Philippe Clement (45 ans) n'a qu'un seul objectif : il veut gagner. Et progresser dans le but de gagner davantage encore. Sur la rive gauche de l'Escaut, à Anvers, il y a encore des papas qui sont convaincus qu'au FC Sint-Anneke Sport, leur fils était bien meilleur que Philippe.

Mais les faits sont là : Clement a été 38 fois Diable Rouge, il a participé à l'EURO et à la Coupe du monde, il a été deux fois champion de Belgique, a remporté quatre coupes de Belgique et autant de Supercoupes. En dix ans à Bruges, il a inscrit 51 buts en 359 matches tout en jouant dans l'axe de la défense ou comme médian défensif. Il ne le doit qu'à lui-même, à son engagement et à son flair.

Un jour, il a acheté des mini-buts et une mini-balle pour travailler sa technique. Il a également acquis des lunettes en caoutchouc qui l'empêchaient de voir ses pieds pour s'entraîner à manipuler le ballon à l'aveugle. La suite de l'histoire est connue : après l'entraînement collectif, il escaladait les escaliers de la tribune principale. Les jours de congé, il allait s'entraîner.

A la maison, il surveillait son alimentation et faisait des exercices. Après un match, il n'allait pas dormir sans analyser sa prestation et il s'énervait quand il constatait que ses équipiers ne s'appliquaient pas autant que lui. Car le football est un sport d'équipe et tout le monde doit faire le maximum pour gagner.

Ce n'est pourtant pas un homme de conflit, plutôt un conciliateur, un motivateur. Il est perspicace et sociable, contrôle parfaitement ses paroles et ses gestes. Sans une offre impossible à refuser de Coventry City, il aurait probablement mené à bien ses études d'ingénieur industriel.

Il a été professionnel jusqu'à l'âge de 37 ans puis est devenu entraîneur des espoirs, des défenseurs et adjoint au Club Bruges. Il y a deux ans, il a entamé une carrière d'entraîneur principal à Waasland-Beveren, où ses caractéristiques d'antan ont refait surface : l'assiduité, l'ambition et le professionnalisme.

Clement est infatigable, exigeant, intelligent d'un point de vue émotionnel, il travaille les détails et communique bien. Après six mois de bon travail dans le Pays de Waes, il est parti à Genk où, en un an et demi, il a remporté le titre de champion, le Trophée Raymond Goethals et le titre d'Entraîneur de l'Année.

C'est déjà plus que la plupart des coaches sur l'ensemble d'une carrière. Il a ensuite repris le chemin de Bruges, avec qui il est aux portes de la Champions League. Mais comment fait-il ? Nous avons posé 3 questions à Aimé Anthuenis, qui fut son entraîneur à Genk et chez les Diables Rouges, à Thomas Buffel, qui a joué sous ses ordres à Genk, et à Stan Van den Buijs, qui l'a côtoyé dans le staff technique du Club Bruges.

" C'est un meneur d'hommes "

1. Pourquoi Philippe Clement n'a-t-il connu que des succès depuis qu'il est entraîneur principal ?

AIMÉ ANTHUENIS : Je dois dire que je ne suis pas surpris. Quand il jouait à Genk sous ma direction, déjà, je me disais qu'il deviendrait entraîneur. On voyait qu'il avait des dispositions pour cela : il s'intéressait au jeu, il pensait comme un entraîneur, il coachait les autres sur le terrain, il s'impliquait dans tout et apportait quelque chose. C'était un gagneur et il savait que, pour gagner, on a besoin des autres. Il jouait pour l'équipe, il était curieux et il avait un point de vue. En dehors du football, c'était quelqu'un avec qui on pouvait discuter de beaucoup de choses. Il a vite compris que le métier de joueur était un beau métier et qu'il devait tout faire pour réussir. C'est généralement ce genre de joueurs qui joue le plus longtemps et ça a été son cas. Il a connu beaucoup d'entraîneurs, de clubs et de cultures différentes au cours de sa longue carrière. Ça lui a permis de voir ce qu'il pourrait faire et ne pas faire plus tard. Mais son gros avantage, ça a été d'entraîner des équipes d'âge d'élite puis de travailler sous Michel Preud'homme. Il connaît sa place et cela lui a laissé le temps d'apprendre, de jeter des bases solides et d'être prêt au moment de se lancer.

