Certains le prennent parfois pour un moujik, un paysan russe, sans se donner le temps de comprendre les vagues qui secouent son âme et son coeur. Sous des dehors un peu bourrus et un physique de batelier de la Volga, Alexandre Kolotilko cache une personnalité attachante.
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Certains le prennent parfois pour un moujik, un paysan russe, sans se donner le temps de comprendre les vagues qui secouent son âme et son coeur. Sous des dehors un peu bourrus et un physique de batelier de la Volga, Alexandre Kolotilko cache une personnalité attachante. Il suffit de gratter le vernis. Le baroudeur du Sporting du Pays de Charleroi apprécie alors qu'on l'appelle Sacha, le diminutif d'Alexandre. Pour le moment, cela ne carbure pas pour lui chez les Zèbres. Il aurait pourtant aimé que le Mambourg soit déjà son Baïkonour mais la fusée n'a pas décollé. "Je sais que ce n'est qu'une affaire de temps.", dit-il. "J'espérais que le but réussi face au Standard en début de saison constitue déjà le bon déclic. En fait, c'était un peu tôt car je ne connaissais pas encore le groupe. Mais l'équipe a eu des problèmes car, même en jouant bien, elle ne prenait pas de points. Alors, le doute s'installe et tout le monde en souffre: moi aussi. Le problème est encore plus délicat pour les attaquants qui dépendent, probablement plus que d'autres, de la production du collectif. Je ne vis que d'espaces. Quand je n'en ai pas, je m'éteins comme une bougie". Il y a un an, Raymond Goethals appréciait beaucoup les performances de "Monsieur K" qui ratiboisait les défenseurs adversaires. Il était craint comme Attila mais avait son propre fournisseur de ballons chauds: Marius Mitu. C'était une bonne formule chimique. Emilio Ferrera l'avait mise au point. Mais ce cocktail explosa quand le RWDM fut radié. Kolotilko, cité au Standard et même à Bruges, se retrouva finalement sans rien.Le RWDM lui devait 17.000 eurosLa rumeur le classa dans le dossier des gars difficiles à gérer. Emilio Ferrera emmena quelques Coalisés au Lierse mais pas Kolotilko. Peut-être parce qu'il rua dans les brancards quand le RWDM piqua du nez sur le plan financier? "Je n'aimepas parler de cela.", avance sacha. "On a tellement interprété les événements. Oui,j'ai attaqué le club en justice en cours de saison. Je suppose que cela n'apas été bien vu. J'en ai parlé à Emilio Ferrera. Molenbeek me devait 17.000 euros. C'est perdu. Je n'étais plus été payé régulièrement et je ne pouvais pas vivre dignement. La direction nous faisait des promesses tous les jours mais ne les tenait jamais. Ces mensonges me rendaient fou. A 18 ans, on s'en fout, pas à 23 ans. Je suis pro. Je vis du football et je dois manger tous les jours. Emilio Ferrera a fini par me comprendre. J'avais envie de le montrer, de réussir et, aussi, d'être payé. Si on passage au RWDM m'a relancé, il y avait tout de même des limites.J'ai explosé mais j'étais triste car ce club était important pour moi". A cette époque, on affirmait aussi sous cape que le puissant Kolotilko avait des fréquentations bizarres, proches de la mafia russe? "C'est la plus grande bêtise que j'ai jamais entendue à mon propos", lance-t-il. "Cela m'a finalement fait un tort considérable. Je travaille avec IgorZovgorodniy, un agent de joueurs russe ayant une licence. Il m'a permis de jouer à Bordeaux puis au RWDM. Rien de compliqué ou de secret dans tout ça. La mafia, quelle mafia? Je ne peux pas empêcher les gens de romancer ou de s'adonner à un commérage qui m'a pas mal étonné. Je ne comprenais pas, cela me dépassait et je suppose, finalement, que c'était de la jalousie. Il était intéressant de parler de moi. Cela ne m'arrange pas d'être le héros de la fantaisie des autres. Je veux rester en Belgique, demander un jour la nationalité belge". Sur cette lancée, Sacha se retrouve quand même sur le sable. Igor Zovgorodniy s'adresse à un manager, Paul Stefani, qui a beau chercher: rien à l'horizon, à part Maasmechelen, club de D2. Stefani en parle finalement à un jeune collègue liégeois, Youri Selak. Attentif, cet ancien joueur belge d'origine croate, ayant notamment joué des années en D3 et en Promotion (Prayon, Verviers, Wandre), nota que Charleroi manquait de percussion. Il