F abio Capello n'est pas spécialement un grand comique quand il parle de son équipe. Probablement parce qu'il sait très bien que, quoi qu'il fasse, une partie du public lui sera toujours hostile, qu'il aligne Alessandro Del Piero ou non. Le coach de la Juventus n'a pas changé d'avis et, malgré le titre remporté la saison dernière et l'actuelle première place au classement, quand on lui demande quelle est son idée du football, il répond invariablement : " C'est toujours la même. Le football est un équilibre. Toutes les équipes victorieuses l'ont eu. On ne peut se fossiliser sur un dispositif ".
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F abio Capello n'est pas spécialement un grand comique quand il parle de son équipe. Probablement parce qu'il sait très bien que, quoi qu'il fasse, une partie du public lui sera toujours hostile, qu'il aligne Alessandro Del Piero ou non. Le coach de la Juventus n'a pas changé d'avis et, malgré le titre remporté la saison dernière et l'actuelle première place au classement, quand on lui demande quelle est son idée du football, il répond invariablement : " C'est toujours la même. Le football est un équilibre. Toutes les équipes victorieuses l'ont eu. On ne peut se fossiliser sur un dispositif ". Comment gère-t-on une équipe comme la Juve ? Capello : " Comme Milan, le Real ou l'AS Rome. Soit avec bon sens. Je travaille pour l'équipe et la gestion d'un noyau important implique des choix douloureux. Mais ils ne sont jamais dictés ou influencés par la sympathie. Je travaille pour gagner et donc en plein accord avec la philosophie de la Juventus car, ici, tout le monde ne pense qu'à la victoire ". Depuis le début de la saison, la Juventus n'a connu que deux revers, le premier en Ligue des Champions au Bayern (18 octobre, 2-1) et le second à Milan (29 octobre, 3-1). A première vue, on pourrait croire que la Juventus ne perd que contre les équipes du top. Un raccourci, sans aucun doute, un peu rapide : il ne faut pas oublier que la formation turinoise a battu un record d'Italie en remportant ses neuf premières rencontres de championnat. Après la défaite au Bayern, Fabio Capello a prétendu que son équipe avait connu une mauvaise soirée et que cela entrait dans la logique des choses. Le coach turinois trouve toujours la phrase juste pour rendre la pilule moins amère à avaler. Le 29 octobre, la VieilleDame connaissait sa première défaite en championnat à Milan. Que la Juventus puisse perdre à San Siro contre son principal concurrent dans la course au titre entrait aussi dans la logique des choses. Mais ce qui l'était moins, c'est que les Bianconeri se sont fait enfiler trois buts en une mi-temps, alors qu'ils n'en avaient pris que deux en 810 minutes et qu'ils n'ont jamais inquiété un tant soit peu Dida, le gardien de Milan. Après ce nouveau couac, Capello a lancé : " Ce soir, j'ai compris ce que c'était d'avoir une Juventus très forte. Je m'explique : si une équipe forte comme Milan joue contre nous avec les yeux injectés de sang et avec une hargne inhabituelle, cela veut dire que la Juventus fait vraiment peur à une formation comme celle des Rossoneri ". Il est clair que la Juventus n'est pas sortie amoindrie de cette défaite à Milan. Il était impensable qu'elle gagne toujours et puis elle a perdu lors du déplacement le plus difficile du championnat. Ce n'est pas étonnant que la Juve ait accusé sa première défaite lors de la 10e journée après un départ à fond, exactement comme ce fut le cas un an plus tôt. La saison dernière, la préparation basée sur les tours préliminaires de la Ligue des Champions avait permis à l'équipe de Capello de voler en début de championnat et d'engranger huit victoires et un partage. La chute à Reggio de Calabre était due à quelques circonstances malheureuses mais c'est précisément en novembre que les Bianconeri commencèrent à accuser une baisse athlétique qui a duré jusqu'à Noël, un ralentissement masqué par les résultats (des victoires de justesse à l'exception des partages contre l'Inter et Milan). La préparation de cette année a été calquée sur celle de la campagne précédente et il est assez logique que les résultats aient été les mêmes et que les premiers signes de fatigue se soient manifestés à la même période. Et puis, la Juventus paie également les obligations de ses nombreux internationaux. Ainsi 14 