Versé dans le groupe H de la phase finale de la Ligue des Champions, le RSCA espérait secrètement accrocher le deuxième strapontin ou, au pire, le troisième, synonyme d'un repêchage en Coupe de l'UEFA. A l'heure des bilans, il lui faut à nouveau déchanter car, pour la quatrième fois de rang, le Sporting termine bon dernier de son groupe. La pilule est d'autant plus dure à avaler que, contrairement aux années précédentes, les Bruxellois avaient hérité d'un tirage favorable et qu'ils s'étaient donné les moyens de leurs ambitions en dépensant 11,3 millions d'euros lors de leur campagne de recrutement cet été. Comment expliquer ce nième fiasco ? Sans doute un peu de tout, comme le veut une pub célèbre.
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Versé dans le groupe H de la phase finale de la Ligue des Champions, le RSCA espérait secrètement accrocher le deuxième strapontin ou, au pire, le troisième, synonyme d'un repêchage en Coupe de l'UEFA. A l'heure des bilans, il lui faut à nouveau déchanter car, pour la quatrième fois de rang, le Sporting termine bon dernier de son groupe. La pilule est d'autant plus dure à avaler que, contrairement aux années précédentes, les Bruxellois avaient hérité d'un tirage favorable et qu'ils s'étaient donné les moyens de leurs ambitions en dépensant 11,3 millions d'euros lors de leur campagne de recrutement cet été. Comment expliquer ce nième fiasco ? Sans doute un peu de tout, comme le veut une pub célèbre. Au cours des deux éditions antérieures de l'épreuve, qui s'étaient soldées tour à tour par un 0 puis un 3 sur 18, on pouvait difficilement reprocher aux Mauve et Blanc de ne pas avoir pu gérer un résultat, vu qu'ils furent toujours contraints à un match poursuite face, il est vrai, à des adversaires qui n'étaient pas des clients comme l'Inter Milan, Valence, le Werder Brême, Chelsea, le Betis Séville et Liverpool. Cette fois, par contre, le Sporting eut, à trois reprises, l'occasion de déflorer la marque en premier lieu : contre Lille d'abord, au Parc Astrid, puis sur le terrain de l'AEK Athènes et, enfin, devant ce même adversaire grec à Anderlecht, mercredi passé. Par trois fois, le RSCA s'est fait remonter les bretelles, concédant autant de partages. Si l'opposition n'eut qu'à refaire un handicap d'un but dans les deux premiers cas, les joueurs hellènes réussirent la gageure de rétablir l'égalité alors qu'ils étaient menés 2-0. A l'image de ce qui s'était passé lors du match d'ouverture au stade Constant Vanden Stock, devant le LOSC, il y a lieu de s'interroger sur les choix de Frankie Vercauteren, à ces moments cruciaux. Contre les Français, le coach anderlechtois avait retiré du jeu Lucas Biglia au profit de Roland Juhasz. Certes, l'adjonction de Nicolas Fauvergue en pointe, du côté des Nordistes, requérait peut-être l'ajout du stoppeur hongrois. Mais cette substitution devait-elle s'opérer au détriment du médian argentin qui avait régné en maître sur l'entrejeu jusque-là ? Dès l'instant où l'ex-joueur de l'Independiente rentra au vestiaire, la ligne médiane du Sporting n'eut, en tout cas, plus voix au chapitre. Et le même phénomène se sera vérifié face aux Grecs, qui purent pilonner à souhait une arrière-garde anderlechtoise à cinq composantes, entendu que les milieux du RSCA étaient subitement en infériorité numérique et réduits à courir derrière un ballon insaisissable. Le mentor des Mauve et Blanc avait sans doute raison de dire que l'absence totale de marquage sur les deux buts athéniens résultait d'autant d'erreurs d'appréciation individuelle, de la part d' Olivier Deschacht d'une part et de Mark De Man de l'autre. Il n'empêche qu'au niveau des injonctions, il est permis de se demander ce que faisait Nicolas Pareja à gauche à ce moment et qui devait tenir qui dans cette nouvelle mouture. Une défense à cinq dont tous les éléments jouent en zone, c'était du genre inédit cette saison. Et plutôt risqué dans un match de cette importance. Sur le plan des changements, dans l'ensemble, il faut bien avouer que Frankie Vercauteren n'a pas la baraka (ou le feeling ?) avec lui. En championnat aussi, Anderlecht s'est fait rejoindre à deux reprises in extremis (à Mouscron et Beveren) suite à des modifications étonnantes. A