Nous nous rendons là où Bruno Venanzi nous avait reçus il y a deux mois lors d'un entretien qui ramassait de nombreux sujets brûlants (le départ de Ricardo Sa Pinto, l'arrivée de Michel Preud'homme, les transferts, le nouvel organigramme, etc). Les bureaux du président, adossés à la Tribune 2 de Sclessin, ont récemment été investis par le nouveau directeur général, Alexandre Grosjean, arrivé quelque temps après la prise de pouvoir du successeur de Roland Duchâtelet.

" J'ai connu Bruno lors de mon premier mandat en tant que président de la CCI, la Chambre de Commerce et d'Industrie. On avait lancé le Young CCI Network, une organisation de chefs d'entreprises de moins de 45 ans que Bruno avait accepté de présider. C'est là qu'on a appris à se connaître.

Je me rappelle que quand il a acquis le Standard le 24 juin 2015, il avait organisé une conférence de presse qui était diffusée en live sur le site du Standard. J'avais suivi ça en direct de mon bureau chez Proximus. Je n'étais alors pas du tout au courant de son ambition de devenir président du club.

Le lendemain, le 25 juin, on s'est retrouvé ensemble à un événement de la région, et il m'a proposé de " monter dans le bateau ", il voulait me rencontrer afin de savoir si j'étais intéressé par le projet du Standard de Liège. Et quand tu as 45 ans, que ça fait 20 ans que tu bosses à Bruxelles, que tu es Liégeois, Standardman et amoureux de ce club, c'est un train qui ne passe qu'une fois.

Un ami a fini par me convaincre en me disant que si je refusais ce poste, je pourrais dire un jour à mes petits-enfants, installé dans mon rocking-chair avec ma couverture sur les genoux : " vous savez, j'ai un jour failli aller au Standard de Liège. "

" J'ai toujours été abonné au Standard "

Vous étiez supporter avant d'y travailler ?

ALEXANDRE GROSJEAN : J'ai toujours été abonné au Standard. Je me rendais à Sclessin avec mon père et mon fils. C'est vraiment une histoire familiale, mon grand-père était supporter, mon père a déposé une écharpe du Standard sur mon berceau, j'étais sur la pelouse quand le Standard a battu Waterschei. Oui, le Standard c'est une histoire d'amour.

Qui n'a pas toujours été rose...

GROSJEAN : Effectivement. Mon contrat en tant que directeur commercial et communication a débuté le 1 septembre 2015. Quelques jours plus tôt, Bruno ( Venanzi, ndlr) m'avait appelé pour savoir si je voulais me rendre au match à Bruges du dimanche 30 août. Je m'y suis rendu fièrement, avec mon nouveau costume du Standard. Ma femme m'avait même pris en photo avant que je monte dans ma voiture. Arrivé à Bruges, je me retrouve dans le board room en compagnie de Bart Verhaeghe, Vincent Mannaert, j'avais l'impression de vivre un rêve éveillé... À la mi-temps, c'est 4-1, à la fin 7-1. Et le chemin est long pour aller de Bruges à Verviers. Le lendemain, j'avais rendez-vous chez Proximus pour remettre mon badge, les clefs de ma voiture, et mes collègues que je croisais me demandaient pour me taquiner si j'y allais toujours. Il a fallu vraiment s'accrocher au début car entre mon arrivée et le 15 octobre, on n'a pas gagné un match. Il a fallu un succès à Charleroi, grâce notamment à une frappe superbe de Jelle Van Damme pour retrouver le sourire.

Passion, fierté, ferveur, ça va bien au-delà d'un effet de com' : c'est l'ADN du club. " - Alexandre Grosjean

" Le Standard avait peu de présence sur les réseaux sociaux "

Quelles ont été les évolutions majeures durant ces trois ans ?

