"Ce soir, vous avez perdu une partie de vos illusions de maintien ? " " On a senti vos joueurs désabusés, résignés. Vous êtes d'accord ? "
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"Ce soir, vous avez perdu une partie de vos illusions de maintien ? " " On a senti vos joueurs désabusés, résignés. Vous êtes d'accord ? " " Comment y croire encore ? " " Le plus inquiétant, n'est-ce pas le fait que votre équipe est impuissante et qu'on ne voit pas comment elle pourrait faire mieux ? " " Comment gagner un match quand on ne se crée que deux ou trois occasions de but et qu'on ne les met pas dedans ? " " Que manque-t-il à votre équipe aujourd'hui ? " Ça attaque dans les catacombes du Stade du Hainaut, le repère de Valenciennes ! Toutes ces joyeuses questions sont adressées en conférence de presse à ArielJacobs après la défaite du week-end passé contre Lille (0-1). Sale opération pour son équipe, plus que jamais engluée à une des trois places descendantes. Il a rendu un soupçon de vie au VAFC depuis son arrivée à la mi-octobre, il tient un bilan d'un point par match alors que son prédécesseur a été viré après un 4 sur 27, mais il reste un boulot énorme. Comment vit-on un défi pareil ? Comment appréhende-t-on le quotidien en bas de tableau quand on vient d'aligner trois titres en quatre ans avec Anderlecht et Copenhague ? Quel est l'effet Jacobs à Valenciennes ? Comment travaille-t-il ? Reportage. La presse française n'attendait pas grand-chose de ce match entre voisins. Lille s'accroche dans la roue du PSG et le fait à sa manière, en proposant rarement un vrai spectacle. Son coach, René Girard, confirme, sourire aux lèvres : " On dit que j'étais un casseur quand je jouais et qu'aujourd'hui, je fais jouer mon équipe comme ça. " A nouveau impeccable contre Valenciennes, son gardien nigérian a encore amélioré son record d'invincibilité, il en est maintenant à 945 minutes sans encaisser ! Jamais, dans l'histoire de la Ligue 1, une équipe n'avait pris que quatre buts après 15 matches. Et comme Valenciennes fait aussi très attention derrière depuis l'arrivée de Jacobs, la préface du match était tristounette. On lisait : " Lille et Valenciennes ont compris la nécessité de bien défendre pour accéder à leurs rêves de conquête. " Ou encore : " L'entraîneur belge est persuadé que son équipe, plutôt joueuse jusque-là, peut s'en sortir seulement si elle resserre fortement les écrous. " Et aussi : " Va-t-on assister à un affrontement sans étincelles ? Sera-ce le derby du béton ? Que les supporters ne s'attendent en tout cas pas à un grand spectacle offensif. " C'est confirmé sur la pelouse, mais c'est aussi accepté par les acteurs. Un joueur valenciennois déclare : " On en avait assez de notre situation. Ariel Jacobs a redistribué les cartes et nous a vidé les têtes. " Le Bruxellois nous explique qu'il comprend les interrogations des médias français, leurs doutes sur le maintien. " Dès que le président m'a contacté, j'ai bien regardé le classement et je me suis dit que la mission serait, si pas impossible, très très très difficile. Et je sais que ce sera comme ça jusqu'à la fin du championnat. Il y a quatre ou cinq équipes qui n'ont rien de plus que nous. Rien de moins non plus... Le maintien avec Valenciennes serait aussi beau que le titre avec Anderlecht. " Vu le classement catastrophique, il a découvert des joueurs meurtris. " Sept matches d'affilée sans prendre un point, ça marque les esprits. Dans des moments pareils, tu n'as plus un vestiaire mais 25 individualités, des gars repliés sur eux-mêmes qui essaient de passer inaperçus. J'ai entendu pas mal de choses, que les retards à l'entraînement et aux soins étaient fréquents, par exemple. Que ça manquait de discipline. C'est typique des équipes en souffrance. " Valenciennes, ça rappelle un souvenir concret à Ariel Jacobs. Ce n'était pas au Stade du Hainaut mais dans les anciennes installations, le légendaire Nungesser : c'est là qu'il avait coaché son tout premier match avec Anderlecht, quelques jours après avoir succédé comme T1 à FrankieVercauteren. Un nul 3-3 avec des buts mauves par Cyril Théréau, NicolasFrutos et Mbo Mpenza. Il y avait aussi Walter Baseggio et Vadis Odjidja dans l'équipe. C'était en 2007. " Evidemment, pas un cheveu sur ma tête ne pensait que je viendrais un jour travailler ici ", observe-t-il Mais le président valenciennois, lui, y pensait : " Si nous avions entamé la saison avec Ariel Jacobs, nous n'en serions pas là aujourd'hui ", dit-il. Quand il licencie Daniel Sanchez après neuf matches, il reçoit plusieurs dizaines de candidatures. Mais il pioche ailleurs, prend lui-même l'initiative de contacter Jacobs. " C'est vrai que la norme chez les entraîneurs est plutôt de postuler ou de se faire recommander par un agent. Moi, je n'ai jamais eu besoin de cela. Partout où je suis passé, on est venu me chercher. Dans le cas de Valenciennes, le président a demandé à me rencontrer. C'est toujours flatteur d'être demandé. Quand je suis venu pour discuter, il