Et maintenant, on va voir ce que Johan Walem a dans le ventre avec les grands. Partout où il est passé comme entraîneur, on a entendu les mêmes commentaires : vraies compétences, vision, passion, recherche de beau jeu, force de travail au-dessus de la moyenne. Tout ça avec des jeunes : à Anderlecht, à Udine, à la tête de nos Espoirs.
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Et maintenant, on va voir ce que Johan Walem a dans le ventre avec les grands. Partout où il est passé comme entraîneur, on a entendu les mêmes commentaires : vraies compétences, vision, passion, recherche de beau jeu, force de travail au-dessus de la moyenne. Tout ça avec des jeunes : à Anderlecht, à Udine, à la tête de nos Espoirs. Et maintenant, donc, on va le retrouver sur un banc de D1. Faire aussi bien que Hein Vanhaezebrouck et Yves Vanderhaeghe à Courtrai, c'est pour sa pomme. Son défi. Sa nouvelle vie. Entretien. Johan Walem : Pas spécialement. J'adorais ce que je faisais. A Anderlecht, en Italie, à la Fédération, je me suis éclaté, j'ai appris mon métier, j'ai pris plein d'expérience. Ce n'est pas nécessairement évident de quitter une équipe nationale, mais voilà, j'ai tranché. Un choix personnel. Pour tout te dire... je n'ai même pas envie d'en parler. Je préfère résumer en disant que j'ai passé trois années exceptionnelles à la fédé mais que c'était devenu beaucoup plus dur ces derniers temps. Disons que j'avais besoin de prendre mes distances par rapport à certaines choses. C'était devenu tellement pénible que j'en suis tombé malade. Out. Au bout du rouleau. En arrêt de travail pendant deux mois. Je ne pouvais plus. Je connais mon corps et c'était la première fois qu'il réagissait comme ça. Il y a des choses qui m'ont franchement touché. C'est la vie, à moi d'apprendre à être plus dur. J'ai eu la chance d'avoir autour de moi des gens qui ont vu ma souffrance et qui m'ont dit : -Johan, fais quelque chose. J'ai eu la force de dire que j'arrêtais. J'adore ce que je fais, je ne pouvais pas prendre le risque de perdre l'envie. J'ai eu un clic dans la tête, c'est pour ça que j'ai démissionné. Mais je n'en avais pas marre ! Je te répète que je me suis super bien amusé pendant trois ans, j'avais une super relation avec tout le monde, puis la donne a un peu changé. Ça fait partie de la vie des grandes entreprises, il faut faire avec, il faut accepter ça. Peut-être leur naïveté, le fait de pouvoir encore leur inculquer de temps en temps des choses qu'un pro est censé maîtriser. Mais bon, il était sans doute temps pour moi de franchir un cap, histoire aussi de voir si ce que j'ai en tête peut marcher avec des pros. Et j'avoue que le fait de ne pas être tous les jours avec les joueurs, ça créait un manque chez moi. J'avais ce contact quotidien avec le groupe à Anderlecht et à l'Udinese, je ne l'avais plus à la Fédération. Oui mais je n'étais pas pressé. Je voulais prendre mon temps, voir si ce métier me convenait. Je sais maintenant que c'est le cas. Après cette victoire contre la Moldavie, j'ai eu un gros moment de réflexion. Je ne parlerais pas de déclic mais d'une succession de choses qui m'ont fait dire : -Johan, il est temps de changer. Après tout ce que j'ai vécu depuis deux ans, au niveau professionnel mais aussi dans ma vie privée, j'ai estimé que je devais prendre un peu de recul par rapport à ce poste. Retrouver un équilibre. Attaquer un nouveau challenge. Peut-être que je serais resté dans ce cas-là. Mais c'est une autre histoire. Pour aller aux Jeux, il fallait d'abord se qualifier pour le Championnat d'Europe. On ne s'est pas qualifiés. Peut-être que certaines personnes ont pris ça comme excuse pour me faire certaines choses... Cet EURO, on l'a raté en terminant avec le même nombre de points que la Serbie, qui y va. Il ne nous a même pas manqué un point, simplement des meilleurs résultats dans les confrontations directes. On avait deux balles de match chez nous contre les Serbes et les Italiens, on n'a pas su les concrétiser. Mais je crois avoir atteint le maximum possible avec cette génération. Tout à fait. Quand j'ai quitté Anderlecht, je trouvais qu'il était temps d'essayer quelque chose à l'étranger, je suis donc parti à Udine. J'étais sûr que ça allait m'apporter beaucoup et je n'ai pas été déçu. Puis, j'ai eu l'occasion de travailler au niveau international avec les Espoirs, c'est un boulot fort différent et il m'a apporté énormément. L'Union Belge m'a permis de suivre des formations, en langues, en management, c'était franchement super. J'ai aussi appris à gérer une organisation différente. Avoir x matches par an, ce n'est pas la même chose que jouer chaque week-end. Oui, c'est un luxe de pouvoir partir soi-même, mais quand je prends une décision, elle est toujours bien réfléchie. (Il coupe). Je n'ai pas envie d'en parler... (Il coupe). Je leur dis merci pour l'intérêt qu'ils m'ont porté... (Il coupe). J'ai reçu des infos qui ne m'ont pas mis à l'aise. C'est pour ça que je n'ai pas voulu m'engager là-bas. Je connais le plan de travail de Mouscron, il est très bien mais il y a quand même des incertitudes sur le côté. Je n'ai pas envie de donner ma version. Ils ont été contactés à temps et à heure, ils n'ont pas répondu. Maintenant, ils