GROSJEAN : On s'est attelé rapidement à rendre le club le plus moderne possible. L'un de mes premiers constats, c'est qu'on avait peu de présence sur les réseaux sociaux. Pour quelqu'un qui venait des télécoms, ça m'avait logiquement frappé. Si je me rappelle bien, Anderlecht comptait déjà 700 à 800 000 followers sur Facebook alors que le Standard n'y était même pas. On a lancé notre compte Facebook le 15 octobre et aujourd'hui on a considérablement rattrapé notre retard, même s'il reste encore du travail. Nous avons aussi travaillé sur la mise en avant des valeurs du club : passion, fierté, ferveur.

Alexandre Grosjean : " Arriver à garder la tête froide, c'est ce qu'il y a de plus compliqué "., BELGAIMAGE
Alexandre Grosjean : " Arriver à garder la tête froide, c'est ce qu'il y a de plus compliqué ". © BELGAIMAGE

Trois termes que l'on retrouve depuis cette saison sur le dos des vareuses, et qui doivent conscientiser le personnel, les joueurs et les supporters. Ça va bien au-delà d'un effet de com', c'est l'ADN du club. Le joueur sur le terrain doit respecter ces valeurs, tout comme l'employé dans les bureaux. Cette saison, on a aussi lancé le cashless ( payement électronique, ndlr), après avoir lancé la carte de membre. Ça nous permet d'avoir une base de données beaucoup plus claire mais ça doit aussi permettre à nos supporters de bénéficier d'avantages, à la boutique, ou dans d'autres secteurs.

Je suis persuadé que le Standard est parti pour recoller à l'image que le supporter est en droit d'attendre de ce club. " - Alexandre Grosjean

Vous n'avez pas d'influence quant au volet sportif ?

GROSJEAN : Je gère le joueur comme un employé. Mais je n'influe pas sur le in et le out, je n'entretiens pas de contacts avec les agents, Dieu m'en préserve. Mais, par contre dès le moment où un joueur intègre ce club, il doit respecter ses codes et c'est avec moi qu'il discute (primes, règlement d'ordre d'intérieur).

" Le langage du Standard, on l'a dans les tripes "

Quelles ont été les grandes contraintes depuis votre arrivée ?

GROSJEAN : Je venais d'une entreprise, Proximus, qui a connu énormément de chamboulements ces dernières années. Et j'ai pu remarquer qu'il y avait un dénominateur commun : personne n'aime le changement. Une fois qu'on sait ça, il faut prendre conscience que tout changement va générer quelques secousses et qu'il faut arriver à les stabiliser. On est passé par là, avec une jeune équipe dirigeante manquant peut-être d'expérience mais qui a l'avantage d'être très supporter. Le langage du Standard, on le comprend, on l'a dans nos tripes. Arriver à garder la tête froide, c'est ce qu'il y a de plus compliqué.

Quelle a été la crise la plus importante ?

GROSJEAN : La deuxième saison en play-offs 2. Car il faut savoir l'encaisser moralement et financièrement. Heureusement que les sponsors ne nous ont jamais lâchés, même si certains sponsors nous ont dit : je resigne mais j'inclus une clause play-offs. Ce que je trouve parfaitement normal.

Vos sponsors se sont-ils un jour plaints de l'attitude de Ricardo Sa Pinto ?

GROSJEAN : Non. En tout cas, ça ne s'est jamais traduit de façon officielle, à travers une lettre ou un mail. Même si ce qui s'est passé à Anderlecht, ce n'est effectivement jamais bon pour l'image d'un club. La passion, la ferveur, la fierté, c'est très bien, mais il faut aussi raison garder.

" Le niveau d'engagement du supporter du Standard est très grand "

Comment expliquez-vous que les supporters n'ont jamais lâché le club malgré deux saisons compliquées ?

GROSJEAN : Je me rappelle qu'à une époque, chez Proximus, on recevait des piles de places pour des matches des Diables, qu'on ne savait pas écouler, qui servaient plutôt à caler des meubles ( il rit). Au Standard, c'est très différent, il y vraiment le phénomène " supporter " qui est moins flagrant chez les Diables. Au Standard, le niveau d'engagement est très important. Suite aux deux saisons en plays-offs 2, je n'ai pas observé de baisse sensible des abonnements. Par contre, cette année, j'ai vu une belle augmentation, on est passé d'un peu moins de 21.000 à 23.000 abonnés. Ceci s'explique par l'effet Preud'homme et aux bons résultats de la saison dernière. Je suis persuadé que le Standard est parti pour recoller à l'image que le supporter est en droit d'attendre de ce club.

