Ses oreilles ont beau être un peu surdimensionnées, tous ses soupirants sont unanimes: à l'heure de se présenter face à la grande Ligue des Champions, l'idéal est de faire bonne impression. Trop jeune à Genk, pas assez considéré à Chelsea, Kevin De Bruyne n'a pas l'allure d'un cavalier potentiel jusqu'à cet été 2015 qui le transforme en transfert le plus cher de l'histoire de la Premier League. La scène continentale s'attarde alors sur ce CV qui affiche certes un titre de meilleur joueur de Bundesliga, mais seulement sept apparitions sur la piste aux étoiles européenne. KDB entre dans la catégorie de ceux qu'on pointe du doigt lors des défaites. Il répond avec des buts décisifs.
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Ses oreilles ont beau être un peu surdimensionnées, tous ses soupirants sont unanimes: à l'heure de se présenter face à la grande Ligue des Champions, l'idéal est de faire bonne impression. Trop jeune à Genk, pas assez considéré à Chelsea, Kevin De Bruyne n'a pas l'allure d'un cavalier potentiel jusqu'à cet été 2015 qui le transforme en transfert le plus cher de l'histoire de la Premier League. La scène continentale s'attarde alors sur ce CV qui affiche certes un titre de meilleur joueur de Bundesliga, mais seulement sept apparitions sur la piste aux étoiles européenne. KDB entre dans la catégorie de ceux qu'on pointe du doigt lors des défaites. Il répond avec des buts décisifs. Son premier but en Champions League offre une victoire face à Séville en phase de poules, à l'aube des arrêts de jeu. Les deux suivants, plantés en quarts de finale face au puissant PSG de Zlatan Ibrahimovic, envoient ses Citizens dans un dernier carré qu'ils n'avaient jamais vu qu'à la télévision. Le but de la qualification est planté avec le sang-froid de ceux qui font trembler les filets comme on lace ses chaussures. Un geste devenu mécanique. Feinte de frappe pour effacer Edinson Cavani, puis intérieur du pied claqué dans le coin du but de Kevin Trapp. L'aisance millimétrée d'une passe faite aux filets. Une spécialité qu'on pensait jusqu'alors réservée à Lionel Messi. Le cri de joie est celui d'un homme en mission. Il raconte l'histoire d'un rêve d'enfant, toujours visible sur un éternel visage poupon. Les joues rougies par l'effort et le bonheur, Kevin se rapproche de son rêve ultime. Celui d'être assez proche de la coupe aux grandes oreilles pour y voir son reflet. Un tour plus loin, le Real Madrid de Zinédine Zidane met un terme momentané aux espoirs européens de KDB. Il transforme le songe en quête, le désir en obsession. La trajectoire de Kevin De Bruyne ressemble parfois à une course sur la piste aux étoiles, avec le but suprême de franchir la ligne d'arrivée. Tant pis si le parcours a parfois des airs de tapis roulant. En 2012, déjà, alors que ses prestations sous le maillot de Genk font de lui un talent convoité par une bonne partie de l'Europe, l'enfant de Tronchiennes opte pour un départ vers Chelsea tout en décidant de terminer la saison dans le Limbourg. Quelques mois plus tard, les Blues sont champions d'Europe. Dix ans ont passé, et Kevin ne l'est toujours pas. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir mis toutes les chances de son côté. En fin de contrat avec Manchester City à l'été 2021, le Diable rouge a longtemps joué les prolongations avant d'apposer sa signature au bas d'un nouveau bail chez les Skyblues. De longs mois de négociations pour aboutir à un deal négocié sans agent, mais avec une précision analytique rare. KDB sait ce qu'il vaut et ce qu'il veut. Sa valeur, il la fait estimer avec l'aide de statisticiens très pointus, spécialistes des datas qui montrent qu'il est très largement l'un des joueurs offensifs les plus décisifs de la planète, et qu'il mérite donc un salaire en adéquation avec cette appartenance au gratin mondial. Surtout, s'il est rapidement