Marc Grosjean travaille dans des conditions délicates à l'Antwerp. Le groupe qu'il dirige n'est jamais le même, d'un jour à l'autre. Il y a les joueurs qu'il juge insuffisants et expédie dans le noyau B. Il y a les Anglais de Manchester censés arriver le lundi soir mais qui ne sont toujours pas là le lendemain après-midi. Il y a les tests. Il y a, aussi, les footballeurs qui ont bel et bien signé un contrat durant le mercato.
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Marc Grosjean travaille dans des conditions délicates à l'Antwerp. Le groupe qu'il dirige n'est jamais le même, d'un jour à l'autre. Il y a les joueurs qu'il juge insuffisants et expédie dans le noyau B. Il y a les Anglais de Manchester censés arriver le lundi soir mais qui ne sont toujours pas là le lendemain après-midi. Il y a les tests. Il y a, aussi, les footballeurs qui ont bel et bien signé un contrat durant le mercato. Parmi eux, Liviu Ciobotariu (32 ans). Jusqu'en fin de premier tour, il était capitaine de Mons. On ne parlera pas de capitaine abandonné, parce qu'il a toujours conservé le soutien de ses coéquipiers mais de capitaine en pleine déprime. Le Roumain est un gars positif. C'est le souvenir qu'on en a conservé au Standard, où il resta trois ans. La saison dernière, il faisait encore l'unanimité dans le vestiaire de Mons. Mais, depuis l'arrivée de Sergio Brio au Tondreau, il avait le masque en permanence. Il était malheureux comme la pierre. Aujourd'hui, il avoue revivre. Il a clairement fait un pas en arrière en quittant Mons pour l'Antwerp (descendu de quelques places au classement, il y gagne beaucoup moins d'argent que dans le Hainaut) mais il s'en moque. Il travaille à nouveau dans une ambiance qui lui convient et c'est, pour lui, tout ce qui compte. Il a signé jusqu'à la fin de cette saison, avec une option pour un championnat supplémentaire. Il fera le point sur son avenir d'ici trois mois. Liviu Ciobotariu : C'est une longue histoire. Je pourrais la résumer en disant que je n'étais plus heureux, plus du tout épanoui à Mons. J'avais perdu toute ma motivation depuis l'arrivée du nouvel entraîneur. Je partais m'entraîner avec des pieds de plomb. Cela ne pouvait plus durer. J'ai été fort marqué quand le président m'a appelé pour me dire que Sergio Brio doutait de moi. La presse avait signalé que je risquais de partir à Boston avec Marc Grosjean. Ce n'était pas vrai, mais Brio avait très mal digéré cette rumeur. Quand j'ai compris que je ne faisais plus l'unanimité dans le club, je me suis senti très mal. Mais j'ai essayé de mordre sur ma chique. Fin décembre, je me suis repris en mains, je me suis juré de retrouver tout mon enthousiasme pour le deuxième tour. Au moment du départ pour le stage en Italie, j'ai essayé d'oublier tout ce qui s'était passé. Mais j'avoue qu'en quittant ma femme et mes enfants pour aller à l'aéroport, je n'étais pas bien du tout dans ma tête. Le stage n'a fait que confirmer mon mal de vivre : je l'ai vécu comme un cauchemar. Je m'entraînais sans aucun plaisir. Ce n'était plus moi. J'ai alors estimé que ce n'était pas honnête de ma part de continuer dans ces conditions. Le président avait toujours été correct avec moi et je voulais l'être avec lui. C'était lui le boss, l'homme qui me payait. La veille de ce match, j'ai provoqué un rendez-vous avec Dominique Leone. Je lui ai fait comprendre que ça n'allait pas mieux dans ma tête. Je ne suis pas un tricheur et je ne pouvais pas continuer à faire semblant. Le président m'a confirmé que je n'avais plus aucun avenir à Mons dans ces conditions et il m'a promis qu'on allait chercher ensemble une solution. La