Alexandre Grosjean : " À Sclessin, on accueille la plus grande activité de Wallonie deux fois par mois, ça demande une énorme organisation "., BELGAIMAGE
Alexandre Grosjean : " À Sclessin, on accueille la plus grande activité de Wallonie deux fois par mois, ça demande une énorme organisation ". © BELGAIMAGE

Les supporters ont semblé plus indulgents avec l'actuelle direction que les précédentes. Est-ce dû selon vous au passé de supporter de Bruno Venanzi ?

GROSJEAN : Il avait effectivement un capital sympathie qu'il a gardé, mais il y a eu aussi beaucoup de dialogues avec les supporters. Ce qui nous caractérise, je pense, c'est notre sincérité. Les supporters ne sont pas dupes, ils savaient qu'il nous faudrait du temps pour ramener des résultats. C'est la première saison où je me dis qu'on est à la proue du bateau et qu'on regarde tous dans la même direction. La venue de Michel Preud'homme est à la fois fantastique pour le supporter comme pour les personnes en interne. Car c'est quelqu'un avec qui il est très agréable de travailler, qui professionnalise le club, qui va un step plus loin.

Il fallait à Preud'homme quelque chose de plus grand que simplement entraîner. Intégrer la structure d'un club en tant que dirigeant, c'est quelque chose qui lui parlait. " - Alexandre Grosjean

" Preud'homme est ultra-professionnel "

Quels sont les premiers effets de l'arrivée de Michel Preud'homme ?

GROSJEAN : Il a apporté de l'expérience et une très grande sérénité. Car on a envie de le suivre, vu son background et ce qu'il a réussi. Il est structuré, il planifie les choses, il est pointilleux. Il est ultra-professionnel, j'en suis bluffé. Son travail va prendre du temps mais tout est réfléchi. Dans le passé, j'ai parfois fonctionné au Standard avec des gens peu rationnels qui te disaient : " il faut faire ça parce que dans le foot c'est comme ça ". Cette phrase, je l'ai entendue pas mal de fois. Je ne viens pas du foot mais je ne débarque pas non plus de la lune, et le foot ne vient pas d'une autre planète.

Je n'ai jamais été d'accord avec cette vision car le Standard est aussi une entreprise. Il y a un facteur d'imprévu qui est lié à l'aspect sportif et qui va forcément changer beaucoup de choses. Le 2-3 à Ostende de l'an dernier, qui nous a qualifiés pour les PO1 une semaine avant notre victoire en Coupe, a effectivement tout changé. Mais ça n'empêche pas qu'on doit se professionnaliser le plus possible. C'est pourquoi il y a effectivement de plus en plus d'employés car il y a de plus en plus d'activités à développer.

On est très loin du Standard de Lucien D'Onofrio dont l'équipe était bien plus restreinte.

GROSJEAN : On est quand même trois fois moins que ce que comptait Anderlecht il n'y a même pas six mois. À Sclessin, on accueille la plus grande activité de Wallonie deux fois par mois, ça demande une énorme organisation.

Un comité exécutif composé de Bruno Venanzi, Pierre Locht, Olivier Renard, Michel Preud'homme et vous-même a vu le jour. Pour quelle finalité ?

GROSJEAN : La volonté de Bruno a toujours été de ne pas être un président plénipotentiaire. On balaye les sujets tous ensemble. C'est très agréable de fonctionner de cette façon car on porte le club ensemble, même si Bruno aura toujours le dernier mot.

" Le club est sorti des soins intensifs "

Les clans ont-ils disparu ?

GROSJEAN : Oui, bien sûr. C'était contre-productif. Moi, je ne me nourris pas du conflit et je sais que ce n'est pas comme ça qu'on va avancer. Aujourd'hui on veut tendre vers le même projet en sachant pertinemment bien que ça ne sera pas simple.

