Cardiff est agréable en cette fin d'été. Les 25 degrés qu'affiche le thermomètre ont poussé de nombreux habitants à réenfiler leur maillot gallois qu'ils affichent encore avec fierté plus de deux mois après que la bande à Gareth Bale eut brillé à l'EURO. C'est un Frédéric Gounongbe détendu qui vient nous chercher à notre hôtel pour nous emmener à une terrasse de Cardiff Bay, là où la mer du Nord s'engouffre dans la ville et où la plupart des joueurs du club local habitent.
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Cardiff est agréable en cette fin d'été. Les 25 degrés qu'affiche le thermomètre ont poussé de nombreux habitants à réenfiler leur maillot gallois qu'ils affichent encore avec fierté plus de deux mois après que la bande à Gareth Bale eut brillé à l'EURO. C'est un Frédéric Gounongbe détendu qui vient nous chercher à notre hôtel pour nous emmener à une terrasse de Cardiff Bay, là où la mer du Nord s'engouffre dans la ville et où la plupart des joueurs du club local habitent. FRÉDÉRIC GOUNONGBE : C'est vrai que j'ai reçu pas mal de coups de fils aussi bien sérieux que fantaisistes. D'un côté, c'était rassurant parce que je me disais que je n'allais pas me retrouver au chômage en juillet. Mais de l'autre, il fallait faire le tri entre ce qui m'intéressait ou pas. GOUNONGBE : Fantaisiste, ça veut dire que t'as des mecs qui débarquent de partout, tu les connais pas, tu sais pas comment ils ont eu ton numéro et ils te proposent des pays comme la Thaïlande, l'Azerbaïdjan. Après, il y avait aussi des propositions intéressantes comme la MLS mais j'avais décidé de privilégier les offres qui venaient d'Angleterre et d'Allemagne. J'avais envie de voir où je me situais dans un championnat compétitif, donc le choix a d'abord été sportif. GOUNONGBE : Oui, j'ai été en contact avec Felice Mazzu avec qui j'ai travaillé jadis au Léopold. Il y a aussi eu quelques pistes au Standard, à Lokeren ou à Malines mais j'avais envie de vivre autre chose, de quitter la Belgique, de vivre une expérience. J'avais quelques opportunités en Bundesliga et en Angleterre, en Championship. En plus du sportif, ce qui me plaît aussi, c'est de découvrir une autre culture. J'ai toujours mon après-carrière dans un coin de la tête, donc je me suis dit : " Tu vas passer au moins un an en Angleterre. En plus d'être dans un pays de foot, tu fais ton Erasmus à toi, tu t'améliores en anglais ". J'essaie d'utiliser le foot comme outil de reconversion. GOUNONGBE : Le choix s'est fait en fonction du club qui montrait le plus d'intérêt. Cardiff voulait déjà me faire signer au mercato de janvier, c'est ce qui a fait la différence. Quand le coach te veut et que les dirigeants sont derrière, c'est bon. Cardiff est un club qui s'est stabilisé. Voici quelques années, il y avait eu des problèmes avec les supporters par rapport au nouvel investisseur, Vincent Tan (également propriétaire de Courtrai, ndlr). Il avait fait changer les couleurs (passées du bleu au rouge, ndlr) et l'insigne du club. Du coup, pour les supporters, c'était la catastrophe. Il y avait beaucoup de changements, plein de joueurs qui partaient, qui arrivaient. Ça allait un peu dans tous les sens mais tout est rentré dans l'ordre, ça s'est stabilisé. Le projet est vraiment pas mal. GOUNONGBE : Je suis arrivé le lendemain du match. J'ai pris un vol Paris-Cardiff avec les supporters gallois qui revenaient du match. Ils chantaient dans l'avion, ils étaient super contents, c'était sympa. Ils étaient étonnés d'avoir battu la Belgique. Ils me disaient qu'avec nos joueurs, ils n'auraient jamais dû passer. Ici, c'était vraiment un événement. L'équipe a paradé en bus à toit ouvert dans les rues de Cardiff. Après, comme il y a plus d'Anglais que de Gallois dans l'équipe, ils se moquaient gentiment en disant : " Quelle est la seule équipe qui parade sans avoir rien gagné ? Le Pays de Galles ". GOUNONGBE : Westerlo c'est une ambiance très familiale avec des Flamands, des Africains et tout le monde