d'entre eux participent actuellement aux rencontres de barrage pour le Mondial. Par rapport à la saison dernière, il y a toutefois une différence notable : le classement en Ligue des Champions. En 2004, la Juventus se trouvait seule en tête avec neuf points et la qualification fut mathématique après la quatrième journée, soit juste avant la baisse de régime. Et au moment où les énergies commençaient à manquer, elle avait pu se concentrer sur le championnat. Actuellement, la Juve est à égalité avec Munich... Parmi les problèmes auxquels Fabio Capello a dû faire face, il y a l'absence de GianluigiBuffon. La blessure à l'épaule que s'est occasionnée le gardien au mois d'août a sans doute beaucoup pesé sur le rendement de l'équipe. Christian Abbiati n'a pas toujours été impeccable avant de se blesser, et le remplaçant du remplaçant, AntonioChimenti, n'a guère été brillant lui non plus. A Milan, il a montré qu'il y a une différence entre un gardien qui a l'habitude de jouer et celui qui, comme lui, compte sur les doigts d'une main le nombre de matches disputés en l'espace de plusieurs saisons. Ce soir-là, le but de la Juventus a vacillé, comme il ne l'avait plus fait depuis longtemps. Chimenti a, malgré lui, prouvé l'importance, psychologique aussi, de disposer d'un numéro 1 de classe mondiale comme Buffon. Il est vrai que jusqu'à ces matches face à de grandes équipes, les deux gardiens remplaçants n'avaient pas laissé apparaître de trop gros trous dans le mur, puisque la Juventus était toujours invaincue. Mais contre la Sampdoria, Abbiati avait été pour le moins verni avec le ballon qui s'était écrasé sur la transversale alors qu'il était battu, sans oublier les nombreuses occasions dites immanquables ratées par EmilianoBonazzoli, l'attaquant génois. Contre le Bayern est arrivée la première floche d'Abbiati. Touché au genou et, dans la foulée, victime d'une grippe, il a dû déclarer forfait pour le match contre Lecce et le déplacement à Milan. Là, Chimenti ne bénéficia pas de la même chance : sur le premier goal milanista, le ballon a été dévié par Lilian Thuram mais le gardien se trouvait quand même six bons mètres hors de ses montants, et sur le coup franc botté par AndreaPirlo amenant le troisième but, Chimenti a commis une énorme bévue. La série négative n'était pas finie pour autant : lors du retour contre le Bayern, une nouvelle erreur d'Abbiati a failli coûter cher à la Juventus. Combien l'absence de Buffon pèse- t-elle ? Capello : " Un grand gardien vaut un attaquant en ce sens qu'il peut ramener sept ou huit points à lui seul dans le courant d'une saison. Mais je n'accablerai pas Antonio Chimenti. Tout ce que je peux dire, c'est que Buffon fera sa rentrée fin novembre tant il récupère rapidement ". A la Juventus, où on ne communique pas sur tout ce qui touche aux problèmes physiques, on a quand même confirmé que le gardien international devrait reprendre sa place le 27 novembre au stade Delle Alpi contre Trévise. Toutefois, plus que l'absence de son gardien international, la Juventus a payé le forfait momentané de PatrickVieira puis le fait qu'il n'ait pu s'aligner en pleine possession de ses moyens. Le Français est, selon Capello lui-même, l'homme qui a donné à l'équipe ce petit plus qui fait la différence par rapport à la saison passée. Une impression confirmée par la brillante prestation de Vieira, qui avait été le principal artisan de la victoire de son équipe contre l'Inter (2-0) le week-end précédant le déplacement européen à Munich. A l' AllianzArena, la Juventus a essuyé son premier échec de la saison sans jamais avoir donné l'impression d'être entrée dans le match. On a évidemment parlé d'une baisse de rythme générale, d'une journée sans, mais en réalité, ce soir-là, les Bianconeri ont surtout payé l'absence de Vieira, bloqué à Turin à cause d'une pubalgie. Et à Milan, ce fut la même chose dans la mesure où, retapé pour le match au sommet, le Français n'a jamais été à la hauteur de sa réputation si ce n'est sur la passe verticale qui a permis en fin de match à David Trezeguet de réduire la marque (3-1). En somme, si Vieira n'est pas là ou s'il n'est pas au top, la Juventus risque de marquer le pas face à des adversaires de haut niveau en Italie ou en Europe. Capello en était conscient. Depuis début octobre, c'est-à-dire dès l'instant où le médian a