Il sait combien la psychologie et la confiance des joueurs sont importantes. " Aimé Anthuenis

STAN VAN DEN BUIJS : Je vais être honnête : je ne m'y attendais pas du tout. Je ne croyais pas en lui en tant qu'entraîneur principal et Bruges non plus. Il était sans cesse derrière les joueurs et je sais que les anciens n'aiment pas ça. Bien entendu, un entraîneur-adjoint est plus proche des hommes. Je vois qu'il continue à le faire maintenant mais manifestement, avec lui, ça marche. Ça montre qu'il s'y prend bien et que cela ne l'empêche pas de prendre les bonnes décisions. En tout cas, il est suffisamment malin et expérimenté pour savoir comment ça se passe en football et il a assez de personnalité pour suivre sa voie. Au Club Bruges, il a été à bonne école. Il y a connu toutes les facettes du métier d'entraîneur et a tout vécu. Travailler avec des jeunes dans un grand club n'est pas toujours facile, il ne faut pas sous-estimer ça car les joueurs défilent, tous ne jouent pas et il n'est pas évident de satisfaire tout le monde.

Philippe Clement s'adressant à Siemen Voet et Matej Mitrovic. Le coach est un orateur né., BELGAIMAGE
Philippe Clement s'adressant à Siemen Voet et Matej Mitrovic. Le coach est un orateur né. © BELGAIMAGE

Le fait que sa carrière d'entraîneur principal soit une réussite jusqu'ici est aussi dû au fait qu'il a pris un bon départ. Waasland-Beveren l'a suivi et, à l'époque, l'équipe avait beaucoup plus de talents qu'aujourd'hui. Il les a fait jouer au football, il a misé sur leurs qualités alors qu'ils n'y étaient pas habitués, il a obtenu des résultats tout de suite et, en décembre, il est parti à Genk. Sa carrière était lancée. Dans le Limbourg, il a fait la même chose, avec de bons joueurs à qui il a transmis ses idées, avec beaucoup de jeunes capables de faire la différence, des ailiers rapides qui lui ont permis de jouer en 4-3-3. Pareil au Club Bruges à présent : il n'a pas gardé le 3-4-3 d'Ivan Leko, il a imposé son 4-3-3. Car c'est quelqu'un qui amène immédiatement ses idées, y compris en matière de composition et de fonctionnement du staff. Il faut lui laisser ça : il sait très bien où il va et il analyse parfaitement le club pour lequel il travaille. Ce qu'on ne saura jamais, c'est ce qu'il serait advenu de lui s'il était resté plus longtemps à Beveren et à Genk, après le départ des bons joueurs. Car jusqu'ici, il n'est resté longtemps nulle part.

La façon dont un entraîneur se tient devant le groupe est très importante et Clement est très fort à ce niveau. " Thomas Buffel

THOMAS BUFFEL : Il a été longtemps adjoint, c'est une bonne école. Il a appris pas mal de choses à gauche et à droite. Il est arrivé à Genk dans un moment difficile pour le club, plusieurs joueurs étaient mécontents. En très peu de temps, il a réussi à remettre d'aplomb des joueurs qui étaient loin de leur meilleur niveau et à décrocher un ticket pour les play-offs 1. Il est très fort verbalement : c'est un meneur d'hommes qui parvient à faire en sorte que les gens se sentent bien. Que ce soit dans les conversations individuelles ou quand il parle devant le groupe, tout est toujours très clair avec lui.

© BELGAIMAGE

Sur le terrain, on travaillait beaucoup les automatismes. Même d'un point de vue individuel, ce qui est souvent sous-estimé. La finition, par exemple : à la fin d'un exercice de passes, on devait toujours terminer par un tir dans un petit but, histoire de rester concentrés sur la conclusion d'une action. Trop souvent, on shootait n'importe comment mais il a tellement insisté pour qu'on place le ballon qu'après un certain temps, on a commencé à marquer des buts de la sorte. À force de répéter un exercice, on prend confiance, on progresse, on est plus sûr de soi et plus efficace. C'est ça qui compte.

À la fin de la semaine, l'approche était plus collective. Le premier jour, on travaillait l'aspect défensif. Le lendemain, la construction. Il nous donnait toujours plusieurs solutions pour échapper au pressing de l'adversaire. C'était très clair. Les entraînements étaient filmés et, le jour du match, on nous remontrait les phases intéressantes. Les joueurs savaient ainsi à quoi s'en tenir. Ils savaient ce qu'ils devaient faire en possession de balle et en perte de balle. Il était très professionnel. Les séances vidéo étaient dosées, pas trop longues.