certain que Manchester City veut encore Kevin De Bruyne, la question inverse se pose. La menace d'interdiction de participation à la Ligue des Champions qui pèse sur les Citizens retarde longuement les pourparlers. KDB veut la reine des Coupes d'Europe, qu'il pourchasse avec une obstination sans cesse décuplée. Le deuxième versant de l'analyse commandée par le clan De Bruyne concerne d'ailleurs ses chances de soulever la coupe aux grandes oreilles en restant du côté bleu de Manchester. La réponse est formelle: ni le PSG ni le Real Madrid ni le FC Barcelone ni même Liverpool ne peuvent offrir plus de chances au Belge de réaliser son rêve continental. Seul un départ vers le Bayern Munich pourrait augmenter ses chances de gagner la Ligue des Champions. Entre un séjour prolongé à City et un retour en Allemagne, KDB opte pour une prolongation de sa lune de miel avec Pep Guardiola. Après tout, il était sur la pelouse lors de la dernière finale de la CL, et qui sait s'il n'aurait pas enfin atteint l'extase sans ce choc avec Antonio Rüdiger qui l'a contraint à quitter le pré après une heure de jeu? De Bruyne rumine sa revanche. Chaque élimination est l'occasion d'analyser, puis de gommer les erreurs individuelles et collectives qui ont empêché l'apothéose. En fin d'année 2016, quelques mois après la désillusion de l'EURO français, il résume en une formule: "J'aimerais savoir ce qu'il s'est passé pour que ça n'arrive plus la prochaine fois." Le Diable veut mettre toutes les cartes dans son jeu, quitte à hausser le ton quand certains le font dévier de la trajectoire. On dit que la première fois que c'est arrivé, c'est Franky Vercauteren qui a payé les pots cassés. Seulement âgé de 18 ans en décembre 2009 au moment de voir débarquer celui qui était encore intérimaire à la tête de l'équipe nationale quelques semaines plus tôt, Kevin De Bruyne, du haut de ses deux titularisations en carrière sous Hein Vanhaezebrouck, profite de l'arrivée d'un nouveau chef en ville pour marquer son territoire. "Il s'est souvent fâché contre Vercauteren", acquiesce son ancien coéquipier de l'époque Jelle Vossen. "Il avait 18 ans, c'était encore un gamin, mais il n'avait aucun mal à s'en prendre à lui devant tout le monde." Une assurance qui étonne plus qu'elle dérange, à en croire un autre grand bénéficiaire de l'arrivée progressive de KDB dans le onze type des Limbourgeois. "Au début, forcément, on était un peu surpris", se marre encore Marvin Ogunjimi, associé de Vossen à la pointe de l'attaque du Racing, puis des Diables. "On se demandait pour qui il se prenait pour s'en prendre comme ça au coach. Et puis, tu te rends compte qu'il est comme ça avec tout le monde et qu'il te fait gagner des matches. Qu'il te fait marquer des buts aussi. Et tu revois vite ton jugement ( il rit)." Si rapidement que les deux hommes sont bientôt inséparables. En compagnie de Marvin Ogunjimi et du défenseur Brésilien João Carlos, Kevin De Bruyne devient à l'époque un habitué du Café Latino de Hasselt. "Il était comme nous", valide encore l'éphémère buteur diabolique. "Kevin, c'est un Africain dans un corps de blanc. Quelqu'un d'assez nonchalant, de très calme. Ce n'était pas un stressé. Quelque part, je crois même qu'il s'en foutait de ce qui pouvait se passer autour de lui. Ce qui l'importait, c'était de faire son truc." Visiblement plus détendu quand il s'affale au bar que quand il chausse les crampons pour l'entraînement, De Bruyne reste un ovni dans l'effectif bientôt champion de Belgique de Vercauteren, en mai 2011. Et celui qui en parle le mieux est probablement le principal intéressé. "Kevin avait des émotions et des frustrations qu'il n'était pas encore capable de contrôler", rejoue aujourd'hui Frankie depuis sa résidence moscovite. Comprendre que le gamin était capable de s'arrêter en plein milieu d'un exercice pour demander ouvertement et devant