Le Sporting de Charleroi a entamé ce championnat comme il avait commencé celui de la saison dernière : par une défaite. Faut-il s'attendre à une nouvelle saison très délicate pour les Zèbres ? Ce n'est pas sûr. Contre le Lierse, ils n'ont jamais été ridicules. Ils ont seulement manqué de poids offensif. Sur le terrain, donc, il n'y a aucune raison de paniquer.
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Le Sporting de Charleroi a entamé ce championnat comme il avait commencé celui de la saison dernière : par une défaite. Faut-il s'attendre à une nouvelle saison très délicate pour les Zèbres ? Ce n'est pas sûr. Contre le Lierse, ils n'ont jamais été ridicules. Ils ont seulement manqué de poids offensif. Sur le terrain, donc, il n'y a aucune raison de paniquer. Dans la coulisse, idem, apparemment. Depuis le milieu de la semaine dernière... Tout semble indiquer que les menaces de faillite et de suppression de la licence pourront bientôt être rangées dans l'armoire aux très mauvais souvenirs. Abbas Bayat a en effet profité de la présentation du noyau à la presse pour dévoiler son nouveau plan financier (voir encadré). Ce plan a totalement rassuré les supporters : autant ils avaient été vindicatifs et anti-Bayat lors du match de gala contre Toulouse, autant ils furent positifs samedi dernier, s'abstenant de toute remarque ou toute banderole touchant le domaine extrasportif. Le Mambourg a retrouvé un vrai douzième homme. Trois jours plus tôt, lors de la rencontre avec la presse, il fut toutefois très peu question de sérénité. Il pleuvait des phrases assassines. Au crachoir : Abbas Bayat et les deux avocats ( Jean-Pierre Deprez et Eugène Tchen) qui défendront une nouvelle fois le club face à l'ONSS, le 26 août. Leur but : mettre les choses à plat, répondre à tous les échos négatifs parus dans les journaux au cours des derniers mois. Les victimes (nommément citées ou non) de ces propos parfois destructeurs : Luc Schlögel (le président de l'Olympic qui défendait le Sporting contre l'ONSS lors de la première audience, avant d'être écarté par Bayat), Luc Frère (ancien président éphémère du Sporting et membre du groupe Van Cauwenberghe), Jean-Jacques Cloquet (directeur commercial et administratif du club jusqu'au 31 juillet dernier) et le quotidien La Nouvelle Gazette, accusée de négativisme systématique et de désinformation. Trois sportifs assistaient à cette mise au point : Dante Brogno, le capitaine Frank Defays et Bertrand Laquait (qui se demandait visiblement où il était tombé et nous avoua, à la sortie : " Je ne comprends rien à toutes ces histoires "). Mais ces trois hommes furent condamnés à écouter sagement, comme des statues, car il ne fut pour ainsi dire jamais question de sport lors de cette réunion. Defays revient sur les thèmes abordés à cette occasion et commente les attaques meurtrières. Frank Defays : " Tout ce qu'on lit dans les journaux ne peut pas tomber du ciel. D'un autre côté, je constate que, pour les joueurs, tout se passe bien au quotidien. D'où viennent les infos négatives ? Je n'en sais rien. Et le groupe n'a pas tous les éléments en mains et ne peut donc pas juger le travail des journalistes. Chacun son boulot. Je comprends en tout cas l'agacement du président. Le Sporting a la chance de posséder un patron qui met beaucoup d'argent. Que ça vienne de Chaudfontaine ou de son portefeuille, ce n'est pas notre problème. Nous sommes payés à temps et à heure : c'est tout ce qui compte. Abbas Bayat a toujours honoré ses engagements vis-à-vis des joueurs. La relation que nous entretenons avec lui a complètement changé depuis quelques mois : le contact est beaucoup plus chaleureux. Nous ne le considérons plus comme notre employeur mais comme un confident. Il a fait exploser la barrière qui existait entre les joueurs et lui. Au quotidien, son neveu, Mogi est très proche du noyau et nous lui disons tout ce que nous avons sur le c£ur : nos espoirs, nos doutes, nos craintes. Il nous expose, jour après jour, les évolutions de la situation extrasportive du Sporting. On sent clairement que, pour les Bayat, préserver les joueurs des rumeurs négatives est une absolue priorité ". Defays : " C'est prestigieux de faire partie du noyau du centenaire. A condition que tout se passe bien en fin de saison. Si vous êtes dans le noyau d'un club centenaire qui se plante, vous avez l'air malin "... Defays : " Le président aurait pu laisser tomber les bras quand nous étions dans le trou, la saison dernière. Il aurait aussi pu avoir des réactions excessives et taper du poing sur la table. Mais il a, au contraire, montré très sereinement qu'il était plus déterminé que jamais. Sa réaction a permis à beaucoup de joueurs de relever la tête. Nous avons calqué notre comportement sur le sien ". Defays : " Il est culotté, il n'a peur de