1 Chaque joueur différemment tu approcheras

" Avant, je considérais mon groupe comme un tout et j'estimais que chacun devait faire la même chose. Aujourd'hui, je comprends qu'il faut approcher chaque joueur différemment. C'est pour cela qu'avec l'aide du psychologue Steven op't Roodt nous avons établi un profil psychologique de chaque joueur sur base d'entretiens individuels. Nous voulions savoir comment ils réagissaient à un coup dur, qui pouvait être un leader, qui supportait la critique, comment ils se concentraient sur un match...
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" Avant, je considérais mon groupe comme un tout et j'estimais que chacun devait faire la même chose. Aujourd'hui, je comprends qu'il faut approcher chaque joueur différemment. C'est pour cela qu'avec l'aide du psychologue Steven op't Roodt nous avons établi un profil psychologique de chaque joueur sur base d'entretiens individuels. Nous voulions savoir comment ils réagissaient à un coup dur, qui pouvait être un leader, qui supportait la critique, comment ils se concentraient sur un match... Cela nous aide à nous y prendre avec eux, à savoir si nous devons leur parler de la tâche à accomplir ou jouer sur l'émotionnel. Sur ce plan, il nous faut aussi tenir compte des différentes nationalités et cultures. Les Africains sont fiers et orgueilleux : il ne faut jamais les aborder devant tout le groupe. Les Sud-Américains accordent beaucoup d'importance à la famille, il faut les mettre en confiance. Les Scandinaves sont très structurés et plus indépendants... Sachant cela, je parle beaucoup plus qu'avant avec les joueurs. Au cours de la semaine, je passe voir presque tout le monde : sur la table de massage, sur le chemin de l'entraînement, juste après la séance... Ça dure parfois deux minutes, parfois un quart d'heure. Ces entretiens doivent me permettre de créer des liens forts, personnels. C'est crucial quand on veut titiller quelqu'un. C'est pour cela que je prends régulièrement les jeunes dans mes bras, pour leur montrer que je les aime bien. Comme l'autre jour, à l'entraînement, lorsqu'Idrissa Sylla a inscrit un but magnifique après de nombreux ratés. Je l'ai attrapé et je lui ai dit : Je t'aime. C'est plus efficace que dix entraînements. Pendant un match aussi, je veux montrer à mes joueurs que je suis là pour eux, que je vis le match avec eux. Assis sur le banc, ce n'est pas possible alors je reste debout pendant 90 minutes, même quand il tombe des cordes, comme lors du match d'Europa League face à Wigan. Je montre plus que jamais mon émotion quand nous marquons ou quand nous gagnons. Avant, je ne bronchais pas. Maintenant, je n'ai pas honte de me jeter dans les bras de Sammy Bossut, comme lorsque nous avons battu le Club Bruges. " " Mbaye Leye a dit l'an dernier que j'étais beaucoup plus zen qu'avant et c'est vrai. Cela me permet de prendre plus de distance et de mieux analyser. Il est très important qu'un coach dégage une impression de bonheur et de calme. Avant un match, il ne faut jamais transmettre son stress aux joueurs, sans quoi ils deviennent nerveux. C'est pourquoi, même avant une finale de coupe, je reste le plus détendu possible et je laisse mon groupe tranquille. A quoi sert-il de les surcharger de consignes juste avant le coup d'envoi ? Je laisse cela à mon capitaine car moi, je motive les joueurs trois heures avant le match, juste après la théorie. Pendant un match, il m'arrive encore parfois de m'énerver - comme au Standard - et j'essaye de motiver mes joueurs mais si nous sommes menés au repos, je ne perds plus mon calme. J'essaye plutôt de trouver des solutions ou de prendre l'un ou l'autre joueur à part. Après le match, même après une défaite, je reste calme et je mets l'accent sur les choses positives. Après le 2-2 à domicile face à Genk, j'ai d'abord félicité les joueurs d'être revenus deux fois à la marque. Le lendemain, j'ai pointé nos erreurs mais brièvement. Une approche négative des choses qu'on ne peut plus changer nuit en effet au processus d'évacuation mentale. Mieux vaut utiliser cette énergie à préparer le prochain