Voilà, c'est fait : DannyOst a subi son baptême du feu en D1. " Et je suis reparti du Parc Astrid avec des sentiments mitigés ", avoue-t-il. " D'un côté, je suis fier de la première mi-temps disputée par mes joueurs. Je crois qu'on a étonné beaucoup de gens, qui ne connaissaient pas nécessairement l'AS Eupen et qui ne s'attendaient pas à un tel niveau technique, ni à une aussi bonne organisation. Mais au coup de sifflet final, c'est 4-1 et c'est lourd. "
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Voilà, c'est fait : DannyOst a subi son baptême du feu en D1. " Et je suis reparti du Parc Astrid avec des sentiments mitigés ", avoue-t-il. " D'un côté, je suis fier de la première mi-temps disputée par mes joueurs. Je crois qu'on a étonné beaucoup de gens, qui ne connaissaient pas nécessairement l'AS Eupen et qui ne s'attendaient pas à un tel niveau technique, ni à une aussi bonne organisation. Mais au coup de sifflet final, c'est 4-1 et c'est lourd. " Jeudi midi. Ost nous a fixé rendez-vous dans un snack du centre d'Eupen où les gens s'arrêtent pour le saluer et lui souhaiter bonne chance. L'entraîneur bruxellois goûte à cette effervescence qui a gagné cette bourgade de 18.000 habitants, jusque-là si tranquille. La montée en D1 n'a laissé personne indifférent. Les magasins d'audiovisuel ont placé bien en évidence les propositions d'abonnements à BelgacomTV, " pour ne rater aucun match ". Quitte à rater le Sportschau, désormais ? Au stade aussi, cela se bouscule. " L'an passé, l'AS Eupen comptait... 120 abonnés ", se souvient Ost. " On vient de m'apprendre que la barre des 1.300 a été dépassée. Certes, on est encore très loin des 20.000 abonnés d'Anderlecht, mais c'est déjà dix fois plus que l'année passée. Et ce n'est peut-être pas fini, puisqu'il reste du temps avant le premier match à domicile contre Westerlo. "Ost n'a pas eu une minute à lui. Les demandes d'interview se sont succédées, et il a mis un point d'honneur à satisfaire tout le monde. Entre les rencontres avec les journalistes, il s'est rendu à l'Union belge pour le MeetandGreet avec les arbitres, et a effectué un aller-retour express à Mons pour récupérer un DVD sur Anderlecht. Ost, le ketje des Marolles, ne pouvait rêver mieux pour son baptême du feu en D1. Dès la publication du calendrier, de gros frissons lui ont parcouru l'échine. " Pour un vrai Bruxellois comme moi, très attaché à ma ville, qu'y a-t-il de plus beau que de découvrir la D1 au stade Constant Vanden Stock ? Beaucoup d'amis m'ont téléphoné pour me demander si je ne pouvais pas leur procurer des places. Malheureusement, tout était complet. " Cet instant magique, Ost a craint de ne jamais le vivre : la prolongation de son contrat s'est fait attendre. " Mes doutes ne concernaient pas tellement AntoninoImborgia, en qui j'ai pleine confiance, mais surtout ce diplôme que je ne possédais pas. Une dérogation m'a finalement été accordée. Pourquoi n'ai-je jamais suivi les cours de la Licence pro, alors que je rêvais de la D1 après avoir connu cinq promotions comme entraîneur et deux comme joueur, dans toutes les autres divisions nationales et provinciales ? Par manque de temps, par négligence, parce que je n'y croyais pas trop. Je n'ai jamais joué en D1 et je n'ai pas un CV à rallonges, je me disais donc qu'aucun club de l'élite ne viendrait jamais me chercher. Ma seule chance, c'était de monter moi-même avec un club comme l'a fait FranckyDury avec Zulte Waregem. Mais avec quel club ? Certainement pas avec l'AS Eupen ! Je me souviens encore du jour où DavidLasaracina m'a téléphoné, alors que je venais d'être mis à pied par l'Olympic. Je lui ai dit - L'AS Eupen ? Et quoi encore ? Tu sais où j'habites ? A Drogenbos, au sud de Bruxelles ! Eupen, c'est à 150 kilomètres ! Et puis, combien de points cette équipe compte-t-elle au classement ? Cinq, alors qu'on est déjà en novembre ? Tu me prends pour un fou, ou quoi ? Mais il a fini par me convaincre, en m'expliquant que des investisseurs italiens allaient arriver avec un beau projet. De toute façon, je crois que j'aurais accepté malgré tout. Ce genre de mission impossible, j'adore ça. Plus le challenge est compliqué, plus cela me motive. La suite, on la connaît. Le sauvetage en D2 la première saison, malgré la course poursuite effrénée à laquelle on a été contraints, puis la montée en D1 via le tour final, la saison suivante. C'eut été bête d'avoir réalisé tous ces exploits pour assister, de la tribune, aux premiers pas de l'AS Eupen en D1. " Dire qu'Ost n'avait jamais été contacté pour entraîner en D1 est faux : " En 2002, à Charleroi, cela s'est joué entre EtienneDelangre et moi. Avec le recul, je