Il essaye toujours de partir des points forts de son équipe et de ressortir avec des arrières latéraux qui jouent haut et des défenseurs centraux qui poussent l'équipe vers l'avant. Les attaquants ne doivent donc pas couvrir beaucoup de terrain en perte de balle. Évidemment, quand on presse haut et qu'on peut récupérer le ballon au-delà de la ligne médiane, un arrière latéral ou un médian ne doit pas venir de loin pour faire une action. Derrière, sur les centres, il veut un marquage individuel.

On a toujours le sentiment que ses choix sont honnêtes et il dit toujours qu'il peut aussi faire progresser les joueurs qui ne jouent pas. Je pense que c'est vrai. Prenez le cas de Dries Wouters. Il s'est toujours occupé des réservistes, si bien que ceux-ci étaient prêts quand on a eu besoin d'eux.

" Son gros point fort, c'est la communication "

2. Quelle est la plus grande qualité de Philippe Clement en tant qu'entraîneur ?

ANTHUENIS : Selon moi, c'est son énorme empathie. Il est au-dessus du lot mais il ne le fait pas sentir. Il connaît l'importance de la psychologie et de la confiance des joueurs. Pour tirer le meilleur d'un joueur, ce qui est quand même le but, il faut pouvoir se mettre dans sa peau et comprendre comment il aime qu'on l'approche. Car chacun est différent. Dans les moments difficiles, par exemple, certains refont plus vite surface que d'autres. Les joueurs doivent sentir que l'entraîneur s'inquiète pour eux. C'est comme ça qu'ils vont au feu pour lui. Un entraîneur doit s'entendre avec ses joueurs et l'approche individuelle est un point crucial. Pas seulement sur les plans tactique ou physique mais aussi au niveau psychologique.

Il sait parfaitement où il va et il analyse parfaitement le club pour lequel il travaille. " Stan Van den Buijs

VAN DEN BUIJS : Sa confiance en lui. À ce niveau, quand on se présente devant un groupe ou un joueur, il faut de la présence. Pour cela, il faut être sûr de soi, de ses qualités, de son travail. Je pense aussi que, globalement, il voit clair. En match, il fait les bons choix, il choisit les bons joueurs en fonction de l'adversaire et ses remplacements sont bons, ce qui est très important. Je comprends que tout le monde le suive, y compris le 22e joueur du groupe. Et c'est tout sauf évident.

BUFFEL : Qu'un entraîneur soit expérimenté ou pas, la façon dont il se tient devant le groupe est très importante et Clement est très fort à ce niveau. Il parle bien, son intonation est bonne. C'est un bon communicateur. En général, il est calme mais quand il faut hausser le ton, il le fait et tout le monde comprend. Donc, pour moi, son gros point fort, c'est la communication. Il sait approcher les joueurs individuellement. Il a par exemple très vite compris que Pozuelo avait besoin d'être entouré et celui-ci le lui a bien rendu. De plus, ses entraînements et son approche du match sont toujours mis en relation avec les points faibles de l'adversaire. Il sait très bien faire passer le message, sans compliquer les choses. Ce sont des qualités importantes. J'ai beaucoup aimé travailler sous sa direction et je suis certain que cette façon de faire lui vaudra encore beaucoup de succès."

" Il va devoir démontrer qu'il sait éviter les pièges "

3. Quel piège Philippe Clement doit-il éviter en tant qu'entraîneur ?

AIMÉ ANTHUENIS : Je pense qu'il connaît mieux que quiconque les pièges qui guettent un entraîneur. Il connaît le monde du football comme sa poche. La saison dernière, il a souvent répété que c'était l'équipe qui comptait. Tout l'art consiste maintenant à rester lui-même au plus haut niveau et a travailler comme il l'a toujours fait. Il doit aussi savoir que quand on est au sommet, on ne peut que redescendre. Ainsi va la vie, en sport aussi. Quand les choses vont moins bien, il faut rester calme et patient, ne pas faire n'importe quoi.

L'important, c'est d'être au bon endroit au bon moment mais ça, on ne le sait qu'après. Car en football, tout peut changer très vite. Il suffit parfois d'avoir deux joueurs importants blessés pour un long moment. Jouer des matches décisifs pour une participation à la Champions League dès le début de saison, c'est un risque. Car le résultat de ces rencontres détermine la suite de la saison. Mais je suis presque sûr que, même quand ça ira moins bien, il restera lui-même.

