On peut dire ce qu'on veut de José Mourinho mais il faut bien avouer qu'au cours des dernières années, il a donné une autre dimension aux clasicos. Il l'a fait à sa manière, pas toujours élégante, certes. Comme lorsqu'il mit le doigt dans l'oeil de Tito Vilanova. En alimentant la controverse ou en lançant des flèches en direction du Camp Nou, le Portugais parvenait toujours à faire parler de lui. Lorsqu'il débarqua à Madrid l'été dernier, Carlo Ancelotti, son successeur, aurait pu porter un T-shirt avec la mention : " Je ne suis pas José Mourinho. "
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On peut dire ce qu'on veut de José Mourinho mais il faut bien avouer qu'au cours des dernières années, il a donné une autre dimension aux clasicos. Il l'a fait à sa manière, pas toujours élégante, certes. Comme lorsqu'il mit le doigt dans l'oeil de Tito Vilanova. En alimentant la controverse ou en lançant des flèches en direction du Camp Nou, le Portugais parvenait toujours à faire parler de lui. Lorsqu'il débarqua à Madrid l'été dernier, Carlo Ancelotti, son successeur, aurait pu porter un T-shirt avec la mention : " Je ne suis pas José Mourinho. " Sous la direction du nounours italien aux gros sourcils, tout le monde respire. Y compris les joueurs, qui jouissent de beaucoup plus de liberté. " Je ne suis pas là pour jouer les sergents ", dit l'entraîneur. " Les joueurs ne doivent pas se sentir obligés de faire leur boulot, ils doivent juste être convaincus que c'est nécessaire. " Florentino Perez n'exigeait qu'une chose de son nouvel entraîneur : qu'il cesse de jouer le contre comme le faisait son prédécesseur. Dans l'esprit du président, le Real doit en effet produire le plus beau football de la galaxie et des environs. Pour cela, il a fait trois cadeaux à Carlito l'été dernier : le Gallois Gareth Bale, l'Espagnol Isco et le jeune médian défensif Asier Illarramendi. En revanche, Kaka (AC Milan), Gonzalo Higuain (Naples), José Callejon (Naples), Raul Albiol (Naples), Michael Essien (Chelsea), Ricardo Carvalho (Monaco) et Mesut Özil reçurent leur bon de sortie. En effectuant une première analyse de son noyau, Ancelotti constata qu'il manquait de joueurs à vocation défensive. Or, dans la tête de l'ex-médian de Parme, de l'AS Rome et de l'AC Milan, l'équilibre d'une équipe était crucial. C'est pourquoi, en août, il insista pour que le Real conserve Sami Khedira et transfère Arturo Vidal, le médian chilien de la Juventus. Le président faillit se noyer dans le verre de DomPérignon qu'il boit chaque jour : qu'allait-il faire de Luka Modric et d'Illarramendi ? L'Italien estimait qu'ils n'avaient pas le niveau. Pour lui, Modric devait plutôt évoluer derrière les attaquants - il allait revoir son jugement plus tard - et Illarramendi n'était pas encore suffisamment mûr. Mais Vidal n'est pas venu et en août, Xabi Alonso, le métronome de l'entrejeu, se fractura le pied. Bilan : trois mois d'absence. Ancelotti se vit dès lors dans l'obligation de renier la promesse faite à Perez et d'opter pour un repli défensif - la marque de fabrique des Italiens - et de jouer le contre. Bref : la recette de Mourinho avec un taux de possession de balle plus élevé tout de même. En début de saison, le coach tenta encore d'intégrer Isco au système, notamment parce que Bale était souvent blessé. Mais en 4-3-3 avec Bale et Cristiano Ronaldo sur les flancs et Karim Benzema en pointe, il n'y a pas de place pour un médian offensif supplémentaire qui travaille trop peu défensivement et dont le rayon d'action est limité. C'est pourquoi Ancelotti préfère aligner le trio Angel Di Maria - Modric - Alonso. Reste à savoir combien de temps il pourra supporter la pression du président, grand fan d'Isco. Actuellement, les chiffres donnent raison à Ancelotti. Toutes compétitions confondues et sans tenir compte du résultat du week-end dernier, l'équipe a aligné une série de 29 matches sans défaite (24 victoires et 5 nuls). Dans toute l'histoire du Real, seul Leo Beenhakker a fait mieux. En 1988-89, le Real avait disputé 34 rencontres consécutives sans perdre (25 victoires et 9 nuls). La dernière défaite d'Ancelotti remonte au 26 octobre 2013... au Camp Nou (2-1). Il est à noter que la série en cours coïncide plus ou moins avec le retour de blessure de Xabi Alonso, qu'Ancelotti a surnommé El Profesor. A 32 ans, il n'en impose plus autant physiquement que par le passé mais il n'a rien perdu de son intelligence et sent toujours aussi bien le jeu. De plus, il n'hésite pas à diriger. C'est lui qui veille à conserver l'équilibre entre l'attaque et la défense et cela le rend indispensable sur l'échiquier d'Ancelotti. Cela permet aux trois attaquants, que la presse espagnole surnomme BBC (Bale, Benzema, Cristiano) d'aller uniquement de l'avant. Ils ont ainsi pris à leur compte 49 des 76 buts inscrits en championnat par le Real avant le match du week-end dernier. Le Real marque un but toutes les 32 minutes et est l'équipe qui tire le plus souvent au but (511 fois en 27 matches, soit 19 fois par match). Comme le Barça, le Real peut encore tout gagner cette saison. S'il bat Barcelone dimanche, il effectuera un grand pas vers le titre. Le 19 avril, il retrouvera les Catalans en finale de la Copa del Rey et il n'est pas exclu que les deux clubs se rencontrent à nouveau en finale de la Ligue des Champions. Les entraîneurs vont et viennent mais le clasico reste.?PAR STEVE VAN HERPE - PHOTOS: BELGAIMAGEXabi Alonso est indispensable à l'équilibre du Real.