Quelques secondes à Bruges, 17 minutes au GBA, 24 contre Mouscron : après six journées, le temps de jeu de Frédéric Tilmant est on ne peut plus maigre. Dur, dur, pour le chouchou du Tivoli. La finale de la Coupe de Belgique lui est passée sous le nez : il comprenait car il revenait à peine d'une grave blessure au genou. Ce soir, c'est la Coupe d'Europe qui s'offre aux Loups : sera-t-il à nouveau privé de la fête ? Il encaisserait très mal un tel uppercut.
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Quelques secondes à Bruges, 17 minutes au GBA, 24 contre Mouscron : après six journées, le temps de jeu de Frédéric Tilmant est on ne peut plus maigre. Dur, dur, pour le chouchou du Tivoli. La finale de la Coupe de Belgique lui est passée sous le nez : il comprenait car il revenait à peine d'une grave blessure au genou. Ce soir, c'est la Coupe d'Europe qui s'offre aux Loups : sera-t-il à nouveau privé de la fête ? Il encaisserait très mal un tel uppercut. Fred affronte, depuis le début de la saison, un challenge comme il les aime : prouver à un coach (qu'il apprécie énormément) qu'il a tort de snober ses services, son expérience, ses qualités de buteur. Frédéric Tilmant : Pas du tout, car ma blessure appartient au passé. L'opération était sérieuse, on a dû me reconstituer des ligaments croisés et en consolider un latéral, mais je ne ressens plus la moindre douleur. Pas même une simple gêne. Je suis un des seuls joueurs du noyau à n'avoir pas raté un seul entraînement pendant l'été ! Sur des terrains très durs, en plus. Donc, je peux dire que je suis redevenu opérationnel à 100 %. La confiance de l'entraîneur. Moi, je sais que je n'ai plus de problème physique. Ariel Jacobs, lui, n'en est peut-être pas convaincu. Il estime sans doute que je n'ai plus les capacités pour jouer en D1, après avoir connu une blessure pareille à 34 ans. La direction du club ne doit pas en être plus convaincue, d'ailleurs. Cet été, j'ai clairement senti qu'on ne misait plus sur mon retour au premier plan. Si je n'avais plus eu une année de contrat, on ne m'aurait pas proposé de rempiler. Le transfert de Murcy m'a confirmé qu'on doutait de mon rétablissement complet. Il y avait déjà deux attaquants de pointe dans le noyau (Ishiaku et moi), alors qu'un seul peut jouer dans notre système. Mais on a pris les devants : si je ne revenais pas, il était trop dangereux d'entamer la saison avec le seul Ishiaku. Fin juillet, quand la campagne de préparation était terminée, tout le monde a pu voir que j'étais à nouveau dans le coup. Mais Murcy était là... Nous sommes à trois pour jouer en pointe et je suis actuellement le troisième dans l'ordre de priorité : à moi de prouver que je vaux mieux que ça. Ils ont l'avantage de leur jeune âge et de leur pointe de vitesse. De mon côté, j'ai l'expérience et j'ai souvent prouvé que je pouvais marquer dans les moments importants et faire basculer des matches. C'est le problème ! J'ai marqué en matches de préparation et je score régulièrement en Réserve, mais je n'ai pas encore eu l'occasion de faire réellement mes preuves en championnat. A l'occasion, oui. Je lui ai demandé ce qu'il attendait de moi. Il m'a répondu : Que tu joues en pointe et que tu sois présent devant le goal. Je suis prêt, mais il doit alors me donner ma chance au coup d'envoi. Vous n'imaginez pas à quel point j'ai mal vécu certains matches depuis le banc ou la zone d'échauffement. A Westerlo, le match s'est terminé par un 0-0. Contre Charleroi, idem. Dans ces deux matches-là, j'étais persuadé que j'aurais pu faire la différence, comme joker. Je l'ai suffisamment prouvé dans le passé, avec plusieurs entraîneurs... dont Ariel Jacobs. Après le