Au début du film, on vous voit avec un maillot des Pays-Bas. Vous avez un passé de footballeur ?

MATTHIJS DE JONGH : Non, pas vraiment : j'ai plutôt joué au hockey sur gazon ( il rit). J'ai donc organisé ce match international sans une grande connaissance du foot, mais ce n'était pas forcément requis. C'est mon associé de l'époque ( chez KesselsKramer, agence de publicité néerlandaise, ndlr), le réalisateur Johan Kramer, qui avait un grand intérêt pour le football. Il a même changé son prénom en hommage à Johan Neeskens. Par contre, j'avais déjà été plusieurs fois au Bhoutan et je lui avais partagé mon enthousiasme vis-à-vis de ce pays.

La non-qualification des Pays-Bas pour le Mondial 2002 était donc une excuse pour légitimer le tournage du documentaire ?

DE JONGH : En réalité, oui. J'avais appris à connaître le Bhoutan, loin des clichés que la plupart des touristes américains et japonais viennent chercher ( le Royaume, situé entre la Chine et l'Inde, est connu pour son indicateur de bonheur national brut, ndlr). Je trouvais l'endroit tellement génial que je voulais le faire découvrir à Johan. Après des recherches, il a vu que le Bhoutan était l'avant-dernière nation au classement FIFA de l'époque, juste devant Montserrat, une île des Caraïbes dont on n'avait même pas idée de l'existence. C'est comme ça que le projet d'une " Autre finale " est né : un match entre les deux nations les moins bien classées, le jour de la finale de la Coupe du monde 2002.

" On voulait que le match soit officiel "

De combien de temps disposiez-vous pour tout organiser ?

DE JONGH : Nous avions cinq mois et c'était un vrai challenge. Déjà, la femme de Johan était enceinte et elle aurait été à huit mois au moment de la finale, alors Johan voulait qu'on choisisse une autre date. C'était impossible, sinon on perdait la force de l'idée. Ensuite, on a envoyé des fax aux deux fédérations. Montserrat a accepté directement et le Bhoutan, après avoir accusé réception de notre demande, a mis plus d'un mois à revenir vers nous. Cela montre aussi les cultures des deux peuples. À Montserrat, les gens sont plus spontanés, mais leur spontanéité a vite été remplacée par un peu de suspicion. Ils ont fini par penser que c'était une farce, avant de nous demander de leur financer des équipements. On a refusé parce qu'on ne voulait pas trop interférer dans le film, mais on avait un accord : on payait l'ensemble de leur voyage au Bhoutan.

Pourquoi le match devait-il se dérouler au Bhoutan ?

DE JONGH : Pour être honnête, c'était une motivation personnelle. Je voulais qu'il en soit ainsi, mais il y avait aussi plusieurs raisons pratiques. À Montserrat, il n'y avait aucun terrain aux dimensions réglementaires. Celui de l'équipe nationale avait été détruit par l'éruption du volcan de l'île ( l'ancienne capitale Plymouth est réduite à l'état de ville fantôme en 1997, ndlr). On souhaitait aussi que le match soit disputé avec l'accord de la FIFA, qu'il soit officiel et selon ses standards, pour qu'il ait ensuite un impact sur le classement des deux équipes.

Le reportage est disponible sur YouTube.

Le stade national du Bhoutan est très télégénique...

DE JONGH : C'était le décor parfait, même si on ne pouvait pas imaginer comment ce match allait se dérouler. On a eu beaucoup de chance : c'était un dimanche, les gens étaient libres et le stade était à Thimphou, la capitale où vivaient entre 40.000 / 50.000 personnes. Le Premier ministre bhoutanais avait décrété l'entrée gratuite pour tout le monde et la moitié de la ville a débarqué ( rires). Il devait y avoir plus ou moins 25.000 personnes... C'était complètement fou.

" Ce film était un message de compassion et d'amour pour le football "

Avant cela, vous devez faire face à deux imprévus de taille : le coach de Montserrat n'est pas du voyage et celui du Bhoutan décède.