seule issue, c'était une rupture à l'amiable de mon contrat. Nous nous sommes donc séparés, j'ai laissé tomber un an et demi de salaire et nous ne nous devions rien. Mais, à ce moment-là, je n'avais aucune idée de mon avenir. Je prenais un risque car je n'étais pas sûr de retrouver tout de suite une équipe. Non. J'ai téléphoné à Didier Frenay et... Tout le monde connaît l'histoire ! (Il rigole et se tait)... J'ai retrouvé le plaisir à l'entraînement, c'est déjà ça. Je ne me faisais pas d'illusions quand on a cassé mon contrat à Mons : je n'allais pas retrouver une équipe du Top 3 en deux semaines. J'étais presque condamné à signer dans un club mal embarqué. Didier Frenay a reçu plusieurs propositions : quatre clubs belges de D1 se sont manifestés, il y avait aussi de l'intérêt en D1 française et en Autriche. Je pense que le Brussels était également sur le coup. Mais, dès que Marc Grosjean m'a proposé de venir négocier à l'Antwerp, j'ai dit à Didier Frenay de mettre fin à tous les autres contacts. C'est un coach que je connais très bien et que j'apprécie énormément. J'ai estimé qu'il était le mieux placé pour me relancer. Oh, vous savez, je n'étais pas le seul. Loin de là ! J'étais capitaine et je savais donc beaucoup de choses. Je vous garantis que le noyau n'apprécie pas du tout ses méthodes. Attention, je n'ai rien contre l'homme Brio. J'ai même un respect énorme pour tout ce qu'il a réussi en tant que joueur. Mais la façon dont il travaille comme entraîneur ne convient pas à un club comme Mons. Elle ne conviendrait d'ailleurs à aucune équipe belge. Connaissez-vous un autre coach qui oblige ses joueurs à être au stade du matin au soir, presque tous les jours de la semaine ? Un seul club belge n'a pas donné congé à ses joueurs pendant la trêve : Mons, évidemment ! Nous nous sommes retrouvés à l'entraînement dès le 27 décembre alors que tous les autres footballeurs de Belgique se changeaient les idées. Nous avons pourtant essayé de l'en dissuader. Je suis allé le voir avec Olivier Suray et Eric Joly. Suray lui a dit qu'en 15 ans de carrière, il n'avait jamais vu ça. Mais c'était peine perdue. Brio nous a simplement répondu qu'il travaillait comme cela, point à la ligne. Pour lui, il était aberrant d'offrir dix jours consécutifs de congé entre le premier et le deuxième tours. Ce n'est pas tout à fait faux. J'ai été moi-même surpris par le changement de comportement de l'entraîneur. Nous avions l'impression que ce n'était plus le même homme. Nous avions parfois quartier libre jusqu'à 22 h 30 pour aller nous balader en ville. Alors qu'à Mons, nous étions cloîtrés entre deux entraînements. Avec obligation de faire la sieste. Tout le monde était vraiment étonné. Mais j'ai ma petite explication. Je pense que Brio a voulu montrer certaines choses aux Italiens. Faire croire que les rapports entre les joueurs et le coach étaient excellents. Mauvais. C'est peut-être parce que j'avais le brassard de capitaine que j'en prenais continuellement plein la figure. Après chaque défaite, j'étais en première ligne. Il n'arrêtait pas de me faire remarquer que je donnais beaucoup trop peu par rapport à ce qu'il attendait de moi. Avec mon expérience et mon statut d'ancien international, j'aurais dû apporter bien plus. Ses reproches commençaient sérieusement à m'énerver... Tout était toujours de ma faute. Après la défaite à domicile contre Heusden-Zolder, il m'a à nouveau agressé verbalement en public, dans le vestiaire. Il me reprochait d'avoir perdu le ballon sur un des buts adverses. Je n'ai rien répondu parce que tout le monde était incroyablement nerveux. Si j'avais réagi, ça aurait pu