Jean Duriau avait bien deviné en soulignant avant son direct radio de samedi dernier que le choc Bruges-Anderlecht lui donnait d'avance une impression de match qui ne tiendrait pas ses promesses. Footballistiquement, ce ne fut pas très bon. Et on est gentil. Par contre, on toucha le fond en ce qui concerne l'état d'esprit.
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Jean Duriau avait bien deviné en soulignant avant son direct radio de samedi dernier que le choc Bruges-Anderlecht lui donnait d'avance une impression de match qui ne tiendrait pas ses promesses. Footballistiquement, ce ne fut pas très bon. Et on est gentil. Par contre, on toucha le fond en ce qui concerne l'état d'esprit. L'arbitre Frank De Bleeckere a sans doute commis des erreurs (quel est l'arbitre qui n'en commet jamais?), mais c'est un peu facile de dire que c'est lui qui a pourri la rencontre. D'ailleurs, n'est-il pas l'arbitre que les joueurs et entraîneurs élisent régulièrement comme Arbitre de l'Année? Si... Hugo Broos a prétendu qu'Anderlecht n'avait pas perdu le match et que Bruges ne l'avait pas gagné... à cause de l'arbitre. Cela nous a fait penser à ce qu'il avait lancé en mai dernier, au Heysel, après la défaite de Mouscron en finale de la Coupe contre Bruges, aux jérémiades de Michel Preud'homme à l'égard des hommes en noir qui seraient toujours contre les Rouches, et à la lettre de déception envoyée par le président genkois Jos Vaessen à la Commission Centrale d'Arbitrage où il affirmait que son club était visé. Mais c'est vieux comme le football. Les perdants se plaignent de l'arbitrage au lieu de s'autocritiquer et les gagnants ne pleurnichent pas trop. C'est également trop belge. Trond Sollied, pour ne pas le citer, avait par exemple accueilli très sportivement la carte rouge de Birger Maertens (encore!) contre Stuttgart au match aller. Elle fut pourtant à la base de la défaite à domicile en Coupe de l'UEFA. On en arrive au coeur du problème: comment voulez-vous que Frank De Bleeckere puisse diriger valablement un match autant détourné par les acteurs eux-mêmes? Si on en arrive à de telles extrémités en truquages, simulations, jeu vicieux et brutalités, l'arbitre ne peut plus rien faire. En rentrant chez lui, De Bleeckere a dû constater que sa maison avait été bombardée de pierres et qu'une fenêtre avait été brisée. Un drapeau d'Anderlecht gisait devant la porte. Ce genre de mésaventure lui était déjà arrivé la saison dernière: des hooligans gantois finalement arrêtés avaient lancé des briques contre sa façade.Mais juste après la rencontre, plusieurs joueurs des deux camps avaient pu aller au bout de leur mauvaise foi en accablant l'arbitre de tous les maux alors que ce sont eux qui sont allés trop loin. Il n'était évidemment pas question de reconnaître qu'ils avaient rendu le match ingérable.Les journalistes allemands présents à Bruges ont même souligné "l'ambiance de haine", qui avait prévalu entre les deux formations! C'est vrai que ce n'est plus une saine rivalité. L'esprit sportif était inexistant. Or, le professionnalisme devrait toujours être la meilleure émanation possible de l'amour du foot. Cela veut dire que, quand un coéquipier pète les plombs, il faut le calmer et que -comme pro- on ne peut exiger d'être respecté des fans adverses si on ne va pas d'abord vers eux. On ne sait pas si Pär Zetterberg apporterait ce qu'on attend de lui sur le plan technique dans le onze mauve, mais -en tout cas- comme capitaine, il veillerait par son attitude à donner le bon exemple et cela aurait automatiquement une influence positive sur le niveau de jeu. Et dans le camp brugeois, c'est dommage que le duo Simons- Englebert n'est pas plus gueulard, autrement certains de ses coéquipiers penseraient avant tout au ballon. Quelques joueurs n'ont pas manqué pas de dire que c'est l'ambiance de ce match qui les a rendus nerveux. En arriver là, c'est admettre qu'ils n'ont pas le niveau mental pour assumer leurs responsabilités de pro. Et jeudi, c'est justement Anderlecht et Bruges qui vont poursuivre l'aventure européenne des clubs belges. On espère qu'ils se qualifient tous les deux, et que leurs supporters ne doivent pas se réjouir de la défaite de l'autre club. C'est allé trop loin. Ce qui s'est passé samedi passé à Bruges était indigne de votre part, Messieurs les joueurs. Aujourd'hui, on peut seulement espérer que vous vous en êtes rendu compte. Ce serait la seule manière d'encore pouvoir espérer être des exemples pour les jeunes. Car si la télévision a pu mettre en évidence l'une ou l'autre erreur d'appréciation arbitrale, elle a aussi -et surtout- montré en gros plans et ralentis à quel point certains d'entre vous ont été minables. John Baete