Acte 1 (novembre 2008). Tubize-Genk, les cris des supporters de Genk (" Les Wallons, c'est du caca "), le manager de Tubize ( Louis Derwa) qui monte sur le terrain pour demander à l'arbitre ( Joeri Van De Velde) d'interrompre le match.
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Acte 1 (novembre 2008). Tubize-Genk, les cris des supporters de Genk (" Les Wallons, c'est du caca "), le manager de Tubize ( Louis Derwa) qui monte sur le terrain pour demander à l'arbitre ( Joeri Van De Velde) d'interrompre le match. Acte 2 (février 2009). Le comité exécutif de l'Union belge adresse un blâme à Derwa et ne sanctionne pas Genk. Il estime que les chants ont un caractère " ludique, taquin, légèrement moqueur " mais qu'ils ne sont pas " blessants ou injurieux ". Acte 3 (ce week-end). Match retour, Genk-Tubize. A Tubize, la pilule ne passe pas. " Les incidents de novembre sont révélateurs du malaise du football belge au niveau du comportement des supporters ", dit Raymond Langendries, le président de Tubize. " Il a fallu qu'un manager de club pose un geste fort pour attirer l'attention sur un sujet brûlant. Les chants des gens de Genk, ce n'étaient pas des mots doux ou du folklore, mais des paroles complètement inacceptables. La décision de l'Union belge ne m'a pas simplement surpris, elle m'a sidéré parce qu'elle a ouvert toute grande la porte à tous les excès. On en a eu la preuve une semaine plus tard à l'Antwerp où les Wallons n'étaient plus du caca mais des pédophiles. La Fédération a pris la pire des mesures possibles. Elle pouvait sanctionner Genk ou s'abstenir de décider. Au lieu de cela, elle a ramené ces chants au grade de l'humour. " " Je n'ai aucun regret par rapport à ce que j'ai fait en novembre, j'encouragerai toujours les gens qui s'insurgent contre les injures et le mépris ", lâche Louis Derwa. " Et j'espère qu'il y aura toujours des personnes responsables pour s'indigner dans des cas pareils. Il faut se faire respecter. L'Union belge n'arrête pas avec ses slogans tournant autour du respect, elle les place partout : sur des panneaux, sur son papier à lettre. C'est étonnant de réagir comme elle l'a fait dans le cadre de Tubize-Genk. "Depuis deux week-ends, la Fédération place des observateurs dans les stades de D1 et de D2. Leur mission : rapporter tous les incidents remarqués dans les tribunes. L'étape suivante sera l'entrée en service de commissaires de sécurité que l'Union belge forme dare-dare. Les premiers entameront leur mission dès le week-end prochain. Il y en aura évidemment au match Genk-Tubize. Jos Vaessen, le patron du Racing, s'en réjouit : " C'est une mesure importante, il ne faut pas en sous-estimer les effets. " " Il n'y a aucun problème entre les deux clubs ", signale Langendries. " Nous considérons toujours Genk comme un grand club avec des gens compétents à sa tête. Et même une grande majorité de très bons supporters. "Derwa ajoute : " Mon initiative n'était en rien dirigée contre le club de Genk. Je ne visais pas non plus la communauté flamande. Je voulais seulement relancer un débat de manière constructive, en posant les bonnes questions. "Vaessen est clair : " L'Union belge a pris la meilleure décision en ne nous sanctionnant pas. Je désavoue totalement ce que nos supporters ont fait à Tubize mais il faut tempérer certaines choses. D'abord, l'expression " Les Wallons, c'est du caca " trouve son origine en Wallonie, quand des supporters de clubs francophones ont inventé la chanson " Les Flamands, c'est du caca ". Personne ne veut apparemment s'en souvenir. Je remarque aussi qu'il y a des chants du même style chaque semaine dans nos stades, cela fait partie du football. Mais on a fait tout un