se terminer par une bagarre générale ! Mais, en visionnant tous ensemble les images du match, le mardi, on a bien vu que je n'étais pas du tout impliqué dans l'action. Marco Casto, Eric Joly et Olivier Suray ont alors fait remarquer à Brio qu'il m'avait accusé à tort. Il a répondu qu'il restait sur ses positions. On s'est dit : -P..., c'est pas la peine d'essayer de discuter avec un mur. Je n'avais pas le choix. Je remercie en tout cas le président pour son honnêteté. Il y a bien longtemps qu'il m'a dit que Brio me cherchait un remplaçant, vu qu'il ne croyait pas en moi. Leone m'a dit : -Moi, je t'aime bien. La saison passée, tu as été le meilleur joueur de Mons. Ce qui t'arrive est dur à vivre pour moi, mais l'entraîneur est le patron sportif. A l'époque, je ne me suis pas trop inquiété. Cette nouvelle concurrence annoncée me motivait. J'avais mes certitudes, mon expérience d'international, ma participation à deux Coupes du Monde et un EURO. Je me posais des questions quand on citait les arrivées possibles de Laurent Wuillot, Aleksandar Ilic, Olivier Doll... et tous ces Italiens. Mais j'étais persuadé que j'allais garder ma place dans l'équipe. Je n'avais rien contre ce transfert et je n'ai rien contre Malusci. Mais, après lui, il y a eu Roberto Mirri, puis Muhamed Yoldas. Tous des garçons censés jouer à ma place. A ce moment-là, j'avais évidemment compris. Lors du stage en Italie, Brio m'a dit qu'il allait entamer le deuxième tour avec un trio défensif Malusci-Mirri-Ciobotariu. Je n'en croyais rien. J'allais peut-être jouer les premiers matches, mais je suis sûr et certain que j'aurais sauté après la première défaite. Ils n'étaient pas trop durs mais beaucoup trop longs. Les séances tactiques, par exemple, étaient interminables. Oui, vraiment. Et c'est heureux pour Mons. S'il n'y avait pas eu une bande de copains qui faisaient tout pour tenir la baraque, le vestiaire aurait explosé. Il faut être solidaire pour supporter le régime Brio. Je n'en sais rien. Peut-être. Une chose est sûre : ce lien fort entre les joueurs existe toujours aujourd'hui. Tout à fait. On me faisait remarquer que j'étais encore en contact avec lui. Je n'allais pas le nier, quand même. Mais bon, c'est moi qui payais mon gsm et je téléphonais donc à qui je voulais... Je reconnais que j'avais un très, très bon contrat. Mais ce n'est quand même pas pour cela que Brio ne croyait plus en moi. Seulement, à partir du moment où je n'entrais plus dans les plans de l'entraîneur, je comprends que la direction ait été soulagée de me voir partir. Le Standard peut se permettre d'entretenir pendant un an et demi un joueur cher qui s'entraîne avec la Réserve ; pas Mons. Je pense que c'est effectivement un bon résumé. Mais je ne suis pas le seul. Durant la semaine qui a suivi la victoire contre le Germinal Beerschot, Eric Joly, Daré Nibombé et Mustapha Douai ont aussi appris qu'ils pouvaient se chercher un autre club. Pour moi, il est clair que le groupe a abordé ce championnat avec un certain complexe de supériorité. Nous avons pensé que, si tout s'était bien passé la saison précédente, il n'y avait pas de raison pour que cette euphorie ne se prolonge pas. Nous pensions que nous étions vraiment très forts ! Il l'a aussi dit aux joueurs. Pas vraiment. Evidemment, le départ de Cédric Roussel a laissé de grosses traces, mais il restait quand même de la qualité dans le groupe. Je ne veux pas parler de revanche par rapport à qui que ce soit. Je cherche simplement à sauver ce club historique et je pense que le noyau a assez de qualités pour s'en sortir. Pierre Danvoye" J'ai vécu le stage en Italie COMME UN CAUCHEMAR "