Quel est l'état des finances ?

GROSJEAN : Le club est sorti des soins intensifs. On a connu une période très difficile au moment de la reprise. Dans un club de foot, le gros de tes résultats financiers est lié au in et au out de tes joueurs. Le rôle d'Olivier Renard est donc essentiel. Il a réalisé un travail phénoménal, il n'y pas beaucoup d'erreurs sur son bulletin. Qui connaissait Marin, Agbo, et Cimirot avant leur arrivée ?

Vous n'avez pas craint d'être monté dans un projet dont la part de risque était trop importante ?

GROSJEAN : Bruno s'est lancé dans un défi ambitieux mais il a toujours su où il allait tout en restant calme en toutes circonstances, ce que j'admire.

Sauf en tribunes...

GROSJEAN : Là, c'est différent, il redevient supporter pendant 90 minutes. Lors des moments difficiles par lesquels le club est passé, Bruno pouvait être tourmenté pendant l'heure qui suivait une défaite, mais dès ce moment passé, il était déjà tourné vers d'autres projets.

Comment doit-on comprendre ce titre de vice-président attribué à Michel Preud'homme ?

GROSJEAN : Il fait partie des administrateurs du club et il est vraiment le bras droit sportif du président. Bruno a voulu intégrer Michel avec un vrai projet, sachant qu'on n'attire pas des mouches avec du vinaigre. Si Bruno lui avait proposé d'être coach du Standard, il lui aurait répondu qu'il l'avait déjà été il y a dix ans. Il fallait quelque chose de plus grand et intégrer la structure d'un club en tant que dirigeant, c'est quelque chose qui lui parlait.

" Sclessin ne va pas devenir Disneyland "

Où en est-on au concernant le projet de modernisation du stade ?

ALEXANDRE GROSJEAN : On est en train de faire appel à des candidatures concernant les promoteurs. Le projet commence à se ficeler. Les plans sont définis, l'étude d'incidence a été présentée en décembre dernier. Ce projet, qui devrait débuter en 2020, pourrait redynamiser toute une région. Le tram va arriver jusqu'à Sclessin, mais il faut développer les alentours du stade, car aujourd'hui il n'y a rien, c'est un no man's land, hormis un restaurant " Rouge du Poivre " qui marche plutôt bien. Avec le projet du nouveau stade, on va pouvoir créer un espace économique avec un business park, une crèche, une salle de fitness, un supermarché. Il y a plein de choses à faire.

Ça rappelle les projets de Roland Duchatelet.

GROSJEAN : C'est différent car ici, on s'intègre dans l'environnement, tout en privilégiant l'aspect sportif. Sclessin ne va pas devenir Disneyland, on ne veut pas en faire un parc d'attractions. On ne va pas toucher à l'identité ou à l'aspect populaire. Sclessin continuera à rassembler toutes les couches sociales. Mais aujourd'hui, le supporter qui vient à Sclessin a soit l'offre bière et hamburger ou l'offre business, repas trois services. Mais tu n'as rien entre les deux. Alors que je suis persuadé qu'il y a une vraie demande de celui ou celle qui veut venir avec ses enfants et qui veut manger un bolo ou des boulets. Mais on ne veut surtout pas aseptiser le club.

On évoque une augmentation de la capacité à 32.000 places, ce qui n'est pas une hausse significative.

GROSJEAN : Je préfère avoir un stade quasiment rempli chaque semaine, qu'une enceinte gigantesque pleine à quelques occasions. Avec un stade de 32.000 places, il faudrait quasiment aller chercher 10.000 abonnés de plus qu'aujourd'hui, ce qui est déjà significatif. Il faut aussi garder l'esprit du stade actuel, qui a quelque chose d'assez unique. Je me rappelle qu'après le Belgique-Gibraltar disputé à Sclessin, Eden Hazard avait déclaré qu'il voulait jouer tous ses matches ici. Et je le comprends. Par rapport au stade Roi Baudouin, il n'y a pas photo.