foin suite à Tubize-Genk. Pourquoi cette fois-là ? Autre chose : c'est aberrant de dire que nous avons des supporters racistes. Chez nous, le racisme, ils ne savent même pas ce que ça veut dire. Je constate aussi que la presse a joué un rôle important dans cette affaire. Les médias francophones se sont directement emparés de l'histoire, ils en ont fait une saga quotidienne. Et quand il y a des débordements pareils, plus on en parle et moins il y a de chances que ça s'arrête. "Même son de cloche chez Erik Gerits, chef presse et directeur de l'organisation du Racing Genk : " A chaque déplacement en Flandre, on entend -Racing boeren, on nous traite de paysans. A Anderlecht, c'était -Racing kebab, une insulte à nos supporters étrangers. Mais on n'a relaté ces insultes-là dans aucun journal. Nos supporters viennent se plaindre, ils nous demandent de les défendre. Ils sont choqués d'avoir été épinglés dans tous les journaux pour avoir simplement fait à Tubize ce que d'autres font dans tous les stades de Belgique. " Des initiatives ont été prises par la direction de Genk afin qu'il n'y ait pas de nouveaux incidents ce week-end. " Nous avons parlé à notre fédération de supporters ", dit Gerits. " Ceux qui mettront un pied de travers savent à quoi s'attendre : des interdictions de stade leur pendent au nez. Nous ne voulons plus de slogans racistes chez nous. C'était impossible de prendre des sanctions internes après le match à Tubize parce que nous ne savons pas exactement qui a chanté contre les Wallons. Mais si cela s'était passé chez nous, tout aurait été filmé, les images auraient été analysées et nous aurions directement puni les coupables. "Après le jugement fédéral de février, il avait été question que Derwa aille en évocation. Il ne le fera pas : " Un blâme ou une réprimande, ce n'est pas une vraie sanction. Cela ne changera pas mon quotidien. Pour nous, l'affaire est close. Dommage que l'Union belge soit passée à côté d'une belle occasion de faire un exemple. "Un seul arbitre belge a déjà arrêté deux matches à cause de propos tenus dans les tribunes : Claude Bourdouxhe a stoppé un Charleroi-Roulers quand les supporters carolos insultaient Izzet Akgül (qui avait été transféré de Charleroi à Roulers quelques mois plus tôt) et un Genk-Olympic en Coupe quand des supporters de Genk chantaient " Et les Wallons, c'est du caca ". L'Union belge n'a fait aucun reproche à Joeri Van De Velde. Cela veut donc dire que, pour la Fédération, rien ne justifiait qu'il interrompe Tubize-Genk. Poursuivons le raisonnement : Bourdouxhe s'est donc autrefois mis à la faute en stoppant deux matches ! " Quelque part, les décisions de l'Union belge dans l'affaire de Tubize me donnent un peu tort, c'est vrai ", dit-il. " Mais au moment des faits, la Commission centrale des arbitres m'avait complètement rassuré. Robert Jeurissen m'avait même félicité, il m'avait fait remarquer que j'avais eu du courage. Je referai la même chose. Je n'avais fait qu'appliquer le règlement FIFA qui prévoit l'interruption de matches dans des cas pareils. Ce sont les lois du jeu, l'Union belge n'a rien à y redire. Lors de Charleroi-Roulers, j'ai regardé dans les yeux d'Akgül et j'ai vu qu'il allait commettre l'irréparable dans les 30 secondes si je n'intervenais pas. Idem à Genk-Olympic, où les Carolos devenaient extrêmement nerveux. Ce qui me surprend le plus dans l'affaire Tubize-Genk, c'est que des gens importants de la Fédération se sont réunis pour juger Derwa mais pas pour s'intéresser aux supporters de Genk ou à un arbitre qui n'avait pas appliqué le règlement. Mais bon, puisque Van De Velde avait déclaré qu'il n'avait rien entendu... " par pierre danvoye - photos: belga