On est curieux de savoir ce qui se passait vraiment dans la tête de Vincent Kompany quand il s'est dirigé vers le rond central, a serré en passant la pince à l'arbitre Eric Lambrechts, puis a fait comprendre par gestes aux supporters anderlechtois qui s'étaient déplacés à Courtrai que la deuxième défaite mauve de la saison était pour sa pomme. Le big boss du Sporting a conservé son costume de gentleman, comme quand il a demandé aux joueurs déjà rentrés au vestiaire de retourner sur le terrain pour saluer les mêmes supporters.
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On est curieux de savoir ce qui se passait vraiment dans la tête de Vincent Kompany quand il s'est dirigé vers le rond central, a serré en passant la pince à l'arbitre Eric Lambrechts, puis a fait comprendre par gestes aux supporters anderlechtois qui s'étaient déplacés à Courtrai que la deuxième défaite mauve de la saison était pour sa pomme. Le big boss du Sporting a conservé son costume de gentleman, comme quand il a demandé aux joueurs déjà rentrés au vestiaire de retourner sur le terrain pour saluer les mêmes supporters. L'image de Kompany, avec l'équipe dans son sillage, qui doit être consolé par quelques dizaines de fans, ça prend au coeur. Et une heure après le coup de sifflet final, il n'avait pas envie de chercher des excuses. Il savait dès le départ que chacun de ses gestes serait passé sous la loupe et il a entamé le championnat en étant conscient que chaque but encaissé par Anderlecht serait porté à son compte. À Courtrai, il a constaté que son équipe était incapable de réagir à un coup dur. " La résistance mentale, ce soir, c'était en dessous de tout ", signé Vincent Kompany. " On peut s'attendre à un phénomène comme celui-là avec une équipe jeune, mais quand même pas à ce point-là. En tout cas, une chose est sûre, on ne va pas changer notre approche. On va continuer à monopoliser le ballon. Ce résultat va peut-être réveiller le groupe mais on ne doit surtout pas douter de ce qu'on produit. La manière dont on a construit notre premier but, par exemple, j'ai trouvé ça phénoménal. " Le contraste est énorme par rapport à l'année dernière. Dans le même stade courtraisien, le Sporting pratiquait un foot tout en puissance avec seulement deux joueurs formés à Neerpede, AlexisSaelemaekers et Sebastiaan Bornauw. Entre-temps, les supporters ont compris que les succès ne se commandaient pas. Pas même quand on a un Marc Coucke à la tête de l'institution. Coucke est tellement convaincu par le discours de Kompany qu'il ne veut pas répondre positivement aux supporters réclamant un nouveau gros transfert. Il estime que ça bloquerait inutilement l'éclosion de jeunes du club. L'homme d'affaires président a emprunté une voie avec Kompany et ne veut pas en dévier. L'idée est noble mais en même temps, Coucke comprend que la réussite de leur projet n'est pas pour demain. Dans trois des quatre premiers matches de championnat, le niveau de jeu anderlechtois a diminué de façon dramatique en deuxième mi-temps et les joueurs adverses n'étaient plus pris en charge. Samedi soir, Samir Nasri a réfuté l'hypothèse d'un souci de condition physique. Pour étayer ça, il a fait allusion aux données GPS des Mauves. Si on s'intéresse au nombre de kilomètres parcourus, on ne peut pas lui donner tort. Mais dans le foot moderne, il s'agit de privilégier l'intensité et surtout les sprints à 25 km/h minimum. Jusqu'à nouvel ordre, le préparateur physique Bram Geers garde la confiance de Vincent Kompany. Ce jeune Limbourgeois, qui est passé près du C4 la saison dernière et était simplement data analitics officer, est même un interlocuteur privilégié de Kompany au moment où il faut composer le groupe pour les matches. Mais à voir l'effondrement chronique en deuxième mi-temps, on peut se demander