m'a dit qu'il avait une shortlist avec quatre ou cinq noms mais que j'étais sa priorité. Je travaille toujours en faisant deux colonnes : les plus et les moins. Du côté négatif, il y avait évidemment la position très scabreuse au classement. A côté de cela, je voyais du positif : le discours du président, l'ambition dans le club. Et les infrastructures, qu'il s'agisse du stade ou du centre d'entraînement. " Dans les articles de presse de l'époque de sa désignation, on relève un certain scepticisme, quelques interrogations. " Ils ont dû se demander ce qu'un petit Belge venait faire en Ligue 1 ", dit Ariel Jacobs. " Dans ces moments-là, tu te sens dans la peau d'un intrus qui va être observé de très près. Ce n'est pas anormal, j'ai connu la même chose à Copenhague. " Même pas besoin de le pousser, de le provoquer pour qu'il prononce lui-même le nom de la capitaine danoise ! On voudrait comprendre... Comment un homme porté en triomphe lors des festivités du titre, en mai, peut-il être éjecté après seulement cinq matches au début de la saison suivante ? L'ex-coach d'Anderlecht, qui a eu droit à une pleine page dans L'Equipe samedi dernier (et donc une visibilité choc pour 2,3 millions de lecteurs !), y déclare notamment : " En juillet, j'étais un dieu au Danemark. Un mois plus tard, je n'étais plus rien. Un incapable. " Analyse. Deux éléments ont joué dans son limogeage. 1. En mars dernier, la direction souhaite entamer des discussions pour prolonger son contrat, qui court pourtant jusqu'en juin 2015. En même temps, des journaux avancent son nom pour succéder à Morten Olsen à la tête de l'équipe nationale danoise en été 2014. Ariel Jacobs est clair : il ne prolongera à aucun prix. Pour des raisons familiales et parce qu'il a certains doutes au niveau de la politique sportive. Il prévient sa femme : " Si on ne remporte pas le championnat, ou si on commence mal la saison prochaine, le fait de ne pas vouloir signer un nouveau contrat se retournera contre moi. " 2. Le début de championnat est chaotique : deux points en cinq matches. Il est dehors. " J'ai accusé une déception énorme. Mon discours pendant l'été n'avait rien d'extraordinaire mais tout ce que je disais était du pain bénit pour les Danois. Tout, tout, tout était positif ! Le 21 août, il n'en restait plus rien. " Il enchaîne par des comparaisons qui valent le détour... " Ça a fait mal mais ça passera, la vie continue. C'est finalement une chose très normale. Il y a vingt ans, un entraîneur limogé était marqué, comme une bête à l'abattoir. Il avait une maladie contagieuse. Aujourd'hui, si tu n'es jamais mis dehors, on te regarde bizarrement, on se dit que tu travailles sans doute sous les prix ou que tu es fort copain avec ton président. " Après l'élimination par Troyes en Coupe de la Ligue, les médias français ont eu droit aux premières phrases chocs d'Ariel Jacobs. Genre " Je suis franchement gêné, des excuses auprès des supporters ne seraient même pas suffisantes "... " Je crois que je n'ai jamais été poussé hors de moi autant que je l'ai été à la mi-temps "... " Ceux qui veulent mouiller le maillot pour Valenciennes auront ma préférence sur ceux qui se prennent pour des stars "... " La Ligue a refusé mais je voulais faire sept ou huit changements à la mi-temps. " Il revient sur cette soirée qui ne ressemblait à rien. " On n'était nulle part. Pas de match, rien ! J'ai été clair avec mes joueurs dès mon arrivée : -Si vous êtes dans le fond du classement, ça veut dire qu'il vous manque des qualités. Vous n'êtes pas le PSG, vous n'êtes pas Monaco. Vous devez compenser en mouillant le maillot. Si on enlève ça, il ne vous reste plus rien du tout. " France Football a parlé d'une " équipe irritante, capable de planer comme de couler d'une semaine à l'autre, personne ne se retrouve dans ce Valenciennes-là. " Des joueurs évoquent la froideur du nouveau stade par rapport à l'âme du vieux Nungesser. " Ce n'est pas le moment de chercher des excuses ", tranche Ariel Jacobs. " S'ils jouaient encore dans l'ancien stade, ils diraient peut-être, après être allés jouer à Paris ou à Lyon : -Regardez dans quelles infrastructures on doit se démerder par rapport à nos adversaires. Je veux une vraie prise de conscience. Les dirigeants sont fort concernés, ils se rendent compte que la situation est très sérieuse, j'attends maintenant que le message passe chez les joueurs. Près de la moitié du noyau est en prêt ou en fin de contrat, c'est le genre de petit détail qui m'interpelle. Tous ceux-là ne savent pas où ils seront la saison prochaine, ils ont - plus que n'importe qui d'autre - intérêt à ce que ça se termine bien. "PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS : IMAGEGLOBE / DIEFFEMBACQ" Le maintien avec Valenciennes, ce serait aussi beau que le titre avec Anderlecht. " " En juillet, j'étais un dieu au Danemark. Un mois plus tard, je n'étais plus rien. Un incapable. " " Avant, un coach limogé était mal perçu. Aujourd'hui, si t'es jamais dehors, on te regarde bizarrement. "