N'existe-t-il pas une thérapie moins primitive, pour les supporters tendus, que de détruire moralement des joueurs ? L'introspection, par exemple. Mais pour cela, il faut avoir le courage de se regarder en face, de transformer son venin en énergie positive plutôt que de le cracher. A l'époque où les fans brugeois prenaient régulièrement Sandy Martens pour cible, Trond Sollied leur suggéra d'aller hurler sur une plage déserte. Brian Priske (30) sourit et pèse ses mots. " Je comprends que les supporters sifflent quand l'équipe ne tourne pas, quand les prestations ne sont pas conformes à leurs exigences. Certains estiment qu'ils ont le droit de huer les joueurs parce qu'ils paient cher pour venir au football mais je ne pense pas que c'est pour cela que nous allons jouer mieux, au contraire. Pour moi, ils feraient mieux de nous soutenir ".
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N'existe-t-il pas une thérapie moins primitive, pour les supporters tendus, que de détruire moralement des joueurs ? L'introspection, par exemple. Mais pour cela, il faut avoir le courage de se regarder en face, de transformer son venin en énergie positive plutôt que de le cracher. A l'époque où les fans brugeois prenaient régulièrement Sandy Martens pour cible, Trond Sollied leur suggéra d'aller hurler sur une plage déserte. Brian Priske (30) sourit et pèse ses mots. " Je comprends que les supporters sifflent quand l'équipe ne tourne pas, quand les prestations ne sont pas conformes à leurs exigences. Certains estiment qu'ils ont le droit de huer les joueurs parce qu'ils paient cher pour venir au football mais je ne pense pas que c'est pour cela que nous allons jouer mieux, au contraire. Pour moi, ils feraient mieux de nous soutenir ". Brian Priske est loin d'être le chouchou du public du stade Jan Breydel. Depuis qu'il a signé à Bruges, voici un an et demi, le Danois n'a guère vu le soleil briller. " Bien sûr, cela fait mal d'être sifflé comme je l'ai été lors du match contre Dender. Ce n'est pas pour cela que je suis venu en Belgique. Heureusement que j'habite à Lille. Les quarante minutes de voiture qui séparent le stade de mon domicile me suffisent bien souvent à me changer les idées après une mauvaise soirée. Je ne suis pas un maniaque qui regarde tous les programmes de sport à la télé ou qui lit tous les journaux, les magazines et les sites internet. Ma famille est importante pour mon équilibre et ma meilleure thérapie, c'est de jouer avec mes enfants. La saison dernière fut plus difficile. A l'époque, j'étais très étonné que cela puisse m'arriver après quelques matches seulement. Je pensais qu'il était impossible qu'un joueur soit sifflé par ses propres supporters après quelques matches seulement. Toute l'équipe jouait mal mais c'était presque toujours de ma faute. A un moment donné, je me suis demandé à quoi bon continuer à jouer. Que je joue bien ou mal, j'étais toujours critiqué. Mais je ne suis pas du genre à fuir. J'ai mordu sur ma chique, j'ai fait preuve de caractère. Je me suis dit qu'un jour, les choses iraient mieux et que les supporters seraient derrière moi aussi. Car malgré tout, je pensais encore être un bon joueur et j'étais convaincu de pouvoir le démontrer sous le maillot de Bruges. Je suis sévère avec moi-même et je sais que je ne livre pas mon meilleur football mais j'espère que les gens comprennent que je fais de mon mieux pour aider l'équipe. C'est difficile car cela dure longtemps mais je constate aussi que d'autres choses jouent et que seule une partie des supporters est contre moi. J'en ai même rencontré qui me soutiennent et cela m'a fait plaisir ". L'été dernier, Priske avait raconté au journal danois BT que " le clan des copains de celui dont il avait pris la place lui avait mené la vie dure ". Il parlait donc d' Olivier De Cock. Pour lui, le vestiaire était un jardin d'enfants, des joueurs essayaient de le saboter, de le ridiculiser, de ne pas jouer avec lui et de colporter des ragots à son sujet. " Ils ont voulu monter les journalistes et les supporters contre moi ", affirmait-il. " J'ai été choqué par la manière dont on m'a traité ". Et l'article était intitulé : La vérité devait être dite. Aujourd'hui, il met la balle à terre. " C'était la saison dernière. Aujourd'hui, je m'entends bien avec tout le monde au sein du groupe. Même avec Olivier, je n'avais pas de problème. C'était un bon joueur, expérimenté, un vieux serviteur