tout le monde à son coach quel était le but de celui-ci. "Il était comme ça pour tout", valide encore l'homme aux trois titres de champion de Belgique comme entraîneur. "Il disait: Coach: pourquoi tel exercice, pourquoi tel assouplissement? Est-ce vraiment nécessaire? Moi, je n'en ressens pas le besoin en tout cas. Pour le faire changer d'idée, il fallait des preuves de son bienfait. Alors seulement, il pouvait changer sa vision." En filigrane, Kevin De Bruyne n'apprend pas seulement la vie en groupe, mais bute sur la question de son positionnement dans l'équipe de Vercauteren. Déjà convaincu d'être un joueur d'axe, né pour casser des lignes et délivrer des passes lasers, le post-ado de Tronchiennes sait en tout cas que c'est au coeur du jeu que son potentiel s'exprime le mieux. Et ne supporte pas de se voir déporter sur le flanc gauche pour faire de la place au centre à des équipiers comme Thomas Buffel, Jelle Vossen ou Elyaniv Barda.Ça n'empêchera pas Genk d'être champion. Pas non plus Kevin De Bruyne de signer à Chelsea en janvier 2012. Mais ça offrira encore quelques maux de tête à David Hubert, capitaine des Limbourgeois et délégué au pôle communication d'un joueur qui apprendra à côté de son aîné les règles de la langue de bois. "Je préfère dire que je lui ai appris à parler avec un filtre", retrace Hubert. "Il faut imaginer ce que c'était. Vous le voyez maintenant avec sa tête toute rouge, toute énervée. Imaginez-le il y a dix ans, après une défaite avec Genk. Dans ces moments-là, tu voyais que s'il allait devant la presse, ça allait mal se passer. Et que certains allaient en prendre pour leur grade. Du coup, oui, c'est vrai, c'est moi qui était chargé de le faire redescendre avant qu'il ne parle." Pompier de service, David Hubert n'éteindra pas tous les incendies. Dans l'armoire à dossiers, il y a aussi cette incartade d'avant-match avec Logan Bailly, quelques semaines avant le départ de Kevin De Bruyne pour Chelsea. Ce jour-là, le gardien des Limbourgeois déboule devant le kiné du club pour se faire un strap, mais n'aperçoit pas son coéquipier, déjà présent dans la file d'attente. On dit que la colère qui s'en est suivie a laissé des traces dans le vestiaire de Genk pendant de longues semaines. Dix ans plus tard, dans la bouche de l'ancien portier des Diables, elle situe en tout cas le degré d'assurance d'un joueur "qui n'était pas fait dans le même moule qu'un mec comme moi ou qu'un Anthony Vanden Borre", collègues de vestiaire cette année-là. Deux immenses talents que Kevin De Bruyne croisera finalement trop rarement en équipe nationale. La victoire d'un caractère dont les premières sélections en Diable avaient d'entrée située le positionnement dans la catégorie "gros ego". Sorti à la mi-temps pour sa première sélection avec la Belgique contre la Finlande en août 2010, De Bruyne regrette dans la foulée "ne pas avoir joué à sa place préférée". Une déclaration en forme de présentation que personne dans l'entourage des Diables n'a oublié, même douze ans plus tard. "On a tout de suite su à qui on avait affaire", confirme Philippe Vande Walle, entraîneur des gardiens de l'époque. "Lui, il ne mettait pas plus de crème pour parler à Daniel Van Buyten ou Vincent Kompany qu'à un autre. Ce n'était pas le plus grand bavard, mais quand il lâchait quelque chose, ça y allait." Si son talent indiscutable mettra rapidement tout le monde d'accord, son intégration dans le groupe n'en restera pas moins un éternel sujet de débat. "On jouait tous beaucoup aux cartes à l'époque", resitue Guillaume Gillet. "Les Flamands, les Wallons, les jeunes, les vieux, c'était assez mélangé. Mais Kevin, lui, n'était jamais là pendant les temps libres. Au point que je me suis toujours demandé ce qu'il pouvait bien faire au même moment." Il faut peut-être traverser le temps pour comprendre. Avancer jusqu'au 8 septembre 2020, par