nul contre Charleroi, je lui ai dit : -Les autres fois, j'étais déçu, mais ce soir, je suis carrément frustré. Quelle question (il rit)... Il est clair que je me connais mieux qu'Ariel Jacobs ne me connaît ! Il ne sait peut-être pas que, pendant que je m'échauffe sur la touche, j'ai les nerfs. J'ai envie de mordre dans le ballon. De lui dire : Mais qu'est-ce que tu attends pour me lancer ? J'avais déjà ressenti un manque de confiance comparable avec Grosjean et Leclercq. Mais au moins, avec eux, j'étais un vrai joker. Je montais dans tous les matches. Cette saison, c'est différent : je suis toujours dans les 18, mais il faut un concours de circonstances pour qu'on me lance. Alors que je ne me sens pas moins bon qu'il y a un an û quand j'étais le meilleur buteur de l'équipe û et que, souvent, je me sens capable de faire basculer nos matches. C'est dur. Je suis condamné à me contenter des matches de Réserve. Nous jouons la tête du classement et je marque pas mal de buts dans ces rencontres, mais ce n'est pas la même chose que le championnat. Je donne tout en Réserve. Je veux être un exemple pour des jeunes qui s'entraînent comme des fous pendant une semaine complète pour finalement sauter de l'équipe à cause de quelques pros qu'on aligne dans ces matches-là simplement pour qu'ils soignent leur condition. Je ne peux pas me permettre de tricher, surtout en tant que capitaine et symbole du club. J'ai réfléchi à cette proposition. Haydock et Ernst m'appelaient souvent pour essayer de me convaincre de les rejoindre. Mais j'ai finalement décidé de rester à La Louvière parce que j'adore les challenges. Je déteste perdre. Or, si j'avais signé au Brussels, cela aurait été un échec personnel. La direction ne m'a pas poussé vers ce club, mais elle n'a rien fait non plus pour me retenir. Un signe de plus qu'on me croyait fini. Je ne me pose pas la question. Pour moi, une chose est claire : je n'ai pas fini mon pèlerinage avec les Loups. J'ai tout connu ici : je me suis battu avec ce club pour ne pas chuter en Promotion, nous avons rejoint la D1, puis il y a eu la victoire en Coupe de Belgique, et aujourd'hui la Coupe d'Europe. Je n'ai pas envie de partir au moment où La Louvière vit les plus belles heures de son histoire. Parce que je me sens capable de participer à ces grands moments, sur le terrain. Ce serait la plus grande déception de ma carrière. Sûr. Il ne pourrait rien m'arriver de pire. Oui. Jusqu'au dernier moment, j'ai espéré être dans le groupe pour la finale. Mais je n'avais rien à revendiquer car je n'avais plus joué depuis six mois. J'ai retrouvé le noyau dans les temps, mais c'était trop court pour être sur la pelouse ou même sur le banc au Heysel. Je m'étais préparé à une finale dans la tribune et j'ai donc compris l'entraîneur sans aucun problème. Aujourd'hui, c'est différent : je suis en pleine forme. C'était ma carotte, une terrible source de motivation. Je m'étais fixé un challenge avec le chirurgien et les kinés : revenir dans le noyau deux semaines avant la finale. A quelques jours près, le planning a été respecté. Pas d'accord ! Elle est, au contraire, très bien tombée. En m'abîmant le genou en janvier, j'ai eu six mois pour faire une bonne rééducation et être prêt pour le premier entraînement de la nouvelle saison. Une saison terriblement importante pour moi, puisque c'est la dernière de mon contrat. Si je m'étais blessé en mai, je ne serais revenu dans le coup qu'en novembre et je n'aurais donc plus eu beaucoup de temps pour convaincre la direction de m'offrir une prolongation. Non. Et sûrement pas à Meyers. C'est dans un choc terrible avec lui que je me suis fait mal, mais c'était une phase de jeu banale. Une