La saison dernière, Saint-Trond avait été la grande révélation. Chacun s'enthousiasmait devant cette équipe qui, à peine promue en D1 et avec un effectif à peine retouché, avait terminé à la 4e place où seul le nouveau système de play-offs l'avait privé d'un ticket européen, abandonné à Genk, 11e. C'était devenu l'exemple à suivre pour tout promu, et les dirigeants d'Eupen, par exemple, ne cachèrent pas qu'ils tenteraient de s'en inspirer. Mais les saisons se suivent sans forcément se ressembler. Celle de la confirmation est souvent difficile, et l'entraîneur GuidoBrepoels - qui fut à deux doigts de décrocher le titre d'Entraîneur de l'Année il y a quelques mois - le pressentait sans doute, puisqu'il avait déclaré, bien avant les trois coups, que si son équipe terminait 13e ou 14e, ce serait un succès.
...

La saison dernière, Saint-Trond avait été la grande révélation. Chacun s'enthousiasmait devant cette équipe qui, à peine promue en D1 et avec un effectif à peine retouché, avait terminé à la 4e place où seul le nouveau système de play-offs l'avait privé d'un ticket européen, abandonné à Genk, 11e. C'était devenu l'exemple à suivre pour tout promu, et les dirigeants d'Eupen, par exemple, ne cachèrent pas qu'ils tenteraient de s'en inspirer. Mais les saisons se suivent sans forcément se ressembler. Celle de la confirmation est souvent difficile, et l'entraîneur GuidoBrepoels - qui fut à deux doigts de décrocher le titre d'Entraîneur de l'Année il y a quelques mois - le pressentait sans doute, puisqu'il avait déclaré, bien avant les trois coups, que si son équipe terminait 13e ou 14e, ce serait un succès. Saint-Trond toucha le fond lorsqu'il s'inclina 6-0 à Eupen, alors que les germanophones n'avaient pas encore gagné le moindre match. C'était déjà 4-0 à la mi-temps, lorsque certains supporters jaune et bleu quittèrent le Kehrweg, et attendirent le retour des joueurs au Stayen. Saint-Trond a aussi été éliminé de la Coupe par Tournai, lanterne rouge de D2. Comment en est-on arrivé là ? Le successeur de SimonMignolet savait qu'il serait confronté à un lourd héritage. " La saison dernière, il nous avait gagnés entre 10 et 15 points ", estime Brepoels. A priori, le choix de MarkVolders semblait judicieux. Mais la poisse continue à coller aux basques de l'ancien gardien de Mouscron, qui a déjà connu trois faillites durant sa carrière et qui sortait à peine d'une grave blessure à l'épaule. " Aujourd'hui, c'est une gêne au tendon d'Achille qui me handicape ", explique-Volders. " Lors du match à Eupen, j'ai en plus été touché au pied. J'ai mordu sur ma chique et encore essayé de jouer le match suivant, contre Charleroi, mais cela n'allait plus. Au Kehrweg, j'en ai pris pour mon grade. Je n'ai sans doute pas livré le meilleur match de ma carrière, mais je n'ai pas non plus commis de graves erreurs. "SvenVanderJeugt a joué quelques matches avant de se blesser à son tour. Brepoels n'a eu d'autres recours que de titulariser le tout jeune et inexpérimenté LaurentHenkinet, un Hesbignon francophone arrivé de Tongres... où il n'était que deuxième gardien en D3. La poisse qui affecte généralement les équipes mal classées est aussi illustrée par la manière dont le défenseur central LudovicBuysens s'est blessé. Contre le Standard, le gardien Van der Jeugt lui est retombé dessus en effectuant une sortie : fracture tibia-péroné et six mois d'indisponibilité. La défense était du coup privée d'un élément de grande taille et Brepoels a dû bricoler : " C'est désormais SachaKötysch, arrivé de Kaiserslautern, qui évolue aux côtés de VincentEuvrard en défense centrale. Il se débrouille relativement bien, mais a lui-même été victime d'une fracture ouverte de la jambe dans le passé. On sent qu'il hésite encore à s'engager. " Pourquoi n'a-t-on pas gardé MarioCantaluppi ? " C'est une question que l'on me pose souvent ", rétorque Brepoels. " Son cartilage était endommagé et on n'a pas voulu prendre le risque de prolonger son contrat. D'ailleurs, actuellement, il est réduit à l'inactivité. " La saison dernière, l'attaquant IbrahimSidibe avait réussi une excellente saison. Aujourd'hui, il n'est plus que l'ombre de lui-même. " Mais ce serait injuste de lui jeter la pierre ", tempère NilsSchouterden qui vient de réintégrer l'équipe après une fracture de la cheville contractée durant les derniers play-offs. " Il se retrouve fort isolé en pointe. S'il doit redescendre jusqu'en milieu de terrain pour rechercher les ballons, il gaspille forcément de l'énergie et n'a plus toute sa lucidité à la conclusion. " L'an passé, Sibide