commencé à ressentir des problèmes après un match avec l'équipe de France, le coach turinois s'était fixé comme premier objectif la récupération de Vieira en vue des deux matches les plus importants de ce début de saison, face à Milan et le retour contre le Bayern. Et face au champion d'Allemagne, le Français a tenu son rôle même s'il n'a pas encore retrouvé tout son allant après un mois troublé. Malgré ses dires, Capello n'a pas apprécié le comportement de son équipe - et pas seulement les hésitations de ses gardiens - tant à Munich qu'à Milan. La preuve, lors du retour contre le Bayern, le 2 novembre, il a effectué une demi révolution tant au niveau des joueurs que de celui du dispositif employé. Il a écarté MauroCamoranesi, PavelNedved et AdrianMutu, qui ont pris place sur le banc avant d'effectuer leur apparition lors du rush final. La Juventus s'est présentée dans une disposition inédite avec trois défenseurs ( Robert Kovac, Lilian Thuram et FabioCannavaro), deux flancs imprévus ( Gianluca Zambrotta et GiorgioChiellini) au milieu de terrain en compagnie d' Emerson et de Vieira, avec pour la première fois Del Piero en soutien du duo d'attaque Trezeguet- Zlatan Ibrahimovic. Fabio Capello s'était imaginé qu'en plaçant plus d'hommes dans la zone d' OliverKahn, le gardien du Bayern, il augmenterait le potentiel offensif de son équipe. Ce ne fut pas le cas et la Juventus donna vite l'impression de s'effilocher. Bien obligé, Capello apporta quelques modifications à son équipe mais, contrairement à ce que l'on aurait pu croire, il n'est pas revenu à son habituel 4-4-2. En fait, si l'on examine les grandes équipes entraînées par Capello (Milan 91-92 et 95-96, Real Madrid 96-97, Rome 99-00), on se rend compte de l'évolution du football prôné par le coach turinois. Il saute aux yeux que son football actuel est beaucoup plus proche de celui pratiqué par Carlos Alberto Parreira, le coach du Brésil. Ce n'est probablement pas un hasard si, la saison dernière, il avait tenu à amener à Turin Emerson, qu'il avait eu sous ses ordres à Rome. Et ce n'est pas pour rien que le médian brésilien avait déclaré : " La Juve, c'est comme le Brésil, ou presque ". Si le système de départ reste le 4-4-2, la Juventus affiche une plus grande prédisposition au jeu offensif. Actuellement, elle attaque (et défend aussi) avec un plus grand nombre d'hommes, non seulement par rapport aux équipes coachées précédemment par Capello mais également à la Juve de la saison dernière. Capello n'aime pas les expressions numériques (4-4-2, 4-3-3,...) avec lesquelles on simplifie les méthodes de jeu : " En fait, j'attaque et je défends toujours avec neuf hommes. Il n'y a que le gardien et un des attaquants qui ont le droit de ne pas participer à cela. Alors, ceux qui tiennent vraiment à mettre des chiffres, qu'ils disent que la Juventus joue en 9-1 " ! Cela étant, si l'on compare le dispositif de l'équipe du Brésil et celui de la Juventus dernière mouture, on remarque de nombreuses similitudes et on pourrait parler d'un 4-2-2-2. La défense avec deux centraux chargés du marquage étroit et deux latéraux qui poussent. Bref, Manuele Blasi, Thuram, Cannavaro et Zambrotta sont alignés comme Cafù, Lucho, Juan et Roberto Carlos. Le Brésil fait jouer deux médians centraux : Emerson et ZeRoberto ; la Juve fait confiance au même Emerson et à Vieira. Il s'agit d'un duo placé devant la défense, chargé de déclencher la phase offensive et défensive. Avec une petite différence, toutefois, au sein de la Seleção : les deux hommes alternent les percées offensives tandis que, chez le champion d'Italie, ce rôle a plutôt été dévolu à Vieira jusqu'à présent. Autre similitude, Camoranesi et Nedved sont aussi des médians offensifs constamment en soutien de leurs attaquants, Trezeguet et Ibrahimovic, comme le sont Kakà (à droite) et Ronaldinho (à gauche) pour Adriano et Ronaldo, même si les deux Brésiliens se replient peut-être moins que les Juventini. Et le retour au premier plan de Mutu confère à la paire d'extérieurs turinois une plus grande similitude avec celle du Brésil. Il y a de fortes chances que Capello s'en tienne à cette disposition contre Bruges malgré la suspension d'Ibrahimovic, qui a été exclu contre le Bayern. NICOLAS RIBAUDOSI L'ON COMPARE LE DISPOSITIF DU BRÉSIL ET CELUI DE LA JUVENTUS, ON REMARQUE DE NOMBREUSES SIMILITUDES