Deux petits rappels récents me conduisent une fois de plus à me poser cette grande question qui m'obsède : mais qu'avons-nous donc à tant nous exciter pour ce sport de malades ? D'abord, sur base des scores de D1 française depuis ce début de saison, France Football se fend d'une statistique dont j'avais douloureusement accouché seul voici déjà plusieurs années, mais que j'avais préféré planquer dans le tiroir des oublis pour ne pas devoir me bourrer d'antidépresseurs. Cette stat dit grosso modo qu'en foot, dès le moment où tu ouvres le score, tu as irrémédiablement 9 chances sur 10 d'éviter la défaite et 7 chances sur 10 de l'emporter. Dit autrement, sur 10 matches où tu ramasses le premier but, tu gagnes 1 fois, tu fais 2 fois draw et tu te fais bouffer 7 fois. C'est dire qu'en foot, à partir du moment o...

Deux petits rappels récents me conduisent une fois de plus à me poser cette grande question qui m'obsède : mais qu'avons-nous donc à tant nous exciter pour ce sport de malades ? D'abord, sur base des scores de D1 française depuis ce début de saison, France Football se fend d'une statistique dont j'avais douloureusement accouché seul voici déjà plusieurs années, mais que j'avais préféré planquer dans le tiroir des oublis pour ne pas devoir me bourrer d'antidépresseurs. Cette stat dit grosso modo qu'en foot, dès le moment où tu ouvres le score, tu as irrémédiablement 9 chances sur 10 d'éviter la défaite et 7 chances sur 10 de l'emporter. Dit autrement, sur 10 matches où tu ramasses le premier but, tu gagnes 1 fois, tu fais 2 fois draw et tu te fais bouffer 7 fois. C'est dire qu'en foot, à partir du moment où un gros malin s'est mêlé de secouer les filets, faut plus me parler de suspense insoutenable... Vous m'objecterez qu'à quelque chose, malheur est bon : qu'il faut parfois bien du temps - donc du suspense - avant de voir la marque déflorée ! Même qu'on déflore régulièrement avec parcimonie,... même que dans 5 ou 6 % des cas, la marque n'est JAMAIS déflorée ! Mais vous aurez tout faux, là réside précisément la seconde chose qui me tracasse : c'est que, parallèlement à la statistique que je viens d'évoquer, le foot s'avère fort désespérant quand on n'y peut voir aucun but ! Vous rendez-vous compte : notre sport préféré est pratiquement le seul au monde (je ne vois guère que le hockey sur gazon qui frise la même débilité) où les protagonistes, quand ils se quittent, peuvent en être strictement au même point qu'en début de match : renvoi dos à dos, au revoir et merci, aucun but, aucun point, IL N'Y A PAS EU DE SCORE ! Imaginez une rencontre de tennis, de ping ou de volley qui ne serait qu'un long échange sans point marqué, que l'arbitre lui-même finirait par déserter en pleurant nerveusement... Imaginez un match de hand ou de basket, où tous louperaient la cible jusqu'au coup de sifflet final... Imaginez de la boxe sans poings, ni points accordés par les juges... Imaginez du tir à l'arc où les flèches se perdraient partout sauf dans la cible... Imaginez du saut en longueur où les gars partageraient l'enjeu en franchissant tous zéro mètre... Imaginer cela, c'est imaginer le monde du sport comme un grand asile d'aliénés. Et cela se passe au foot : pour résumer, tu t'y emmerdes en attendant un but, mais il n'y a plus de suspense dès que tu en as vu un. Et ça m'a occupé des centaines d'heures par an, depuis des dizaines d'années. Je vous le disais, c'est un sport de malades. A partir de là, peut se poser la question de savoir si, plus tu es star, plus tu es malade ! Question difficile. Toujours est-il que, plus tu es star, plus tu fais le con, je dirais même la bébête, quand ton équipe a marqué un but : j'ignore si vous l'avez déjà constaté, mais tous les buteurs pros télévisés font beaucoup plus de foin que les amateurs non télévisés après avoir buté ! Ainsi, depuis peu, les Brésiliens du Real ont décidé d'exacerber la célébration zoologique imitative : on connaissait déjà la chenille, Ronaldo et les autres viennent d'inventer le kangourou, le saute-mouton, la grenouille et surtout, plus médiatisée, la cucaracha (c'est-à-dire le cafard, mais le cafard fers en l'air, quand un sadique l'a retourné côté carapace !). Il semble donc bien que nous entrions dans une ère nouvelle de manifestations festives post-scoreuses. Une ère aux possibilités inventives illimitées, quand on sait les milliers de variétés animales, la diversité de leurs gestuelles, de leurs parades amoureuses ou sexuelles, de leurs vies digestives... Demain, après une lucarne anthologique du gauche, Roberto Carlos jouera les cockers à quatre pattes, même qu'il en lèvera une des quatre au piquet de corner. Robinho et Ronaldo nous feront leur grand numéro de koalas gays. Baptista, dans sa parade de l'oiseau-lyre, combinera pour nous la danse et le chant. Même que David Beckham, pris par l'ambiance, nous fera le coup du goret rose mangeur de truffes... Que du bonheur. A condition de déflorer la marque. bernard jeunejeanÀ quand Roberto Carlos en cocker, Robinho et Ronaldo en koalas gays, Baptista en oiseau-lyre et Beckham en Goret ?