Une banderole à l'inscription Lucas Biglia, el unico y verdadero capitan (Lucas Biglia, l'unique et véritable capitaine). Une rentrée prématurée aux vestiaires sous les huées de la foule, au cours du même match contre le Beerschot : poussé par la vox populi, Olivier Deschacht a cédé son brassard de chef de file à l'Argentin. Bien en cour auprès du public anderlechtois en raison de ses longs états de service au RSCA, l'arrière gauche des Mauves est bel et bien tombé en disgrâce. Pourquoi ce phénomène de rejet après tant d'années d'entente cordiale ? Une enquête auprès des supporters.
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Une banderole à l'inscription Lucas Biglia, el unico y verdadero capitan (Lucas Biglia, l'unique et véritable capitaine). Une rentrée prématurée aux vestiaires sous les huées de la foule, au cours du même match contre le Beerschot : poussé par la vox populi, Olivier Deschacht a cédé son brassard de chef de file à l'Argentin. Bien en cour auprès du public anderlechtois en raison de ses longs états de service au RSCA, l'arrière gauche des Mauves est bel et bien tombé en disgrâce. Pourquoi ce phénomène de rejet après tant d'années d'entente cordiale ? Une enquête auprès des supporters. Mais avant tout, il faut remettre à Oli ce qui lui appartient. S'il évolue au RSCA aujourd'hui, c'est parce que l'un de ses anciens scouts, Marcel De Corte, l'avait chaudement recommandé. " Il s'était signalé à un tournoi avec les U16 de La Gantoise et avait été convié, dans la foulée, à effectuer un test chez nous ", se souvient-il. " L'essai s'était d'emblée révélé concluant et, pendant l'été 1997, il avait dès lors été muté à Anderlecht. " Une aubaine pour le club, qui manquait singulièrement de gauchers à cette époque, mais aussi pour la trésorerie du Centre de Formation des Mauves. C'est que Ronny Deschacht, papa d'Olivier et self made man s'était engagé en faveur du Sporting, par le biais de publicités payantes, au nom de Deschacht plastics, autour des terrains utilisés par les classes d'âge du club. " Les buvettes du Heysel servaient à financer le Centre Brussels tandis que le paternel sponsorisait l'Ecole des Jeunes ", observe un vieux serviteur de la maison. Dans sa catégorie, Oli doit composer avec un élément plus doué que lui : Kevin Nicolay. Mais qu'à cela ne tienne, c'est lui qui obtient finalement la préséance en Première. Grâce à un petit coup de pouce, dit-on, de l'entraîneur en place en 2001, Aimé Anthuenis. Le joueur a un passé à Lokeren et habite non loin de Daknam. Comme le T1. Entre Waeslandiens, on se comprend manifestement. Même si Frankie Vercauteren, adjoint du coach principal, ne tarit pas d'éloges non plus vis-à-vis du petit nouveau. " A son arrivée au club, il avait le niveau d'un footballeur de D3 ", dit-il. " Mais, à force de travail, il est parvenu à se frayer une place dans le noyau A ". Ses débuts ne passent pas inaperçus. Lancé dans le grand bain par le staff technique le 13 janvier 2002, à l'occasion d'un déplacement à l'Antwerp, Oli est retiré du jeu dès la mi-temps, en proie à une nervosité excessive. Anderlecht limite finalement la casse, en arrachant un nul : 2-2. Ce jour-là, il avait profité de l'absence de Davy Oyen pour faire irruption dans l'équipe. Quelques semaines plus tard, malgré la disponibilité du joueur limbourgeois et d'un autre gaucher susceptible d'évoluer à l'arrière latéral, Alexandar Ilic, c'est Oli qui eut droit aux faveurs. Du coup, il allait s'inscrire dans la durée à cette place et jouir d'une certaine sympathie de la part du public. " On en pince toujours pour un pur produit du club ", souligne Pascal Kempinaire, supporter acharné des Mauves depuis plus de 30 ans. " C'était déjà le cas pour des garçons comme WalterBaseggio ou Alin Stoica par exemple. Oli n'avait pas le talent de ces deux-là mais il était attachant pour d'autres raisons. En tant que fils à papa, il n'avait pas besoin du football pour vivre. Or, il avait choisi la difficulté en voulant faire son trou au Parc Astrid. Il a eu d'autant plus de mérite que la concurrence n'a pas manqué, puisqu'on lui a mis dans les pattes des éléments tels Michal Zewlakow, Fabrice Ehret, Jelle Van Damme, Triguinho ou Jan Lecjaks. Et il a toujours eu le dernier mot. Son cas était comparable à celui d'un autre arrière