C'est l'histoire d'un mec qui avait tout pour lui et la Belgique du foot à ses pieds. Propulsé dans le grand bain de la D1 à 18 ans par Michel Preud'homme, Yassine El Ghanassy était vite devenu la nouvelle coqueluche du football belge. Le nouveau Bryan Ruiz, le futur Eden Hazard. Dans un sondage effectué par Sport/Foot Magazine, il était même considéré par ses pairs comme le deuxième plus grand talent belge. C'était en juillet 2009. Percutant, technique, et sûr de lui comme ses aînés, Yassine El Ghanassy venait de devenir un joueur bankable. Au point d'être sélectionné à quatre reprises par GeorgesLeekens entre octobre 2010 et le mois d'aout 2011. À l'époque, personne ne le sait, mais Yassine est déjà au sommet.
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C'est l'histoire d'un mec qui avait tout pour lui et la Belgique du foot à ses pieds. Propulsé dans le grand bain de la D1 à 18 ans par Michel Preud'homme, Yassine El Ghanassy était vite devenu la nouvelle coqueluche du football belge. Le nouveau Bryan Ruiz, le futur Eden Hazard. Dans un sondage effectué par Sport/Foot Magazine, il était même considéré par ses pairs comme le deuxième plus grand talent belge. C'était en juillet 2009. Percutant, technique, et sûr de lui comme ses aînés, Yassine El Ghanassy venait de devenir un joueur bankable. Au point d'être sélectionné à quatre reprises par GeorgesLeekens entre octobre 2010 et le mois d'aout 2011. À l'époque, personne ne le sait, mais Yassine est déjà au sommet. Depuis, il a peu à peu disparu de la circulation. De ces joueurs sur lesquels on pouvait s'appuyer pour changer le sort d'une rencontre, Yassine est devenu un oublié du Brésil 2014. Un type dont plus personne ne parle. Dans la vraie vie, un mec à la retraite à 24 ans, c'est un invalide ; dans le monde du foot, c'est un mec qui a simplement échoué. En partant du principe qu'il lui reste encore dix ans de carrière, on pourrait penser que le feu n'est peut-être pas encore tout à fait mort. Mais à entendre ceux qui l'ont côtoyé ces sept dernières années, le jugement est sensiblement différent. " Yassine, c'est le genre de mec dont on se dit à 16-17 ans qu'il est exceptionnel mais pas spécial. À 19 ans, on se dit qu'il est bon, mais un peu chiant. À 21, on se rend compte qu'il ne progresse plus et à 23 ans, il y en a un autre de 17 ans plus fort que lui. Et à ce moment-là, c'est trop tard et vous lui dites au revoir et merci. Et là, tous les gens qu'il a emmerdés pendant toutes ces années ne lui font plus de cadeau. " Le premier qui tente d'avancer une explication, c'est Jean-François Rémy, son entraîneur adjoint à l'époque des Diablotins. Il n'est pas tendre avec son ancien poulain, mais a ses raisons. Parmi celles-ci, le manque de ponctualité et une nonchalance presque maladive arrivent trop souvent en pole position. Et à en croire Marc Van Geersom, son entraîneur chez les U19 à la fédération, il n'a pas fallu attendre bien longtemps pour déceler les premiers signes de suffisance chez le bonhomme. " Il n'était pas facile à gérer sur le plan humain. C'est quelqu'un qui ne comprend pas vite ce qu'on lui demande. Il a un ego immense, il croit qu'il sait tout, et qu'il est le meilleur. Dans le foot, ça peut être une qualité, mais lui ne connaissait pas ses points de travail. Et il devait progresser dans tous les domaines. Il était trop peu ouvert à la critique et aux conseils. " Indépendamment d'un caractère parfois difficile et d'une propension manifeste à se complaire dans la suffisance, Yassine El Ghanassy n'est pas un mauvais bougre et serait même plutôt un bon gars. Là-dessus aussi, le consensus s'opère. Un jeune homme " charmant " et " bien éduqué " selon Georges Leekens qui aurait juste eu le malheur de découvrir un peu vite les vices du monde professionnel. Encensé dès son plus jeune âge dans les médias, envoyé en test à Birmingham à 17 ans, courtisé par une foule de managers parfois peu scrupuleux avant d'avoir atteint sa maturité, Yassine El Ghanassy a connu la fin d'adolescence des plus grands sans forcément y être préparé. Alors qu'il évolue déjà à Gand sous les ordres de Michel Preud'homme, Yassine va finalement et par l'entremise du paternel se lier avec le manager Eric Depireux." C'est Abdellatif Khlale, qui travaille sur les joueurs à double nationalité pour la fédération marocaine, qui m'a présenté son père et qui m'a conseillé de rencontrer