Lors de son premier passage à Gand, la fraîcheur de sa vision et le classement inespéré dû à son approche ont créé l'émerveillement. A son retour, il a perdu une finale de Coupe et on lui a reproché d'avoir mené une vie un peu trop cool. Cette saison, pour son troisième épisode gantois, il lutte toujours pour une place en Europa League.

Durant la préparation, vous avez déploré le manque d'efficacité de l'équipe. Etes-vous plus satisfait maintenant ?

Trond Sollied : Nous maîtrisons la construction mais l'efficacité n'est pas encore au point, au niveau individuel. Le déplacement et le passing sont bons mais les qualités individuelles ont une marge de progrès. Il faut effectuer des choix en une fraction de seconde. C'est là que le bât blesse. Nous y consacrons 90 % de l'entraînement et c'est un travail qui s'étend sur des années, même si on ne peut ôter sa spontanéité à un avant.

Etes-vous d'accord avec ceux qui affirment que Gand aurait pu être champion s'il avait aligné un buteur ?

Je ne sais pas. Si nous avions eu Ole-Martin Arst, nous aurions sans doute eu nos chances mais voilà, nous ne l'avons pas. Il y a une marge entre rêve et réalité.

Votre équipe a en tout cas inscrit énormément de buts.

Cela signifie que nous travaillons bien.

Le fait que vous n'êtes pas tout en haut prouve aussi que vous êtes moins bons sous certains aspects...

Notre objectif initial était la qualification pour l'Europe. L'atteindre serait une excellente chose. Nous avons encaissé dix buts de trop, disons. Quand on voit combien de fois j'ai dû modifier notre défense, on comprend que cette ligne ne peut avoir d'automatismes. Parfois, nous ne jaugeons pas assez bien la situation pour savoir que faire et nous commettons des erreurs. Je ne citerai pas de noms mais quand je peux titulariser qui je veux, nous avons une bonne défense et je suis un entraîneur satisfait.

Avez-vous le sentiment d'avoir fait davantage progresser l'équipe lors de votre premier passage à Gand ?

Ne parlons pas du passé. Cette équipe peut beaucoup mieux mais elle n'a pas été en mesure de montrer ce dont elle était capable sur base de ses qualités et de nos entraînements. L'entrejeu a été le secteur le plus stable et même là, je n'ai pu aligner mes hommes de concert que la moitié du temps. Dans ces conditions, il est impossible d'avoir de bons automatismes.

On évoque toujours la profondeur et la qualité du noyau mais quand vous avez été contraint à effectuer des changements, notamment en l'absence de Melli et d'Arzo, cela n'a pas toujours été aussi évident.

Il y a une différence entre jouer régulièrement et être nouveau dans l'équipe. En plus, les deux arrières espagnols parlent la même langue et ils savent ce qu'ils font. S'il faut en remplacer un, la communication est déjà moins bonne. Melli possède une mentalité fantastique, il s'est rapidement intégré et en plus, il marque. Il a réalisé une bonne saison. Il suffit de marquer un but de plus que l'adversaire pour gagner mais je sais que parfois, il faut aussi défendre et préserver ses filets. Avant la Noël, j'ai souvent lu dans la presse que j'avais trois arrières gauches alors que je n'en possède qu'un seul : Wallace a été blessé six mois et l'heure de Skarabot n'est pas encore venue. Baric a également évolué à ce poste, comme Suler. Baric a joué une bonne saison et il a une mentalité positive. Tous les autres ont vu les progrès qu'il avait accomplis. Et pourquoi ? Il a travaillé d'arrache-pied, il est un exemple. Parfois, aussi, il faut achever un match à dix, sans motif valable. A Genk, nous avons même terminé à neuf.

" Je me concentre sur le football : je n'ai jamais été renvoyé dans la tribune "

Ces dernières semaines, vous avez souvent exprimé votre mécontentement à l'égard de l'arbitrage. Trouvez-vous que le niveau a baissé, ces dernières années ?

Je pense que nous assistons à un changement de génération. Certains arbitres sont à peine plus âgés que les joueurs. Lors de mes deux premiers passages, ils étaient plus mûrs et commettaient moins d'erreurs. Chacun en commet, cela ne me pose pas de problème et en fait, l'arbitrage ne m'intéresse pas, tant que les erreurs ont des conséquences similaires pour les deux équipes. Je n'ai jamais été renvoyé dans la tribune. Pourquoi ? Parce que je me concentre sur le football. Mais si l'arbitre veut faire le spectacle, il faut qu'un responsable s'en rende compte. Ce n'est pas à moi de contrôler le referee. Si le contrôleur ne s'aperçoit pas des fautes de l'arbitre, il faut les renvoyer tous les deux, c'est aussi simple que ça. Ils gagnent assez bien leur vie, maintenant.