STAN VAN DEN BUIJS : Je pense qu'il doit à présent démontrer qu'il est capable de rester plusieurs années dans un club tout en obtenant des résultats. Il n'est resté que six mois à Beveren et un an et demi à Genk. C'est court. Maintenant, il est dans un tout grand club, la norme est différente, la barre est placée plus haut, on transfère des joueurs pour dix millions d'euros et il y a de la pression chaque semaine. De plus, il a acquis un certain statut, on attend donc beaucoup de lui. Il le sait et il connaît la vie d'un grand grand club, ce n'est pas un problème pour lui mais en football, les choses sont parfois bizarres. J'ai été surpris par son attitude contre Eupen parce que, généralement, il est très calme. Même après le match, il était furax et est même monté sur le terrain. C'était un peu trop. Mais peut-être que Michel ne lui a pas montré le meilleur exemple ( il rit). C'était en tout cas la première fois que je le voyais comme ça et je pense que c'était dû à la pression.

THOMAS BUFFEL : Quand un coach reste trois à quatre ans dans un club et travaille en grande partie avec les mêmes joueurs, il doit faire en sorte que ses entraînements restent passionnants et variés. La politique des transferts du club constitue aussi un piège : parfois, on vend de bons joueurs et on les remplace par des moins bons, ou moins expérimentés. À Genk, il a profité du fait que la direction avait pu conserver le groupe et il lui a apporté sa touche en matière de tactique, d'organisation et de communication. Il va devoir démontrer qu'il sait éviter les pièges mais le plus important, c'est que c'est un gagneur.