Yassine ", dit-il. " Et puis Michel Preud'homme m'a parlé de lui. Il m'en disait le plus grand bien, mais qu'il était spécial, jeune et fougueux. " Adoubé par Preud'homme, YEG l'est aussi par Depireux. Au début du moins : " J'ai très vite fait le pressing auprès de Georges Leekens pour qu'il le reprenne en sélection. Je pensais que ce serait le tremplin idéal. " On sait finalement ce qu'il adviendra de la carrière d'YEG en équipe nationale. Quatre convocations, deux renvois en tribune et douze petites minutes de jeu en amical contre la Finlande puis la Slovénie. Joint en Guinée-Equatoriale où il dispute la CAN avec la Tunisie, Georges Leekens se souvient de l'arrivée de Yassine dans le giron de l'équipe nationale : " Francky Dury me disait qu'il travaillait bien, ça m'a donné envie de lui donner sa chance. " La saison 2010-2011 marquera donc l'éclosion définitive du joueur. Homme de contre avec MPH, Yassine devient un élément réellement incontournable avec Dury. Un homme qui pèse sur une défense et marque des buts. Ses stats de fin de saison arrivent comme une récompense. Six buts, douze passes décisives, Yassine El Ghanassy est au sommet. Le problème, c'est qu'il l'a compris. Témoin de l'ascension puis du déclin du joueur, Manu Ferrera, longtemps présent sur le petit banc gantois, a un avis bien tranché sur le cas El Ghanassy. " Vous savez, il y a eu deux périodes avec Yassine ", observe-t-il. " La première où il découvrait tout émerveillé le monde pro. Là, il cherchait à s'amuser, c'était son seul but. Cela a duré 2-3 ans, le temps de comprendre que le foot pouvait aussi rapporter beaucoup d'argent. À partir de ce moment-là, il a perdu son innocence, sa joie de vivre et sa créativité. On peut broder ce qu'on veut autour, la différence, elle s'est faite là. " La suite sera en effet moins drôle. Appelé à devenir le leader du Gand de Trond Sollied, Yassine est en fait sur le point d'exploser en plein vol. Certains parlent de la saison de trop. Et à regarder les statistiques de Yassine cette année-là, on peut en effet se poser quelques questions. Quatre passes décisives et deux buts entre la mi-juillet et la fin août et puis plus rien ou presque. En une saison, YEG passe du statut de chouchou du public gantois à celui de sale gosse du football belge. En aout 2013, El Ghanassy revenait en ces termes sur sa situation de l'époque : " J'en suis en partie responsable, j'ai trop affiché certaines choses et, même si je ne le faisais pas exprès, les supporters l'ont mal pris. " Porter du Versace et rouler en Porsche Cayenne n'a jamais été un crime dans le monde du foot pro. En fait, le problème vient du joueur lui-même et pas du public. Et ça aussi, il l'avait confié à Sport/Foot Magazine il y a un an et demi : " Même me réveiller le matin et aller à Gand, ça me prenait la tête. C'était une sorte de dégoût. " Le lien avec le public et la direction gantoise est donc évidemment rompu. Sauf qu'à l'époque, et malgré le crédit somme toute inépuisable du joueur, il n'y a personne pour aligner les billes suffisantes pour un joueur déjà réputé instable. Au même moment, Eric Depireux va être une des victimes du changement d'attitude du joueur. " Un jour, j'ai reçu un recommandé de sa part me disant qu'il ne travaillait plus avec moi ", souligne-t-il. " Son problème, c'est qu'il gère les agents, comme il gère sa carrière. Même si l'air sonne faux, lui, il fonce. À sa décharge, Mogi Bayat lui a proposé l'Angleterre. C'est le rêve de tous et c'était évidemment bien vu de la part de Mogi. " Et, de fait, l'offre est tentante. Un mois avant Romelu Lukaku, El Ghanassy est prêté pour une saison à West Bromwich Albion. Il y restera six mois. Le temps de " toucher le fond et de se prendre une grosse gifle ", selon Yassine himself. Le temps aussi de se faire oublier à une époque où deux de ses meilleurs potes cartonnent (ChristianBenteke à Aston Villa, Pele Mboyo à... Gand !). Au-delà d'une absence inquiétante de temps de jeu, El Ghanassy poursuit en Angleterre son apprentissage de la vie de nouveau riche. Sur l'île, Yassine avoue parfois claquer jusqu'à 4000 euros en une soirée, se fait flasher à 223 km/h et, puisqu'il ne joue pas, prend du poids, une mauvaise habitude qu'il traîne depuis quelques années. La faute à ce qu'il nommait alors " les faux-amis et les filles ". Pour sortir son nouveau poulain de la spirale désastreuse dans laquelle il plonge