Les joueurs ne commettent pas d'erreurs ?

Si mais contrairement aux arbitres, ils ne doivent pas s'occuper des autres. On pourrait aussi dire à un arbitre : -Aujourd'hui, tu ne gagneras rien, retourne en D3. Ainsi, il obtiendrait un feedback immédiat et comprendrait qu'il a commis des erreurs. Si le contrôleur ne voit pas les travers d'un arbitre, c'est que le système est mauvais et il faut en changer. Je n'attaquerai personne pour une décision erronée mais quand elles s'accumulent et que la personne incriminée répète qu'elle n'a rien vu, il y a un problème.

Je m'occupe de mon équipe, de mes joueurs et pas des arbitres mais quand ceux-ci décident trop souvent du cours d'un match... Cela a commencé lors de la première journée, contre le Cercle, sur différentes phases de jeu.

Etes-vous devenu plus réaliste ?

Je l'ai toujours été. Je ne rêve pas, je ne suis pas Martin Luther King.

On a pourtant l'impression que vous êtes plus prudent : parfois, Bernd Thijs recule jusqu'à la ligne défensive.

Mais vous n'y connaissez rien... Thijs est toujours défensif en perte de balle. Tout tourne autour de la place où vous voulez récupérer le ballon. Si nous nous contentons de défendre, nous gagnerons un match sur 50. La défense et l'attaque ne sont pas des notions abstraites : c'est votre position qui détermine que faire avec ou sans ballon.

Avez-vous été trop dépendant de Thijs cette saison ? Après la trêve hivernale, il s'est blessé, de même que Smolders, et les résultats ont été décevants.

Nous ne cherchons pas un clone de Thijs mais nous n'avons actuellement personne qui possède ses capacités. Chaque joueur a les siennes, personne n'est né pour une position déterminée. Tout s'apprend même si, quand je lis les journaux, j'ai parfois l'impression que des gens sont nés footballeurs. La presse s'intéresse aux individus alors que l'équipe prime.

" Suarez doit remercier ses coéquipiers pour son Soulier d'Or "

Barcelone n'est quand même pas lui-même sans Messi ?

C'est faux ! Barcelone n'a pas de problème si Messi est forfait. D'autres réaliseront des actions. Et Suarez n'est rien sans Anderlecht. S'il apporte un plus, c'est parce que ses coéquipiers le lui permettent. Le football est un sport collectif. Un partenaire peut vous passer le ballon de travers, de sorte que vous n'en fassiez rien de bon et qu'à la longue, l'entraîneur vous remplace.

La formation actuelle est-elle la meilleure que vous ayez entraînée à Gand ?

Non, c'est celle qui recèle les meilleurs individus. Ma meilleure équipe, je l'ai dirigée la première fois. L'esprit d'équipe, cela veut dire que vous vous occupez les uns des autres. Par exemple, mes joueurs peuvent téléphoner. Je ne l'interdis pas car chacun doit comprendre la portée de ce qu'il fait. Mais bon, la génération actuelle est ainsi faite. La mienne n'avait pas tous ces trucs. Maintenant, les gens se servent de ça pour ne pas devoir parler, pour se protéger. Moi, je préfère parler et écouter.

Ivan De Witte estime que les play-offs requièrent une autre approche que le championnat régulier, y compris sur le plan physique.

Ma méthode ne dépend pas des play-offs ni d'autre chose. Les play-offs sont le championnat le plus court d'Europe : un mois et demi ! Si vous aimez ça, tournez-vous vers la NBA ou le hockey sur glace. Des play-offs à 14, en deux groupes de sept équipes, ce serait différent. C'est quand même une catastrophe : le vainqueur des PO2 peut se qualifier pour la coupe d'Europe sans avoir joué contre les cinquième et sixième ! Il les saute et se faufile par la porte de derrière.

Michels & Shankly

De Witte a déjà laissé entendre qu'il allait vous proposer un nouveau contrat. Un séjour plus long vous tente-t-il ?

Je lis beaucoup de choses dans les journaux mais je ne peux rien confirmer.

De Witte et Louwagie ont déjà vanté la motivation qu'ils sentaient en vous.

Il faut toujours être motivé pour bien travailler.

Vous avez remporté la Coupe des Pays-Bas avec Heerenveen mais depuis, plus rien, ni avec Al Ahli ni avec le Lierse. Compte tenu de votre palmarès, ne serait-il pas temps que vous gagniez un nouveau trophée ?