latéral, posté à droite, lui, mais qui finissait toujours par émerger : Bertrand Crasson. Tout au long de ses années au RSCA, le Berre a pris le meilleur sur pas mal de rivaux : Guy Marchoul, Isaac Asare, Jean-Marie Houben, Marc Emmers, Olivier Suray, David Brocken et j'en passe. Son mérite aura été de les mettre tous sous l'éteignoir à la régulière. Il ne s'est jamais plaint de son sort et n'a jamais crié à l'injustice devant cette situation. Avec Oli, c'est différent. Je me rappelle que lors du stage hivernal à La Manga, en 2009, il s'était déjà fait remonter les bretelles par Herman VanHolsbeeck parce qu'il n'avait pas apprécié qu'après Ondrej Mazuch, le club avait encore attiré un autre défenseur, Victor Bernardez. Ce n'est évidemment pas à lui à dicter la politique sportive du club et beaucoup de fans avaient trouvé son attitude déplacée et puérile. La sympathie pour lui en avait pris un coup suite à cet épisode-là. Depuis lors, il faut bien avouer que son comportement en la matière ne s'est pas amélioré. Au contraire, il en a remis une couche cette année parce que la direction avait eu le culot d'attirer deux nouveaux joueurs entrant en ligne de compte pour le rôle de back gauche : Behrang Safari et Diogo. Là, il a franchement dépassé les bornes. Et la façon dont il s'est emporté contre son rival suédois à Bruges était tout à fait déplacée. " Rappel des faits : alors qu' Oli s'échauffait le long de la ligne de touche, il eut une sérieuse altercation verbale avec celui qu'il allait remplacer. Témoin de la scène, notre collègue Christine Schréder, présente le long de la ligne de touche pour Voo Foot, précise avoir entendu prononcer le mot fuck off de part et d'autre. Ce n'est pas la première fois que le joueur faisait montre d'une attitude peu cavalière envers un rival. Invité sur le plateau pour les besoins de la retransmission du match entre l'AEK Athènes et Anderlecht, la saison passée, il n'avait pu s'empêcher d'esquisser un sourire à la vue des bourdes et autres erreurs de positionnement de Jan Lecjaks. " Il l'a enfoncé comme pas permis ", observe un autre sympathisant des Mauves, Gilbert Verhoosel. " On n'a pas idée de faire ça à un collègue. C'était choquant. Bon nombre d'amis étaient d'ailleurs du même avis que moi. Nous avons toujours eu, tous, beaucoup de sympathie pour Oli. D'autant plus qu'il était régulièrement la cible des railleries des supporters adverses. Homo Deschacht, Deschacht Jeannette, qu'est-ce qu'il ne lui est pas tombé dessus ces dernières années ? Ces quolibets ne l'ont toutefois jamais démonté. Au contraire, j'ai l'impression que ces épreuves le rendaient plus forts. Saison après saison, il prenait même de plus en plus d'initiatives. Parfois, même, des trucs qu'on n'attendait pas de lui, comme des passements de jambes. Mais ce n'était pas naturel chez lui. Malgré ses progrès, il est tout de même toujours resté un joueur limité. L'ennui, c'est qu'il n'en a jamais eu conscience. Il n'a jamais compris, par exemple, pourquoi René Vandereycken l'avait toujours snobé chez les Diables Rouges. Mais n'est-ce pas logique lorsqu'on a sous la main des joueurs du calibre de Thomas Vermaelen, Nicolas Lombaerts, Jan Vertonghen ou Jelle Van Damme, qui sont tous plus doués que lui ? Sa manière de crier à l'injustice chaque fois qu'il n'était pas repris dans le noyau A des Belges était pathétique. Et au Sporting, c'étaient les mêmes jérémiades aussi quand il s'estimait injustement traité. A la longue, tout ça lasse. A mesure que les années passent, les gens voient également de moins en moins les qualités d'un joueur, pour ne plus retenir que ses défauts. Et, chez lui, ceux-là sont plus nombreux. C'est plus flagrant encore aujourd'hui, après sa revalidation consécutive à son opération à la cheville. Il a toujours été physique plutôt que technique. Mais on sent bien qu'il n'est plus à 100 % de ses moyens. Idem pour ceux qui ont mis des mois, eux aussi, pour revenir dans le parcours, comme Marcin Wasilewski ou Tom De Sutter. Ils sont tous à la traîne, alors que le reste est fringant. Dans ces conditions, il ne faut pas s'étonner s'ils sont la cible de l'assistance. Oli plus qu'un autre car il ne la joue pas profil bas, alors qu'il aurait toutes les raisons de le faire. " " Oli n'a toutefois pas que des détracteurs parmi les