exemple. Ce soir-là, contre l'Islande, les Diables de Roberto Martínez offrent une partition sans accroc, et Kevin De Bruyne un premier assist à un petit jeune appelé à tout doucement à prendre un jour à son tour les rênes de l'équipe nationale. "J'étais tellement fier que ce soit lui qui m'ait donné la passe décisive sur mon premier but", semble toujours halluciner Jérémy Doku près de deux ans plus tard. "Je me souviens de chacun de ses mots en après-match. Il m'a dit: Sur l'action, tu as tout fait comme il fallait. Dans cette zone-là, il ne faut pas forcer. Un contre un, frappe, bien joué! Ça m'a touché." Il paraît qu'en 2022, Kevin De Bruyne ne joue toujours pas beaucoup aux cartes. Par contre, il est devenu ce leader incontesté dont la parole est d'or. Une sorte de mentor, adoubeur de futurs champions. "Son aura ne se discute pas", certifie d'ailleurs Doku. "Il n'est peut-être pas le leader classique, il ne parle pas beaucoup en dehors du terrain, mais dès qu'il rentre sur la pelouse, il a cette prestance, cette présence qui fait qu'il dirige naturellement le cours des choses. Il donne aussi une grande confiance. Avant le match contre l'Italie, il était venu me voir avec Axel ( Witsel, ndlr) pour me dire de ne pas stresser. Ils étaient convaincus que j'allais faire la différence. Des gars comme ça, tu ne veux jamais les décevoir." Le Rennais certifie que c'est parce qu'il n'a pas encore assez vu jouer Kevin De Bruyne "en vrai" qu'il rêve d'être de retour à son top pour jouer le Mondial 2022 aux côtés de son idole. Et qui sait, si en rentrant du Qatar, KDB n'offrira pas un visage différent que celui présenté sur le balcon de l'hôtel de ville de Bruxelles le 15 juillet 2018. Ce jour-là, quand toute la Grand-Place s'en bat les couilles en coeur, c'est en partie parce qu'elle a constaté que le numéro 7 des Diables semblait être de ceux qui n'ont pas envie d'être là. Un homme qui carbure aux trophées, au point d'être en panne d'émotions quand le réservoir est seulement rempli de bronze. Comme si son plan de carrière n'avait pas suffisamment de temps pour les désillusions. C'est sans doute pour ça qu'après un partage amical contre le Mexique, en novembre 2017, le maestro des Citizens dégaine la sulfateuse. Roberto Martínez, habitué à jouer les laborantins lors des matches amicaux, expose démesurément son organisation défensive à la vivacité des Mexicains. "Je trouve étrange d'aborder la rencontre de cette façon", râle De Bruyne face aux micros après le coup de sifflet final. "OK, on peut tirer des leçons, mais on peut aussi tirer des leçons en jouant d'une autre manière, et quand même gagner ce match. Moi, chaque match, je veux le gagner." Est-ce la frustration du partage dans un match sans enjeu, ou plutôt la sensation de voir l'équipe démesurément exposée à quelques mois du Mondial russe, échéance capitale de la génération dorée? Peut-être que du temps, KDB considère qu'il en a perdu assez. Au coeur de l'été 2012, pour ses premiers jours passés sous le maillot des Blues, le Diable traverse l'Atlantique pour une tournée américaine riche de quatre matches amicaux. Alors que l'attention médiatique se focalise sur son compatriote Eden Hazard, recrue-phare de l'été de Chelsea, l'ancien de Genk ne cache pas ses humeurs et affiche ouvertement sa volonté d'être prêté pour avoir du temps de jeu. Tout juste rentrés des États-Unis, les Londoniens voient déjà leur nouvelle tête s'envoler pour l'Allemagne, pour une location au Werder Brême. Si le prêt est une réussite, De Bruyne ne manque jamais une occasion de pointer du doigt une mentalité locale "qui ne (me) plaît pas trop" et des consignes trop restrictives à son goût: "Encore l'autre jour, à l'entraînement, j'avais adressé une longue transversale. Quelqu'un m'a crié: Joue simple. Mais entretemps, notre ailier gauche Eljero Elia a plongé vers l'axe et s'est