me dis que je suis beaucoup mieux armé aujourd'hui pour me lancer dans l'aventure. Imborgia m'a ouvert les yeux, il est devenu mon mentor. Il m'a souvent critiqué, mais toujours dans un but constructif. Il met le doigt là où j'accuse encore des lacunes, cela m'oblige à les corriger. Avec lui, je suis passé de l'amateurisme au professionnalisme. " Ost, c'est d'abord 26 ans comme joueur à l'Union Saint-Gilloise, où il fut arrière droit puis libéro. " Dix ans avec les jeunes et 16 ans avec l'équipe Première, dont la moitié comme capitaine. J'ai disputé entre 450 et 500 matches en D2 et en D3. Je me souviens avoir affronté plusieurs fois Anderlecht en match amical, à l'époque d' Enzo Scifo, Frankie Vercauteren et Georges Grün. Je me rendais aussi souvent au Parc Astrid comme spectateur. Lors des grands matches européens, notamment. " Cette fois, Ost s'apprête à découvrir le stade Constant Vanden Stock en tant qu'entraîneur... de l'équipe adverse. Comment pense-t-il être accueilli ? " Je pense que la plupart des spectateurs habituels du Parc Astrid ne me connaissent pas. Donc, il ne devrait y avoir ni hostilité, ni enthousiasme. Mes joueurs ne devraient pas être sifflés non plus : l'AS Eupen est une équipe technique, qui joue au football et qui n'est pas brutale. En commençant au Parc Astrid, mes joueurs seront directement plongés dans le grand bain. Ce n'est peut-être pas plus mal. La crainte d'encaisser un 6 ou 7-0 est-elle présente ? Je n'y pense pas trop, mais c'est une éventualité qu'il faut envisager compte tenu des budgets respectifs des deux clubs. Tous les journaux, sans exception, nous ont placés à la 16e place dans les pronostics d'avant-saison. Très bien, c'est leur droit. Pour nous, c'est une motivation supplémentaire. "Un pronostic ? " Allez, je me risque : 1-2 ! Mais cela reste entre nous, n'est-ce pas ?"Ost a dû serrer beaucoup de mains à son arrivée. " Bruxelles, c'est chez moi. Je connais beaucoup de monde au stade Constant Vanden Stock. " A commencer par HermanVanHolsbeeck qui fut son... coéquipier à l'Union Saint-Gilloise ! " Eh oui ! Peu de gens le savent, mais j'ai joué une saison avec l'actuel manager général du Sporting. Une saison qui fut marquée d'une pierre noire pour lui. Il a été victime d'une très grave blessure, une fracture de la jambe si je me souviens bien. " ArielJacobs n'est pas un inconnu pour Ost non plus. " A l'époque où il était entraîneur à La Louvière, Ariel m'avait confié l'une ou l'autre mission de scouting. Nous nous connaissons depuis longtemps et j'ai beaucoup de respect pour lui, à la fois pour l'homme et pour ce qu'il a réalisé comme entraîneur. Nous avons au moins un point commun : ni lui ni moi n'avons été des stars du football. Nos caractères, eux, sont très différents. Mais c'est un grand travailleur, et malgré son visage souvent fermé, il est doté d'un grand sens de l'humour. " Ce n'est pas tout. " Daniel Renders a été mon entraîneur. David Steegen, l'attaché de presse, est un Bruxellois comme moi : donc, on se connaît également. Et puis, il y a aussi Pierre Leroy, qui est là depuis presque toujours. " Pendant l'échauffement, Ost a tenu à être présent sur le pelouse au milieu de ses joueurs. " Cela en a surpris plus d'un. Certains ont dû penser que je voulais à mon tour humer l'ambiance du Parc Astrid, regarder ce superbe stade qui se remplissait, et me dire : - Voilà, j'ysuis !EnD1, dansletempledufootballbelge... Mais j'agis toujours de cette manière. Je veux être proche de mes joueurs. Une petite tape dans le dos par-ci, un petit encouragement par-là... " Pourtant, Ost est déjà confronté à un imprévu : il ne pourra pas aligner le gardien RadekPetr, le défenseur NicolasDesenclos et la nouvelle recrue venue de Prato (D4) DanielPanizzolo car les documents de la fédération italienne ne sont pas encore arrivés. " On a encore téléphoné dans la journée. La dame nous a quasiment raccroché au nez. Je n'en dirai pas plus, par respect pour son âge, mais lorsqu'on critique l'Union belge, on doit se dire que cela ne fonctionne pas mieux ailleurs. " Tactiquement, on a été étonné par le déplacement de DanijelMilicevic sur le flanc droit. " C'était surtout par rapport à MatthiasLepiller, que je voulais positionner de façon plus axiale. Je pense avoir eu raison : vous avez vu les frayeurs que le Français a occasionné aux Anderlechtois ?" Sur le terrain, cela s'est bien passé au départ. Face à un Anderlecht qui ne savait pas très bien à quelle genre d'équipe il avait affaire (" surtout les joueurs, car je ne pense pas qu'Ariel nous ait sous-estimé "), l'AS Eupen a pris progressivement confiance et a ouvert la marque de façon