Nous nous rendons là où Bruno Venanzi nous avait reçus il y a deux mois lors d'un entretien qui ramassait de nombreux sujets brûlants (le départ de Ricardo Sa Pinto, l'arrivée de Michel Preud'homme, les transferts, le nouvel organigramme, etc). Les bureaux du président, adossés à la Tribune 2 de Sclessin, ont récemment été investis par le nouveau directeur général, Alexandre Grosjean, arrivé quelque temps après la prise de pouvoir du successeur de Roland Duchâtelet. " J'ai connu Bruno lors de mon premier mandat en tant que président de la CCI, la Chambre de Commerce et d'Industrie. On avait lancé le Young CCI Network, une organisation de chefs d'entreprises de moins de 45 ans que Bruno avait accepté de présider. C'est là qu'on a appris à se connaître. Je me rappelle que quand il a acquis le Standard le 24 juin 2015, il avait organisé une conférence de presse qui était diffusée en live sur le site du Standard. J'avais suivi ça en direct de mon bureau chez Proximus. Je n'étais alors pas du tout au courant de son ambition de devenir président du club. Le lendemain, le 25 juin, on s'est retrouvé ensemble à un événement de la région, et il m'a proposé de " monter dans le bateau ", il voulait me rencontrer afin de savoir si j'étais intéressé par le projet du Standard de Liège. Et quand tu as 45 ans, que ça fait 20 ans que tu bosses à Bruxelles, que tu es Liégeois, Standardman et amoureux de ce club, c'est un train qui ne passe qu'une fois. Un ami a fini par me convaincre en me disant que si je refusais ce poste, je pourrais dire un jour à mes petits-enfants, installé dans mon rocking-chair avec ma couverture sur les genoux : " vous savez, j'ai un jour failli aller au Standard de Liège. " Vous étiez supporter avant d'y travailler ? ALEXANDRE GROSJEAN : J'ai toujours été abonné au Standard. Je me rendais à Sclessin avec mon père et mon fils. C'est vraiment une histoire familiale, mon grand-père était supporter, mon père a déposé une écharpe du Standard sur mon berceau, j'étais sur la pelouse quand le Standard a battu Waterschei. Oui, le Standard c'est une histoire d'amour. Qui n'a pas toujours été rose... GROSJEAN : Effectivement. Mon contrat en tant que directeur commercial et communication a débuté le 1 septembre 2015. Quelques jours plus tôt, Bruno ( Venanzi, ndlr) m'avait appelé pour savoir si je voulais me rendre au match à Bruges du dimanche 30 août. Je m'y suis rendu fièrement, avec mon nouveau costume du Standard. Ma femme m'avait même pris en photo avant que je monte dans ma voiture. Arrivé à Bruges, je me retrouve dans le board room en compagnie de Bart Verhaeghe, Vincent Mannaert, j'avais l'impression de vivre un rêve éveillé... À la mi-temps, c'est 4-1, à la fin 7-1. Et le chemin est long pour aller de Bruges à Verviers. Le lendemain, j'avais rendez-vous chez Proximus pour remettre mon badge, les clefs de ma voiture, et mes collègues que je croisais me demandaient pour me taquiner si j'y allais toujours. Il a fallu vraiment s'accrocher au début car entre mon arrivée et le 15 octobre, on n'a pas gagné un match. Il a fallu un succès à Charleroi, grâce notamment à une frappe superbe de Jelle Van Damme pour retrouver le sourire. Quelles ont été les évolutions majeures durant ces trois ans ? GROSJEAN : On s'est attelé rapidement à rendre le club le plus moderne possible. L'un de mes premiers constats, c'est qu'on avait peu de présence sur les réseaux sociaux. Pour quelqu'un qui venait des télécoms, ça m'avait logiquement frappé. Si je me rappelle bien, Anderlecht comptait déjà 700 à 800 000 followers sur Facebook alors que le Standard n'y était même pas. On a lancé notre compte Facebook le 15 octobre et aujourd'hui on a considérablement rattrapé notre retard, même s'il reste encore du travail. Nous avons aussi travaillé sur la mise en avant des valeurs du club : passion, fierté, ferveur. Trois termes