Semaine européenne oblige, José Mourinho a modifié ses habitudes. Vendredi, ce n'est pas au centre d'entraînement de Cobham, situé dans le sud de Londres, qu'il reçoit la presse mais à Stamford Bridge, le stade des Blues, situé dans le quartier de Fulham, afin de préfacer le derby face au Fulham de Félix Magath. Il peste sur le calendrier, dresse l'éloge de son concurrent et lâche une petite phrase sur Eden Hazard, qui a fêté son 100e match sous les couleurs des Blues samedi (avec deux nouveaux assists). " Il a besoin de repos mais ce n'est pas en club qu'il va se reposer car il est trop important pour nous. Ce serait parfait s'il ne jouait pas en équipe nationale. "
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Semaine européenne oblige, José Mourinho a modifié ses habitudes. Vendredi, ce n'est pas au centre d'entraînement de Cobham, situé dans le sud de Londres, qu'il reçoit la presse mais à Stamford Bridge, le stade des Blues, situé dans le quartier de Fulham, afin de préfacer le derby face au Fulham de Félix Magath. Il peste sur le calendrier, dresse l'éloge de son concurrent et lâche une petite phrase sur Eden Hazard, qui a fêté son 100e match sous les couleurs des Blues samedi (avec deux nouveaux assists). " Il a besoin de repos mais ce n'est pas en club qu'il va se reposer car il est trop important pour nous. Ce serait parfait s'il ne jouait pas en équipe nationale. " Un peu plus bas, quelques touristes se pressent au fan-shop. " Depuis quelques mois, la vareuse d'Eden Hazard part comme des petits pains ", nous dit un vendeur d'une trentaine d'années. Car ce sont bien les traces de la petite pépite belge que nous sommes venus relever à Londres. Si Eden Hazard continue de la sorte, c'est bien l'histoire du football belge qu'il va écrire. Jusqu'à présent, la quatrième place de Paul Van Himst au Ballon d'Or 1965, à une époque où le référendum était encore réservé aux seuls Européens, vaut au meneur de jeu d'Anderlecht un statut de numéro un intouchable de notre histoire footballistique. Pourtant, son trône vacille et Hazard pourrait très vite prendre le sillage de Lionel Messi et Cristiano Ronaldo au firmament du foot mondial. Pas étonnant donc que les fans de Chelsea commencent à se ruer sur son maillot. Aux premières loges des exploits de l'ancien double meilleur joueur de l'année en France, ils ont pu mesurer, mieux que quiconque, l'étendue du talent et la progression constante de leur nouvelle idole. Cette année, aucun joueur de Chelsea n'a marqué plus de buts (12) et donné autant d'assists (7). Et quand il marque, Chelsea ne perd pas ! Comment la Premier League voit-elle la nouvelle égérie de Nivea ? Et où se situe Hazard par rapport aux grandes stars ? Sport/Foot Magazine a pris l'Eurostar pour juger le phénomène Hazard. Avant de rejoindre Stamford Bridge, cap à l'Est, ce quartier des Docklands, longtemps désaffecté après avoir accueilli toute la lie de la capitale anglaise au début du siècle. C'est ici que l'accent cockney s'est façonné. La zone a été revigorée au début des années 90. Le DLR, métro aérien sans conducteur, nous conduit jusqu'à Shadwell, où la plupart des journaux nationaux ont émigré, fuyant la City et l'onéreuse Fleet Street, connue jusque dans les années 90 comme la rue des journalistes. C'est là que nous rencontrons Charlie Wyett, journaliste renommé du Sun. " Vous savez, pour nous, deux titres de joueur de l'année en France ne signifient pas grand-chose ", explique-t-il, " D'autant plus que la presse anglaise était échaudée par l'exemple de Gervinho, lui aussi pierre angulaire du titre de Lille, arrivé un an plus tôt à Arsenal et qui s'était avéré un gros flop. Mais quelques matches ont suffi pour lever le doute. Non, Hazard n'avait rien de Gervinho !" Arrivé en juillet 2012 pour 40 millions d'euros, Hazard avait débuté en fanfare avec quatre assists et trois penalties