Malgré une défaite injuste, le public était aux anges après Belgique-Espagne. Il y avait belle lurette que les Diables Rouges n'avaient plus fait preuve d'un tel état d'esprit face à un grand de ce monde surpris par l'organisation et la motivation des Belges. A plus d'un titre, ce choc fit même penser au légendaire Brésil-Belgique de la Coupe du Monde 2002, le 17 juin 2002 à Kobe. Ce soir-là, un but parfaitement valable de Marc Wilmots fut annulé et les Brésiliens passèrent...
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Malgré une défaite injuste, le public était aux anges après Belgique-Espagne. Il y avait belle lurette que les Diables Rouges n'avaient plus fait preuve d'un tel état d'esprit face à un grand de ce monde surpris par l'organisation et la motivation des Belges. A plus d'un titre, ce choc fit même penser au légendaire Brésil-Belgique de la Coupe du Monde 2002, le 17 juin 2002 à Kobe. Ce soir-là, un but parfaitement valable de Marc Wilmots fut annulé et les Brésiliens passèrent... Mercredi passé, Marouane Fellaini n'était pas du tout hors-jeu quand il se présenta face à Iker Casillas et il n'y avait aucune raison d'annuler le fruit d'une très belle phase de jeu. Au Japon, la Belgique aurait encore posé plus de problèmes à la Seleçao et, à Bruxelles, l'Espagne ne serait probablement pas repartie avec la totalité de l'enjeu si elle avait été menée une deuxième fois à la marque. Et si on songe au penalty plus léger que l'air accordé à la Turquie contre la Belgique à Istanbul (main d' Axel Witsel dans le grand rectangle), la conclusion est simple : René Vandereycken n'a pas la patte de lapin du légendaire Guy Thys. Avec un zeste de réussite, il compterait trois ou même cinq points de plus au classement du Groupe 5. Belgique-Espagne a eu des airs de course cycliste car quelque part, pas mal de choses se sont aussi jouées à l'occasion du prologue et pendant le dernier sprint. A quelques minutes du coup d'envoi, Moussa Dembélé s'est fait mal au genou : impossible de jouer. La tuile. Enorme. Le coach ne modifia pas son système et remplaça l'infortuné par Steven Defour. Ce dernier ne manque pas de qualités mais le joueur de l'AZ était plus apte à poser des problèmes techniques aux artistes espagnols. En vue de la fin du match, un remarquable Antony Vanden Borre, épuisé, demanda son remplacement. VDE procéda au changement. Ce fut peut-être sa seule erreur. Etait-il sage de remplacer un arrière, même las, en vue de l'arrivée ? La poisse a répondu à la question. Guillaume Gillet n'a pas eu le temps d'y trouver ses marques : moins de pression sur le porteur du ballon, centre parfait de DanielGüiza, but de DavidVilla mal couvert par Thomas Vermaelen, 1-2, messe terminée. Déception mais, paradoxalement, cette injustice confirme aussi les gros progrès du football belge. Certes pas assez dans les chiffres mais bien dans la manière. Il n'est pas inintéressant de revenir sur ce que le coach fédéral a dit avant et après cette rencontre pour mesurer la courbe des avancées. Après Belgique-Arménie, il fut rapidement évident que VDE étofferait son entrejeu pour évoluer en 5-3-2, 4-5-1 ou 4-4-1-1. Prudent mais incisif face à la presse, il a tacklé l'ancien fédéral Walter Meeuws, consultant du Laatste Nieuws qui avait dit à la VRT : " J'espère qu'il ne jouera pas trop bas : ça ne servirait à rien contre l'Espagne. Il faut continuer sur notre nouvel élan et mettre la pression dans le camp adverse. " Selon VDE, Meeuws ne connaissait pas bien les données du match et les atouts de l'Espagne. Le T1 des Diables Rouges ne dévoila pas ses cartes mais il était possible de lire entre les lignes. " Il serait réaliste de viser la deuxième place quand on est placé dans le même groupe que l'Espagne ", dit-il. " Je ne me contente pas de ce raisonnement. La Belgique a plus à perdre qu'à gagner dans ce match. Un bon résultat nous offrirait évidemment un super bonus. Mais si les champions d'Europe l'emportent à Bruxelles, ils nous relègueraient à cinq points et la suite serait plus difficile. Le partage en Turquie nous a fait un bien fou : les Diables savent qu'ils peuvent marquer contre l'Espagne. Nos atouts sont réels. Je mise beaucoup sur les phases arrêtées. La taille de nos joueurs (plus grands que les Espagnols) et le timing de Wesley Sonck dans le trafic aérien devraient gêner fortement notre adversaire. StijnStijnen est à l'hôpital où sa femme attend un heureux événement. On verra à son retour s'il sera apte à jouer. A part cela, je regrette que le respect que nous méritons soit trop mesuré. " Vandereycken se dirigeait vers une équipe robuste avec du répondant athlétique mais les nuances furent cependant très importantes avec une occupation de terrain marquée par la