Ma carrière m'intéresse bien moins que mon bonheur. Je suis un homme heureux, ma famille vit dans le bonheur également. Je n'ai pas besoin de grand-chose. Ce n'est pas le football qui fait mon bonheur car il n'est que mon hobby.

Qu'est-ce qui vous rend heureux ?

That is none of your business. Ceci dit, je ne suis pas plus heureux de gagner un trophée que de préserver le Lierse de la rétrogradation, par exemple. Le football est la chose la plus importante de toutes les choses qui ne comptent pas.

Qui est l'auteur de cette citation ?

Je ne sais pas...

Rinus Michels.

(Sans le moindre émoi). Je connais quelqu'un qui n'était pas d'accord : Bill Shankly, l'ancien entraîneur de Liverpool.

C'est-à-dire ?

Cherchez.

PS : On a trouvé, c'est " Le football n'est pas une question de vie ou de mort. C'est bien plus important que ça ".

RAOUL DE GROOTE / PHOTOS : KOEN BAUTERS

" En lisant la presse, j'ai l'impression que des gens naissent footballeurs. "

" Barcelone n'a pas de problème en cas de forfait de Messi. "

Lors de son premier passage à Gand, la fraîcheur de sa vision et le classement inespéré dû à son approche ont créé l'émerveillement. A son retour, il a perdu une finale de Coupe et on lui a reproché d'avoir mené une vie un peu trop cool. Cette saison, pour son troisième épisode gantois, il lutte toujours pour une place en Europa League. Trond Sollied : Nous maîtrisons la construction mais l'efficacité n'est pas encore au point, au niveau individuel. Le déplacement et le passing sont bons mais les qualités individuelles ont une marge de progrès. Il faut effectuer des choix en une fraction de seconde. C'est là que le bât blesse. Nous y consacrons 90 % de l'entraînement et c'est un travail qui s'étend sur des années, même si on ne peut ôter sa spontanéité à un avant. Je ne sais pas. Si nous avions eu Ole-Martin Arst, nous aurions sans doute eu nos chances mais voilà, nous ne l'avons pas. Il y a une marge entre rêve et réalité. Cela signifie que nous travaillons bien. Notre objectif initial était la qualification pour l'Europe. L'atteindre serait une excellente chose. Nous avons encaissé dix buts de trop, disons. Quand on voit combien de fois j'ai dû modifier notre défense, on comprend que cette ligne ne peut avoir d'automatismes. Parfois, nous ne jaugeons pas assez bien la situation pour savoir que faire et nous commettons des erreurs. Je ne citerai pas de noms mais quand je peux titulariser qui je veux, nous avons une bonne défense et je suis un entraîneur satisfait. Ne parlons pas du passé. Cette équipe peut beaucoup mieux mais elle n'a pas été en mesure de montrer ce dont elle était capable sur base de ses qualités et de nos entraînements. L'entrejeu a été le secteur le plus stable et même là, je n'ai pu aligner mes hommes de concert que la moitié du temps. Dans ces conditions, il est impossible d'avoir de bons automatismes. Il y a une différence entre jouer régulièrement et être nouveau dans l'équipe. En plus, les deux arrières espagnols parlent la même langue et ils savent ce qu'ils font. S'il faut en remplacer un, la communication est déjà moins bonne. Melli possède une mentalité fantastique, il s'est rapidement intégré et en plus, il marque. Il a réalisé une bonne saison. Il suffit de marquer un but de plus que l'adversaire pour gagner mais je sais que parfois, il faut aussi défendre et préserver ses filets. Avant la Noël, j'ai souvent lu dans la presse que j'avais trois arrières gauches alors que je n'en possède qu'un seul : Wallace a été blessé six mois et l'heure de Skarabot n'est pas encore venue. Baric a également évolué à ce poste, comme Suler. Baric a joué une bonne saison et il a une mentalité positive. Tous les autres ont vu les progrès qu'il avait accomplis. Et pourquoi ? Il a travaillé d'arrache-pied, il est un exemple. Parfois, aussi, il faut achever un match à dix, sans motif valable. A Genk, nous avons même terminé à neuf. Je pense que nous assistons à un changement de génération. Certains arbitres sont à peine plus âgés que les joueurs. Lors de mes deux premiers passages, ils étaient plus mûrs et commettaient moins d'erreurs. Chacun en commet, cela ne me pose pas de problème et en fait, l'arbitrage ne m'intéresse pas, tant que les erreurs ont des conséquences similaires pour les deux équipes. Je n'ai jamais