Le rendez-vous est pris Porta San Giancomo, à l'entrée de la ville haute (ou Cita Alta), de sa tour et ses clochers qui surplombent une Italie du Nord plus industrielle, avec les Alpes en toile de fond. Timothy Castagne arrive sur les lieux après quelque 20 minutes de marche. Petites lunettes sur le nez, look sobre, le latéral de l'Atalanta Bergame fait davantage penser à un étudiant Erasmus qu'à une valeur confirmée de la Serie A. Et pourtant depuis le début d'année, la cote de l'Ardennais ne fait que grimper. Après avoir pris la pose, perché sur les murailles vénitiennes qui entourent la Cita Alta, on s'installe à la terrasse d'un café, à la sortie du funiculaire. La quiétude semble s'emparer de cette ville lombarde d'un peu plus de 100.000 âmes. Un lieu qui semble idéal comme première étape à l'étranger.
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Le rendez-vous est pris Porta San Giancomo, à l'entrée de la ville haute (ou Cita Alta), de sa tour et ses clochers qui surplombent une Italie du Nord plus industrielle, avec les Alpes en toile de fond. Timothy Castagne arrive sur les lieux après quelque 20 minutes de marche. Petites lunettes sur le nez, look sobre, le latéral de l'Atalanta Bergame fait davantage penser à un étudiant Erasmus qu'à une valeur confirmée de la Serie A. Et pourtant depuis le début d'année, la cote de l'Ardennais ne fait que grimper. Après avoir pris la pose, perché sur les murailles vénitiennes qui entourent la Cita Alta, on s'installe à la terrasse d'un café, à la sortie du funiculaire. La quiétude semble s'emparer de cette ville lombarde d'un peu plus de 100.000 âmes. Un lieu qui semble idéal comme première étape à l'étranger. Son père habite Côme, à environ une heure de Bergame et travaille en Suisse. " Il était déjà là avant que je n'arrive à Bergame ", entame Timothy Castagne après avoir commandé son Lemon Soda. " Il vient quasiment me voir à chaque match sauf quand je me suis retrouvé à plusieurs reprises sur le banc, ça l'énervait trop. " Depuis 2019, le natif d'Arlon s'est installé pour de bon sur le flanc et suscite les convoitises des plus grands cercles de la Botte. Une reconnaissance qui a ses privilèges. " Aujourd'hui, je suis reconnu directement, en ville, et les gens sont très sympas vu qu'on gagne régulièrement. Ça donne même lieu à des passe-droits. Un soir avec mon père, on avait voulu se garer dans la ville haute pour aller manger un bout. À l'entrée d'un des rares parkings, la personne qui s'occupe de garer les gens à l'entrée nous a dit, en voyant mon père, que c'était complet. Quand il m'a reconnu, il m'a dit qu'il allait me trouver une place et me ramener les clefs à mon resto en fin de soirée. Au resto aussi, si tu viens de gagner dans un gros match, ça arrive de ne pas payer l'addition, et si le resto est complet, et que tu débarques à dix, le patron te trouve toujours une solution. " Après deux saisons à l'Atalanta, on peut parler de destination idéale en terme de progression. TIMOTHY CASTAGNE : Surtout cette saison, où l'on produit un football magnifique. On espérait une 6e, 7e place et atteindre l'Europa League, comme la saison précédente. Nos résultats dépassent clairement nos attentes. Dimanche à la Juventus ( 1-1, le 19 mai dernier, ndlr), on a été applaudis par tout le stade. Les supporters adverses reconnaissent qu'on joue un beau football, avec un pressing haut, homme contre homme. À l'inverse de pas mal de clubs italiens qui préfèrent bloquer derrière, façon catenaccio. À l'été 2017, tu étais pourtant proche de signer à Nice... CASTAGNE : Je n'ai pas vraiment eu le choix puisque l'Atalanta offrait plus d'argent. Beaucoup d'argent (6 millions d'euros, ndlr) même pour un latéral issu du championnat belge, pas encore international. Le fait d'être le troisième transfert le plus cher de l'histoire du club, c'était une pression difficile à gérer ? CASTAGNE : Surtout au début car je n'ai pas tout de suite commencé dans le onze de base. Au final, je pense que je me suis assez vite intégré car c'est très compliqué de réussir directement