DE JONGH : L'entraîneur du Bhoutan est malheureusement décédé des suites d'une maladie, dans un hôpital à Bangkok, en Thaïlande. J'ai alors décidé d'offrir mon aide et j'ai contacté la fédération néerlandaise. C'est comme ça qu'Arie Schans est arrivé, une semaine après avoir accepté le poste. Celui de Montserrat, Paul Morris, en avait marre que le président de la fédération ( Vincent Cassell, rien à voir avec l'acteur français, ndlr) interfère dans la sélection de l'équipe. Il avait fait sélectionner son fils et voulait que sa femme fasse partie du staff médical. Paul n'aimait pas ça et ne voulait pas être tenu responsable des décisions de quelqu'un d'autre, donc il a démissionné. C'était un sacré choc, parce qu'on avait peur que l'équipe ne fasse pas le voyage...

Les joueurs de Montserrat ne semblaient pas au meilleur de leur forme. Ils avaient un peu trop forcé sur les sorties ?

DE JONGH : Il n'y avait pas vraiment de vie nocturne à Thimphou, à l'époque, mais ce qu'ils ont trouvé de sympathique, c'est que le cannabis pousse très facilement au Bhoutan. Il y en a partout et on en trouve même le long de la route. Les joueurs de Montserrat étaient agréablement surpris par cette découverte ( rires). Mais ce qui explique surtout leur méforme, c'est qu'ils venaient de faire un long voyage. Leur avion avait été bloqué à Dacca, au Bangladesh, et plusieurs d'entre eux avaient contracté une intoxication alimentaire lors de leur escale précédente, à Bangkok. Ils n'avaient pas non plus l'habitude de jouer à une telle altitude ( Thimphou culmine à plus de 2.300 mètres d'altitude, ndlr).

Au dernier ranking FIFA, Montserrat figure à la 183e position et a dépassé le Bhoutan, 189e...

DE JONGH : ( Il coupe) Ça, c'est une vraie info ! C'est surprenant parce que je pensais que le Bhoutan se serait développé davantage, puisque dans la foulée, il avait quitté les dernières positions, au contraire de Montserrat. En tout cas, personne ne prenait le match à la légère, les deux équipes voulaient vraiment l'emporter. De notre côté, on voyait ce match comme un moyen de faire rencontrer deux cultures, que les joueurs des deux camps apprennent à mieux se connaître. Je crois que ça a marché. Ce film était un message de compassion et d'amour pour ce sport, afin de revenir aux bases. C'est aussi pour cela que nous avons coupé le trophée en deux. C'était très conceptuel, mais c'était un beau symbole ( rires). L'idée était qu'à la fin, quoi qu'il arrive, il n'y ait pas de perdants.