recevait le soutien de CephasChimedza, dont le contrat était arrivé à échéance et qui n'a pas été prolongé. " On lui a proposé un an, il en voulait trois ", explique Brepoels. " En outre, comme pour Cantaluppi, il a le cartilage endommagé et n'a toujours pas de club. J'espère qu'il retrouvera, un jour, son meilleur niveau. " Sidibe a aussi été privé de son approvisionnement par les ailes. " J'ose espérer que mon retour soulagera un peu Ibrahim ", dit Schouterden, l'ailier gauche. " Mais je dois retrouver le rythme. "L'ailier droit JonathanWilmet a, lui, lié sa destinée à Malines. Pressentait-il déjà les difficultés qui attendaient Saint-Trond ? " Non, pas du tout ", affirme-t-il. " Simplement, mes agents m'ont parlé d'une bonne opportunité à Malines et je leur ai fait confiance, comme je l'ai toujours fait depuis huit ans. " La thèse des départs, qui expliquerait la mauvaise saison trudonnaire, ne le convainc pas : " Des joueurs qui partent, il y en a chaque année dans tous les clubs. A Malines aussi, on a enregistré des départs, comme ceux de JonasIvens et d' AloysNong, mais cela ne nous empêche pas de briguer le top 6. GrégoryChrist et TomCaluwé, que Saint-Trond a recruté, ont tout de même des qualités... En fait, je compare un peu la situation de Saint-Trond à celle de Charleroi : il y a de bons joueurs mais la sauce ne prend pas. " Peu de transferts trudonnaires se révèlent des réussites, jusqu'à présent. Schouterden clame : " Des joueurs importants sont partis et n'ont pas été remplacés. "Là où, la saison dernière, les achats de jeunes joueurs de D2 comme Schouterden lui-même mais aussi DennisOdoi et dans une moindre mesure HervéOnana, furent autant de coups gagnants, les transferts les plus récents n'offrent pas encore le même rendement. YannickRymenants (un jeune Espoir belge du PSV Eindhoven), CarloEvertz (Eupen), PapeCamara et AndreaMutombo (tous deux Standard) étaient des paris sur l'avenir. Christ (Charleroi) aurait dû offrir un rendement immédiat, mais il a déjà fait la connaissance du petit banc. " Il a un peu trop tendance à demander le ballon dans les pieds ", estime Brepoels. " Il doit s'adapter à notre style. Malheureusement, alors qu'il était en train de bien revenir, il vient d'écoper d'une suspension de quatre matches. " Saint-Trond a-t-il préféré investir dans la brique plutôt que dans le sportif ? Duchâtelet comme Brepoels réfutent cet argument, mais reconnaissent une mauvaise évaluation des achats. " En plus, pour des raisons diverses, on n'a pas pu concrétiser l'acquisition de certains joueurs que l'on avait prévu de recruter ", précise l'entraîneur. Schouterden, Buysens, Volders, Van der Jeugt mais aussi MarcWagemakers et récemment Sidibe qui a reçu un coup sur l'orteil : cela fait beaucoup de blessés pour un effectif étriqué. " Toutes ces blessures sont accidentelles, consécutives à des coups reçus en match ou à l'entraînement ", tient à préciser Brepoels. " Si elles avaient été musculaires, on aurait pu se poser des questions sur mes méthodes d'entraînement, mais ce n'est pas le cas. "Un effectif étriqué, c'est toujours une arme à double tranchant. Lorsqu'il y a peu de blessés et de suspendus, comme ce fut le cas à Saint-Trond la saison dernière, c'est l'idéal car l'équipe-type reste en place et développe des automatismes, tout en évitant les mouvements d'humeur de joueurs relégués sur le banc. En revanche, lorsque les blessures et les suspensions s'accumulent, cela devient problématique. Par la force des choses, Brepoels a dû aligner des joueurs sur lesquels il ne comptait, à priori, que pour le deuxième tour voire pour la saison prochaine. Saint-Trond a choisi d'offrir une chance aux jeunes de la région, et des joueurs comme le petit ailier YorickAntheunis, le milieu de terrain ChristopheBertjens ou l'arrière gauche BenjiCommers ont déjà démontré des qualités, mais lorsqu'on doit en aligner cinq ou six à la fois, on ne doit pas attendre d'eux qu'ils portent tout le poids de l'équipe. " S'ajoute à cela le fait que, pour un jeune, c'est beaucoup plus facile de s'intégrer dans une équipe qui tourne ", confirme GielDeferm (22 ans), l'un des leaders de la nouvelle génération qui vient de prolonger jusqu'en 2014. " Durant la saison en D2, j'étais titulaire à l'arrière gauche. On gagnait quasiment tous nos matches et je n'avais quasiment qu'à suivre le mouvement. En revanche, lorsque l'équipe ne tourne pas, comme c'est le cas actuellement, les jeunes éprouvent plus de difficultés à trouver leurs marques et sont plus vite assaillis par le doute. " Les mauvais résultats