rien. Peu de présidents osent négocier, en public, avec des supporters déchaînés. C'est beaucoup plus facile de rester sagement assis dans la tribune d'honneur et de se boucher les oreilles. Il en faut... " Defays : " Nous avons une équipe très bien balancée. Comme le dit l'entraîneur, Charleroi a le meilleur duo de gardiens du pays. Anderlecht s'est intéressé à Laquait durant l'été : si les Bruxellois l'avaient pris, ils auraient réussi leur meilleur transfert. Il est étonnant que notre club, plongé dans des difficultés pareilles, ait pu trouver, en aussi peu de temps, autant de solutions de qualité pour renforcer son noyau. Pas mal d'autres équipes en meilleure santé financière ont eu beaucoup plus de mal dans leur recrutement. Olufade, c'est tout bon. Et les Français vont nous apporter un plus, c'est sûr. On sent directement qu'ils ont reçu une éducation sportive plus poussée que la nôtre. Ceux que Charleroi a transférés au cours des derniers mois ont des qualités footballistiques, mais ils m'impressionnent surtout par leur mentalité et leur façon d'aborder le métier. Ils nous font comprendre qu'il faut y croire, quel que soit l'adversaire. En Belgique, on est souvent pessimiste de nature. Quand on joue contre un grand, on vise la plus petite défaite possible, on cherche à limiter la casse. C'est frappant dans le cadre de l'équipe nationale. Pour un Français, pas question de limiter ainsi ses ambitions : perdre, c'est perdre, point à la ligne ". Defays : " La faillite, nous l'évoquons dans le vestiaire. Mais tous les joueurs en rigolent. Il y en a toujours bien l'un ou l'autre pour dire que nous devrions déjà aller chercher nos cartes de pointage, pour être en ordre dès le 27 août. Cet humour, c'est la preuve que personne ne croit au scénario catastrophe ". Defays : " C'est clair. Mettez-vous à la place de ceux qui viennent de débarquer et n'entendent parler que de problèmes financiers, de faillite, de dissolution, de relégation, etc. S'ils ne connaissent ni le club, ni la région, ils doivent se poser énormément de questions. Je me mets à leur place : si je débarquais demain dans un club français avec autant de problèmes, je vivrais difficilement mon métier. Quand je sens qu'un étranger a besoin d'être rassuré, je prends mes responsabilités de capitaine et je lui dis que le Sporting ne disparaîtra jamais. Je lui signale que je suis ici depuis cinq ans et que je n'ai jamais connu de problèmes de salaire. Je lui fais aussi remarquer que, si Dante Brogno est à Charleroi depuis 1986, c'est qu'il doit avoir des raisons de croire en l'avenir. Le passé du Sporting est rassurant et, depuis peu, on peut aussi être optimiste pour son futur ". Defays : " C'est vrai que je ressens aussi les choses comme ça à certains moments. J'ai parfois envie d'hurler à tous ceux qui critiquent et démolissent : -Foutez-nous la paix. Le noyau a besoin de sérénité pour bien négocier cette saison. Charleroi est un petit volcan où il se passe toujours quelque chose. D'un côté, c'est bien parce que tout footballeur apprécie de jouer dans un club médiatisé. Mais il y a des moments où nous voudrions passer un peu plus inaperçus. Qu'on m'explique pourquoi le même petit incident se retrouve sur deux pages dans la presse s'il concerne le Sporting, alors qu'on y consacre seulement quelques lignes s'il touche La Louvière ou Mons ". Defays : " Le Sporting est sans doute différent de la plupart des autres clubs parce que tout y est plus fort. C'est un environnement qui marque. Il est pratiquement impossible d'y passer sans s'y attacher. Il y a plusieurs raisons à cela : la chaleur du public, une ville qui vit pour le foot, une ambiance qui est un bon mélange de professionnalisme et d'esprit de famille. Il est fort possible que je ne connaisse que deux clubs dans ma carrière : Namur û où j'aimerais d'ailleurs terminer mon parcours û et Charleroi. Je ne me plains pas, je ne suis pas du style à penser que tout est nécessairement plus beau ailleurs. Je sais ce que j'ai. Et j'en suis encore plus certain quand je vois tous les footballeurs qui doivent, chaque année, s'inscrire au chômage ou redescendre d'une division, voire deux ou trois. Si je quitte un jour Charleroi, il faudra en tout cas que les négociations ne traînent pas. Passer un test, c'est exclu. Regardez Dufer : Lorient s'intéressait à lui mais il devait d'abord y réussir un examen. Quel manque de respect ! C'est surprenant, choquant. Et que valent ces tests ? Oliseh et Ikpeba avaient été testés par le Standard mais jugés insuffisant. L'après-midi, ils étaient à l'essai au FC Liégeois, et là, on a estimé qu'ils étaient assez bons. Vous avez vu la suite de leur carrière ? Je connais aussi des joueurs qui ont crevé l'écran lors d'un match de test mais n'ont plus touché un ballon après avoir signé leur contrat ".