La Gantoise, l'équipe a même perdu, dans de telles circonstances, alors qu'elle menait pourtant par 0-1. Question : au lieu de vouloir à tout prix préserver un résultat, le staff technique anderlechtois ne serait-il pas plus inspiré en n'optant pas pour une position de repli ? La meilleure défense n'est-elle pas l'attaque finalement ? A cet égard, on regrettera aussi la frilosité anderlechtoise face à un AC Milan réduit à dix unités, au Parc Astrid, suite à l'exclusion de DanieleBonera. Les deux versions précédentes, aussi, avaient été inscrites sous le signe d'une grande indigence offensive : 4 buts en 2004-05 et 1 seul, à peine, sur l'ensemble de la défunte campagne. Avec 7 réalisations, l'attaque anderlechtoise a, cette fois, bel et bien tenu la route. En revanche, la défense n'a pas été à la hauteur : avec 11 buts encaissés, elle aura été la cinquième plus médiocre des 32 formations engagées dans le cadre des poules de la Ligue des Champions. Dans aucun de ses six matches, le RSCA n'est parvenu à maintenir ses filets intacts. Pourtant, par rapport à des matches du passé où il fut à l'une ou l'autre reprises montré du doigt, Daniel Zitka aura à présent réalisé un parcours à l'abri de tout reproche. Un jugement qui ne peut toutefois pas être étendu à l'ensemble des membres de l'arrière-garde. Deschacht a été le plus utilisé, comme d'habitude pourrait-on écrire, et a atteint un bon niveau d'ensemble. Il aurait droit à plus d'indulgence encore si une erreur coupable de sa part n'avait pas entraîné le premier but lillois à Lens. Sur l'autre versant, par contre, les problèmes n'ont pas manqué, faute de pouvoir y titulariser un back droit digne de ce nom puisque ni Anthony Vanden Borre, ni Pareja ni Jonathan Legear, tous essayés dans ce secteur, ne présentent le profil voulu. L'axe central, lui, aura souffert tout au long du parcours de l'absence d'un véritable leader, comme l'était le Finlandais Hannu Tihinen. Pareja, compte tenu de son jeune âge, constitue une traite sur l'avenir. Et, comme le Scandinave, il est capable d'inscrire un but en Ligue des Champions (face à Lille à domicile), ce que son compère avait fait en son temps face à Lyon, dans ce qui fait figure, incroyable mais vrai, d'ultime victoire des Mauve et Blanc en Ligue des Champions. Un fait qui remonte au 25 novembre 2003, soit 3 ans ! De Man, pour sa part, a soufflé le chaud et le froid dans cette compétition. Au LOSC, il était aux abonnés absents sur la phase du deuxième but et à domicile, contre l'AC Milan, le but de Kakà résulta d'une déviation malencontreuse de sa part. La direction du RSCA avait généreusement délié les cordons de sa bourse à l'intersaison afin d'aborder cet exercice avec un noyau compétitif toutes épreuves confondues. A mi-chemin en championnat, mais en fin de parcours déjà en Ligue des Champions, il faut bien avouer que tous les nouveaux venus ne constituent pas des réussites. La palme revient indéniablement à Nicolas Frutos, quasi indispensable à la bonne marche des événements. En l'espace d'un an (il est qualifié depuis le 1er janvier 2006), l'Argentin a livré 38 matches pour le compte du Sporting. Avec lui dans ses rangs, sur l'ensemble d'un match ou en partie, le RSCA a pris 39 points sur 57. Sans son concours, les Mauve et Blanc ont totalisé 7 unités de moins : 32 sur 57. Dans la catégorie des bonnes affaires, il y a lieu de citer également Biglia, qui aura fait pleinement honneur, par moments, au surnom de Petit Prince dont il avait été affublé jadis au pays. Reste que par rapport à ce qu'il avait montré lors d'un match de gala avec le Sporting au Real Madrid, il nous a quand même un peu laissés sur notre faim en Ligue des Champions, même si sa présence confère un plus à Anderlecht en championnat. Des deux autres Argentins de la bande des quatre, seul Pareja, en proie lui aussi à divers bobos, semble avoir le potentiel nécessaire pour briller au plus haut niveau. En revanche, Christian Leiva ne devrait pas faire de vieux os au stade Constant Vanden Stock et paraît d'ores et déjà une affaire classée. Ahmed Hassan a des qualités évidentes mais il les met hélas trop rarement au service du collectif. Idem pour Mbark Boussoufa qui, contrairement à l'Egyptien, expérimenté