La légende ne prétend pas encore qu' Eric Deflandre s'est déjà rendu à Collonges-au-Mont-d'Or, chez Paul Bocuse, mais la cuisine lyonnaise, avec football à tous les plats, a éveillé son appétit des choses de la vie. "J'ai beaucoup apprécié le sérieux dont nous avons fait preuve durant tout le match contre St-Marin", avoue-t-il. "Personne n'a rien laissé filer de la première à la dernière minute de jeu. Il le fallait pour étayer notre confiance avant le voyage en Ecosse".
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La légende ne prétend pas encore qu' Eric Deflandre s'est déjà rendu à Collonges-au-Mont-d'Or, chez Paul Bocuse, mais la cuisine lyonnaise, avec football à tous les plats, a éveillé son appétit des choses de la vie. "J'ai beaucoup apprécié le sérieux dont nous avons fait preuve durant tout le match contre St-Marin", avoue-t-il. "Personne n'a rien laissé filer de la première à la dernière minute de jeu. Il le fallait pour étayer notre confiance avant le voyage en Ecosse". Le ton est ferme. Eric Deflandre sait que rien n'est définitif. Il aime cette forme de saine concurrence et ses aventures lyonnaises lui ont donné une nouvelle dimension. "A Gerland, Jacques Santini prône un football qui est proche de celui de l'équipe nationale ou même de Bruges", affirme Eric. "J'ai progressé défensivement, car un des buts de mon transfert était de bloquer les projets adverses dans mon aire de jeu, mais je peux évidemment mettre le nez à la fenêtre au moment le plus indiqué. Le principe de la rotation est accepté en France et il m'arrive de céder ma place. En gros, cependant, je prends part à tous les grands matches. Le coach offre du temps de jeu à tout le groupe et cela vous permet d'aborder tous les matches bien reposé, pied au plancher". Il y a aussi un programme démentiel à affronter. "Personne ne tient le coup sur tous les tableaux et l'effectif doit être utilisé dans toutes ses potentialités. Sonny Anderson et Steve Marlet sont des pions importants du groupe mais eux aussi tournent. Il y a huit ou neuf internationaux qui sont tous logés à la même enseigne. Cela n'a rien à voir avec la forme du joueur. Je n'ai pas pris part au quart de finale de la Coupe de la Ligue contre Amiens car Jacques Santini a tenu compte du fait que je devais enchaîner St-Marin, un match de championnat et la venue du Bayern de Munich à Gerland en Ligue des Champions. Je peux délivrer trois assists et marquer un but, je suis certain à 80% de me retrouver sur le banc au rendez-vous suivant. L'accent est donc mis, entre autres, sur la récupération et cela marche depuis le début de la saison". Eric Deflandre s'est forgé un mental à toutes épreuves dans la capitale de la gastronomie française : "Santini a sa façon à lui de gérer son potentiel, il l'explique et personne n'a dès lors l'excuse de la fatigue. Je ne me suis jamais senti aussi frais à ce moment de la saison. Alors quand je joue, je dévore le gazon. Quand on a vingt gars dans ce cas-là, c'est un fameux plus sur le plan collectif. Malgré cela, cet agenda assez infernal nous a fait perdre quelques points, via des matches nuls, en championnat car il est très dur d'enchaîner sans broncher l'Europe et toutes nos ambitions nationales. Je découvre d'autres facettes intéressantes de ce job car même si j'étais très concerné à Bruges, il n'en demeure pas moins que je connaissais tous les coins et recoins du football belge. J'avais probablement besoin de voir et de vivre d'autres expériences. Je dois sans cesse me redéfinir à Lyon et cet éveil permanent, ce contact avec un autre univers, me bonifie. Je goûte aux plaisirs de la Ligue des Champions avec à la clef une belle première phase et une donne plus salée pour mériter notre place en quars de finale. Lyon a été versé dans le Groupe C en compagnie d'Arsenal, du Spartak de Moscou et du Bayern de Munich. Ce sont de solides morceaux mais nous progressons à leur contact. La Ligue des Champions, c'est géant. L'ambiance est dantesque à Lyon. Je tire un gros profit personnel de tout cela". L'arrière droit des Diables récolte souvent de bonnes cotes dans la