mobilité, l'intelligence et la solidarité. Si Timmy Simons entama les hostilités en défense, il ne resta pas dans ce bastion. Le gars du PSV se pointa le plus souvent dans la ligne médiane afin de réduire Xavi au silence et aider le duo Fellaini- JanVertonghen. Le but de Sonck, sur un magnifique centre de Vincent Kompany apporta de l'eau au moulin du coach fédéral. L'erreur de Fellaini sur le but d' Andrès Iniesta (passe en arrière dans l'axe) n'ébranla pas trop les Diables. Leur deuxième mi-temps fut même de très haut vol et la Belgique aurait pu battre l'invincible armada. Hélas... Vandereycken était déçu : " La désolation est énorme dans le vestiaire. Elle est d'autant plus forte que nous nous sommes forgés les plus belles occasions au début de la seconde période. Comment expliquer cette défaite ? Pas parce que nous avons encaissé deux buts mais parce que nous n'avons pas marqué plus d'un goal. Stijnen n'a pas eu énormément de boulot. L'Espagne n'est pas championne d'Europe pour rien : c'est la grande classe. Les Diables Rouges ont été formidables de volonté mais aussi d'intelligence. Ils ont sans cesse cherché à jouer vers l'avant. Vertonghen et Fellaini ont évolué le plus haut possible. Il était important que Fellaini ne s'attarde pas devant notre défense pour éviter de devoir, en permanence, combler un trou de vingt mètres tant défensivement qu'offensivement. Marouane a récupéré beaucoup de ballons dans le camp adverse, que ce soit du pied ou de la poitrine. Sur le premier but espagnol, il s'est montré un peu trop sûr de lui. "" L'égalisation d'Iniesta était magnifique mais cette perte de balle-là n'était pas nécessaire. Il restait du monde derrière pour réparer l'erreur. A mon avis, Defour a bien remplacé Dembélé. La sortie de Van Buyten au repos n'était pas prévue non plus : touché au genou, Daniel n'était plus en pleine possession de ses moyens. Vanden Borre, Vermaelen et Van Buyten savaient depuis une semaine qu'ils joueraient contre l'Espagne. Je suis très content de Vanden Borre. A Gênes, il a bien joué ces derniers temps dans ligne médiane. Je lui ai demandé de confirmer à l'arrière droit. Il l'a fait. Son remplacement ? Il l'a demandé à cinq minutes de la fin. Les arbitres devraient permettre au nouveau venu de traverser le terrain et de s'installer à sa place. L'Espagne a profité d'un flottement, d'un relâchement dans le marquage : du grand art. Avec cinq points de retard et un match à jouer en Espagne, ce sera difficile de contester la première place aux favoris du groupe. Nous méritions un point et sans doute plus. Du banc, j'ai aussi cru que Fellaini était parti d'une position hors-jeu sur son but annulé. Après le match, on n'a dit qu'il ne l'était pas : cela ne fait qu'accentuer notre déception. "Pour ceux qui savent lire entre les lignes, le plan tactique de VDE était prévisible et des quotidiens ont donné la composition exacte le jour du match. La question essentielle est de savoir pourquoi il a abandonné le 4-4-2 pour un tissu terriblement serré dans la ligne médiane. En récupération, il y avait souvent neuf Diables entre le centre du terrain et le grand rectangle de Stijnen. Pourquoi ne pas avoir imité Robert Waseige qui secoua la Hollande (5-5 lors de son premier match contre la Hollande) ou le Brésil au Japon (2-0) ? Il faut chercher la réponse du côté de l'Euro 2008 que l'Espagne a dominé de la tête et des épaules. Un coach aussi expérimenté et audacieux que Guus Hiddink a tenté sa chance et relevé le défi technique et offensif avec une bonne équipe russe et a encaissé deux lourdes défaites contre les ninos del sol : 4-1 et 3-0. Avant cela, en quarts de finale, l'Italie fut plus prudente et attentiste, massa le gros de ses troupes devant les meneurs de jeu espagnols, obtint le nul blanc après un match soporifique et ne fut battue qu'à l'exercice des tirs au but (4-2). Or, on sait que VDE s'inspire beaucoup de ce qui se fait en Italie. L'Espagne avait collectionné 26 matches sans défaite avant son voyage à Bruxelles, Casillas n'avait plus encaissé de but depuis 710 minutes. Le coach fédéral a donc pris ses précautions et, même si les observateurs prônent un jeu permettant à la Belgique de jouer plus haut, ce système a failli marcher contre cette magnifique équipe espagnole. L'animation du jeu fut-elle bonne compte tenu des moyens belges ? En tout cas, ce fut de loin le meilleur match de l'ère Vandereycken mais il faudra confirmer et se méfier du prochain adversaire : la Bosnie-Herzégovine marque comme elle respire. Et pour décrocher la deuxième place du groupe, la Belgique ne peut être surprise par l'équipe coachée par Miroslav Blazevic (73 ans) qui est malin comme un singe. Et il a souvent de la chance, lui... par pierre bilic - photos : reporters