petit à petit, Mogi Bayat décide de recaser Yassine aux Pays-Bas. À Heerenveen plus précisément. Un bled de 40.000 habitants perdu dans le nord des Pays-Bas. Là-bas, il deviendra peut-être le premier joueur de l'histoire à oser demander à son coach, un certain Marco Van Basten, de ne pas le faire jouer. Tout simplement parce qu'il n'est " pas heureux d'être là. " Contraint et forcé, YEG finira par jouer. Plutôt bien même. Au point de devenir titulaire et de convaincre Víctor Fernandez de le rapatrier à La Gantoise. Mieux qu'un rapatriement par défaut, le retour de Yassine El Ghanassy sous nos latitudes se fait en grande pompe. Le principal intéressé avoue avoir parfois été " naïf " et s'engage même à " arrêter les conneries ". L'opération séduction est un succès et l'entraîneur espagnol VíctorFernandez confie vouloir faire de Yassine le nouvel homme fort des Buffalos. Le pari est risqué. Malgré tout, et puisque Bernd Thijs est sur la touche et Christophe Lepoint en disgrâce, il faut bien trouver un nouveau capitaine. Manu Ferrera se souvient comment Yassine El Ghanassy s'est retrouvé avec le brassard autour du bras : " Vu qu'il n'y avait personne qui sortait du lot, Víctor a décidé de faire voter les joueurs de manière anonyme. C'est Christophe Lepoint qui est arrivé en tête du petit vote, mais Víctor ne croyait pas en lui. Le deuxième, c'était Yassine. Il a donc eu le brassard. Il était super content, mais ça n'a rien changé dans son comportement. On a espéré que ça lui serve de déclic, mais c'était déjà trop tard pour qu'il change. " À l'inverse de Manu Ferrera, Víctor Fernandez croit encore le sursaut possible. Le problème pour le petit gars de Manage, c'est que l'Espagnol sera limogé dès le 30 septembre. Et que son successeur s'appelle Mircea Rednic. Pas forcément le papa poule espéré. Les deux hommes attendront le dernier match de l'année 2013 pour aller au clash. Apprenant qu'il n'est pas titulaire, YEG refuse de monter dans le bus. Rednic explose et qualifie publiquement le joueur " d'enfant gâté ". La prise de position de Rednic n'étonne pas grand-monde dans le microcosme du football belge. Si Jean-François de Sart avoue n'avoir jamais eu à s'en plaindre chez les Espoirs, il admet aussi que c'est un joueur qui n'a " jamais été capable de faire la part des choses, quelqu'un qui a du mal à s'autogérer". Eric Depireux n'est pas beaucoup plus tendre avec celui qui l'a licencié par recommandé interposé : " Le problème avec les joueurs de foot très doués très jeunes comme lui, c'est qu'ils sont complètement assistés et donc qu'ils deviennent matures très tard. " Pour éteindre l'incendie, Ivan de Witte décide de remettre son joueur sur le marché. Mogi Bayat ne tarde pas à le recaser chez Quique Sanchez Flores, à Al Ain, le plus grand club des Émirats arabes unis. Yassine y terminera la saison avant de revenir à Gand pour quelques semaines. Le 19 septembre, le président gantois rend les armes. Le contrat est définitivement rompu. S'ensuivra un trou noir long de trois mois et demi. Une période pendant laquelle, YEG refusera de rejoindre plusieurs clubs de l'élite. Car si Yassine est au fond du trou, Yassine garde des exigences d'enfant star. Il veut 400.000 euros par an et l'Angleterre, on lui propose finalement un chiffre qui tournerait autour des 100.000 euros nets par mois et le Kazakhstan. La destination est critiquée de toutes parts, à commencer par son entourage proche et Mogi Bayat lui-même, mais défendu alors par Pelé Mboyo, son " grand frère " " C'est vrai qu'il avait des offres en Belgique, mais le problème c'est qu'ici il a été trop Salis ", remarque Pelé. " C'est pour ça qu'il a accepté ce challenge au Kazakhstan (ndlr, le transfert a finalement capoté pour une histoire de durée du contrat). C'est son plan de carrière, il faut le respecter. Et puis, de toute façon, le foot, c'est un métier aussi. Il ne faut pas l'oublier. Lui, il a préféré penser à assurer ses arrières, c'est son choix. Si ça peut le rendre heureux, c'est le plus important. " Toujours est-il qu'il y a quatre ans et demi, Yassine El Ghanassy se rendait au Kazakhstan, à 7000 km de Bruxelles, en doublure officielle d'Eden Hazard pour honorer sa première cap avec les Diables. Un temps qui semble aujourd'hui très loin... PAR MARTIN GRIMBERGHSEn Angleterre, Yassine avoue parfois claquer jusqu'à 4000 euros en une soirée et se fait flasher à 223 km/h.