balle en profondeur, je démarre, il vient à ma rencontre et c'est la collision. C'est le foot. Ce fut un grand moment. Je n'ai souffert que pendant les premières, puis durant les dernières minutes du match. Au coup d'envoi, j'ai eu un coup de cafard parce que je me suis dit que j'aurais dû être sur le terrain. Puis, j'ai oublié et j'ai suivi le match sans arrière-pensées. Ce fut plus dur dans les derniers instants du match. On m'avait demandé, ainsi qu'aux autres joueurs qui n'avaient pas été repris, de quitter la tribune à cinq minutes de la fin, pour nous placer sur la piste d'athlétisme et être ainsi près de nos coéquipiers au coup de sifflet final. A ce moment-là, c'était déjà 3-1 et la victoire ne faisait plus aucun doute. En pénétrant sur la piste, je n'ai pas pu retenir mes larmes. Et le public qui scandait mon nom... Quand l'arbitre a sifflé, j'ai vu toute la détresse de Proto et de Bryssinck qui, eux, avaient joué presque tous les matches de la Coupe avant de devoir céder leur place pour l'apothéose. Nous avons essayé de nous consoler mutuellement. Je leur ai dit qu'ils étaient jeunes et qu'ils auraient encore des occasions de disputer des matches pareils. Encore plus, même... J'ai vite oublié ma déception personnelle. C'est moi qui suis resté le plus tard au chapiteau devant le Tivoli : j'ai chanté et dansé jusqu'à cinq heures et demie du matin, et à sept heures, j'étais dans les studios de la RTBF à Mons ! C'est une de mes forces. Si je n'avais pas cette faculté de faire très vite une croix sur ce qui n'a pas marché, je ne serais plus à La Louvière aujourd'hui. Parce que, des déceptions, j'en ai connu un paquet ici. J'aurais pu me laisser abattre quand Grosjean et Leclercq ont clairement fait comprendre qu'ils n'avaient plus besoin de moi. Mais je me suis accroché et j'en suis sorti plus fort. Je sais que l'épreuve que je vis actuellement finira aussi par me rendre plus performant. (Il tape du poing sur la table). Vous allez voir : je marquerai mes dix buts cette saison. Evidemment. Ceux que je marque en Réserve, je ne les compte pas... Je me donne à 150 % et je reste convaincu que cela ne peut pas se retourner contre moi. Un jour, je serai récompensé. Mes efforts et mon obstination vont payer. Ce n'est pas la première fois que je suis dans les cordes, mais j'ai toujours su me relever. Des entraîneurs m'ont estimé trop court pour la D2 mais je leur ai donné tort en m'imposant en D1. Grosjean et Verbist ne croyaient plus en moi : j'ai pris ma revanche en signant un match d'enfer à Mons, en décembre 2002. Leclercq a voulu m'éjecter du noyau mais, quelques mois plus tard, j'ai répondu sur les planches en recevant le Mérite Sportif de la Ville de La Louvière. L'hiver approche, avec ses averses et ses terrains lourds. Fred adore ça alors que beaucoup d'attaquants détestent ces conditions de jeu ! Je vous jure que je suis en train de me faire une réserve, de me gonfler à bloc : le jour où ça explosera, ça va faire mal. Si je ne joue pas plus que maintenant et si l'équipe a réussi son premier tour, cela voudra dire que l'entraîneur a raison. J'accepterai et je me tournerai vers d'autres horizons, mais je n'ose pas encore y penser. Quitter ce club en pleine saison serait une vraie catastrophe pour moi. Je le vivrais très, très mal. Je ne pourrais de toute façon pas tomber amoureux d'un autre club comme je le suis de La Louvière. Ma motivation ne serait plus la même ailleurs. Ça vient de là (il met la main sur le c£ur). Ma femme m'a déjà plusieurs fois demandé comment je pouvais être attaché à ce point à la RAAL. Je ne sais pas lui donner d'explication cohérente. " Je n'ai pas fini mon pèlerinage avec les Loups "