que l'on retrouve depuis cette saison sur le dos des vareuses, et qui doivent conscientiser le personnel, les joueurs et les supporters. Ça va bien au-delà d'un effet de com', c'est l'ADN du club. Le joueur sur le terrain doit respecter ces valeurs, tout comme l'employé dans les bureaux. Cette saison, on a aussi lancé le cashless ( payement électronique, ndlr), après avoir lancé la carte de membre. Ça nous permet d'avoir une base de données beaucoup plus claire mais ça doit aussi permettre à nos supporters de bénéficier d'avantages, à la boutique, ou dans d'autres secteurs. Vous n'avez pas d'influence quant au volet sportif ? GROSJEAN : Je gère le joueur comme un employé. Mais je n'influe pas sur le in et le out, je n'entretiens pas de contacts avec les agents, Dieu m'en préserve. Mais, par contre dès le moment où un joueur intègre ce club, il doit respecter ses codes et c'est avec moi qu'il discute (primes, règlement d'ordre d'intérieur). Quelles ont été les grandes contraintes depuis votre arrivée ? GROSJEAN : Je venais d'une entreprise, Proximus, qui a connu énormément de chamboulements ces dernières années. Et j'ai pu remarquer qu'il y avait un dénominateur commun : personne n'aime le changement. Une fois qu'on sait ça, il faut prendre conscience que tout changement va générer quelques secousses et qu'il faut arriver à les stabiliser. On est passé par là, avec une jeune équipe dirigeante manquant peut-être d'expérience mais qui a l'avantage d'être très supporter. Le langage du Standard, on le comprend, on l'a dans nos tripes. Arriver à garder la tête froide, c'est ce qu'il y a de plus compliqué. Quelle a été la crise la plus importante ? GROSJEAN : La deuxième saison en play-offs 2. Car il faut savoir l'encaisser moralement et financièrement. Heureusement que les sponsors ne nous ont jamais lâchés, même si certains sponsors nous ont dit : je resigne mais j'inclus une clause play-offs. Ce que je trouve parfaitement normal. Vos sponsors se sont-ils un jour plaints de l'attitude de Ricardo Sa Pinto ? GROSJEAN : Non. En tout cas, ça ne s'est jamais traduit de façon officielle, à travers une lettre ou un mail. Même si ce qui s'est passé à Anderlecht, ce n'est effectivement jamais bon pour l'image d'un club. La passion, la ferveur, la fierté, c'est très bien, mais il faut aussi raison garder. Comment expliquez-vous que les supporters n'ont jamais lâché le club malgré deux saisons compliquées ? GROSJEAN : Je me rappelle qu'à une époque, chez Proximus, on recevait des piles de places pour des matches des Diables, qu'on ne savait pas écouler, qui servaient plutôt à caler des meubles ( il rit). Au Standard, c'est très différent, il y vraiment le phénomène " supporter " qui est moins flagrant chez les Diables. Au Standard, le niveau d'engagement est très important. Suite aux deux saisons en plays-offs 2, je n'ai pas observé de baisse sensible des abonnements. Par contre, cette année, j'ai vu une belle augmentation, on est passé d'un peu moins de 21.000 à 23.000 abonnés. Ceci s'explique par l'effet Preud'homme et aux bons résultats de la saison dernière. Je suis persuadé que le Standard est parti pour recoller à l'image que le supporter est en droit d'attendre de ce club. Les supporters ont semblé plus indulgents avec l'actuelle direction que les précédentes. Est-ce dû selon vous au passé de supporter de Bruno Venanzi ? GROSJEAN : Il avait effectivement un capital sympathie qu'il a gardé, mais il y a eu aussi beaucoup de dialogues avec les supporters. Ce qui nous caractérise, je pense, c'est notre sincérité. Les supporters ne sont pas dupes, ils savaient qu'il nous faudrait du temps pour ramener des résultats. C'est la première saison où je me dis qu'on est à la proue du bateau et qu'on regarde tous dans la même direction. La venue de Michel Preud'homme est à la fois fantastique pour le supporter comme pour