presse sportive française. "J'ai un atout important : en Belgique, les attaquants sont les premiers défenseurs. Ce n'est pas nécessairement le cas en France. Les techniciens n'ont pas toujours envie de se replier et je peux plonger dans leur dos. C'est une de mes spécialités. Je peux me faire remarquer mais j'ai dû surtout travailler défensivement et techniquement. Quand on dispose d'artistes comme Anderson, Vikash Dhorasoo ou Sidney Gouvou, le niveau technique est forcément très élevé. A un tel point que Tony Vairelles, un grand attaquant pourtant, a préféré émigrer récemment à Bordeaux pour jouer plus régulièrement. Je n'ai qu'à me féliciter de l'accueil qui m'a été reservé. Je me suis fondu tout de suite dans le groupe où l'ambiance est phénoménale. Nous sortons rarement ensemble après un match mais cela ne nous empêche pas de nous retrouver avec plaisir lors des entraînements et des matches. Il y a aussi une discipline librement consentie. Quand un joueur arrive en retard, l'entraîneur ne doit même pas lui rappeler de verser l'équivalent de trois cents francs belges dans la petite caisse prévue à cet effet. Je suis le seul international de notre club à avoir pris part à l'EURO 2000. Même si la Belgique n'a pas réussi à franchir le cap du premier tour, ce n'est pas passé inaperçu. Les supporters lyonnais ont reçu le petit Belge, et son accent, à bras ouverts. J'étais pris au sérieux et les bons résultats actuels de l'équipe nationale apportent de l'eau à mon moulin". Eric, Gretchen et leur petite Whitney ont trouvé leurs marques à Lyon. Ils occupent une très belle maison avec piscine près de la Tour-de-Salvigny, un coin très tranquille dans la grande banlieue lyonnaise. "Il fait souvent très beau", précise Eric Deflandre. "Au début, Gretchen a eu du mal à trouver ses marques. A Lyon, on va au vert avant chaque match. Avec notre progamme, ça veut dire que je n'étais pas souvent à la maison. Cela va mieux et elle a notamment retrouvé des activités de modèle. Elle est demandée pour des séances de photos". La petite famille Deflandre fait aussi le tour de la vieille ville où on trouve de formidables petits "bouchons", ces restaurants typiquement lyonnais où on mange bien et souvent dans de chouettes ambiances. La vie est belle donc mais tout cela cache mal les aventures rocambolesques qui ont entouré son transfert à Lyon. "J'ai beaucoup réfléchi avant de partir car c'est le mode de vie de toute une famille qui change", raconte Eric Deflandre. "Si on se trompe, tout peut tomber à l'eau : la sérénité familiale, la carrière, l'équipe nationale. Il y avait beaucoup en jeu. J'ai passé quelques nuits blanches avant de donner une autre orientation à ma carrière. J'ai été perturbé par un agent de joueurs français (NDLR : il s'agit de Serge Scalet) qui a même menacé ma famille. J'ai été inquiété alors que j'étais à l'hôtel à Lyon. lI m'a affirmé au téléphone qu'il s'occuperait de ma femme, restée en Belgique, avec ses copains. Pas évident à vivre, je me suis senti beaucoup mieux quand tout fut réglé. Mais j'ai été surpris, choqué même, par Bruges et Antoine Van Hove. Ils ont carrément manipulé les événements et ont traité avec l'agent français qui m'inquiétait. Ils ont multiplié les mensonges les plus grossiers pour me pousser dehors, gagner beaucoup d'argent tout en expliquant à la presse, et dans le bulletin du club, que j'étais dans l'impossibilité de résister à cette offre. Antoine Van Hove a dit à des journalistes que j'allais gagner entre trente-cinq et quarante millions de francs belges, bruts par saison, sans compter toutes les primes. C'était faux mais Antoine Van Hove entretenait un climat qui faisait de lui un... pauvre dévalisé. Je n'avais pas encore eu de véritable contact avec Lyon quand j'ai lu tout cela dans les journaux. Je ne trouvais pas cela normal et j'avais en fait la certitude qu'il tentait en fait de régler l'affaire dans mon dos avec l'agent français alors que j'ai un manager depuis des années : Yves Baré. Il manigançait tout pour me pousser à partir et à prendre le beurre et l'argent du beurre. Antoine Van Hove avait