ont trouvé un bon entraîneur, un bon staff, bonne chance à eux, vraiment. C'est pour ça que je dis qu'il faut avoir tous les paramètres pour juger. Non. D'ailleurs, on m'a dit récemment de faire moins attention à ça, d'être plus dur à certains moments. Avoir une bonne image, à la fin, ça n'aide pas toujours. J'ai simplement fait un choix par rapport à deux projets différents, celui de Mouscron et celui de Courtrai, un club stable, calme, serein, qui travaille depuis des années dans la continuité. Courtrai préserve sa base de travail, c'est sa grande force. Pas tout de suite. En tout cas, ce n'est pas le but. Non. Il ne va pas non plus venir à tous les matches, il a assez d'autres activités. J'ai négocié avec le manager, il m'a expliqué que la philosophie de travail n'allait pas changer. C'est clair que les Espoirs, on n'en parle jamais, mais tu le sais quand tu t'engages comme coach de jeunes. Il y a des footballeurs qui ont du mal dès qu'ils arrêtent parce qu'ils ne sont plus dans les médias, mais pour moi, ce n'était vraiment pas un problème. Maintenant, c'est clair qu'on va reparler de moi. Et, oui, dès le début du championnat puisqu'on a la chance de commencer avec une belle affiche à domicile. Les gens de Courtrai m'ont dit qu'ils me laisseraient le temps de m'installer, ils me donneront du temps pour travailler. Ce club a été gâté depuis quelques années, il a goûté aux play-offs. Mais s'il ne se qualifie pas, ce n'est pas une catastrophe. Bien sûr, c'était frappant, ce n'est pas une légende ou une idée toute faite. Les joueurs d'Anderlecht qui venaient en équipe nationale avaient un jeu plus basé sur la technique, ceux du Standard montraient une très grosse motivation, ceux de Bruges avaient une grosse mentalité, ils étaient plus éduqués, plus stricts, plus rigides. A Genk aussi, il y a beaucoup de talent. On a plusieurs identités assez différentes, c'est une des explications de la qualité globale de la formation en Belgique. Et quand un très bon jeune passe d'un bon club à une équipe concurrente, ça fait des flammes entre les directions parce qu'il part en général pour pas grand-chose, mais pour le joueur, ça peut être utile d'enchaîner deux méthodes de travail différentes, ça l'enrichit. Oui, énorme ! Prends Yannick Ferreira Carrasco : il a quelque chose en plus. Son dribble, sa technique, son volume, c'est impressionnant. Je n'ai plus eu beaucoup Michy Batshuayi en Espoirs après son départ à Marseille mais j'ai vu qu'il avait fait un clic dans sa tête en travaillant dans un club pareil, avec un entraîneur comme Marcelo Bielsa, un gars super costaud qui lui a fait comprendre beaucoup de choses. Igor Vetokele a aussi franchi un palier dès qu'il a quitté la Belgique. Même chose pour Thorgan Hazard. Il a souffert pendant ses six premiers mois en Allemagne mais il commence maintenant à prendre une autre dimension. Mais la transformation la plus spectaculaire a sans doute été celle de Junior Malanda. Le travail en Bundesliga l'avait métamorphosé. Non, mais il a évidemment des qualités exceptionnelles, des choses que tous les autres n'ont pas. Maintenant, il va devoir commencer à jouer, le temps va commencer à presser pour lui. Il doit se retrouver dans une équipe Première, affronter des pros chaque semaine. Il doit aussi apprendre à jouer plus simple. Quand il vient chez les Espoirs, il veut encore trop montrer qu'il est le meilleur. Je lui disais : -Arrête de te mettre la pression quand tu reviens en Belgique !Il faut voir pourquoi tu pars. Est-ce qu'on te propose un projet ou simplement un contrat en or et plein d'avantages pour tes parents ? Le projet, les parents s'y intéressent de moins en moins. Alors que les meilleurs clubs belges savent maintenant encadrer parfaitement les jeunes. Si tu es bon à 14 ans, tu seras toujours bon à 18 ans, alors reste ici et termine tes humanités, comprends que c'est hyper important parce que le foot est terriblement aléatoire. Tu as beau être le meilleur jeune footballeur du monde, si un entraîneur ne t'aime pas ou si tu te blesses gravement, ça peut être terminé. Il faut aussi réfléchir à l'aspect dépaysement. Ici, certains ont du mal quand ils doivent aller jouer à 80 kilomètres, alors ça peut être la catastrophe si on les déracine pour les transplanter dans un environnement complètement différent. Tout le monde n'a pas la même force de caractère. C'est clair qu'aux matches de jeunes, ils sont partout. Partout ! Il n'y a que ça. C'est parfois embêtant d'en voir autant mais on doit se dire qu'ils font partie du jeu. Ils font leur boulot. Tu dois poser la question aux clubs. Ils ne sont déjà pas toujours chauds pour nous céder leurs meilleurs joueurs parce qu'ils savent que c'est d'abord dans les matches internationaux que les agents et les scouts étrangers viennent visionner. Ce sont d'abord les sélections qui mettent les joueurs en évidence. Tu as un gars qui fait un super Championnat d'Europe, tu peux être sûr qu'une équipe étrangère vient le pêcher. PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS : BELGAIMAGE / DAVID STOCKMAN" A Anderlecht, à Udine, à l'Union Belge, j'ai moi-même décidé de partir. C'est un luxe. " " La naïveté des jeunes risque de me manquer un peu. "