provoqués en quatre matches, avant de connaître un passage à vide hivernal, puis de finir en boulet de canon, à l'image d'une équipe de Chelsea, partie cueillir l'Europa League après une saison compliquée. " La première saison d'Hazard nous a convaincu sans pour autant nous enflammer ", résume pour sa part Simon Johnson, journaliste au London Evening Standard, et spécialiste de Chelsea. " On n'attendait pas davantage de lui. Certes, Chelsea avait mis le paquet mais il avait directement montré l'étendue de son talent et s'était facilement adapté à la compétition anglaise. Aucun journaliste ne lui a reproché son trou d'air de l'hiver, conscient de l'énorme potentiel et de son jeune âge. Tout le monde était persuadé que Chelsea tenait une pépite qui allait porter l'équipe dans les années à venir. " Restait donc à transformer ce talent épisodique en quelque chose capable de se transcender à chaque rencontre. " C'est un joueur pétri de talent, personne n'en doute, mais il a encore besoin d'être mis sous pression par ses entraîneurs ", explique Gordon Strachan, sélectionneur de l'Ecosse. " Cependant, je suis certain que certaines critiques peuvent être contre-productives. Il lui faut un entraîneur qui le pousse tout en ayant une confiance aveugle en lui. J'adorerais entraîner un tel joueur et motiver un tel talent. " Ce que Strachan a perçu, José Mourinho l'a également compris. Alors que son arrivée et les transferts estivaux (André Schürrle, Kevin De Bruyne puis Willian) redistribuaient les cartes, l'entraîneur portugais a rapidement rassuré Hazard sur le rôle qu'il voulait lui donner. Sans pour autant l'affranchir de son lot de travail. " Directement, il l'a mis dans des bonnes conditions en lui disant, lors de la tournée en Asie, qu'il avait déjà voulu l'attirer au Real Madrid lorsqu'il jouait encore pour Lille ", se souvient Chris Wheeler, journaliste au Daily Mail. Pourtant, la saison d'Hazard ne s'apparente pas à un longue fleuve tranquille, empli de félicité. Il a fallu l'intervention de Mourinho qui n'a pas hésité à écarter le médian belge après une arrivée tardive à l'entraînement. Ce rappel à l'ordre a été salvateur et a servi de déclic au Brainois. " Il a commencé la saison doucement essayant de répondre aux demandes tactiques de Mourinho qui voulait qu'il revienne prêter main forte en défense ", confirme Johnson. " Mourinho trouvait qu'il ne s'entraînait pas assez et l'a écarté pour un match de Ligue des Champions et après cela, il s'est transformé. Son match à Sunderland, en décembre (NDLR : 3-4), a servi de vrai déclencheur. " " Il réalise aujourd'hui que l'entraînement, ce n'est pas que du fun ", analyse Rory Smith, journaliste au Times. " Mais le crédit en revient également à Rafael Benitez qui avait débuté ce processus et l'avait fait énormément progresser sur le plan tactique. " Aujourd'hui, huit mois après l'arrivée de Mourinho, Eden Hazard fait l'unanimité. La Premier League se l'arrache et les Anglais en sont fous. Les Français, persuadés qu'il est un des leurs, du moins leur plus beau produit d'exportation, surfent sur la vague. Après son triplé face à Newcastle, le quotidien L'Equipe lui a consacré deux pages. " Ces statistiques ne sont pas si étourdissantes (...) mais il faudrait les pondérer par un facteur spectacle et de ce côté-là, (...), il y a peu de joueurs aussi excitants à voir jouer ", écrivait L'Equipe. " C'est exactement cela ", corrobore Wyett. " Et pourtant en Angleterre, on est les premiers à tout expliquer par les chiffres mais avec lui, on va au-delà des statistiques. A part peut-être John Terry dont la renaissance est étonnante à 33 ans, aucun joueur ne soulève autant d'enthousiasme à Chelsea. Demba Ba et Fernando Torres se battent pour une place ; Oscar a bien commencé la saison avant de se montrer décevant. Nemanja Matic et Willian sont des satisfactions mais pas autant