si les joueurs sont physiquement prêts pour appliquer le style de jeu voulu par Kompany. À Neerpede, on s'est déjà fait une idée : il y a trop d'exercices de courses avec ballon et trop peu d'intensité. Les joueurs auraient peut-être eu besoin de se mettre plus souvent dans le rouge pendant la préparation. À côté de l'élément physique, on constate aussi, depuis l'ouverture du championnat, un manque de maturité devant le but adverse. Kompany a abordé le problème sur une boutade : " Si on a besoin de dix occasions pour mettre un but, alors il faut qu'on s'en crée une vingtaine par match. " Il manque à Anderlecht un tueur de la trempe de David Okereke, Ally Samatta ou Dieumerci Mbokani. Alors que Bruges, Gand, l'Antwerp et le Standard ont déjà marqué plus de dix buts, Anderlecht cale à trois seulement. Et on a aujourd'hui la confirmation que Vincent Kompany et Michael Verschueren ont pris un gros risque en entamant le championnat sans pointe spécifique. Mais l'essence du message de Kompany n'a pas changé : pas de compromis. Alors, on peut quelque part comprendre son choix d'évoluer avec un faux numéro 9. Il préfère mettre un Pieter Gerkens qui court et donne tout qu'un vrai 9 qui ne remplirait que la moitié des missions qu'il lui confie. Faire changer Kompany d'avis, c'est mission presque impossible. Il a ses idées, et son entêtement l'empêche d'être flexible. Par exemple, il n'a pas dévié de son idée d'aligner Killian Sardella alors que certaines personnes au club considéraient qu'il était encore trop tendre pour être titulaire. Vu l'intransigeance du joueur-entraîneur, un retour de Thomas Didillon, Adrien Trebel, Sven Kums ou Alexis Saelemaekers semble pratiquement exclu. Dans le cas des anciens, Trebel et Kums, Kompany s'est fait une religion. Il estime qu'il ne pourra plus les changer, qu'ils n'ont pas été conditionnés pour pratiquer le style de football qu'il a en tête. On entend ceci à Neerpede : " Vincent ne veut pas de joueurs qui ont besoin de quatre ou cinq touches de balle, il ne veut pas de gars qui donnent le ballon avec la semelle, qui font des mouvements ne permettant pas de gagner du terrain. Avec lui, c'est l'efficacité d'abord. " Était-ce au final une bonne idée d'écarter des piliers de la saison passée ? Dans le cas de Didillon, la décision a dû faire particulièrement mal. Il pensait qu'il allait encadrer les jeunes et continuer à développer ses capacités de leader. Le tsunami initié par Kompany a profité aux jeunes. Plus que la saison dernière encore, ils voient qu'ils comptent. Vincent Kompany connaît pour ainsi dire tous les jeunes talents du Sporting, et Craig Bellamy, l'entraîneur des U21, assiste régulièrement à des matches de jeunes. Bellamy partage la même vision que Kompany et il est censé appliquer aux Espoirs le concept voulu par Kompany en équipe Première. L'investissement consenti pour faire venir Bellamy s'est fait au détriment d'autres entraîneurs. On peut citer l'exemple de Sven Van Der Jeugt, qui avait la saison dernière un contrat mi-temps comme entraîneur des gardiens U21. Il souhaitait rester à Anderlecht mais on ne lui proposait pas un temps plein et il a filé à Waasland Beveren. Au Lotto Park, les décideurs n'ont qu'une idée en tête : make Anderlecht great again. Et tant pis s'il doit y avoir, de temps à autre, des dégâts collatéraux. Aussi longtemps que les supporters applaudissent et montrent leur enthousiasme, Vince The Prince n'a aucune raison de se tracasser. " Ce n'est pas mon genre de m'impliquer moins après un coup dur ", dit-il après la défaite à Courtrai. " Ceux qui me connaissent savent que je suis déjà focus à fond sur le match contre Genk. Et croyez-moi, dans les prochains jours, on va travailler en continu pour tout remettre en ordre. Au final, cette équipe recevra ce qu'elle mérite. "