qui s'entendait super bien. Ici, c'est plus professionnel. Tes coéquipiers sont davantage tes collègues. Ça ne va pas spécialement plus loin, même si on a toujours plus d'affinités avec certains, en fonction de la langue notamment. J'ai quand même eu droit à mon bizutage. J'ai dû me mettre debout sur une chaise et chanter. Je leur ai sorti 'Papaoutai' de Stromae. Fatalement, ils ne la connaissaient pas. GOUNONGBE : Je ne l'ai pas choisi, on me l'a imposé. J'ai toujours eu le 12 mais il était pris. Ken Choo, le manager exécutif, m'a dit de prendre le 9. A Cardiff, il y a toujours eu un problème d'attaquant. Beaucoup sont passés comme Frederico Macheda qui venait de Manchester United ou Sammy Ameobi de Newcastle mais ça n'a jamais fonctionné. Je ne sais pas pourquoi mais ils ont toujours eu du mal. Il y a donc une certaine pression sur mes épaules mais j'essaie de ne pas trop m'en faire avec ça. GOUNONGBE : C'est complètement autre chose. On a deux entraînements par jour mais la différence se situe dans l'exécution, dans l'intensité. On ne te laisse pas de répit. Ça va plus vite et il faut tout donner. Ça se joue au caractère, ça rentre dedans. Il faut pas chouiner, il faut y aller, c'est assez impressionnant. On a un gros staff : trois entraîneurs qui ont la licence UEFA, cinq ou six kinés qui sont là tous les jours, des masseurs. Ils mettent beaucoup l'accent sur la récupération. Après les matches, après chaque séance, on a des bains froids, des bas de compression, etc. Le championnat est tellement exigeant que la phase de récupération est très importante. T'as intérêt à prendre soin de toi. Après l'entraînement, t'as pas envie de sortir, tu rentres chez toi et tu y restes. Tu te poses sur ton canapé et tu récupères parce qu'on cherche vraiment le maximum de toi, le rythme est très soutenu. Maintenant que le championnat a commencé, ça s'est calmé. Vu qu'on a match tous les trois jours, c'est beaucoup de récupération, de travail tactique. Quand on a une semaine à un seul match, on a deux jours de libre mais on reprend avec un entraînement de 2 heures où, à la fin, t'as envie d'arrêter le football. Ils vont vraiment au bout de toi. GOUNONGBE : Mon premier match, je suis passé un peu à côté. On jouait contre Birmingham, je fais un bon match mais je rate une occasion... Un truc que j'avais jamais raté à Westerlo, le but était vide ! Donc tu te mets un peu plus de pression. Le premier match, c'est là que tu dois te montrer et t'as un truc comme ça qui te tombe dessus. Mais bon, ça fait partie du foot. Les deux premiers matches, je les ai commencés, j'ai joué 75 minutes. Après, le coach a légèrement changé de système et, du coup, je suis passé sur le banc. Depuis, je suis remplaçant mais je monte au jeu. Le rapport avec le banc est différent ici. T'as 46 matches, c'est énorme. Personne ne les joue tous, donc c'est de la gestion : tu passes sur le banc, t'es titulaire puis t'es pas repris, etc. Mais c'est vrai que j'ai envie de répondre à la confiance qu'on a placée en moi. Pour l'instant je n'ai pas encore eu vraiment l'occasion, je pense que je suis encore en phase d'adaptation. Mais le championnat est long et j'espère pouvoir me montrer. GOUNONGBE : Dans la semaine qui a suivi, j'étais pas bien. J'aurais raté cette occasion à Westerlo, ça m'aurait fait chier mais les gens de Westerlo savent que j'en mets derrière. Alors que quand t'arrives dans un nouveau club, t'as moins droit à l'erreur. Surtout quand t'as le numéro 9 et qu'on t'attend au tournant. Faut essayer de prendre de la hauteur sinon on devient fou, on se repasse l'occasion 1000 fois, on n'avance pas. GOUNONGBE : On croit qu'en Angleterre c'est juste des longs ballons et que ça se rentre dedans, mais non. C'est vrai que c'est physique mais c'est aussi très technique. Ça va beaucoup plus vite, donc il faut se mettre au niveau. Ce qui m'a marqué c'est que même à l'entraînement, quand tu joues dos au but, on te rentre dedans. En Belgique, en match, ça ne se passe