Matthieu Dossevi débarque en salle de presse quelque peu pressé. On lui dit que l'entretien risque de durer environ trois quarts d'heure et sera suivi d'une séance photo. " Ok de toute façon, je parle vite, y aura de la matière. " D'apparence, l'international togolais peut sembler sûr de lui. Mais au fil de l'interview, on se rend compte que ça n'a pas toujours été le cas, ce qui explique notamment une carrière qui a mis longtemps à décoller. Et qui permet au Standard de compter en ses rangs un joueur qui dénote dans notre championnat.
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Matthieu Dossevi débarque en salle de presse quelque peu pressé. On lui dit que l'entretien risque de durer environ trois quarts d'heure et sera suivi d'une séance photo. " Ok de toute façon, je parle vite, y aura de la matière. " D'apparence, l'international togolais peut sembler sûr de lui. Mais au fil de l'interview, on se rend compte que ça n'a pas toujours été le cas, ce qui explique notamment une carrière qui a mis longtemps à décoller. Et qui permet au Standard de compter en ses rangs un joueur qui dénote dans notre championnat. MATTHIEU DOSSEVI : La différence c'est qu'on a désormais un an de vécu ensemble. Le noyau n'a quasiment pas changé. Et vu les émotions par lesquelles on est passé la saison dernière, ça nous a forgé de l'expérience et ça va forcément nous aider pour cette année. On a vraiment une grosse envie de bien démarrer pour ne plus connaître les mésaventures de la saison passée. On n'a pas encore tout révolutionné, mais la mentalité est là. DOSSEVI : Je ne peux pas encore le dire aujourd'hui. J'espère qu'avec ce groupe-là on sera capable d'aller très loin. Par rapport à l'année dernière, on se doit d'être plus régulier. C'est ce qui nous a fait défaut alors qu'on a aussi été capable de réaliser de grandes choses. Faire de gros matches contre de grosses équipes, on a prouvé qu'on savait le faire mais se remettre en question la semaine suivante, en déplacement dans un match moins prestigieux, ça demande un peu plus de bouteille. Faut que ce jeune groupe se serve de ça afin de gommer ce qui n'a pas été la saison dernière. DOSSEVI : Oui. J'en reviens à ce groupe jeune. Tu gagnes à domicile face à Genk (2-1), tu penses avoir fait le plus dur et puis tu te ramasses à Malines. Mais le plus dur c'est ça, c'est gagner ce genre de match. On a été trop tendre sur trop d'aspects. Mais après, dos au mur, on a su répondre présent pour remporter cette Coupe. C'est symptomatique de notre saison dernière. Les matches où on ne t'attend pas, c'est là où on a su répondre présent mais ceux où on doit être là, on passe à travers. DOSSEVI : A chacun son rôle. Ce n'est pas ma personnalité. Je préfère m'exprimer sur le terrain et guider mes partenaires pendant un match. Gueuler ou motiver par la voix c'est moins mon domaine. J'essaie de le faire un peu car à 28 ans on n'est pas vieux, mais ici on fait partie des anciens. Mais mon but n'est pas de m'étendre en dehors du terrain. Je laisse ça à des personnes qui ont plus l'habitude. DOSSEVI : Oui, il y a quelques joueurs qui ont de la bouteille. Regi (Goreux), Enoh, Jean-François (Gillet) aussi qui vient d'arriver ou Alexander Scholz. Ce sont des leaders naturels que l'on écoute et que l'on suit. DOSSEVI : C'est la régularité qui m'a fait défaut tout au long de ma carrière. Il y a eu un mieux il y a deux ans à l'Olympiacos. Mais ma saison la plus aboutie, c'est celle de l'année dernière. Par le passé, mes entraîneurs comptaient aussi sur moi, tout le monde savait que j'avais des qualités, mais je les montrais de façon trop sporadique. DOSSEVI : C'est un tout, il y avait un peu de nonchalance, de manque de confiance. C'est véritablement lors des deux dernières années que je suis devenu plus serein, plus mature, je n'aborde pas les matches de la même façon. C'est un peu tout ça qui fait que j'arrive