L'issue est bientôt connue. Le quatrième arbitre annone cinq minutes supplémentaires. De quoi crisper encore davantage les plus angoissés. Bruno Venanzi fait partie du lot et est même tout en haut de la liste. Le président du Standard, enfoncé dans son siège, ne peut masquer son stress, en se mordillant les lèvres. Il y a deux ans, au même moment, Malines enfonçait le Standard et l'éjectait des play-offs 1. Le triumvirat Renard- Van Buyten-Venanzi tirait logiquement la gueule. Dimanche à la Côte, c'est à des scènes de liesse qu'on a assisté. Joueurs, staff, président ne pouvaient masquer leur joie et surtout leur soulagement après des derniers jours rongés par le stress de ne pas se planter, une énième fois.
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L'issue est bientôt connue. Le quatrième arbitre annone cinq minutes supplémentaires. De quoi crisper encore davantage les plus angoissés. Bruno Venanzi fait partie du lot et est même tout en haut de la liste. Le président du Standard, enfoncé dans son siège, ne peut masquer son stress, en se mordillant les lèvres. Il y a deux ans, au même moment, Malines enfonçait le Standard et l'éjectait des play-offs 1. Le triumvirat Renard- Van Buyten-Venanzi tirait logiquement la gueule. Dimanche à la Côte, c'est à des scènes de liesse qu'on a assisté. Joueurs, staff, président ne pouvaient masquer leur joie et surtout leur soulagement après des derniers jours rongés par le stress de ne pas se planter, une énième fois. Son directeur sportif, Olivier Renard, semblait comme à son habitude bien moins happé par des événements qui devaient donner une couleur indélébile à cette saison, même si une victoire en Coupe pouvait masquer quelque peu la déception. D'ailleurs après la rencontre, son discours se voulait mesuré : " Le Standard est où il doit être, sans plus. Ce match reflète notre saison. Être menés plusieurs fois dans la saison et pouvoir renverser la situation, c'est le Standard, c'est un peu spécial. " Doux euphémisme, tant les rebondissements ont été nombreux, trop nombreux. Cette instabilité quasi hebdomadaire depuis le début de la saison s'explique en partie par la jeunesse d'un projet emmené par Bruno Venanzi, qui malgré les déceptions répétées, n'a jamais voulu abandonner le navire. " Je suis réellement content pour Bruno parce qu'il s'est toujours battu pour le club et qu'il mérite aujourd'hui ce qui nous arrive ", a d'ailleurs pointé Renard après la remontada ostendaise. " Je pense parler au nom du président Venanzi et de moi-même si je vous dis qu'on entretient tous les deux une connexion très forte avec nos joueurs. À partir de là, et compte tenu de la saison difficile que le club a connue, cela crée évidemment un joli paquet d'émotions de voir qu'on y est arrivé. " Beaucoup de choses ont changé à Sclessin depuis la prise de fonction de son jeune président en juin 2015. Notamment un recadrage médiatique du principal intéressé, publiquement bien trop fougueux à ses débuts. " Bruno, moins on te voit, mieux c'est ", sourit-on aujourd'hui du côté de Sclessin. La relation entre Renard et Venanzi est aujourd'hui très forte alors que l'unité au sommet de la pyramide ne fut que de façade la saison dernière, jusqu'au licenciement attendu de Van Buyten. S'il s'est longtemps contenu, suivant le discours " officiel ", Olivier Renard était au bord de l'implosion en début de saison dernière après un mercato estival totalement foireux où une masse de joueurs étaient arrivés dans les dernières heures, notamment via les connexions de l'ex-agent maison, Christophe Henrotay.Si à différents étages du club, certains continuent à parfois la jouer solo, le tri, au niveau sportif du moins, a été fait. Ce qui explique une politique sportive plus cohérente. " Il fallait recréer cet ADN en allant chercher des joueurs qui savent ce que ça veut dire de jouer au Standard de Liège ", expliquait d'ailleurs Olivier Renard après la rencontre de dimanche. Juillet 2017, Sébastien Pocognoli et Paul-José Mpoku annoncent à quelques jours d'intervalle leur retour à la maison. Deux transferts qui ont pour but de rassurer les supporters et de calmer la fronde d'une partie d'entre eux. À l'analyse, que ce soit Poco ou Polo, ils n'ont pas toujours été en mesure d'apporter un plus sur le terrain et ont même été mis au ban à quelques reprises pendant la saison. Mais dans le vestiaire, leur rôle est resté essentiel. Désormais, ils complètent le quatuor de leaders auxquels s'ajoutent Jean-François Gillet et Reginal Goreux. Ils incarnent (enfin) ce fameux " esprit Standard " que la direction voulait à tout prix retrouver alors que 12 mois plus tôt, le vestiaire était une véritable pétaudière, emmenée par un entraîneur qui aimait les beaux discours mais qui ne se faisait que trop rarement respecter. L'arrivée de Ricardo Sa Pinto est évidemment un