présenté seul devant le but. Alors, j'ai répondu: Vous avez vu?" De retour à Chelsea au terme d'une saison de prêt, la rencontre avec José Mourinho fait, sans surprise, de rapides étincelles. Interrogé par le Guardian en 2015, alors que KDB crève l'écran chez les Loups de Wolfsburg, le Special One raconte une scène aux consonances familières: "Lors de la saison 2013-2014, il a joué le premier match contre Hull City ainsi que le deuxième contre Manchester United. Le troisième match de la saison, c'était la Supercoupe d'Europe à Prague. Là, j'ai décidé de ne pas le reprendre. Le quatrième match, c'était une rencontre de Premier League et je l'ai mis sur le banc. Ça ne lui a pas fait plaisir et il me l'a fait savoir." Même face à un coach qui est alors l'un des plus renommés de la planète, le Diable ne range pas son tempérament au vestiaire. Pas de quoi surprendre Dimitri Daeseleire, compagnon inséparable des années limbourgeoises: "Ce qui m'a toujours frappé, c'est qu'il était capable de se mettre dans des états d'énervement incroyables s'il ne commençait pas un match, déjà quand il avait 17 ans. Alors que personne n'est fâché à 17 ans. Je veux dire, personne n'a les couilles d'être fâché. Normalement, tu longes les murs. Lui pas. Jamais." "Il ne dit pas grand-chose, si ce n'est sa façon de penser", confirme Guillaume Gillet. "Il n'a jamais hésité à donner son avis à un coach." Le mariage est presque cousu de fil blanc avec l'un des étudiants du jeu les plus méticuleux du début de siècle, devenu coach à succès aussi bien sur le plan des trophées que du jeu. Au coeur de l'été 2016, après quelques vacances nécessaires pour digérer un été décevant, Kevin De Bruyne rencontre Pep Guardiola. Le discours du coach catalan au sujet de son maestro n'est qu'une confirmation. "En dehors du terrain, Kevin est quelqu'un de plutôt timide, de réservé", explique le coach des Skyblues dans le documentaire All or Nothing, qui suit la saison 2017-2018 de Manchester City. "Sur la pelouse, par contre, c'est différent." Kevin De Bruyne veut tout comprendre? Guardiola lui explique tout. L'homme des coups de génie devient aussi celui du coup d'avance. L'ancien milieu défensif du Barça lui apprend à percevoir le terrain comme un échiquier, à faire une passe comme on déplace un pion pour attirer le cavalier adverse, puis l'attaquer à l'autre bout du plateau de jeu. C'est en rencontrant son nouveau coach que le Belge s'installe véritablement à la table des meilleurs milieux de terrain du monde, devenant aussi bien capable de contrôler un match que de le faire basculer. Aux yeux de certains, la métamorphose n'est cependant pas si radicale qu'il n'y paraît. "Je crois que c'est quelqu'un qui a toujours joué à l'instinct, mais aussi toujours beaucoup réfléchi sur le terrain", tente Jelle Vossen. "C'est paradoxal, donc c'est très rare. Il est aussi réfléchi qu'instinctif. Il fait des choses en un éclair, mais il scanne des zones aussi. Ça n'a pas changé, mais ça s'est amélioré." "C'est seulement en jouant avec lui que j'ai encore plus réalisé à quel point il était fort", confirme Jérémy Doku. "À la télé, tu vois certaines choses, mais tu ne comprends pas tout ce qu'il fait. Quand tu es à côté de lui, par contre, c'est assez dingue de voir l'emprise qu'il a sur le jeu." Comme si en l'espace d'une décennie, le garçon impulsif aux joues rougies par ses accès de colère avait minutieusement appris à canaliser les aléas du jeu comme on gère ses frustrations. Finalement, le Diable est devenu un rapace. Un animal au vol majestueux, qui semble toujours regarder les évènements de très haut tout en restant capable de décider en une fraction de seconde de se jeter sur sa proie quand il la sent fébrile. En rencontrant Pep Guardiola, Kevin De Bruyne a donc pris de la hauteur. Sans doute la meilleure tactique pour enfin parvenir à toucher les étoiles.