L'histoire avait commencé en grandes pompes, elle s'est terminée par une porte dérobée. Le 29 avril dernier, c'est sur son site internet que le Standard annonce la fin de l'aventure liégeoise de Victor Valdés et remercie l'ancien gardien du Barça pour " tout ce qu'il a apporté " lors de son passage à Sclessin. Le communiqué est laconique. Il laisse un goût de trop peu. À l'image des prestations du portier espagnol, diront ceux qui ont toujours prétendu que sa venue n'était pas une plus-value sportive. Des trois mois belges de La Doble, il restera treize buts encaissés en huit matches, une seule clean-sheet, des erreurs plus ou moins graves face à Saint-Trond ou Malines et une nouvelle ligne au palmarès kilométrique de Valdés. Et c'est tout ?
...

L'histoire avait commencé en grandes pompes, elle s'est terminée par une porte dérobée. Le 29 avril dernier, c'est sur son site internet que le Standard annonce la fin de l'aventure liégeoise de Victor Valdés et remercie l'ancien gardien du Barça pour " tout ce qu'il a apporté " lors de son passage à Sclessin. Le communiqué est laconique. Il laisse un goût de trop peu. À l'image des prestations du portier espagnol, diront ceux qui ont toujours prétendu que sa venue n'était pas une plus-value sportive. Des trois mois belges de La Doble, il restera treize buts encaissés en huit matches, une seule clean-sheet, des erreurs plus ou moins graves face à Saint-Trond ou Malines et une nouvelle ligne au palmarès kilométrique de Valdés. Et c'est tout ? Avec le départ du prêt le plus célèbre de l'histoire rouche sont arrivées les rumeurs. Elles dépeignent un gardien venu avec les pieds de plomb, irrespectueux du travail d'une partie du staff ou critiquant sans vergogne les installations de l'Académie. Quand Yannick Ferrera affirme qu'il ne peut " que parler en bien de ce grand monsieur du football, pour ce qu'il nous a apporté pendant trois mois, sur le terrain et en dehors ", cela ressemble presque à un discours de façade, tant le passage de Valdés dans la Principauté a été marqué par des articles de presse négatifs. " En apparence, il peut sembler arrogant, et c'est vrai qu'il ne sourit pas très souvent ", explique-t-on au sein du staff liégeois. " Mais quand on va au-delà de son côté renfermé, c'est un gars très sympa. " Mais alors, pourquoi le nom de l'Espagnol s'entoure-t-il aussi souvent d'adjectifs négatifs ? " Ce que j'ai appris de Valdés ? J'ai beaucoup appris sur moi-même, parce qu'on ne s'entraînait pas souvent ensemble ", ajoute Guillaume Hubert après la rencontre des Rouches face à Mouscron. Comme si le tableau n'était pas déjà assez noir. Il est vrai que les rapports entre Valdés et Jos Beckx, l'entraîneur des gardiens, étaient parfois étranges. Comme ils peuvent l'être entre un Espagnol et un néerlandophone qui parlent de séances de haut niveau dans un anglais plutôt sommaire. Les conversations prennent alors des allure de vaudeville. L'ancien portier des Blaugranas n'aime pas trop s'entraîner sous la houlette de Beckx, et préfère prendre part aux formes de match ou aux exercices de finition en compagnie du groupe. Car c'est là que Victor livre une des facettes les plus marquantes de sa personnalité : son tempérament de gagneur. Lors de ces séances d'entraînement, Victor bouleverse la vie du groupe. En grand compétiteur, il lance sans cesse des défis aux attaquants pour les stimuler, et n'hésite pas à les chambrer quand ils ne parviennent pas à faire trembler ses filets. La personnalité atypique de Valdés laisse des traces sur le terrain, entre sautes d'humeur quand tout ne tourne pas comme il le souhaite ou qu'il est contrarié, et conseils amicaux à ses coéquipiers entre deux exercices ou lors d'une pause dans la séance. L'expérience gigantesque du monument du football catalan est un atout que tout le club admire, et le gardien prend du plaisir en partageant son passé avec les membres du staff liégeois. Si la langue l'a rapidement rapproché de Darwin Andrade, le Colombien n'était pas le seul à discuter avec la légende barcelonaise. Edmilson Junior et Gabriel Boschilia étaient également proches d'un Valdes qui avait aussi tissé quelques liens avec ses défenseurs Alexander Scholz et Milos Kosanovic. Dans le vestiaire, on rit doucement du physique - atypique lui aussi - de Victor, qui n'a pas vraiment le corps qu'on s'attend généralement à voir chez un sportif de haut niveau. Surtout " ses jambes de sédentaire ", explique un joueur pour décrire le manque de musculature étonnant du gardien, qui a visiblement du mal à battre des records de distance quand il doit balancer le ballon le plus loin possible sur un coup de pied de but de façon répétée. Mais une fois sur le terrain, le jeu de jambes de Valdés ne fait plus rire personne. " Son jeu au pied, c'est incroyable ", raconte un membre du staff, qui se souvient du jour où le gardien a pris part à un jeu de possession avec le reste du groupe, donnant la leçon à la plupart des joueurs du noyau par ses qualités inouïes balle au pied. À Barcelone, le gardien n'apprend pas seulement à jouer avec les mains. Son altercation avec les supporters qui avaient fait le déplacement à Malines aura fait grincer des dents dans le vestiaire, mais pas au point de qualifier la venue de Victor Valdés de fiasco. Malheureux en Belgique, selon certains, il cachait en effet difficilement son mal du pays et avait visiblement hâte de retrouver l'Espagne, son soleil et ses infrastructures. Valdés n'avait évidemment pas de raison de se plaindre de la qualité des installations à l'Académie, où il effectuait d'ailleurs une séance de yoga avant et après chaque entraînement, avant de rejoindre sa demeure de Chaudfontaine. Par contre, certains matches en déplacement n'ont pas contribué à afficher l'un de ses rares sourires sur son visage. Il faut dire que le stade de Den Dreef et ses tribunes en travaux ne constituaient pas spécialement le cadre idéal pour un baptême du feu à la hauteur de l'invité d'honneur de la Pro League. Reste la question que la plupart des supporters liégeois se posent : 400.000 euros pour huit matches, est-ce que ça valait vraiment le coup ? Le staff du Standard répond oui, parce que chaque conseil du gardien espagnol était précieux. Et l'image de marque du club opte également pour la réponse affirmative. Parce que le nom " Standard " est sans doute apparu plus souvent en trois mois dans les pages de Mundo Deportivo que depuis la création du journal. Et que quand un joueur sera contacté par les Rouches sans rien connaître de leur histoire, quelques clics sur internet lui apprendront que le gardien qui a vu Lionel Messi gagner trois Ligues des Champions a également foulé la pelouse de Sclessin. PAR GUILLAUME GAUTIER - PHOTO BELGAIMAGE