tournant dans cette saison tumultueuse, où les plages de sérénité ont été rarissimes. Il faut dire que l'annonce de sa nomination le 11 juin 2017 avait tout d'un transfert panique dicté par la reprise imminente des entraînements. Une signature restée étonnement secrète au sein d'un club où les fuites sont pourtant (bizarrement) récurrentes. Cette signature avait alors des faux-airs de Sérgio Conceição du pauvre, après que ce dernier ait décliné l'appel de Sclessin pour parapher un contrat bien plus juteux à Porto. Longtemps, le nom de Felice Mazzù fut, lui aussi, associé au Standard. Impensable pour les fans carolos qui n'auraient pas supporté que leur mage les quitte pour l'ennemi, et même si Mogi Bayat, qui n'a jamais été un grand fan du coach zébré, a contacté la direction du Standard afin de faciliter l'arrivée de Mazzù en bord de Meuse. Des noms plutôt loufoques, comme celui de Gabriel Heinze, furent également cités alors que Rémi Garde s'est lui-même proposé. Mais du côté de la direction du Standard, on voulait un " rambo " (terme utilisé régulièrement dans les couloirs de Sclessin) et non un académicien pour remettre ce club en selle. Voilà pourquoi, le fort en gueule Pascal Dupraz fut notamment sondé, même si c'est Sabri Lamouchi qui a longtemps tenu la corde. Mais pour ce qui est de cette fameuse grinta, difficile de faire mieux que Sa Pinto. Et si l'homme peut sembler parfois fantasque, son discours était préparé, appuyé. Le Portugais connaissait parfaitement l'effectif du Standard, ses forces et ses faiblesses, lors de son entretien d'embauche. Il fallait créer une famille comme aimait le répéter Sa Pinto. Et très vite, il a su fédérer autour de lui. Même les joueurs sur lesquels il ne comptait pas, à l'image de Jonathan Legear, étaient considérés par le nouveau coach du Standard, qui leur tenait à tous un discours plutôt persuasif. Par contre, les lacunes sportives sont assez vite apparues dès le début du championnat. Durant toute la préparation, Razvan Marin fut écarté au profit du duo Agbo- Bokadi, deux joueurs réputés pour leur travail de sape mais bien moins pour leur circulation de balle. Après une victoire plutôt heureuse face à Genk dans une ambiance de feu lors de la première sortie à Sclessin, les deux milieux défensifs, et particulièrement Bokadi, ont sorti une prestation catastrophique sur le terrain synthétique de Saint-Trond (défaite 1-0). En défense, l'axe Scholz- Laifis affichait sa lenteur, tandis que devant les occasions était rarissimes. Le défenseur danois, dont le brassard de capitaine reçu suite au départ de Trebel fut un cadeau empoisonné, a vite fait les frais de ce début plus que poussif. C'est d'ailleurs le groupe des joueurs qui a poussé pour que Luyindama occupe l'une des deux places de l'axe défensif, après avoir régulièrement impressionné ses équipiers aux entraînements, par sa vitesse et sa force. Après seulement trois journées, Sa Pinto était dans la tourmente. Il s'est très vite rendu compte de l'ampleur de la tâche. D'autant plus que " quand j'étais joueur ici, il y avait au moins un grand respect pour le Standard. Aujourd'hui, je vois qu'il n'y en a plus. Quand tu vois ce que cet arbitre fait avec nous à Saint-Trond... C'est casino ! ", lâchait-il à Sport/Foot Magazine. Le 18 août, un parfum de crise régnait déjà en Cité Ardente après une débâcle à domicile face à Zulte Waregem (0-4). Alors qu'on ne jouait que la quatrième journée d'un championnat mal embarqué, des supporters se sont pointés devant le tourniquet de la tribune 1 et voulaient forcer l'entrée afin de dire leur façon de penser à une direction qu'ils jugeaient responsable de tous les maux. Autant dire que la nouvelle défaite à Bruges (4-0) n'a rien arrangé, et que la venue de Charleroi plongeait tout un club sous haute tension. Quelques jours avant la venue des Zèbres, des banderoles qui visaient les joueurs mais surtout le duo Renard-Venanzi avaient été étendues aux abords de Sclessin. Le JT de la RTBF faisait même un direct pour évoquer ce parfum de crise. Une soixantaine d'ultras débarquèrent à l'Académie pour haranguer les joueurs la veille de la rencontre. Au bout du compte, le Standard sortait du derby wallon avec un peu enthousiasmant match nul, mais sans casse. Le 24 septembre, face à Lokeren, grâce à un solo dans les dernières minutes de Paul-José Mpoku et aux gants savonneux de Davino Verhulst, le Standard retrouvait la victoire en championnat, près de deux mois plus tard. Pour fêter ce but victorieux, Sa Pinto tapait un sprint mémorable. Pour certains, cette surdose d'énergie et d'excitation donnait une mauvaise image à un club toujours en reconstruction. D'ailleurs, l'un des décideurs de ce club n'hésitait pas, en aparté auprès de quelques journalistes bien informés, à scier la chaise d'un entraîneur qui, quelques semaines plus tard, sera mis