Philippe Clement (45 ans) n'a qu'un seul objectif : il veut gagner. Et progresser dans le but de gagner davantage encore. Sur la rive gauche de l'Escaut, à Anvers, il y a encore des papas qui sont convaincus qu'au FC Sint-Anneke Sport, leur fils était bien meilleur que Philippe. Mais les faits sont là : Clement a été 38 fois Diable Rouge, il a participé à l'EURO et à la Coupe du monde, il a été deux fois champion de Belgique, a remporté quatre coupes de Belgique et autant de Supercoupes. En dix ans à Bruges, il a inscrit 51 buts en 359 matches tout en jouant dans l'axe de la défense ou comme médian défensif. Il ne le doit qu'à lui-même, à son engagement et à son flair. Un jour, il a acheté des mini-buts et une mini-balle pour travailler sa technique. Il a également acquis des lunettes en caoutchouc qui l'empêchaient de voir ses pieds pour s'entraîner à manipuler le ballon à l'aveugle. La suite de l'histoire est connue : après l'entraînement collectif, il escaladait les escaliers de la tribune principale. Les jours de congé, il allait s'entraîner. A la maison, il surveillait son alimentation et faisait des exercices. Après un match, il n'allait pas dormir sans analyser sa prestation et il s'énervait quand il constatait que ses équipiers ne s'appliquaient pas autant que lui. Car le football est un sport d'équipe et tout le monde doit faire le maximum pour gagner. Ce n'est pourtant pas un homme de conflit, plutôt un conciliateur, un motivateur. Il est perspicace et sociable, contrôle parfaitement ses paroles et ses gestes. Sans une offre impossible à refuser de Coventry City, il aurait probablement mené à bien ses études d'ingénieur industriel. Il a été professionnel jusqu'à l'âge de 37 ans puis est devenu entraîneur des espoirs, des défenseurs et adjoint au Club Bruges. Il y a deux ans, il a entamé une carrière d'entraîneur principal à Waasland-Beveren, où ses caractéristiques d'antan ont refait surface : l'assiduité, l'ambition et le professionnalisme. Clement est infatigable, exigeant, intelligent d'un point de vue émotionnel, il travaille les détails et communique bien. Après six mois de bon travail dans le Pays de Waes, il est parti à Genk où, en un an et demi, il a remporté le titre de champion, le Trophée Raymond Goethals et le titre d'Entraîneur de l'Année. C'est déjà plus que la plupart des coaches sur l'ensemble d'une carrière. Il a ensuite repris le chemin de Bruges, avec qui il est aux portes de la Champions League. Mais comment fait-il ? Nous avons posé 3 questions à Aimé Anthuenis, qui fut son entraîneur à Genk et chez les Diables Rouges, à Thomas Buffel, qui a joué sous ses ordres à Genk, et à Stan Van den Buijs, qui l'a côtoyé dans le staff technique du Club Bruges. 1. Pourquoi Philippe Clement n'a-t-il connu que des succès depuis qu'il est entraîneur principal ? AIMÉ ANTHUENIS : Je dois dire que je ne suis pas surpris. Quand il jouait à Genk sous ma direction, déjà, je me disais qu'il deviendrait entraîneur. On voyait qu'il avait des dispositions pour cela : il s'intéressait au jeu, il pensait comme un entraîneur, il coachait les autres sur le terrain, il s'impliquait dans tout et apportait quelque chose. C'était un gagneur et il savait que, pour gagner, on a besoin des autres. Il jouait pour l'équipe, il était curieux et il avait un point de vue. En dehors du football, c'était quelqu'un avec qui on pouvait discuter de beaucoup de choses. Il a vite compris que le métier de joueur était un beau métier et qu'il devait tout faire pour réussir. C'est généralement ce genre de joueurs qui joue le plus longtemps et ça a été son cas. Il a connu beaucoup d'entraîneurs, de clubs et de cultures différentes au cours de sa longue carrière. Ça lui a permis de voir ce qu'il pourrait faire et ne pas faire plus tard. Mais son gros avantage, ça a été d'entraîner des équipes d'âge d'élite puis de travailler sous Michel Preud'homme. Il connaît sa place et cela lui a laissé le temps d'apprendre, de jeter des bases solides et d'être prêt au moment de se lancer. STAN VAN DEN BUIJS : Je vais être honnête : je ne m'y attendais pas du tout. Je ne croyais pas en lui en tant qu'entraîneur principal et Bruges non plus. Il était sans cesse derrière les joueurs et je sais que les anciens n'aiment pas ça. Bien entendu, un entraîneur-adjoint est plus proche des hommes. Je vois qu'il continue à le faire maintenant mais manifestement, avec lui, ça marche. Ça montre qu'il s'y prend bien et que cela ne l'empêche pas de prendre les bonnes décisions. En tout cas, il est suffisamment malin et expérimenté pour savoir comment ça se passe en football et il a assez de personnalité pour suivre sa voie. Au Club Bruges, il a été à bonne école. Il y a connu toutes les facettes du métier d'entraîneur et a tout vécu. Travailler avec des jeunes dans un grand club n'est pas toujours facile, il ne faut pas sous-estimer ça car les joueurs défilent, tous ne jouent pas et il n'est pas évident de satisfaire tout le monde. Le fait que sa carrière d'entraîneur principal soit une réussite jusqu'ici est aussi dû au fait qu'il a pris un bon départ. Waasland-Beveren l'a suivi et, à l'époque, l'équipe avait beaucoup plus de talents qu'aujourd'hui. Il les a fait jouer au football, il a misé sur leurs qualités alors qu'ils n'y étaient pas habitués, il a obtenu des résultats tout de suite et, en décembre, il est parti à Genk. Sa carrière était lancée. Dans le Limbourg, il a fait la même chose, avec de bons joueurs