match. C'est pour cela que j'insère toujours l'un ou l'autre entraînement sympa et que je donne plus régulièrement un jour de congé. Après la défaite en finale de la coupe, ils ont même eu droit à trois jours. C'était l'idéal pour faire le vide dans les têtes, surtout au cours d'une saison où on joue tous les trois ou quatre jours. " " Les gens me demandent parfois : Que faites-vous quand ça va très mal ? Je réponds toujours : Je n'ai jamais connu cela. Quand on suit tout de très près en permanence, on ne peut pas perdre le contrôle et arriver en situation de crise. C'est pourquoi, après chaque match, j'établis un rapport et je cote mes joueurs - de moyen à très bon - puis je transforme le tout en team performance. La norme est de 75 % car quand on l'atteint, on peut battre n'importe qui en Belgique. Pour motiver les joueurs, il faut leur fixer des objectifs. Accessibles et crédibles mais suffisamment élevés et de préférence à court terme. C'est pourquoi je divise toujours la saison en volets de trois matches. En fonction des adversaires, nous devons prendre entre 5 et 7 points sur 9. Une fois ces rencontres passées, nous tournons la page et nous nous concentrons sur le chapitre suivant. C'est comme cela qu'on les garde concentrés - ce n'est pas un hasard si, cette saison, nous n'avons pas encore perdu deux fois de suite - et qu'on ne s'attarde pas trop longtemps sur une défaite ou une victoire. Un plombier qui vient de terminer l'installation sanitaire d'une maison ne se repose pas non plus sur ses lauriers : il pense directement au chantier suivant. " " Les joueurs doivent avoir une attitude de gagneur et la transmettre. C'était l'un des objectifs de cette saison : faire preuve de plus d'audace encore que la saison dernière. Ne plus avoir peur d'aller à Anderlecht. Entamer chaque match le couteau entre les dents. Les vainqueurs occasionnels ne sont pas des champions. Gagner doit être une habitude. Pour cela, il ne faut pas avoir peur. Il n'est pas simple d'instaurer une telle attitude. Cette saison, nous nous sommes encore un peu trop laissé marcher sur les pieds dans les duels, nous avons commis trop peu de fautes professionnelles, manqué d'audace. Je leur ai déjà dit : Je crois plus en vous que vous-mêmes. Avant le match contre Genk, alors que nous pouvions prendre la tête, je leur ai fait passer le message suivant : N'ayez pas peur de la première place. Ça n'a pas marché et c'est la raison pour laquelle, après le repos, j'ai joué en 3-4-3, comme je le fais souvent lorsque nous sommes menés. Nous devions faire le premier pas, oser risquer la défaite pour pouvoir gagner. C'est pourquoi j'étais si content que Sylla motive le public après le 2-2. Cela faisait des mois que j'essayais de faire de lui un gagneur et enfin, il me l'a montré en match. " " La vedette de Zulte Waregem, c'est l'équipe. Pas Thorgan Hazard, pas Mbaye Leye et sûrement pas moi car je n'ai jamais délivré d'assist ni inscrit de but. C'est pourquoi, après un match, je salue brièvement le public et je rentre au vestiaire, même après une victoire. Toute l'attention doit se porter sur le groupe. Nous devons former une grande famille en dehors du terrain également : les joueurs, le staff, les collaborateurs... Pas en organisant des séances de team building, c'est artificiel, mais en travaillant à cela chaque jour. Cela aussi, c'est une question d'attitude : serrer la main de tout le monde en arrivant, ne pas jouer sur son GSM ou sur son iPad au moment du repas, qui doit rester un moment convivial. Il est également important que tout le monde s'apprécie. Après chaque petit déjeuner, par exemple, je remercie nos cuisinières. J'ai autant de respect pour elles que pour le président et elles le sentent. "Je constate plus que jamais que les gens loyaux, compétents et travailleurs qui nous entourent sont la clef du succès. Ce n'est pas un hasard si mon staff se compose de pratiquement les mêmes personnes depuis des années (l'adjoint Eddy Van den Berge, l'entraîneur des gardiens Gianny De Vos, le préparateur physique Bram De Winne, le psychologue Steven op't Roodt, ndlr). Ce