s'il en est, a, lui, encore tout à apprendre. Un jugement qui peut être étendu aussi à Mémé Tchité. Davantage de réserve s'impose dans le cas de Jelle Van Damme, encore jeune lui aussi, et qui doit rattraper le temps perdu à l'Ajax et à Brême. A l'analyse, Anderlecht aura surtout payé cash l'absence d'un leader et d'un latéral droit dignes de ce nom derrière. Sa direction, le président Roger Vanden Stock en tête, regrette également un agencement malheureux du calendrier, arguant que son Sporting avait rencontré les Rossoneri, au plus mauvais moment, vu qu'ils avaient toujours besoin de points pour se qualifier, contrairement à ce qui s'était produit lors des deux dernières journées, lorsqu'ils bâclèrent leur copie à Athènes et à San Siro devant le LOSC. Un avis qui vaut ce qu'il vaut mais, à nos yeux, lorsqu'on a la chance de débuter à domicile face à Lille et que la deuxième journée est synonyme d'un déplacement au stade Olympique, c'est avec un total de six points et non de deux qu'il aurait fallu aborder les Milanais lors des troisième et quatrième confrontations. Lille et l'AEK n'étaient pas plus fortes que le Sporting. Anderlecht en était cette saison à sa dixième participation en Ligue des Champions. Son bilan global est plus que mitigé : les Mauve et Blanc ont livré 88 rencontres au total dans cette compétition et en ont gagné 30, pour 35 défaites et 23 partages. Sa première expérience à ce niveau, le Sporting l'a livrée l'année même où la plus prestigieuse des compétitions européennes de clubs fut tenue sur les fonts baptismaux : en 1991-92. On se souviendra que les Bruxellois, après avoir évincé les Grasshoppers Zurich lors du premier tour préliminaire avaient dû en découdre face au PSV Eindhoven du coach anglais, Bobby Robson, pour déboucher dans la fameuse poule aux £ufs d'or. Les joueurs d' Aad de Mos, qui avaient réussi un nul vierge à l'aller, au Philips-stadion, s'étaient imposés au retour grâce à deux buts précieux signés par Marc Degryse et Danny Boffin. Versés dans un groupe où les adversaires avaient pour noms le Panathinaikos Athènes, l'Etoile Rouge Belgrade et la Sampdoria, les Sportingmen avaient fait fort au Parc Astrid en s'imposant devant tous leurs opposants, sauf les joueurs grecs avec qui ils se quittèrent deux fois dos à dos, sans parapher le moindre but. C'était l'exception confirmant la règle car face aux Yougoslaves et aux Italiens, l'artillerie anderlechtoise avait bel et bien fait parler la poudre, inscrivant un total de huit réalisations. Le match référence, à l'époque, aura été indéniablement celui réussi contre la Sampdoria, avec le but de la victoire (3-2) signé par Luc Nilis à la faveur des ultimes péripéties de la partie. La division offensive des sociétaires du stade Constant Vanden Stock valait évidemment le coup d'£il avec non seulement les précités mais aussi le talentueux Hollandais Johny Bosman. Au cours des années 90, Anderlecht aura en définitive trusté pas mal de succès, même s'il dut composer aussi, à l'une ou l'autre occasions, avec un bide retentissant. Il suffit de songer au 5-3 encaissé au Werder Brême, en 1993-94, alors que les troupes du nouveau coach, Johan Boskamp, menaient par 0-3 au score à un moment donné. On mentionnera aussi une première phase de poules sans la moindre victoire à domicile l'année suivante, toujours sous la conduite du même mentor néerlandais. Mais l'affront, ce fut évidemment l'éviction, dès le tour préliminaire, face au modeste Ferencvaros Budapest en 1995-96. Battu à l'aller sur ses terres (0-1), Anderlecht évinça son entraîneur, Herbert Neumann, après 50 jours à peine pour tenter de renverser complètement la vapeur dans la capitale hongroise avec Raymond Goethals aux commandes . Mais c'était peine perdue car Gilles De Bilde et les siens ne réalisèrent guère mieux qu'un partage là-bas. Anderlecht retrouva le bal des champions l'année même du nouveau millénaire, avec Aimé Anthuenis à la baguette cette fois. Et cette cinquième expérience au plus haut niveau européen fut aussi la plus aboutie de toutes puisque, pour la première fois depuis la création de l'épreuve, une équipe belge réussit à franchir l'écueil du premier tour. Les Mauve et Blanc avaient d'autant plus