leur présente Kolotilko qui, finalement, est libéré pour rien suite aux problèmes du défunt RWDM. Il signe un contrat d'un an avec option car EtienneDelangre appréciait son potentiel. Selak ne connaît pas encore le profil mental de Sacha mais il table sur son potentiel sportif. La sauce n'a pas encore pris mais l'impatience, qu'on devine dans les réactions de certains dirigeants et même du staff technique engoncé dans ses problèmes, pourrait avoir un effet nocif. Kolotilko a besoin d'un temps d'écoute. Son blues actuel fait penser à celui de Neba Malbasa. Un jour, lassé par les coups de sifflet du public à son égard, l'attaquant serbe jeta son maillot au sol et voulut quitter la pelouse. Luka Peruzovic l'en empêcha, le maintint au jeu envers et contre tout ce soir-là. Un moment important. Sans cette compréhension, Neba Malbasa n'aurait pas eu le temps de devenir un des meilleurs attaquants de l'histoire de Charleroi. Pour se remettre les idées en place, il demanda de rentrer quelques jours en Russie. Sa babouchka était malade et il tenait à lui rendre visite. "Ma grand-mère se porte heureusement beaucoup mieux", avoue-t-il. "Je suis revenu avec un jour de retard en raison des conditions atmosphériques. Il neige déjà en Russie. Ce voyage m'a fait du bien car il m'a un peu ressourcé. Je me sens bien en Belgique mais j'adore les grandes plaines de la Russie, les forêts, pas une maison durant des centaines de kilomètres: magnifique".Il attend NatachaLa petite ville de ses parents (Nichznekamsck) est plantée à 1.500 kilomètres de Moscou. Sa copine, Nathalie, ou Natacha pour les amis, habite dans la capitale . "La Place Rouge était vide: Nathalie, Nathalie..." Sacha n'a " pas envie d'aller boire un chocolat chez Pouchkine"mais il voudrait simplement être son guide à Charleroi. Les plaines d'Ukraine et le Mambourg, les deux tourtereaux aimeraient tout mélanger et danser. "Je ne parviens pas à obtenir des documents de séjour pour elle", dit-il. "Beaucoup de promesses mais rien du tout à la fin du compte: est-ce si difficile à la fin du compte?"En attendant, Alexandre vit Boulevard Thirou, cela n'aurait pas inspiré Gilbert Bécaud mais le buteur russe s'y sent bien. "Je ne dois pas galoper sans cesse", concède-t-il. "En deux minutes, je suis au stade ou à l'entraînement. J'aime bien Bruxelles mais je ne dois pas y habiter. En voiture, ce n'est pas loin". A l'heure actuelle, si on lui demande de voyager, c'est surtout au centre des défenses adverses.Et là, cela ne roule pas pour le moment. Eduardo et Kolotilko sont-ils complémentaires? Ce n'est pas le cas à première vue. L'un doit-il décrocher plus que l'autre? Kolotilko n'est-il pas avant tout un bulldozer? Ne vivent-ils pas sur une île sans le soutien de médians au long cours. "Je crois que ce sont des détails de placement entre nous", estime-t-il sans se mouiller. "Cela peut s'arranger et je suis sûr que nous ferons peur à beaucoup de défenses. Nous avons tout pour réussir à deux". Il s'arrête un peu et ne veut pas parler de cette ligne médiane où se concentrent la plupart des problèmes actuels des Carolos: pas d'imagination, pas de personnalités, pas de métier, pas de sens de la profondeur, pas de liaisons avec les attaquants. Difficile pour les attaquants de manier la poudre dans de telles conditions tactiques. "J'aimerais que tout se déclenche vite car cela fait mal d'être mal classé", affirme-t-il. "Je ne suis pas venu pour me retrouver en D2. Ce groupe a des qualités.Au niveau de l'organisation, c'est le jour et nuit avec le RWDM. Nous ne descendrons pas en D2".Mais le coach devra trouver une solution au problème de la finition. Kolotilko rêve quant à lui d'un Mitu: il n'a pas tort. Suspendu, Sacha n'a pas joué contre St-Trond et a été victime d'un accident de la circulation mardi passé à Alost. Il a perdu le contrôle de sa voiture en prenant l'autoroute de Bruxelles: dérapage, bagnole sur le toit. Heureusement, le chauffeur est resté indemne et ne souffrait que d'un mal de tête. N'est-ce pas le moment d'aller brûler un cierge dans la magnifique église russe de l'Avenue Defré à Uccle? Sacha se fait soudain aussi mystérieux qu'un icône.Pierre Bilic"Moi, lié à la mafiarusse?"Sa voiture sur le toit la semaine dernière: indemne