seulement maintenant à maturité. DOSSEVI : C'est le but. C'est ça la différence entre un grand joueur et un bon joueur. Les grands joueurs sont réguliers très tôt, ils arrivent à multiplier les grandes performances. Les qualités que j'ai aujourd'hui, je les avais avant. Aujourd'hui, le coach sait que je vais pouvoir apporter quelque chose à l'équipe. Avant mes coaches se demandaient sur quel Matthieu ils allaient tomber. Est-ce qu'on va le voir ? Est-ce qu'il va passer au travers ? C'est clair que si j'étais arrivé à maturité plus tôt, j'aurais sûrement connu une autre carrière. DOSSEVI : Ça c'est un peu la marque de fabrique de la formation à la française. On dit souvent que les joueurs français ont certaines facilités à s'adapter au championnat belge et je crois que c'est dû notamment à ce travail physique. Je crois que physiquement et tactiquement, notre formation est plus poussée. Même si je pense qu'en Belgique, ça évolue dans le bon sens. DOSSEVI : Je me dis qu'il faut faire les choses tranquillement. Ce n'est pas parce qu'on ne ne clame pas haut et fort son ambition qu'on n'est pas ambitieux, qu'on se freine dans sa carrière. Je ne suis pas quelqu'un d'obnubilé par un objectif précis. Je suis assez rationnel et terre-à-terre. Évidemment que je suis ouvert, j'ai toujours l'ambition de voir plus grand, ce serait hypocrite de dire le contraire. Je connais les lois du foot. J'ai toujours dit que si je recevais une offre sportive intéressante et que le club s'y retrouvait financièrement, je serais ouvert au dialogue. Le but ce n'est pas de rester cinq ans au club, la direction le sait très bien. Elle sait aussi qu'en signant un joueur de 28 ans, la plus-value derrière sera minime. Mais je ne cherche pas à tout prix à partir, mais alors pas du tout. Dans ma tête aujourd'hui, je pense à effectuer toute la saison dans ce club et à tout donner pour ce club. J'évolue dans un environnement que j'aime, et je me rends compte que c'est très important après les différentes expériences que j'ai connues. C'est la première fois que je me sens aussi bien dans ma carrière. DOSSEVI : Un club, ça ne se définit pas que par sa direction, c'est un tout, c'est un staff, ce sont les supporters. Je suis dans un environnement où on me conditionne pour être quelqu'un d'important, où l'on me donne de la confiance, et j'essaie de leur rendre cette confiance en donnant tout à chaque match. On ne peut évidemment pas être bon à tous les matches, mais dans l'intention on se doit toujours d'être à niveau. DOSSEVI : Non pas du tout. DOSSEVI : J'ai déjà reçu des propositions de la Russie ou du Qatar qui me permettraient de gagner le double, voire plus, que ce que je gagne ici mais ce ne sont pas des destinations qui m'attirent. J'ai encore l'ambition de vivre de belles émotions sportives. Et puis je ne suis pas non plus à la rue, je suis quelqu'un qui fait attention à ce qu'il fait financièrement. DOSSEVI : Je profite de la vie comme tout le monde, j'ai aussi mes excès mais je fais attention par rapport à la gestion de mon argent. Je n'ai donc pas le besoin de partir vers ces destinations. Peut-être en fin de carrière mais en tout cas pour l'instant, j'ai envie d'évoluer dans un championnat compétitif, d'avoir encore cet amour du foot. DOSSEVI : C'est sûr que quand tu viens d'Athènes, le changement est radical. Mais ça se situe à d'autres niveaux, ce n'est pas le soleil, les beaux monuments. Mais ici, c'est chaleureux, c'est un environnement assez sain, avec des supporters très chauds. En fait, il y a de tout. C'est un cadre de vie où on sent bien directement. DOSSEVI : Je ne retiendrais que du positif. J'aurais connu une première saison assez mouvementée, mais au final couronnée d'un titre. J'ai la chance d'avoir un très bon contact avec les supporters, c'est aussi quelque chose qui te pousse à continuer l'aventure. Quand ils sont derrière toi comme c'est le