entraînent une perte de confiance. " Je l'avais déjà ressentie lorsque j'observais les matches depuis la tribune durant ma convalescence ", confirme Schouterden. " Sur le terrain, c'est criant. Lorsqu'on lit dans la presse qu'on doit désormais regarder derrière, car les équipes de bas de classement reviennent, on se pose des questions. "" Avec l'accumulation de mauvais résultats et les critiques qui s'abattent sur nous, la joie de jouer avait un peu disparu ", ajoute Deferm. " Pour que les joueurs se libèrent, j'essaie de varier les entraînements et de proposer d'autres activités ", explique Brepoels. " J'ai, par exemple, organisé une séance de bowling. Les joueurs étaient enchantés. Mais cela ne suffit pas à chasser les démons. Si on encaisse dans le premier quart d'heure, le doute réapparaît. "Des rumeurs ont circulé selon lesquelles une certaine mauvaise humeur aurait envahi les rangs en raison de retards de paiement. " C'est de la foutaise ", assure Brepoels. " Je travaille à Saint-Trond depuis deux ans et demi, et je n'ai pas encore dû attendre mon argent un seul jour. "Le message de Brepoels passe-t-il encore ? Le jeudi précédant le match à Lokeren, voici dix jours, il avait dû fustiger ses joueurs parce qu'ils s'entraînaient mal. " A la théorie, on avait étudié les schémas tactiques des Waeslandiens, et lors d'une séance d'entraînement à 11 contre 11, les joueurs avaient pour mission de mettre tout cela en pratique. Ils n'ont pas exécuté ce que je leur avais demandé ", explique-t-il. Schouterden, en porte-parole de l'équipe, reconnaît les faits, mais précise : " Ce n'était pas du tout prémédité. C'était sans doute lié à la conjoncture actuelle, on était ailleurs. Cela dit, c'est arrivé un jour, il ne faut pas croire que c'est la tendance. " " On a eu une bonne discussion et tout est rentré dans l'ordre ", ajoute Brepoels. A-t-il craint pour sa place ? " Vous savez, tout entraîneur qui signe un contrat sait qu'un jour ou l'autre, il recevra son C4. Je n'échappe pas à la règle. Mais, à ce jour, je n'ai pas perçu une perte de confiance à mon égard, que ce soit dans le chef des joueurs, du président ou même des supporters. Après la défaite à Lokeren, ils étaient encore une trentaine à attendre le retour du bus au Stayen à 1 h 30 du matin et ils m'ont exprimé leur soutien. On a vraiment des supporters fantastiques. "Mais, après le 6-0 concédé à Eupen, ce n'était pas pour exprimer leur soutien que les supporters attendaient le retour du bus au Stayen. " Je soutiens Saint-Trond depuis une trentaine d'années et j'ai du mal à me souvenir d'une humiliation telle que celle subie lors de ce déplacement au Kehrweg ", affirme FrankPeetermans, le président du club de supporters GeelenBlauw. " Pour autant, je ne crois pas à un boycott. C'était un off-day complet, tout simplement. Sur la première attaque des germanophones, le ballon a atterri dans le but. Après, tout s'est s'enchaîné. Il est exact qu'on a attendu le retour du bus des joueurs au Stayen pour demander des explications. On a pu parler au capitaine PeterDelorge. Depuis, tout est rentré dans l'ordre. On n'en veut pas aux joueurs, ce n'est pas leur faute si la direction a commis des erreurs de casting durant la période de transfert. Les joueurs qui sont arrivés ne manquent pas de qualité, mais ils sont encore trop tendres. Que doit-on faire, maintenant ? Je crois que le président devra délier les cordons de la bourse durant le mercato de janvier, sinon on court à la catastrophe. " C'est prévu : Saint-Trond se montrera actif durant la période des transferts. " Il est minuit moins cinq ", constate Brepoels. Nous avons déjà noté trois ou quatre noms sur nos calepins. Nous recherchons en priorité des joueurs d'expérience, mais pour autant, nous ne négligerons pas notre politique à plus long terme et visiterons aussi le marché des jeunes talents en D2 et en D3. Nous ne pouvons commettre la même erreur qu'en 2008, lorsqu'un peu pris de panique, nous avions transféré huit joueurs en janvier et étions descendus. "Dans l'autre sens, Brepoels craint de perdre DennisOdoi : " Il est fort courtisé. Un élément aussi polyvalent que lui, capable d'évoluer sur le flanc droit, sur le flanc gauche ou dans l'entrejeu, ne court pas les rues. S'il s'en va, ce serait une nouvelle perte très sérieuse. " PAR DANIEL DEVOS" Des retards de paiement ? C'est de la foutaise. Je n'ai pas encore dû attendre mon argent un seul jour. " Guido Brepoels" On n'en veut pas aux joueurs, ce n'est pas leur faute si la direction a commis des erreurs de casting. " Les supporters