les personnes en interne. Car c'est quelqu'un avec qui il est très agréable de travailler, qui professionnalise le club, qui va un step plus loin. Quels sont les premiers effets de l'arrivée de Michel Preud'homme ? GROSJEAN : Il a apporté de l'expérience et une très grande sérénité. Car on a envie de le suivre, vu son background et ce qu'il a réussi. Il est structuré, il planifie les choses, il est pointilleux. Il est ultra-professionnel, j'en suis bluffé. Son travail va prendre du temps mais tout est réfléchi. Dans le passé, j'ai parfois fonctionné au Standard avec des gens peu rationnels qui te disaient : " il faut faire ça parce que dans le foot c'est comme ça ". Cette phrase, je l'ai entendue pas mal de fois. Je ne viens pas du foot mais je ne débarque pas non plus de la lune, et le foot ne vient pas d'une autre planète. Je n'ai jamais été d'accord avec cette vision car le Standard est aussi une entreprise. Il y a un facteur d'imprévu qui est lié à l'aspect sportif et qui va forcément changer beaucoup de choses. Le 2-3 à Ostende de l'an dernier, qui nous a qualifiés pour les PO1 une semaine avant notre victoire en Coupe, a effectivement tout changé. Mais ça n'empêche pas qu'on doit se professionnaliser le plus possible. C'est pourquoi il y a effectivement de plus en plus d'employés car il y a de plus en plus d'activités à développer. On est très loin du Standard de Lucien D'Onofrio dont l'équipe était bien plus restreinte. GROSJEAN : On est quand même trois fois moins que ce que comptait Anderlecht il n'y a même pas six mois. À Sclessin, on accueille la plus grande activité de Wallonie deux fois par mois, ça demande une énorme organisation. Un comité exécutif composé de Bruno Venanzi, Pierre Locht, Olivier Renard, Michel Preud'homme et vous-même a vu le jour. Pour quelle finalité ? GROSJEAN : La volonté de Bruno a toujours été de ne pas être un président plénipotentiaire. On balaye les sujets tous ensemble. C'est très agréable de fonctionner de cette façon car on porte le club ensemble, même si Bruno aura toujours le dernier mot. Les clans ont-ils disparu ? GROSJEAN : Oui, bien sûr. C'était contre-productif. Moi, je ne me nourris pas du conflit et je sais que ce n'est pas comme ça qu'on va avancer. Aujourd'hui on veut tendre vers le même projet en sachant pertinemment bien que ça ne sera pas simple. Quel est l'état des finances ? GROSJEAN : Le club est sorti des soins intensifs. On a connu une période très difficile au moment de la reprise. Dans un club de foot, le gros de tes résultats financiers est lié au in et au out de tes joueurs. Le rôle d'Olivier Renard est donc essentiel. Il a réalisé un travail phénoménal, il n'y pas beaucoup d'erreurs sur son bulletin. Qui connaissait Marin, Agbo, et Cimirot avant leur arrivée ? Vous n'avez pas craint d'être monté dans un projet dont la part de risque était trop importante ? GROSJEAN : Bruno s'est lancé dans un défi ambitieux mais il a toujours su où il allait tout en restant calme en toutes circonstances, ce que j'admire. Sauf en tribunes... GROSJEAN : Là, c'est différent, il redevient supporter pendant 90 minutes. Lors des moments difficiles par lesquels le club est passé, Bruno pouvait être tourmenté pendant l'heure qui suivait une défaite, mais dès ce moment passé, il était déjà tourné vers d'autres projets. Comment doit-on comprendre ce titre de vice-président attribué à Michel Preud'homme ? GROSJEAN : Il fait partie des administrateurs du club et il est vraiment le bras droit sportif du président. Bruno a voulu intégrer Michel avec un vrai projet, sachant qu'on n'attire pas des mouches avec du vinaigre. Si Bruno lui avait proposé d'être coach du Standard, il lui aurait répondu qu'il l'avait déjà été il y a dix ans. Il fallait quelque chose de plus grand et intégrer la structure d'un club en tant que dirigeant, c'est quelque chose qui lui parlait.