cas, t'as envie de leur rendre ce soutien, t'as pas envie de les décevoir. DOSSEVI : C'est clair qu'il y a des matches un peu relou. Mais jouer à Ajaccio, à Troyes, ou à Dijon, faut pas croire que c'est très excitant non plus. Même chose en Grèce quand tu vas jouer à Levadiakos ou Panionios. Ce qui manque ici, ce sont des stars pour avoir plus de droits télés, d'engouement, de rayonnement avec l'étranger. DOSSEVI : (il rit) Très certainement... DOSSEVI : Un peu des deux. C'est toujours bien d'avoir un trophée individuel même si ce n'est pas une priorité. Mais c'est surtout le fait de ne pas être nominé qui m'a dérangé, surtout quand tu regardes les nominés et que tu regardes les stats de chacun, je méritais légitimement d'en faire partie. Et même si ce n'est pas ce genre de prix qui va changer ma carrière. Mais ça fait doucement sourire. DOSSEVI : C'est un sujet un peu compliqué. C'est pas vraiment à un joueur de parler de ça. L'an passé, j'avais défendu mon pote de vestiaire, Guillaume Hubert, un jeune gardien qui évolue à un poste où c'est assez compliqué de faire son trou. Et là on le remplaçait du jour au lendemain sans trop d'explications alors qu'il s'était montré à la hauteur. Je trouvais ça dommage car je pensais qu'on aurait pu se renforcer à d'autres postes. Après je ne suis pas contre l'arrivée d'un grand joueur comme Valdés. DOSSEVI : (il rit) Chacun son avis. Le mieux, c'est sûr, c'est d'avoir une star qui est en pleine possession de ses moyens... DOSSEVI : Je ne l'espère pas en tout cas. Après, le but c'est quand même d'être compétitif le plus possible. S'ils font partir des joueurs majeurs sur la fin, il faut qu'ils soient remplacés par des joueurs du même calibre, sinon tu ne peux jamais y arriver. Ou alors, c'est qu'ils n'ont rien compris. DOSSEVI : Ce sont les maux du football moderne. On fait souvent beaucoup trop de paris. Si tu vends un joueur 7 ou 8 millions, il vaut mieux en investir 5 ou 6 sur un nouveau joueur mas les clubs préfèrent en dépenser 2. Sauf que sur l'année qui suit, le joueur ne peut pas remplacer celui qui est parti. Il sera peut-être bon dans trois-quatre ans mais les supporters attendent que leur équipe soit au moins aussi bonne que celle de l'année précédente. Tu ne peux pas espérer faire mieux en achetant moins bon. C'est ça le problème de nombreux clubs aujourd'hui : ils essaient de grappiller le plus d'argent possible au détriment du sportif. Le discours n'est évidemment jamais celui-là mais dans les faits ça l'est. Partout où je suis passé, c'était comme ça. Au Mans, le club a fait des plus-values incroyables en vendant des Grafite, De Melo, Gervinho, Romaric, Sessegnon, et en réinvestissant dans des joueurs peu connus. Le club a coulé : dépôt de bilan. A Valenciennes, ça a été la même chose avec le nouveau stade. Mais si tu fais des plus-values pour rembourser ton stade mais que derrière le sportif ne suit pas, le projet n'a pas de sens. Car comment tu le remplis, ton stade ? J'espère qu'ici ça ne sera pas le cas. DOSSEVI : Oui, j'espère qu'on ne commettra plus ces erreurs. C'est clair qu'on aurait peut-être fait une autre saison si on avait gardé le même noyau à l'intersaison, mais ce sont seulement des spéculations. DOSSEVI : Raconter que l'on veut être compétitif, tout le monde te le dit. Ce que tu veux voir, ce sont les faits. J'espère qu'on ne commettra plus les mêmes erreurs. On est capable de tellement de bonnes choses, mais aussi de choses un peu bizarres, qu'on est encore un peu dans le doute aujourd'hui. C'est notre début de saison qui va nous dire si on est là ou pas.PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS BELGAIMAGE - FRANK ABBELOOS" J'ai toujours l'ambition de voir plus grand, ce serait hypocrite de dire le contraire. " - MATTHIEU DOSSEVI " C'est clair que si j'étais arrivé à maturité plus tôt, j'aurais sûrement connu une autre carrière. " - MATTHIEU DOSSEVI