Le coach - Igor Angelovski (MKD)

Né le 2 juin1976
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Né le 2 juin1976 Quand Igor Angelovski est heureux, il court à en perdre haleine. La dernière fois, c'était à Tbilissi, au moment de fêter la qualification de ses hommes pour ce qui sera la première participation de la Macédoine du Nord à une grande compétition internationale. Le résultat d'un travail de fond opéré par cet ancien et modeste ouvrier de son championnat local, aussi passé par la Slovénie dans ses meilleures années. C'était avant de s'installer sur le petit banc de la Macédoine en octobre 2015. Avant de devenir une référence locale à son poste et le papa de la génération dorée macédonienne actuelle. Celle devenue la première à se qualifier pour un championnat d'Europe espoirs en 2017 et considéré comme le plus gros vivier de talent de l'histoire du pays. Depuis, Igor Angelovski est resté fidèle à son groupe de départ. Une ossature inchangée depuis plusieurs années qui a participé à créer une atmosphère unique dans cette sélection en forme de démocratie participative. De celles où les décisions se prennent de manière collégiale. Plus papa poule que sélectionneur autoritaire, Igor Angelovski ne rentre dans aucune case et sait favoriser le vivre-ensemble. Dans ce vestiaire-là, la voix de l'unique Goran Pandev ne compte pas plus qu'une autre. Il parait que c'est le propre des vestiaires homogènes. Ceux où aucun ego ne dépasse, mais où le collectif s'éclate. C'est en tout cas ce que pensent ceux qui miseraient bien une pièce sur le fait de voir la Macédoine du Nord émerger d'un groupe qui pourrait offrir quelques surprises. Finir devant l'Ukraine ou l'Autriche, pour Angelovski, ce serait l'aboutissement ultime. Celui qui offre aux hommes de l'ombre leur quart d'heure warholien. "Chez nous, le foot est devenu ces dernières années le sport le plus populaire, à égalité avec le handball et le basket. Tout ça grâce à nos performances. On a fait entrer notre sport dans une autre dimension. En Macédoine, les gens sont excités comme jamais avant cet EURO. Il y a un sentiment de fierté nationale un peu comparable à ce que la Belgique a vécu avant l'EURO 2016 ou la Coupe du monde 2018. Il y a cinq-six ans on était très mal au ranking FIFA ( 162e en septembre 2016, ndlr). Les résultats actuels, c'est le fruit du travail et de la philosophie d'un coach. Aujourd'hui, on ne s'interdit plus de rêver. Même d'une Coupe du monde en 2022. La preuve, c'est qu'avant le match contre l'Allemagne, en mars, le coach avait été très clair: on allait là-bas pour gagner. À l'EURO, ce sera pareil. On n'est pas là pour faire de la figuration et notre tirage abordable nous offre la possibilité d'y croire. Notre chance, c'est qu'on sait que la plupart des équipes ne nous respecteront pas. Or, nous avons une belle génération. Ce n'est pas du hasard si on est là. Et ce n'est certainement pas que grâce à Goran Pandev comme certains peuvent le croire. Notre force, c'est que la majorité de ce groupe joue ensemble depuis qu'il a quinze ans." On peut arriver bardé de certitudes à son premier rencard et tomber sur un os. On peut aussi se faire surnommer le Maradona des Balkans et se retrouver à squatter le banc du Naples de Gennaro Gattuso. C'est le propre des sobriquets encombrants dans des villes d'histoire. Reste qu' Eljif Elmas (21 ans) n'avait rien demandé. L'homme n'est d'ailleurs pas un grand bavard. Lui préfère s'exprimer avec ses pieds. Et possède justement une patte droite des plus subtiles. Celle d'un milieu offensif déroutant et d'un talent rare. Pas suffisant pour éviter une digestion lente entre ses années stambouliotes vécues du temps de Fenerbahçe (2017-2019) ni le rude apprentissage de la Serie A. Transféré pour seize millions d'euros durant l'été 2019, cet élégant milieu offensif révélé par Erwin Koeman en Turquie avait tout de suite plus à Carlo Ancelotti à son arrivée au pied du Vésuve. La nouvelle pépite du football macédonien a eu plus de mal à convaincre le rugueux Gattuso, qui ne l'a plus aligné comme titulaire dans le Calcio depuis le 21 février dernier. Un peu moins de 25% de temps de jeu pour l'homme censé éclabousser de son génie la première participation de la Macédoine du Nord à une grande compétition, c'est évidemment très peu. Mais c'est aussi l'occasion d'arriver frais et dispo à son premier grand rendez-vous. Une manière comme une autre de mettre toutes les chances de son côté. Connue de 1991 à 2019 sous le nom de "République de Macédoine", elle est l'un des États qui formaient la Yougoslavie, dont elle s'est déclarée indépendante en 1991. Depuis février 2019, et pour atténuer les tensions avec la Grèce qui reprochait à cet État un nom trop proche de la région grecque de la Macédoine, elle se fait dorénavant appeler République de Macédoine du Nord. En chutant à domicile face à la Macédoine du Nord (1-2, le 31 mars) lors de la troisième journée des qualifications à la Coupe du monde 2022, la Mannschaft a aussi subi sa première défaite depuis vingt ans en qualifications pour une Coupe du monde. C'était en 2001, contre l'Angleterre de Sven-Göran Eriksson. Le 7 juin 1995, sur la route de l'EURO 1996, la Belgique de Paul Van Himst s'impose devant 532 spectateurs sur le score de forfait de 0-5 dans le stade national de Skopje. Un succès de prestige qui s'avérera inutile pour les Diables, mais qui reste 25 ans plus tard comme la défaite la plus cuisante de la Macédoine du Nord en match officiel. Articulé dans un 3-5-2 attentiste favorisant un football vertical, il ne faut pas s'attendre à voir la Macédoine prendre le jeu à son compte. Certainement pas en ouverture contre l'Autriche. Par contre, les Lions rouges sont redoutables en contre, létaux en zone de finition. C'est la force d'une équipe qui se repose essentiellement sur la vista d' Enis Bardhi et Eljif Elmas et dont le triangle médian est la première force. Positionné devant la défense, Arijan Ademi, suspendu pour dopage dans le passé, revient de loin, mais constitue le ciment de l'ossature d' Igor Angelovski. Celle censée alimenter l'inépuisable Goran Pandev (114 sélections, 36 buts). À 37 ans, le buteur local n'est pas qu'une ancienne vedette sur le retour, il est l'homme du but de la qualification en Géorgie et plus que jamais le symbole de la Macédoine qui gagne.