fixé un prix : cent vingt millions de francs belges. Lyon a finalement déboursé cent vingt-six millions et même si un montant de transfert, ou une modalité de partage, n'avait pas été inscrite dans mon contrat quand je suis arrivé du Germinal, je ne trouvais pas très normal que Bruges veuille tout rafler".On devine aisément que le ton monta souvent entre Bruges et le poulain d'Yves Baré. "Bruges paya dix-huit millions aux Anversois d'Ekeren", rappelle Eric Deflandre. "La différence était considérable : j'avais droit à ma part et ce sentiment s'est accru au fil de tous les mensonges médiatisés d'Antoine Van Hove. Quatre ans plus tôt, il avait donné sa parole pour un partage équitable en cas de transfert et le dirigeant brugeois n'a pas respecté sa promesse. Je n'ai jamais poignardé personne et je ne voulais pas lâcher mon conseiller, pour me jeter dans les bras de l'agent français, histoire de faire plaisir à Antoine Van Hove. Yves Baré a contacté le manager français qui a pété les plombs et Bruges a eu peur que tout échoue.J'ai bâti ma carrière sur le travail, le sérieux et la patience. Si j'en suis là, c'est grâce à Yves Baré qui est toujours là quand j'ai besoin de lui. S'il avait voulu faire du fric sur mon dos, il m'aurait vendu depuis longtemps au premier venu. Non, Baré me conseilla de rester à Bruges où j'ai progressé et passé quatre bonnes saisons. Je lui dois énormément et ce sera le cas plus tard de Gaëtan Englebert qui fait aussi partie de son écurie. Finalement, j'ai eu ce que je voulais, Bruges aussi mais Antoine Van Hove m'a déçu car il a menti". Entre eux, ce ne sera plus jamais comme avant même si Eric avoue ne pas être rancunier. "Il a même déclaré que j'aurais utilisé la loi de 1978. Sidérant : c'est lui voulait que je parte et, moi, j'étais bien à Bruges. Je jure sur la tête de ma petite fille que je n'ai jamais pensé à la loi de 1978. J'ai demandé à Maître Jean-Louis Dupont de me défendre car j'allais être roulé dans la farine. Alors il rappela à Bruges et à Antoine Van Hove que je pouvais partir pour trente-huit millions de francs belges si je faisais appel à la loi de 1978. Bruges exerçait une très forte pression afin de tout empocher. Je voulais démontrer que je n'étais ni un naïf ni un ingrat. Si j'avais été méchant, j'aurais carrément empoché 90 millions et Bruges aurait bien sûr dû se contenter de trente-huit millions. Je ne tenais pas à en arriver là mais je ne voulais pas être le dindon de la farce" Le problème de Bruges résidait dans l'accord signé par Bruges avec le manager français. "En cas de transfert à Lyon, Bruges devait le payer. C'était plus facile à faire si Bruges avait gardé tout le magot mais, moi, ce n'était pas mon problème. Il a ouvert la porte de Lyon mais c'est Yves Baré qui a mené toutes les négociations entre moi et le club jusqu'au bout. A un moment, j'étais tellement écoeuré par Antoine Van Hove que j'ai failli tout laisser tomber. Je me suis levé un matin et j'ai dit à mon manager : -Tout est trop négatif autour de moi, on veut me tailler un costume, je ne marche pas. C'est un monde de requins et quand il y a beaucoup d'argent en jeu, je m'en suis rendu compte, ils pullulent, attirés par l'argent comme les squales par le sang. C'est dangereux". L'expérience lui a servi. Eric Deflandre a mûri en découvrant les hommes et les dangers de la coulisse. "Il faut sans cesse faire le bon choix. En restant à Bruges, je prenais le risque d'avoir de très gros ennuis cette saison, de ne peut-être pas jouer par vengeance. C'était trop hasardeux avec des dirigeants, surtout un, qui venaient de me prouver qu'ils étaient prêts à pas mal de choses pour me vendre. A un moment, ils ont même demandé cent soixante millions à Lyon. Un transfert est toujours une loterie. J'ai tiré un bon lot car on m'offre tout à Lyon : un club très ambitieux, un groupe talentueux, de bonnes installations, de grands objectifs pour l'avenir, le cadre idéal afin de me bonifier. Je ne suis pas un ingrat et je serai à la hauteur des attentes lyonnaises comme je l'ai été à Liège, au Germinal Ekeren et à Bruges".Dia 1Pierre Bilic