sur la sellette après de nouveaux résultats décevants. La piste Lamouchi est alors réactivée, quelque peu avant que l'ex-international français ne signe à Rennes début novembre. Autre moment phare de la saison, cette victoire épique en Coupe à Anderlecht (0-1) reste, pour beaucoup, résumées au fameux épisode du jet de bière. Voyant son entraîneur péter un câble après son renvoi en tribune, Bruno Venanzi, n'a qu'une envie : monter sur le terrain et lui dire de se calmer. Mais les caméras sont tournées vers une direction qui tente difficilement de se montrer impassible. Elle demande alors au fidèle, Eric Deflandre, de calmer une situation devenue pourtant incontrôlable. Les joueurs, par contre, n'en veulent pas à leur coach d'avoir gâché cette fin de rencontre. Ils ont parfaitement compris que le but désiré était de couper le rythme d'un match totalement maîtrisé en première période. Nous sommes alors au soir du 29 novembre, quelques jours avant d'aborder un mois de décembre particulièrement noir. Le Standard prend 6 points sur 21 et les tensions resurgissent, parfois de façon très virulente, notamment entre Luis Pedro Cavanda et le team manager, Benjamin Nicaise. Alors que les deux stages hivernaux précédents avaient été marqués par le départ de joueurs-clés, le Standard travaille de façon sereine en coulisses. Sur le terrain aussi, ça bosse ferme. On y travaille le foncier, qui n'avait été que peu abordé durant l'été et qui portera ses fruits dès la reprise puisque le Standard va régulièrement émerger en seconde période. Mais c'est surtout la discussion entre plusieurs cadres du noyau et Ricardo Sa Pinto qui aura des conséquences heureuses. Le groupe est excédé du pétage de plomb après 5 minutes lors du match amical face à Düsseldorf qui entraîne son exclusion et le fait savoir à son entraîneur, qui tourne dès cet instant le bouton. Malgré la tourmente régulière, Sa Pinto est maintenu à flots par une groupe de joueurs qui est toujours resté derrière son coach. Paul-José Mpoku confirme : " Sa Pinto, c'est quelqu'un qui protège ses joueurs, il peut se mettre à dos les médias, le monde extérieur pour protéger les siens. Il va tout faire pour ses joueurs. C'est quelqu'un d'entier. Et nous aussi, on est derrière lui, des titulaires aux réservistes. Que ce soit tactiquement, sa façon de voir, de transmettre ses idées, ses préparations de match, tout est méticuleux. " Au niveau de sa communication aussi, Sa Pinto fait un pas en retrait et range son français au frais devant les médias, préférant désormais s'exprimer en anglais. Si le regard est toujours déstabilisant face caméra, le discours est plus contenu dans la langue de Shakespeare. Après un succès de dernière minute face à Eupen (3-2) et cette tête improbable de Pocognoli, le Standard va une nouvelle fois se prendre les pieds dans le tapis. Les Rouches pensent d'ailleurs perdre leurs derniers espoirs de play-offs 1 après une défaite rageante à Zulte Waregem (2-1). Des provocations, ou prétendument jugées comme telles, du corps arbitral enveniment les échanges. Ricardo Sa Pinto doit même calmer ses joueurs. Et pourtant, une demi-heure plus tôt, le coach portugais est arrêté dans son élan par Mpoku et Pocognoli alors qu'il s'apprête à tancer Lawrence Visser, dont la responsabilité est engagée sur plusieurs phases. Entre Waregem et le Sart-Tilman, l'atmosphère est lourde. Sa Pinto ne peut masquer sa colère et sa déception. Le lendemain matin à l'entraînement, l'entraîneur est quasiment muet. Son visage est encore plus marqué qu'à l'habitude. Et pourtant, dès cet instant, le Standard ne va plus rien lâcher ou presque, et accumuler sept rencontres sans défaite, tout en se qualifiant pour la finale de la Coupe. Certes, tout est loin d'être parfait. On se demande toujours pourquoi le nouveau transfuge grec Georgios Koutroubis a été titularisé face à Mouscron, alors qu'il ne s'était plus entraîné depuis début décembre avec le Panathinaïkos. Mais la poisse de décembre où le Standard encaissait des corners rentrants, comme face à Saint-Trond, où loupait des penalties, comme contre l'Antwerp a changé de camp. Et une patte de lapin serait même venue se greffer à Sa Pinto, dont les changements lors des six derniers matches ont amené 5 buts et 5 assists. Si avec un total de 44 point sur 90, agrémenté de 43 buts marqués pour 41 encaissés, le bilan n'a rien de folichon au niveau des chiffres, le Standard a retrouvé une mentalité et un esprit de corps qui pourraient faire très mal en play-offs. Sa Pinto y croit : " Quand je suis arrivé au club, j'ai trouvé l'environnement très triste. Les gens avaient peur, avaient perdu leur confiance. J'ai lu dans le regard des joueurs qu'ils avaient besoin de croire en quelque chose. " Et aujourd'hui, les fans rouches ont retrouvé un espoir qui les avait quittés depuis bien trop longtemps.