supporters ", dit un autre fan, Alain Hansotte. " Le gars a peut-être été pistonné au départ, mais il ne jouerait pas depuis dix saisons en équipe-fanion du Sporting s'il n'avait pas les aptitudes requises. Certaines méchantes langues disent que sa fidélité à Anderlecht est un signe de faiblesse, entendu que les meilleurs ne font plus carrière, actuellement, dans un seul et même club. Ceux-là oublient qu' Oli a été l'objet de sollicitations de la part de clubs comme Sheffield United, l'Espanyol Barcelone et même la Lazio Rome. S'il n'y a pas donné suite, c'est parce qu'il s'est toujours voulu un clubman avant tout. Dans vos colonnes, j'ai en mémoire que Jean Thissen, ancien back gauche légendaire du RSCA, avait pris fait et cause pour lui en disant qu'il avait largement sa place en Première. Sans oublier, aussi, ce sondage qui révélait qu' Oli était le joueur le plus sous-estimé du Sporting, alors que Romelu Lukaku, lui, était le plus surestimé. Personnellement, je pense qu' Oli est un peu victime du contexte actuel. Au moment où il est devenu titulaire au Parc Astrid, en 2002, les Mauves vivaient la fin de leur âge d'or. Les bons résultats, liés à un football chatoyant, ont alors cédé le pas à une période de moindre conjoncture, avec des joueurs qui n'avaient pas les mêmes qualités que leurs devanciers. Il y a eu un shift aussi au niveau de l'appréciation du public. Au lieu d'aduler des joueurs comme Pär Zetterberg ou Aruna Dindane, les fans se sont pris de sympathie pour des éléments qui mettaient le pied. C'est ainsi qu'il faut interpréter la popularité dont ont joui Wasyl ou Oli à un moment donné. Aujourd'hui, c'est différent. Le RSCA en revient tout doucement à un autre type de football, grâce aux qualités de ceux qui se sont joints cet été, tels Milan Jovanovic, Dieumerci Mbokani et Ronald Vargas. Par rapport à eux, le style du Polonais ou d' Oli font tache. Et c'est pourquoi ils ne font plus l'unanimité. Wasyl conserve une certaine sympathie, malgré tout, car tout le monde a conscience qu'il revient de loin. Pour Oli, c'est différent. Il a à la fois joué des coudes et pleurniché pour retrouver sa place au plus haut niveau. Ce n'était pas très joli et une frange des fans ne l'a manifestement pas admis ". " Oli peut s'estimer heureux d'être Anderlechtois depuis autant d'années ", souligne Serge Quinet, inconditionnel des Mauves lui aussi. " Aujourd'hui, il constitue toutefois un frein à l'essor de l'équipe. Le Sporting actuel est effectivement paré devant et au milieu. En revanche, ça coince derrière. Dans l'axe, Roland Juhasz est évidemment incontournable et je pense que Cheikhou Kouyaté est promis à un bel avenir aussi comme stopper. Mais sur les flancs, c'est la misère. Je ne suis pas le seul à avoir beaucoup d'admiration pour Wasyl, compte tenu de tout ce qu'il a enduré après sa double fracture ouverte tibia-péroné en 2009. Mais il faut bien avouer qu'il n'est plus du tout le joueur qu'il a été. Oli, lui, n'a pas droit à des circonstances atténuantes ou des excuses. Depuis son retour, il est à la ramasse. Il se plaît toujours à faire la leçon à tout le monde. L'année passée, pendant sa convalescence, il a rigolé des erreurs de positionnement de Jan Lecjaks. Mais où était-il donc lui-même sur le but du Beerschotman RoniPorokara au Parc Astrid ? Contre Mons, ce n'était pas mieux. Il s'était alors fait déposer sur place sur l'un des goals aussi. Désolé mais à près de 31 ans, Oli ne va plus progresser. Déjà, il était limite. Défensivement, passe encore. Mais offensivement, il n'a jamais proposé grand-chose. Ses trois buts en une dizaine de saisons, c'est une misère par rapport à la production de Wasyl et Juhasz. Et son total d'assists est tout aussi restreint. Je comprends que le coach ait insisté pour engager l'un ou l'autre gauchers cette saison. Dans le football moderne, il faut des backs qui créent la supériorité numérique ou qui font la différence. Et lui ne fait ni l'un ni l'autre. C'est un poids mort dans l'équipe. Tout le monde en est conscient, sauf lui. J'espère pour lui que les événements récents lui auront ouvert les yeux et qu'il reviendra les pieds sur terre. Car il n'a jamais eu aucune raison de planer ". PAR BRUNO GOVERS - PHOTOS: IMAGEGLOBE" Il fait la leçon à tout le monde alors qu'il commet lui-même des erreurs. "