été renvoyé dans la tribune. Pourquoi ? Parce que je me concentre sur le football. Mais si l'arbitre veut faire le spectacle, il faut qu'un responsable s'en rende compte. Ce n'est pas à moi de contrôler le referee. Si le contrôleur ne s'aperçoit pas des fautes de l'arbitre, il faut les renvoyer tous les deux, c'est aussi simple que ça. Ils gagnent assez bien leur vie, maintenant. Si mais contrairement aux arbitres, ils ne doivent pas s'occuper des autres. On pourrait aussi dire à un arbitre : -Aujourd'hui, tu ne gagneras rien, retourne en D3. Ainsi, il obtiendrait un feedback immédiat et comprendrait qu'il a commis des erreurs. Si le contrôleur ne voit pas les travers d'un arbitre, c'est que le système est mauvais et il faut en changer. Je n'attaquerai personne pour une décision erronée mais quand elles s'accumulent et que la personne incriminée répète qu'elle n'a rien vu, il y a un problème. Je m'occupe de mon équipe, de mes joueurs et pas des arbitres mais quand ceux-ci décident trop souvent du cours d'un match... Cela a commencé lors de la première journée, contre le Cercle, sur différentes phases de jeu. Je l'ai toujours été. Je ne rêve pas, je ne suis pas Martin Luther King. Mais vous n'y connaissez rien... Thijs est toujours défensif en perte de balle. Tout tourne autour de la place où vous voulez récupérer le ballon. Si nous nous contentons de défendre, nous gagnerons un match sur 50. La défense et l'attaque ne sont pas des notions abstraites : c'est votre position qui détermine que faire avec ou sans ballon. Nous ne cherchons pas un clone de Thijs mais nous n'avons actuellement personne qui possède ses capacités. Chaque joueur a les siennes, personne n'est né pour une position déterminée. Tout s'apprend même si, quand je lis les journaux, j'ai parfois l'impression que des gens sont nés footballeurs. La presse s'intéresse aux individus alors que l'équipe prime. C'est faux ! Barcelone n'a pas de problème si Messi est forfait. D'autres réaliseront des actions. Et Suarez n'est rien sans Anderlecht. S'il apporte un plus, c'est parce que ses coéquipiers le lui permettent. Le football est un sport collectif. Un partenaire peut vous passer le ballon de travers, de sorte que vous n'en fassiez rien de bon et qu'à la longue, l'entraîneur vous remplace. Non, c'est celle qui recèle les meilleurs individus. Ma meilleure équipe, je l'ai dirigée la première fois. L'esprit d'équipe, cela veut dire que vous vous occupez les uns des autres. Par exemple, mes joueurs peuvent téléphoner. Je ne l'interdis pas car chacun doit comprendre la portée de ce qu'il fait. Mais bon, la génération actuelle est ainsi faite. La mienne n'avait pas tous ces trucs. Maintenant, les gens se servent de ça pour ne pas devoir parler, pour se protéger. Moi, je préfère parler et écouter. Ma méthode ne dépend pas des play-offs ni d'autre chose. Les play-offs sont le championnat le plus court d'Europe : un mois et demi ! Si vous aimez ça, tournez-vous vers la NBA ou le hockey sur glace. Des play-offs à 14, en deux groupes de sept équipes, ce serait différent. C'est quand même une catastrophe : le vainqueur des PO2 peut se qualifier pour la coupe d'Europe sans avoir joué contre les cinquième et sixième ! Il les saute et se faufile par la porte de derrière. Je lis beaucoup de choses dans les journaux mais je ne peux rien confirmer. Il faut toujours être motivé pour bien travailler. Ma carrière m'intéresse bien moins que mon bonheur. Je suis un homme heureux, ma famille vit dans le bonheur également. Je n'ai pas besoin de grand-chose. Ce n'est pas le football qui fait mon bonheur car il n'est que mon hobby. That is none of your business. Ceci dit, je ne suis pas plus heureux de gagner un trophée que de préserver le Lierse de la rétrogradation, par exemple. Le football est la chose la plus importante de toutes les choses qui ne comptent pas. Je ne sais pas... (Sans le moindre émoi). Je connais quelqu'un qui n'était pas d'accord : Bill Shankly, l'ancien entraîneur de Liverpool. Cherchez. PS : On a trouvé, c'est " Le football n'est pas une question de vie ou de mort. C'est bien plus important que ça ".RAOUL DE GROOTE / PHOTOS : KOEN BAUTERS" En lisant la presse, j'ai l'impression que des gens naissent footballeurs. "" Barcelone n'a pas de problème en cas de forfait de Messi. "