Au début du film, on vous voit avec un maillot des Pays-Bas. Vous avez un passé de footballeur ? MATTHIJS DE JONGH : Non, pas vraiment : j'ai plutôt joué au hockey sur gazon ( il rit). J'ai donc organisé ce match international sans une grande connaissance du foot, mais ce n'était pas forcément requis. C'est mon associé de l'époque ( chez KesselsKramer, agence de publicité néerlandaise, ndlr), le réalisateur Johan Kramer, qui avait un grand intérêt pour le football. Il a même changé son prénom en hommage à Johan Neeskens. Par contre, j'avais déjà été plusieurs fois au Bhoutan et je lui avais partagé mon enthousiasme vis-à-vis de ce pays. La non-qualification des Pays-Bas pour le Mondial 2002 était donc une excuse pour légitimer le tournage du documentaire ? DE JONGH : En réalité, oui. J'avais appris à connaître le Bhoutan, loin des clichés que la plupart des touristes américains et japonais viennent chercher ( le Royaume, situé entre la Chine et l'Inde, est connu pour son indicateur de bonheur national brut, ndlr). Je trouvais l'endroit tellement génial que je voulais le faire découvrir à Johan. Après des recherches, il a vu que le Bhoutan était l'avant-dernière nation au classement FIFA de l'époque, juste devant Montserrat, une île des Caraïbes dont on n'avait même pas idée de l'existence. C'est comme ça que le projet d'une " Autre finale " est né : un match entre les deux nations les moins bien classées, le jour de la finale de la Coupe du monde 2002. De combien de temps disposiez-vous pour tout organiser ? DE JONGH : Nous avions cinq mois et c'était un vrai challenge. Déjà, la femme de Johan était enceinte et elle aurait été à huit mois au moment de la finale, alors Johan voulait qu'on choisisse une autre date. C'était impossible, sinon on perdait la force de l'idée. Ensuite, on a envoyé des fax aux deux fédérations. Montserrat a accepté directement et le Bhoutan, après avoir accusé réception de notre demande, a mis plus d'un mois à revenir vers nous. Cela montre aussi les cultures des deux peuples. À Montserrat, les gens sont plus spontanés, mais leur spontanéité a vite été remplacée par un peu de suspicion. Ils ont fini par penser que c'était une farce, avant de nous demander de leur financer des équipements. On a refusé parce qu'on ne voulait pas trop interférer dans le film, mais on avait un accord : on payait l'ensemble de leur voyage au Bhoutan. Pourquoi le match devait-il se dérouler au Bhoutan ? DE JONGH : Pour être honnête, c'était une motivation personnelle. Je voulais qu'il en soit ainsi, mais il y avait aussi plusieurs raisons pratiques. À Montserrat, il n'y avait aucun terrain aux dimensions réglementaires. Celui de l'équipe nationale avait été détruit par l'éruption du volcan de l'île ( l'ancienne capitale Plymouth est réduite à l'état de ville fantôme en 1997, ndlr). On souhaitait aussi que le match soit disputé avec l'accord de la FIFA, qu'il soit officiel et selon ses standards, pour qu'il ait ensuite un impact sur le classement des deux équipes. Le stade national du Bhoutan est très télégénique... DE JONGH : C'était le décor parfait, même si on ne pouvait pas imaginer comment ce match allait se dérouler. On a eu beaucoup de chance : c'était un dimanche, les gens étaient libres et le stade était à Thimphou, la capitale où vivaient entre 40.000 / 50.000 personnes. Le Premier ministre bhoutanais avait décrété l'entrée gratuite pour tout le monde et la moitié de la ville a débarqué ( rires). Il devait y avoir plus ou moins 25.000 personnes... C'était complètement fou. Avant cela, vous devez faire face à deux imprévus de taille : le coach de Montserrat n'est pas du voyage et celui du Bhoutan décède. DE JONGH : L'entraîneur du Bhoutan est malheureusement décédé des suites d'une maladie, dans un hôpital à Bangkok, en Thaïlande. J'ai alors décidé d'offrir mon aide et j'ai contacté la fédération néerlandaise. C'est comme ça qu'Arie Schans est arrivé, une semaine après avoir accepté le poste. Celui de Montserrat, Paul Morris, en avait marre que le président de la fédération ( Vincent Cassell, rien à voir avec l'acteur français, ndlr) interfère dans la sélection de l'équipe. Il avait fait sélectionner son fils et voulait que sa femme fasse partie du staff médical. Paul n'aimait pas ça et ne voulait pas être tenu responsable des décisions de quelqu'un d'autre, donc il a démissionné. C'était un sacré choc, parce qu'on avait peur que l'équipe ne fasse pas le voyage... Les joueurs de Montserrat ne semblaient pas au meilleur de leur forme. Ils avaient un peu trop forcé sur les sorties ? DE JONGH : Il n'y avait pas vraiment de vie nocturne à Thimphou, à l'époque, mais ce qu'ils ont trouvé de sympathique, c'est que le cannabis pousse très facilement au Bhoutan. Il y en a partout et on en trouve même le long de la route. Les joueurs de Montserrat étaient agréablement surpris par cette découverte ( rires). Mais ce qui explique surtout leur méforme, c'est qu'ils venaient de faire un long voyage. Leur avion avait été bloqué à Dacca, au Bangladesh, et plusieurs d'entre eux avaient contracté une intoxication alimentaire lors de leur escale précédente, à Bangkok. Ils n'avaient pas non plus l'habitude de jouer à une telle altitude ( Thimphou culmine à plus de 2.300 mètres d'altitude, ndlr). Au dernier ranking FIFA, Montserrat figure à la 183e position et a dépassé le Bhoutan, 189e... DE JONGH : ( Il coupe) Ça, c'est une vraie info ! C'est surprenant parce que je pensais que le Bhoutan se serait développé davantage, puisque dans la foulée, il avait quitté les dernières positions, au contraire de Montserrat. En tout cas, personne ne prenait le match à la légère, les deux équipes voulaient vraiment l'emporter. De notre côté, on voyait ce match comme un moyen de faire rencontrer deux cultures, que les joueurs des deux camps apprennent à mieux se connaître. Je crois que ça a marché. Ce film était un message de compassion et d'amour pour ce sport, afin de revenir aux bases. C'est aussi pour cela que nous avons coupé le trophée en deux. C'était très conceptuel, mais c'était un beau symbole ( rires). L'idée était qu'à la fin, quoi qu'il arrive, il n'y ait pas de perdants.