méritoire, juste avant la mi-temps. " Je suis resté très calme, car je savais que le chemin était encore long. Mais alors qu'on arrivait à l'heure de jeu et que le marquoir indiquait encore 0-1, j'ai presque dû me pincer : - On ne va tout de même pas réaliser l'exploit, ici ? Anderlecht a alors accéléré, et défensivement, il faut reconnaître qu'on a été naïf. A-t-on craqué physiquement ? C'est peut-être l'impression que l'on peut avoir. Mais un changement tactique apporté par Jacobs nous a aussi posé des problèmes. En première mi-temps, on était parvenu à contenir MatíasSuarez. Mais lorsqu'il a placé MbarkBoussoufa à son tour en position plus axiale, c'est devenu plus difficile. " Ost a accordé un dimanche de congé à ses joueurs. Mais pas question pour lui de s'accorder un dimanche en famille, dans la capitale. " Je suis un professionnel et je suis rentré à Eupen, où j'ai visionné le DVD du match de la veille. Ce qui m'a interpellé ? Les fautes de concentration, surtout. Elles se paient cash, en D1. Lors du match amical que l'on avait disputé à Heerenveen, une semaine avant le début du championnat, on avait déjà vécu le même scénario : là aussi, on avait ouvert la marque, avant de s'incliner 2-1 en deuxième mi-temps sur des fautes de concentration. Il faudra corriger cela, à l'avenir. "Ost avoue qu'il n'a pas bien dormi. " J'ai reçu beaucoup de messages, émanant de mes amis, qui me confiaient qu'ils avaient été étonnés par notre prestation. Mais voilà, on a perdu. "Ost le savait : son équipe ne serait probablement pas encore tout à fait prête pour la première journée de championnat. Elle n'est d'ailleurs pas encore au complet. " Imborgia m'a dit qu'une évaluation serait faite après quelques matches. On verra alors où se situent les manquements, et les retouches qu'il faudrait apporter d'ici au 31 août. " Des renforts devraient encore arriver. Et aussi des joueurs dont l'arrivée est déjà annoncée depuis un mois, mais qui sont toujours perdus dans la nature. Comme les deux Nigérians Ogu et Johnson. " Je ne les ai pas encore vus à l'£uvre moi-même. Mais je suis allé à leur découverte sur internet. Franchement, cela vaut la peine de jeter un coup d'£il sur YouTube. Il y a une vidéo de neuf minutes sur Ogu. Je ne vous dis que cela : impressionnant ! " Samedi, Westerlo est attendu au Kehrweg. Un match moins prestigieux, mais dont l'enjeu sera autrement plus important pour Eupen que le déplacement à Anderlecht. " Après, il y aura le déplacement à La Gantoise, la réception de Genk et un nouveau déplacement, à Charleroi. Ce match-là aussi sera spécial pour moi. J'ai passé sept saisons au Pays Noir. Cinq à l'Olympic et deux à Heppignies. J'adore cette ville : son côté jovial, que j'avais également connu à La Louvière. Lorsque j'ai travaillé en Flandre, c'était beaucoup plus rigoureux. Du côté de la Communauté germanophone, c'est un peu pareil : en matière d'organisation, Eupen n'a de leçon à recevoir de personne. Il y a aussi un respect des règlements. On le constate pour la construction des nouvelles tribunes : pas question d'entamer les travaux sans avoir toutes les autorisations. Dans d'autres villes, on construit d'abord et on demande les autorisations après... "Le bon vivant qu'est Ost s'accommode-t-il de la rigueur germanique ? " D'abord, on sait faire la fête à Eupen aussi, cela s'est vu après le match contre Mons. Ensuite, je sais faire la part des choses : c'est vrai que je suis un bon vivant, mais je sais aussi qu'il y a des moments pour rire et d'autres pour travailler. Je n'ai joué qu'en D2 et en D3, mais je n'aurais pas eu une aussi longue carrière si je ne m'étais pas soigné. Je n'aurais pas, non plus, réussi mes études en arts graphiques et publicité, si je n'avais pas été sérieux. L'un de mes atouts est que j'ai le contact facile, cela m'a été utile dans mon boulot. Je réalisais souvent le chiffre d'affaires qui m'avait été assigné, les entretiens avec les clients étaient souvent productifs et cela m'a permis de devenir un cadre de la société - spécialisée dans l'auto-adhésif - qui m'employait. Il n'y a que cinq ans que je vis exclusivement du football. Depuis l'époque de l'Olympic... "Aujourd'hui, Ost a enfin mis le pied à l'étrier de la D1 et peut le mentionner sur sa carte de visite. Cela pourrait-il lui ouvrir des portes pour l'avenir ? " Peut-être, mais à l'heure actuelle, je n'y songe pas. Mon unique préoccupation est de maintenir l'AS Eupen en D1. "lpar daniel devos - photos: belga"Il n'y a que cinq ans que je vis exclusivement du football. Depuis l'époque de l'Olympic."Jacobs et moi avons un point commun : ni lui ni moi n'avons été des stars du football.