en Italie. Surtout au niveau de la préparation physique, non ? CASTAGNE : J'ai eu droit à un camp dans les montagnes. Les premiers jours, j'étais cuit mais je suis arrivé avec un bon bagage physique, et j'ai su tenir le coup, à l'image de toute l'équipe. Car physiquement, on est toujours très fort en fin de match alors que les autres équipes calent. Je crois qu'avec notre coach, Gian Piero Gasperini, on travaille encore davantage que le reste de l'Italie. Et tactiquement, il est très fort. Après les trois saisons qu'il vient de réaliser avec l'Atalanta, il est vraiment respecté. Quelle est la principale différence entre Genk et l'Atalanta ? CASTAGNE : La différence est tactique mais aussi physique, on a des séances de musculation des jambes trois fois par semaine. En Belgique, ça ne m'arrivait jamais. Tu ne sembles pas avoir pris de la masse pourtant ? CASTAGNE : Car on court énormément. Et même s'il y a de la muscu à côté, je me vois mal prendre 5-6 kilos supplémentaire. Je ne suis pas sûr non plus que ça me soit bénéfique. Ma qualité, ça reste la course. Il y a des positions qui demandent d'être costaud, moi dans ma position, surtout dans un 3-5-2, ou comme en équipe nationale ou je dois arpenter le flanc, ça ne m'est pas utile, je risque de perdre en rendement physique. Ce sont surtout tes courses à haute intensité qui sont impressionnantes. CASTAGNE : Oui ma force c'est de pouvoir effectuer un sprint offensif et revenir pour faire le un contre un en défense sur l'action qui suit et encore avoir du jus. Tu as toujours aimé courir depuis tout petit ? CASTAGNE : Non pas du tout, je n'aime pas du tout courir. Courir sans ballon, ça m'énerve. J'ai un père qui faisait des raids, qui a toujours aimé la course, le vélo. Et quand j'étais petit, le dimanche après les matches, j'allais courir avec lui. On se rendait parfois au repas de famille en vélo, j'ai toujours eu l'habitude d'en faire beaucoup. Même si tu n'as pas toujours envie de faire deux heures et demi de vélo pour aller manger le dimanche à un repas de famille... Tu as grandi à Arlon ? CASTAGNE : J'allais à l'école à Arlon, mais j'habitais à Châtillon entre Arlon et Virton. Quand j'étais du côté d'Arlon ou à Virton, je n'avais pas la vie d'une jeune promesse du foot. C'est quand je me suis rendu à l'internat à Liège dans la section foot-étude que j'ai vraiment commencé la vie de jeune footballeur. J'y ai passé un an avant de me retrouver à Genk où je suis allé tout seul, comme un grand. Comment ça tout seul ? CASTAGNE : J'avais à l'époque quelqu'un qui m'aidait un peu dans ma carrière, pas un agent car je n'avais pas encore de contrat. Il m'a suggéré d'aller faire un test à Genk. Une camionnette du club limbourgeois est venue me chercher à l'internat et à 15 ans, je suis parti seul parler avec le directeur des jeunes de l'époque et j'ai passé une semaine là-bas en test. Le club estimait que je n'étais pas encore assez fort techniquement mais il m'a quand même donné ma chance. Si au bout d'un an, je n'avais pas progressé, je retournais à Virton. Après trois mois, avec Dimitri De Condé comme coach des U17, j'étais capitaine, j'ai su m'adapter assez vite. l'époque, j'évoluais en 6, je courais partout, je récupérais, et puis je jouais simple. De Condé aimait bien cette simplicité dans mon jeu. Comment un jeune joueur alors limité techniquement, qui ne parle pas encore néerlandais, devient-il capitaine ? CASTAGNE : J'avais une bonne mentalité, et j'ai su assez vite rattraper mon retard. Cette faculté d'adaptation, c'est ma force depuis tout petit. Je n'ai jamais eu peur d'aller au duel, non plus, même si je sais qu'un épaule contre épaule avec Lukaku, ça va être difficile. Mais je sais comment y aller, en étant hargneux, à la luxembourgeoise ; on est plutôt réputé pour ça. Chez les jeunes, on nous apprenait à ne rien lâcher. C'était beaucoup axé sur le combat physique même si heureusement j'ai eu droit à un coach qui adorait le Barça et qui nous interdisait de balancer n'importe où. Sans lui, je crois qu'à Genk on m'aurait dit que j'étais