pas comme ça. Tu dois avoir ce déclic de te dire qu'il faut protéger cette balle, avoir du répondant physique. Il y a énormément de duels aériens et des défenseurs qui font 100 kg pour 1m95. A Westerlo, je pesais 83 kg et j'étais l'un des plus lourds. Ici, un mec qui mesure 1m80 a ce poids. Du coup, j'ai dû prendre des kilos de muscle. Je suis à 88 kg maintenant. Cela dit, on est une équipe qui essaye quand même de jouer au football. Mais je dois encore beaucoup progresser sur certains aspects. De toute façon, je suis là pour ça. GOUNONGBE : Là, je suis en train de progresser à fond, c'est sûr. C'est pour ça que je suis venu. J'avais envie de me faire un gros défi sportif, de devoir me battre pour ma place. Et je suis en plein dedans. A Westerlo, j'étais un peu dans une zone de confort. A présent, j'en suis complètement sorti. D'autant plus que ma femme et ma fille ne m'ont pas accompagné, je suis seul à Cardiff. C'est un peu compliqué parce que quand j'ai un coup de moins bien, j'aime bien retrouver mes proches. Mais je savais que ça n'allait pas être facile. Je prends énormément de recul sur ce que je suis en train de vivre : j'ai fait toutes les divisions belges de la P2 à la D1. Lorsque j'étais en P2, j'étais impressionné par les mecs de P1 et de Promotion. Quand, en coupe, on tombait contre des D3, j'avais l'impression que c'étaient des Martiens, les mecs. A chaque fois, tu rencontres d'autres personnes qui sont encore plus loin et c'est ça qui est chouette. J'étais sur le banc, récemment, à Fulham, et je me suis dit : " Il y a trois ans, tu galérais au RWDM où Vermeersch ne voulait pas te payer ". Quand je prends du recul, je me dis qu'il n'y a vraiment pas à se plaindre. Après, une fois que t'es dedans, t'as toujours envie de plus. T'es déçu quand tu fais un mauvais entraînement, t'es déçu quand tu rates une occasion mais t'es dedans, t'essayes de te battre avec tes moyens. J'ai 28 ans, je ne vais pas en avoir 20 des occasions comme ça. Il y aura un jour où ça va plafonner et je ferai autre chose. J'essaie de prendre ça comme une expérience et de repousser mes limites. Ça a toujours été comme ça, en fait. Quand j'étais en D3, on disait que je n'avais pas le niveau et j'ai réussi. Pareil en D2 et en D1. Peut-être que là, maintenant, ils auront raison, peut-être pas. On verra comment ça se passe mais je suis à chaque fois content de franchir un palier et de vivre une expérience différente, c'est important pour moi. GOUNONGBE : La Ligue est assez relevée cette année parce que des gros clubs comme Newcastle, Norwich et Aston Villa sont descendus. Il y a aussi Derby County ou Sheffield Wednesday qui jouent régulièrement les play-offs, donc c'est compliqué. Chaque week-end, t'as un gros match devant 20 000 personnes. Même en coupe tu vas jouer contre une D3 et il y a du monde, de l'engouement. Ils ont vraiment la passion du football. Tu vois des grands-pères avec leurs petits-fils, ils sont là avec leur écharpe, leur maillot, ils vivent pour le foot. Nos débuts ne sont pas top mais j'y crois, le championnat est long. GOUNONGBE : La grosse question à laquelle j'avais envie de répondre c'était de savoir si mon corps était capable de supporter ça. En allant dans ce championnat qui est le plus dur et le plus exigeant physiquement avec des matches tous les trois jours, j'aurai ma réponse. Je verrai à la fin de la saison. Est-ce que mon corps peut supporter ce rythme ? Pour l'instant ça va, je touche du bois, même si le fait de n'avoir pas joué de vrais matches entre mi-mars et le début du championnat à cause de la 15e place de Westerlo ne m'a pas facilité la tâche. PAR JULES MONNIER, ENVOYÉ SPÉCIAL À CARDIFF - PHOTOS BELGAIMAGE - MARK HAWKINS" Il y a trois ans, je galérais au RWDM où Vermeersch ne voulait pas me payer. Aujourd'hui, je suis en Championship. " FRÉDÉRIC GOUNONGBE " Quand je ratais une occasion à Westerlo, les gens savaient que j'allais me racheter. Ici, j'ai moins droit à l'erreur. " FRÉDÉRIC GOUNONGBE