de mérite que les rivaux ne manquaient pas de références : Manchester United, le Dynamo Kiev et le PSV Eindhoven dans un premier temps, puis la Lazio Rome, le Real Madrid et Leeds United au deuxième tour. Pourtant, cette saison-là, le Sporting réussit l'exploit de terminer en tête de sa poule grâce à des matches d'anthologie logiquement repris dans le top 5 de ses exploits européens dans cette épreuve : le 2-1 contre les Red Devils, et le 2-3 aux Pays-Bas (v. cadre). Deux perfs auxquelles il convient d'ajouter le 1-0 face à la Lazio, au stade suivant. On aurait pu y ajouter le 2-0 de clôture face au Real Madrid. Mais, à l'instar de l'AC Milan contre Lille cette année, les Madrilènes avaient alors dépêché une équipe B à Bruxelles et la victoire, signée par Aruna Dindane et Bart Goor, n'avait alors pas la même saveur. Depuis ce succès glané contre les Madrilènes en 2000-01, Anderlecht n'a plus vraiment régalé son public, en phase finale de poules. A ce niveau, deux maigres victoires auront encore été engrangées par la suite : contre le Celtic Glasgow d'abord, puis devant l'Olympique Lyonnais en 2003-04. Ce qui frappe à l'analyse des forces en présence en huitièmes de finale cette année, ce n'est pas tant l'identité de monstres sacrés comme le FC Barcelone, le Bayern Munich ou Liverpool mais plutôt la présence de quelques clubs face auxquels le RSCA présentait un bilan positif. En premier lieu, on citera le PSV, battu comme exposé plus haut lors du tour préliminaire en 1991-92 et vaincu à nouveau par deux fois en 2000-01. Dans la même lignée, on évoquera le FC Porto qu'Anderlecht bouta hors de l'épreuve la même année et qu'il battit en 1993-94 sur ses terres. Et comment ne pas mentionner aussi l'Olympique Lyonnais, qu'il avait vaincu 1 à 0 au Parc Astrid grâce à un but de Hannu Tihinen, tout en n'ayant été battu que par le plus petit écart à Gerland, auparavant, suite à un penalty généreusement accordé aux Gones. Aujourd'hui, Portugais, Français et Néerlandais sont toujours engagés en Ligue des Champions alors que le Sporting ne dispose même pas de la Coupe de l'UEFA comme planche de salut. Pourquoi ces trois-là ont-ils donc décollé alors que le RSCA, lui, a régressé ? Un premier élément de réponse, c'est assurément la conjoncture. En 2000-01, les Mauve et Blanc disposaient à coup sûr d'une formation des plus mûres qui s'articulait autour de plusieurs individualités de talent comme Jan Koller, Tomasz Radzinski ou Alin Stoica. Ce n'est assurément pas pour rien si, dans le récent sondage effectué par notre magazine en ce qui concerne la meilleure équipe belge de tous les temps, cette équipe-là faisait partie du top 10. Par rapport à ce Sporting-là, au sommet de ses capacités, le FC Porto était encore une phalange en gestation, dont les plus beaux succès allaient être glanés plus tard, avec les mêmes hommes, sous la férule d'un certain José Mourinho. Au PSV Eindhoven et à l'Olympique Lyonnais également, on retrouvait déjà des noms qui allaient pleinement s'épanouir par la suite, comme Eric Addo, André Ooijer et John De Jong d'une part ainsi que Grégory Coupet, Caçapa, ou encore Juninho de l'autre. Pour progresser, le Sporting doit faire comme eux et garder ses meilleurs éléments le plus longtemps possible tout en transférant des garçons plus pointus encore. Sous cet angle-là, le RSCA peut nourrir des regrets, en ce sens qu'il aura été crucifié cette année par un garçon qui aurait dû, en toute logique, défendre ses couleurs : le Lillois Kader Keita. En 2002, au sortir de la CAN au Mali, les dirigeants anderlechtois avaient fait du recrutement de l'Ivoirien, qui jouait à l'époque à l'Etoile du Sahel, à Sousse en Tunisie, leur priorité absolue. Pour une sombre histoire de managers et de commissions, l'intéressé fila en définitive au Qatar pour la modique somme de 400.000 dollars (à l'époque il y avait parité avec l'euro), montant libératoire stipulé dans son contrat. Cet été, Lyon proposa 15 millions d'euros pour s'assurer ses services mais se heurta à une fin de non-recevoir des Lillois, persuadés qu'ils percevront un jour un montant plus astronomique encore pour leur joueur-vedette. Une leçon à méditer, en haut lieu, au stade Constant Vanden Stock... BRUNO GOVERs