ne sont pas des gars expansifs mais des gens de qualité. Avant, j'avais tendance à tout vouloir faire tout seul. Avec eux, je sais que je peux déléguer et cela leur permet d'évoluer dans leur fonction également. " " Le cadre de travail est aussi important que les gens. Pour pouvoir exiger de grandes prestations, il faut qu'il soit au point. Jean-Pierre Meersseman, l'homme qui a créé le fameux Milan Lab, m'a dit un jour : Quand un coach dit que ses joueurs sont des amateurs, c'est qu'il les a formés comme des amateurs. C'est tout à fait vrai. Nous n'avons certes pas les moyens de Milan - là, même pour un décrassage, il y a dix membres du staff sur le terrain - mais j'essaye tout de même d'arriver à la perfection. Je collabore de près avec l'ostéopathe, le podologue, le psychologue, le dentiste, le diététicien, les deux médecins, les trois kinés... Nous avons aménagé un espace avec trente lits luxueux dans lesquels mes joueurs sont obligés de faire la sieste entre deux entraînements. Nous avons également aménagé un tout nouveau terrain d'entraînement, complètement isolé, de façon à pouvoir travailler dans le calme lorsque nous le souhaitons. Moi-même, j'essaye sans cesse de me perfectionner. Lors des stages de la Pro License à Heerenveen et au Sporting Lisbonne, déjà, j'ouvrais grands mes yeux et mes oreilles. Plus tard, de ma propre initiative, j'ai effectué des visites à l'AC Milan, à l'AZ, à Lille, à Bâle, au PSV... et j'y ai discuté avec de grands entraîneurs comme Carlo Ancelotti, Louis van Gaal, Claude Puel... Des gens passionnés dans lesquels je me reconnaissais. Si mon entraînement n'est pas bien préparé, si ma compilation n'est pas terminée, je ne me sens pas bien. Pour moi, c'est une obligation. Je regarde aussi un maximum de matches aux niveaux national et international. Je lis des bouquins et des périodiques sur le management, le leadership ou le coaching, j'aime écouter les débats politiques ou les gens passionnés qui parlent de leur job. Un coach peut toujours apprendre. " " Lorsque j'entraînais l'équipe B de Harelbeke, André Van Maldeghem m'a appris qu'il ne fallait pas rendre le football trop compliqué et qu'il fallait opter pour un système simple. Avec des consignes claires et des automatismes travaillés lors de chaque entraînement, afin que les joueurs finissent par se trouver les yeux fermés. En fait, le football est un sport cérébral : un maximum de joueurs doivent avoir la même idée au même moment, ce qui leur permet d'être une fraction de seconde plus rapide que l'adversaire. C'est pourquoi j'organise des séances courtes (1h) mais intensives avec un maximum d'exercices qui stimulent les capacités d'appréciation et de réaction : tu as la balle, tu ne l'as pas, tu l'as, tu ne l'as pas, et ainsi de suite. J'essaye surtout d'appréhender au mieux les qualités et les défauts de chaque joueur afin de former le collectif le plus homogène et le mieux organisé possible. Nous neutralisons les points forts de l'adversaire - nous en déterminons deux ou trois maximum avant le match - et nous pressons vingt mètres plus haut qu'il y a quelques années. Cela nous permet de nous reconvertir plus rapidement mais, surtout, de soigner le jeu. Nous ne nous entraînons pas seulement à nous repositionner et à récupérer le ballon mais nous travaillons aussi les automatismes et le fond de jeu en possession de balle : les passes dans les pieds et à la bonne vitesse, le timing, le démarquage... Ce n'est donc pas un hasard si, lors de la phase classique, nous étions l'équipe qui, des six participants aux play-offs I, affichait le meilleur pourcentage en possession de balle et le plus grand nombre de tirs au but. L'objectif est de produire un football attractif et fonctionnel qui amène des résultats. Nous n'y sommes pas toujours arrivés, mais tout de même souvent. Et pour un soi-disant petit club, nous pouvons en être fiers. " PAR JONAS CRETEUR - PHOTOS: BELGAIMAGE" Quand Idrissa Sylla a inscrit un but magnifique à l'entraînement après de nombreux ratés, je l'ai attrapé et je lui ai dit : Je t'aime. C'est plus efficace que dix entraînements. "