trop loin. La différence était si grande au niveau technique entre Virton et Genk ? CASTAGNE : À Genk, une fois par semaine, l'entraînement n'est que technique : contrôle de l'extérieur, enchaînement. Moi lors de ma semaine de test, je coulais. Le coach essayait de m'aider mais mes lacunes étaient évidentes. J'ai énormément appris grâce à ces entraînements, même si je redoutais, pendant les deux-trois premiers mois, le lundi et cette session technique. Que retiens-tu de ton écolage de footballeur ? CASTAGNE : On fait un des plus beaux jobs au monde. Même s'il y a pas mal de contraintes. Durant mon adolescence, je ne suis jamais sorti, je rentrais tous les soirs à 22 h. Je ne voyais personne. On est assez seul. Moi mes copains, c'étaient surtout des jeunes de l'internant foot-étude, qui évoluaient au Standard. Tu dégages une forme de simplicité, plutôt atypique dans le foot. CASTAGNE : Par rapport à pas mal d'autres joueurs, c'est vrai que je suis différent. Je n'ai pas une garde-robe avec des trucs très chers, je préfère acheter des appartements, placer mon argent. Mais chacun fait comme il l'entend, je ne juge personne. Tes origines, ton parcours, ta personnalité, ta position sur le terrain, font inévitablement penser à Thomas Meunier. CASTAGNE : On n'est pas tout à fait pareil : il a eu une formation d'attaquant, moi de défenseur. Offensivement, il sera donc plus précis, il va marquer plus, moi défensivement dans mon positionnement, j'ai pas mal d'expérience, j'ai aussi évolué comme défenseur central, je comprends donc leurs attentes. Mais c'est flatteur qu'on me compare à lui. Je me rappelle de mon premier match avec Genk, c'était contre Bruges. Après le match, il est directement venu échanger le maillot avec moi car il savait que je venais de la même région que lui. Par contre, il ne savait pas que quand il évoluait à Virton, j'allais le supporter. Depuis 2019, tu sembles avoir atteint une autre dimension ? CASTAGNE : Et pourtant rien n'a changé hormis le fait que je me suis cassé la main. Et vu qu'ici, on est plutôt superstitieux, on m'a répété ne de ne pas enlever mon atèle car elle nous porte-bonheur ( il rit). Aujourd'hui, la presse italienne t'annonce partant cet été. Qu'en est-il réellement ? CASTAGNE : Ça dépend de pas mal de choses, de notre qualification pour la Ligue des Champions ( l'entretien a été réalisé avant le dernier match de la saison, ndlr). Ça dépend si le coach reste. J'aimerais aussi jouer toute une saison à droite et moins à gauche. On parle d'un vif intérêt de Naples. C'est un club, une ville, d'une toute autre dimension. Tu es prêt pour ce genre de défi ? CASTAGNE : C'est sûr que Naples, c'est encore autre chose. C'est le deuxième club italien depuis plusieurs années, il évolue chaque saison en Champions League. On verra. La presse italienne évoque un montant de transfert de plus de 25 millions. Quand tu lis ça, tu te dis que tout va très vite ? CASTAGNE : Oui. Ça peut aller très vite dans le foot. En décembre, on réfléchissait à un départ car je n'avais pas joué pendant treize rencontres. Et là on parlait de 10 millions, mais le club en voulait quinze, ce qui était impossible à débourser. Et puis j'ai joué deux matches en décembre, puis tout en janvier et là on a changé d'avis. L'ambition à terme ça reste la Premier League ? CASTAGNE : Oui car ça joue un foot plus direct, avec davantage d'espaces. Le combat physique anglais ne me fait pas peur, car j'ai toujours joué contre des plus costauds. Et sur tout un match, je sais que mon opposant va avoir difficile à me tenir. Au rayon plus sombre, les tribunes des stades italiens sont trop souvent émaillées d'actes racistes. Tu as déjà été marqué par ce genre de comportement ? CASTAGNE : Non pas vraiment même si je me rappelle que Michy s'était senti insulté par nos supporters l'an dernier avec Dortmund en Europa League. Je n'ai jamais compris ce genre de provocations alors qu'il y a des joueurs de couleur dans chaque équipe. À Genk, même chose, j'entendais : " Et les Wallons, c'est du caca. " C'est complètement débile.