qu'Hazard. Si Chelsea est en tête, il le doit à Hazard qui a porté l'équipe sur ses épaules pendant trois mois. Chelsea a besoin d'un attaquant et se trouve encore en phase de transition mais les performances d'Hazard masquent tous ces problèmes. Mourinho veut des joueurs capables de répéter des efforts de 30 mètres, soit pour défendre, soit pour attaquer et c'est ce que fait désormais Hazard. Il a acquis cette capacité à multiplier les courses. " " Il semble plus à l'aise avec les demandes de la Premier League, particulièrement l'aspect physique ", explique Wheeler " Et si Hazard explose, c'est en grande partie grâce à Mourinho qui le met en confiance. Quand Mourinho n'est pas satisfait du rendement d'un joueur, il l'expose mais quand il apprécie son travail, il le bombarde de compliments. C'est une façon de dire à la concurrence - Pas touche et aussi une manière de booster ses joueurs. Il avait agi de la sorte avec Didier Drogba ou Frank Lampard lors de son premier passage. Il l'a fait avec Hazard en disant qu'il s'agissait sans doute du meilleur jeune joueur au monde et qu'il pouvait atteindre le même niveau que Messi ou Ronaldo. C'est très intelligent de la part de Mourinho parce que d'un côté, il montre qu'il croit en lui et d'un autre, il lui lance un message du genre - si tu veux égaler ces joueurs, la balle est dans ton camp. " " Mourinho a également choisi son système en fonction d'Hazard. Il n'hésite pas à se passer de Torres(pourtant un des chouchous de Roman Abramovitch)et de Ba, ses deux numéros neuf conventionnels, pour un 4-3-3 ou un 4-2-3-1, ce qui donne à Hazard davantage de liberté et la possibilité de jaillir de son aile et d'avoir de ce fait un plus gros impact sur le jeu. Sa réticence à utiliser Juan Mata a laissé le rôle de meneur de jeu libre et a permis à d'autres joueurs de l'occuper. Hazard a saisi cette chance. " Mourinho qui veut construire une équipe dans la durée veut garder Hazard, courtisé notamment par le PSG, à Londres. Sa communication consiste désormais à convaincre le Belge que nulle part ailleurs, il n'aura un environnement aussi propice à son épanouissement. L'interview accordée à Canal + va dans ce sens. " Eden, c'est notre garçon. C'est le joueur que nous voulons garder pendant 10 ans. Nous voulons construire l'équipe autour de lui car c'est un style de joueur et d'être humain que nous voulons avoir. " Il a également ajouté à Sky qu'il ne comprenait pas qu'un tel joueur n'ait pas encore décroché la distinction de joueur du mois en Angleterre. " Si Eden n'obtient pas cette récompense en février, cela voudra dire que ce pays est plein de joueurs fantastiques. " En termes de récompense, certains le verraient bien postuler au titre de joueur de la saison. " Pour le moment, j'en vois deux qui se détachent ", dit Wyett. " Luis Suarez et lui. Mais le public préfère Hazard. Son côté simple, souriant, frais sans doute. Il y a aussi Aaron Ramsey ou Jack Wilshere mais aucun des deux n'a autant d'emprise sur son équipe qu'Hazard. C'est un génie. Il doit juste le montrer un peu plus. " Dans ce torrent de compliments, il existe pourtant encore une faiblesse : la capacité à briller dans les grands événements. " Il s'en rapproche ", dit Rory Smith, " comme on a pu s'en rendre compte lors du sommet face à Manchester City où il fut brillant. Mais on attend toujours qu'il se lâche sur la scène européenne. Il a encore été trop discret à Galatasaray. " " La Coupe du Monde est un vrai test ", conclut Martin O'Neill, sélectionneur de l'Irlande. " S'il brille et porte son équipe, il aura encore franchi un palier. Mais dans quel état physique sera-t-il ? A chaque tournoi, la question revient pour les stars du championnat anglais. "PAR STÉPHANE VANDE VELDE À LONDRES" Il pourrait avoir sur le jeu le même impact qu'Eric Cantona, jadis, à Manchester United. " Charlie Wyett, journaliste au Sun