à qui il a transmis ses idées, avec beaucoup de jeunes capables de faire la différence, des ailiers rapides qui lui ont permis de jouer en 4-3-3. Pareil au Club Bruges à présent : il n'a pas gardé le 3-4-3 d'Ivan Leko, il a imposé son 4-3-3. Car c'est quelqu'un qui amène immédiatement ses idées, y compris en matière de composition et de fonctionnement du staff. Il faut lui laisser ça : il sait très bien où il va et il analyse parfaitement le club pour lequel il travaille. Ce qu'on ne saura jamais, c'est ce qu'il serait advenu de lui s'il était resté plus longtemps à Beveren et à Genk, après le départ des bons joueurs. Car jusqu'ici, il n'est resté longtemps nulle part. THOMAS BUFFEL : Il a été longtemps adjoint, c'est une bonne école. Il a appris pas mal de choses à gauche et à droite. Il est arrivé à Genk dans un moment difficile pour le club, plusieurs joueurs étaient mécontents. En très peu de temps, il a réussi à remettre d'aplomb des joueurs qui étaient loin de leur meilleur niveau et à décrocher un ticket pour les play-offs 1. Il est très fort verbalement : c'est un meneur d'hommes qui parvient à faire en sorte que les gens se sentent bien. Que ce soit dans les conversations individuelles ou quand il parle devant le groupe, tout est toujours très clair avec lui. Sur le terrain, on travaillait beaucoup les automatismes. Même d'un point de vue individuel, ce qui est souvent sous-estimé. La finition, par exemple : à la fin d'un exercice de passes, on devait toujours terminer par un tir dans un petit but, histoire de rester concentrés sur la conclusion d'une action. Trop souvent, on shootait n'importe comment mais il a tellement insisté pour qu'on place le ballon qu'après un certain temps, on a commencé à marquer des buts de la sorte. À force de répéter un exercice, on prend confiance, on progresse, on est plus sûr de soi et plus efficace. C'est ça qui compte. À la fin de la semaine, l'approche était plus collective. Le premier jour, on travaillait l'aspect défensif. Le lendemain, la construction. Il nous donnait toujours plusieurs solutions pour échapper au pressing de l'adversaire. C'était très clair. Les entraînements étaient filmés et, le jour du match, on nous remontrait les phases intéressantes. Les joueurs savaient ainsi à quoi s'en tenir. Ils savaient ce qu'ils devaient faire en possession de balle et en perte de balle. Il était très professionnel. Les séances vidéo étaient dosées, pas trop longues. Il essaye toujours de partir des points forts de son équipe et de ressortir avec des arrières latéraux qui jouent haut et des défenseurs centraux qui poussent l'équipe vers l'avant. Les attaquants ne doivent donc pas couvrir beaucoup de terrain en perte de balle. Évidemment, quand on presse haut et qu'on peut récupérer le ballon au-delà de la ligne médiane, un arrière latéral ou un médian ne doit pas venir de loin pour faire une action. Derrière, sur les centres, il veut un marquage individuel. On a toujours le sentiment que ses choix sont honnêtes et il dit toujours qu'il peut aussi faire progresser les joueurs qui ne jouent pas. Je pense que c'est vrai. Prenez le cas de Dries Wouters. Il s'est toujours occupé des réservistes, si bien que ceux-ci étaient prêts quand on a eu besoin d'eux. 2. Quelle est la plus grande qualité de Philippe Clement en tant qu'entraîneur ? ANTHUENIS : Selon moi, c'est son énorme empathie. Il est au-dessus du lot mais il ne le fait pas sentir. Il connaît l'importance de la psychologie et de la confiance des joueurs. Pour tirer le meilleur d'un joueur, ce qui est quand même le but, il faut pouvoir se mettre dans sa peau et comprendre comment il aime qu'on l'approche. Car chacun est différent. Dans les moments difficiles, par exemple, certains refont plus vite surface que d'autres. Les joueurs doivent sentir que l'entraîneur s'inquiète pour eux. C'est comme ça qu'ils vont au feu pour lui. Un entraîneur doit s'entendre avec ses joueurs et l'approche individuelle est un point crucial. Pas seulement sur les plans tactique ou physique mais aussi au niveau psychologique. VAN DEN BUIJS : Sa confiance en lui. À ce niveau, quand on se présente devant un groupe ou un joueur, il faut de la présence. Pour cela, il faut être sûr de soi, de ses qualités, de son travail. Je pense aussi que, globalement, il voit clair. En match, il fait les bons choix, il choisit les bons joueurs en fonction de l'adversaire et ses remplacements sont bons, ce qui est très important. Je comprends que tout le monde le suive, y compris le 22e joueur du groupe. Et c'est tout sauf évident. BUFFEL : Qu'un entraîneur soit expérimenté ou pas, la façon dont il se tient devant le groupe est très importante et Clement est très fort à ce niveau. Il parle bien, son intonation est bonne. C'est un bon communicateur. En général, il est calme mais quand il faut hausser le ton, il le fait et tout le monde comprend. Donc, pour moi, son gros point fort, c'est la communication. Il sait approcher les joueurs individuellement. Il a par exemple très vite compris que Pozuelo avait besoin d'être entouré et celui-ci le lui a bien rendu. De plus, ses entraînements et son approche du match sont toujours mis en relation avec les points faibles de l'adversaire. Il sait très bien faire passer le message, sans compliquer les choses. Ce sont des qualités importantes. J'ai beaucoup aimé travailler sous sa direction et je suis certain que cette façon de faire lui vaudra encore beaucoup de succès."