il est épaté par le calme et le charisme de Sef Vergoossen, l'entraîneur de Genk: "Il n'a pas besoin de s'énerver. Son message passe comme une lettre à la poste. J'en ai parlé avec Roumani qui m'a certifié que c'était la perfection au quotidien. Vergoossen a une philosophie et il s'y tient. Il responsabilise ses joueurs. Quand il faut trancher, pas de problème: même Dagano a dû céder sa place car tout le monde est à égalité. C'est moderne et je crois que cette méthode rapporte plus que les coups de gueule. Evidemment, pour en arriver là, il faut que le groupe soit mûr et ait un grand sens des responsabilités. Le club a ses mérités car il a déniché les joueurs convenant à cette façon de voir les choses. L'exemple de Vergoossen me fait penser à celui d' Arsène Wenger. Dialogue dans la fermeté. J'aimerais également travailler un jour avec Robert Waseige. Personne ne s'exprime aussi clairement que lui en Belgique. Il a l'art de motiver un vestiaire. Je ne sais pas ce qui s'est passé au Standard, ce n'est pas mon problème.Mais je n'oublierai jamais Brésil-Belgique. Quant on voit cela, on ne peut qu'être admiratif. La diplomatie ne peut pas, hélas, être de rigueur dans tous les clubs. Le stress bouffe les nerfs quand on lutte pour lemaintien. Dante Brogno porte le groupe sur ses épaules. Il a la rage et, quelque part, c'est d'abord son coeur qui parle. Il y a du Luis Fernandez dans la façon dont il mène groupe". Le chaudron de CharleroiDes joueurs retrouvent petit à petit un niveau de jeu plus digne de la D1. GrégoryDufer n'est plus le même qu'en automne. Ses jaillissements font à nouveau mal à droite. "A la limite, on avait déjà donné des décorations de général à Greg", rappelle Karama. "Or, même s'il est là depuis quelques années, il n'a que 22 ans. C'est trop jeune pour devenir un grand officier. Cette attente à son égard était trop pesante. L'arrivée de Macquet lui a fait un bien fou car il peut se concentrer sur ses atouts. Laurent pose le jeu, distribue, se fait respecter, joue au pompier quand il y a le feu au centre du terrain. C'était vital. Les nouveaux sont venus avec la tête fraîche. Le passé carolo, ils ne le connaissaient pas et c'était très bien ainsi. Les joueurs français sont importants. Ils parlent beaucoup, apportent leur vécu. Ils réussissent comme c'est le cas de Joly, Rivenet ou Baudry à Mons. Ce n'est pas un hasard: leur formation fut bonne et c'est un filon à creuser. Nos renforts ont d'abord noté l'attitude du public carolo. C'est une composante importante. Rien se sera possible sans ce 12ème homme. Comme l'a dit Dante, nous devons gagner 80% des points qui seront encore mis en jeu chez nous. C'est dire s'il faut que le Stade du Pays de Charleroi soit un chaudron". Cahin-caha, des joueurs sont sortis du trou. Si un joueur doit être extrait du lot, il s'agit bien d' Eduardo. Le Brésilien a attiré le regard de Genk et cela n'étonne pas Khalid Karama. "C'est un vrai professionnel et peu de joueurs ont fait autant de progrès que lui. Eduardo bosse pour lui mais il n'oublie jamais le groupe sur un terrain. Notre Brésilien est à la fois au four et au moulin. Il est prêt pour le top belge. Eduardo a compris que notre pays pouvait le lancer. A Genk, il ferait un malheur avec Dagano". Si Eduardo progresse, Kolotilko ne vit plus dans l'état de grâce qui était parfois le sien au défunt RWDM. La fusée russe décollera-t-elle un jour de Cap Mambourg? Karama estime qu'il ne faut pas perdre patience. Un déclic suffirait à mettre le feu au kérosène du réservoir de Sacha. Mais pendant ce temps-là, Boeka Lisasi a pris ses marques. Un autre ancien de Molenbeek a plus de chance: Ibrahim Kargbo. Un talent à l'état pur dont on attendait plus. Sa classe ne se discute pas mais à force de vouloir être partout à la fois, il oublie parfois l'essentiel: son job défensif. Quand il fit ses valises pour le Lierse, prochaine équipe en visite à Charleroi, Emilio Ferrera préféra y glisser Laurent Fassotte qu'Ibrahim Kargbo. "Chacun a sa façon de voir les choses", avance Khalid Karama. "Laurent n'aurait pas fait mieux qu'Ibrahim chez nous. Kargbo est encore en plein apprentissage et a une marge de progression énorme. Il a longtemps eu un boulot fou et a souvent passé son temps à corriger des erreurs. Il allie la vitesse, la technique et une bonne lecture du jeu. Notre arrière central dispose d'une richesse dont d'autres ne peuvent que rêver: le talent. Il ira loin et, lui aussi, sera plus riche dans son jeu après cette année de galère". L'apport de Sama est intéressant mais Karama s'en voudrait d'oublier Detal et Ghislain. "Ils feront parler d'eux, ils ont goûté à la D1 et sont des garanties pour l'avenir", prétend-il. "L'univers de la D1 change. Les clubs sont dans le besoin et en reviennent à la formation. Cela a toujours été le truc de Charleroi. On l'avait presque oublié malgré la réussite de Czerniatynski, d' Albert ou de Van Buyten. Ghislain et Detal s'inscrivent dans ce créneau, comme Lokembo qui a été freiné par une blessure. Tous m'épatent. Detal sera un jour un des meilleurs demis défensifs de Belgique. Ils sont là mais, pour les préserver, il ne faut pas trop leur mettre de responsabilités sur le dos tout de suite". La classe de MituAmateur de beau football, Karama est parfois étonné par la technique hésitante des joueurs de l'élite. A Anderlecht, par exemple, il nota les carences de base de pas mal de Mauves: "Il suffit parfois de les mettre sous pression pour dérégler la mécanique. Il n'y a plus de Coeck, de Lozano, de Scifo, de Zetterberg ou de Stoica à Anderlecht. Avant, le ballon était toujours dans le camp mauve. Impossible de l'avoir. C'était du football toqué comme celui qu'on voit en Espagne. De la haute technique à revendre. C'est oublié. Beaucoup ont opté pour le physique à tout crin. C'est une hérésie. Si Ronaldinho passait des tests en Belgique, on le refuserait dans neuf clubs sur dix: trop petit. Il ne faut pas que des Van Buyten. Moreira au Standard, c'est pas mal. Et Mitu est un élément de base au Lierse. C'est la classe. Sans lui, le Lierse n'en serait pas là, malgré Kone ou Huysegems. Mitu abat son travail défensif mais il éclaire surtout le jeu de son équipe. Ses balles en profondeur sont d'une précision redoutable. Il offre de l'oxygène à toute son équipe. Emilio Ferrera a compris tout ce qu'un joueur de ce type pouvait apporter. C'est une question de complémentarités de base. Elles existent aussi à Bruges, évidemment, où les mécanismes tactiques, sont huilés à la perfection.Mitu est un cerveau. Je resterai toujours un fana du jeu technique. Chez nous, la donne a changé aussi grâce à Macquet qui est le relayeur technique qui nous manquait". Après Malines, Lommel a vu le ciel lui tomber sur la tête mais Karama ne veut pas s'intéresser aux malheurs d'autrui: "Je ne regarde pas dans l'assiette des autres. Nous nous sauverons nous-mêmes. Quand je vois la rage de Frank Defays et des autres, je suis optimiste". Pierre Bilic"Si Ronaldinho passait des tests en Belgique, on le refuserait dans neuf clubs sur dix: trop petit"