" Il m'arrive de plonger mon regard dans les cahiers et classeurs que mon père garnissait de coupures de presse consacrées à ma carrière de joueur ou d'entraîneur. C'est une source inépuisable de souvenirs. J'ai aussi des vieux livres. Dans celui consacré au centenaire de l'Union Saint-Gilloise par Rudy Ecrepont en 1997, j'ai retrouvé le récit d'un moment émouvant. Le 20 avril 1980, j'étais venu avec Alost au Parc Duden que j'ai toujours tant apprécié ; j'y ai coaché du...

" Il m'arrive de plonger mon regard dans les cahiers et classeurs que mon père garnissait de coupures de presse consacrées à ma carrière de joueur ou d'entraîneur. C'est une source inépuisable de souvenirs. J'ai aussi des vieux livres. Dans celui consacré au centenaire de l'Union Saint-Gilloise par Rudy Ecrepont en 1997, j'ai retrouvé le récit d'un moment émouvant. Le 20 avril 1980, j'étais venu avec Alost au Parc Duden que j'ai toujours tant apprécié ; j'y ai coaché durant les années 70. Mon ami de toujours, ex-équipier à Anderlecht et en équipe nationale, Jean Trappeniers, était le gardien de mon équipe engagée comme l'USG dans un combat pour le maintien en D2. C'était spécial pour Jean qui joua à l'Union de 1971 à 73. Son beau-père, Félix Welkenhuyzen, gloire de la légendaire Union 60 -invaincue durant 60 matches de championnat entre 1933 et 35, devenu administrateur des Jaune et Bleu, avait comme d'habitude pris place dans la tribune. Ecrepont raconte la suite dans son livre : " Le match tourne vite en faveur de l'Eendracht. Mais c'est ailleurs que le drame se passe. En seconde mi-temps, victime d'un malaise, Welkenhuyzen quitte péniblement sa place. Quelques minutes plus tard, on appelle Jean-Pierre Dufaz, médecin du club. 'Il était assis sur une chaise dans le couloir, devant la salle de réception', se souvient le docteur. 'Son visage était gris. C'était un homme massif. J'ai dû me faire aider par les deux kinés pour le transporter au vestiaire et l'étendre sur la table de soins. J'ai tout de suite vu qu'il était au plus mal. Je lui ai fait un massage cardiaque. Il ne réagissait plus. Soudain, on entendit une clameur venant de l'extérieur. Félix ouvrit un £il et demanda - C'est l'Union qui a marqué ? J'ai répondu que je n'en savais rien. Ce furent ces derniers mots. Heylens apprit la nouvelle alors que le match était encore en cours. Devait-il prévenir immédiatement Trappeniers, le beau-fils, ou attendre la fin ? Georges coupa la poire en deux. Dès qu'il fut certain de la victoire d'Alost, il procéda au remplacement de son gardien. Trappeniers, surpris, vit Heylens venir à sa rencontre, lui prendre l'épaule affectueusement. Puis le coach lui expliqua la tragédie qui venait de se dérouler. On imagine la désolation dans le vestiaire. Les Unionistes, battus sur le score de 2-5, étaient pratiquement condamnés à la relégation en D3. Et sur leur table massage, ils trouvèrent le corps sans vie de Welkenhuyzen. " Félix gérait un bistrot en face du stade et a rendu son dernier souffle chez lui. n PIERRE BILIC