du club. Je le pense sincèrement. Dommage qu'il soit aujourd'hui à Düsseldorf mais je n'y suis pour rien. Ce n'est pas moi qui ai décidé de ne plus l'aligner, même lorsque je n'étais pas disponible. Je n'ai pas non plus de problème avec Gaëtan Englebert ni avec Birger Maertens. Pas cette saison, du moins. La saison dernière, nous avons eu des discussions tous ensemble et tout le monde sait désormais ce qui peut se faire ou non. Maintenant, tout est différent. La mentalité aussi. C'est notamment dû à ceux qui sont arrivés : des gens dotés d'un bon état d'esprit. Sur le terrain aussi, cela va de mieux en mieux. Tout le monde est heureux car nous sommes en tête. On peut parler de la faible qualité de nos matches mais nous gagnons presque chaque semaine. Parfois, bien jouer ne suffit pas. Il faut prendre des points et le reste viendra par la suite. Le pire, c'est de bien jouer et de rentrer bredouille. La saison dernière, nous avons joué des matches formidables contre le Standard et contre Anderlecht mais nous n'avons pas gagné. Il y a plus de talent dans le groupe de cette saison mais aussi plus de motivation. Tout le monde se donne à fond à chaque entraînement. Nous nous battons les uns pour les autres. C'est très important car plus aucun match n'est facile. Il faut toujours travailler dur. Actuellement, le ballon roule aussi pour nous. C'est peut-être une question de foi. L'entraîneur fournit un excellent travail sur ce point. Il répand la confiance tout autour de lui : confiance dans sa manière de coacher et dans son équipe. Il n'a jamais douté et les joueurs commencent tous à penser que nous pouvons être champions. Lorsque nous sommes menés 0-1, nous ne paniquons pas, nous savons que nous allons inverser le score. L'entraîneur a directement affirmé qu'il était venu à Bruges pour être champion et je pense qu'il a vu clair. Nous sommes actuellement la meilleure équipe de Belgique et nous ne cessons de progresser ". Priske a la course d'un ailier mais manque d'explosivité. Il dépend donc beaucoup des combinaisons, des automatismes. Il a déjà dit à plusieurs reprises qu'il avait l'impression d'être seul sur son île, de manquer de points d'appui. Et puis, il y a le lourd héritage du système Sollied, dans lequel les arrières latéraux comme De Cock et Peter Van der Heyden excellaient grâce, notamment, à la présence d'un Timmy Simons toujours disponible et prêt à les couvrir. " Le plus important, pour moi, c'est d'avoir quelqu'un devant moi et quelqu'un au centre pour pouvoir combiner. A Genk, cela marchait à merveille avec Bernd Thijs et Mirsad Beslija. Je pouvais toujours faire un une/deux avec Bernd et un troisième homme se présentait, ce qui me permettait d'arriver seul dans les vingt derniers mètres. J'ai les capacités physiques de faire tout le flanc mais, en possession de balle, j'ai besoin d'avoir un partenaire le long de la ligne pour créer des espaces. Il y a déjà tellement de monde au centre que le risque de perte de balle est trop grand. L'idéal, c'est quelqu'un qui parte de la ligne et va vers le centre lorsqu'il a reçu le ballon, ce qui me permet de passer par l'extérieur. Elrio van Heerden n'est pas un véritable ailier mais il sait très bien où et quand entamer son action. Il est très important que celui qui joue devant moi ne rentre pas trop vite dans le jeu, qu'il demande le ballon. Un attaquant qui fait jouer les autres, c'est essentiel. Nous devons encore progresser dans certains domaines. N'oubliez pas que nous avons un nouvel entraîneur, de nouveaux joueurs, un nouveau système... Mais ces dernières semaines, tout fut déjà nettement meilleur ". On dit de Brian Priske qu'il est extrêmement sensible, d'une race que l'on retrouve rarement dans le milieu du football. " Oui mais le football est si beau.... Surtout lorsqu'on gagne régulièrement et que l'ambiance au sein de l'équipe est bonne. Dans ces moments-là, c'est ce qu'il y a de plus beau dans la vie. La saison dernière, j'étais prêt à tout plaquer mais la victoire en finale de la Coupe m'a ouvert les yeux. Il est vrai que je suis très gentil. Nous sommes tous comme cela dans ma famille. Je n'aime pas me battre ni me mêler à des discussions mais je donne de plus en plus souvent mon avis. Au début, en tant que nouveau, j'aurais pu dire beaucoup de choses mais je ne l'ai pas fait. Maintenant, je me dis que je peux enfin me le permettre et cela fait du bien ". par christian vandenabeele