Au lendemain du match face à la Tunisie, ça s'affaire dans tous les sens à l'hôtel des Diables. Roberto Martinez a accordé une journée libre à ses joueurs. L'occasion pour certains de découvrir le centre de Moscou. Dedryck Boyata, lui, hésite. " Je n'ai pas pris d'autres vêtements ", sourit-il alors que quelques mètres plus loin, Marouane Fellaini a sorti un look bien plus urbain.
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Au lendemain du match face à la Tunisie, ça s'affaire dans tous les sens à l'hôtel des Diables. Roberto Martinez a accordé une journée libre à ses joueurs. L'occasion pour certains de découvrir le centre de Moscou. Dedryck Boyata, lui, hésite. " Je n'ai pas pris d'autres vêtements ", sourit-il alors que quelques mètres plus loin, Marouane Fellaini a sorti un look bien plus urbain. La bonne surprise de cette Coupe du Monde est en polo-short-claquettes à l'effigie de la Fédération. Difficile de sortir le nez avec ce combo noir-jaune-rouge. " Je n'ai jamais prêté attention aux fringues ", enchaîne Boyata. " Ma femme, elle, aimait beaucoup la mode, mais elle s'est lassée avec moi. Je n'ai jamais porté de l'importance à l'image, à ce que les gens pensent de moi. Je suis toujours resté distant par rapport à tout ça. " Rencontre avec un défenseur resté trop longtemps dans l'ombre. Il y a trois mois, tu t'imaginais être titulaire en Coupe du Monde ? DEDRYCK BOYATA : Pour être honnête, je ne m'attendais pas du tout à ça. Aujourd'hui, on est qualifiés pour les huitièmes de finale, je suis content des performances collectives, comme individuelles, c'est vraiment fabuleux ce qui m'arrive. Il y a trois mois, je n'avais même pas la garantie de me retrouver dans les 23 et de participer à cette Coupe du Monde. Être de la partie, c'est déjà une victoire. Puis se retrouver dans le onze de base lors des deux premiers matches... Je n'ai pas vraiment de mot pour décrire ce sentiment. Mais maintenant que j'y ai goûté, j'aimerais évidemment continuer sur ma lancée et jouer tous les matches. Comment réagirais-tu si tu venais à être écarté lors des prochaines rencontres ? BOYATA : L'équipe ne tourne pas autour de moi, c'est évident. Et je me suis déjà exprimé sur l'importance de Vincent (Kompany) ou de Thomas (Vermalen). Vincent est le leader de l'équipe. Si je devais retourner sur le banc au profit d'un des deux, je n'aurais rien à dire par rapport à ça. L'équipe nationale, c'est aujourd'hui une question collective. Et j'ai pu montrer sur les deux premiers matches que l'on pouvait compter sur moi. À 27 ans, tu as aussi prouvé qu'il faudrait compter sur toi pour le futur des Diables Rouges. BOYATA : Comme tout le monde le sait, j'ai rarement été titulaire en équipe nationale. Les automatismes ne sont pas les mêmes en matches, une certaine confiance doit être donc créée et je pense qu'on a su la créer durant ce tournoi, que ce soit avec Toby (Alderweireld) ou Jan (Vertonghen). Face au Panama, tu disais, après coup, avoir été nerveux. Alors que tu sembles plutôt impassible sur le terrain. BOYATA : De la nervosité, il y en a toujours. C'était mon premier match de Coupe du Monde : je suis monté sur la pelouse, j'ai regardé autour de moi, j'ai souri et je me suis dit : wouaw ! Après les cinq premières minutes, la tension est redescendue. Face à la Tunisie, même chose, je pensais que c'était derrière moi mais je me suis aussi dit wouaw quand je suis monté sur ce terrain. Mais tu es obligé d'être serein. La concentration, c'est ce qu'il y a de plus important à ce poste. Malgré quelques pertes de balle au niveau de la relance face à la Tunisie, tu n'hésites pas jouer au sol, par des passes courtes. BOYATA : C'est vrai que je ne suis pas quelqu'un qui dégage beaucoup, j'essaie toujours de sortir le ballon le plus proprement possible. Le système à trois défenseurs utilisé par Roberto Martinez a longtemps été montré du doigt. Tu n'as pas le sentiment que c'est un système difficile à maîtriser pour une équipe qui n'a pas toujours les joueurs pour l'appliquer ? BOYATA : Je pense que si tu écoutes tous les joueurs aujourd'hui, ils vont te dire que c'est le meilleur système. Maintenant, offensivement c'est top, mais défensivement ça demande beaucoup de travail, d'exigences, de concentration et de communication. Vous avez suffisamment de temps pour maîtriser tous ces paramètres ? BOYATA : C'est évidemment plus facile en club car on ne se voit pas souvent en équipe nationale mais que ce soit Toby, Jan ou moi-même on connaît parfaitement ce système. C'est pour les wing-backs que c'est plus difficile. Depuis le premier jour où je suis arrivé en équipe nationale sous Martinez, on bosse ce système sans arrêt. Au lieu d'avoir des défenseurs qui restent immobiles, on bouge tout le temps. En tout cas pour moi, c'est le système qui nous convient le mieux. Cela permet aussi de libérer des joueurs comme Hazard.BOYATA : Voilà, avec un Kevin qui distribue plus bas, Eden qui percute et Romelu qui est en confiance totale, c'est juste magnifique à voir. La seule chose que j'aimerais, c'est garder le ballon plus longtemps car derrière, on est à bloc tout le temps et avec le climat actuel on monte puis on redescend dans les tours sans arrêt. À la mi-temps face au Panama, vous êtes passés à un quatre arrière, ce qui n'a pas spécialement frappé les esprits. BOYATA : Et pourtant, ça a été le cas. En seconde période face au Panama, on était à trois derrière en possession de balle mais à quatre en perte de balle. L'occasion que le Panama s'est créée en seconde période résulte d'un manque de communication, tout simplement. Mais il faut se rendre compte que cette place de wing-back est la plus compliquée. Thomas et Yannick multiplient les kilomètres sur un match. C'est à nous aussi de les aider dans certaines situations. Est-ce que Roberto Martinez t'a aidé pour aborder ton premier match en Coupe du Monde ? BOYATA : J'ai eu une bonne discussion avec le coach. Par contre, je n'ai été au courant de ma titularisation que le jour de match. Il y avait quand même en semaine des indications sur l'équipe qui se dessinait, non ? BOYATA : On fait des matches, des séances tactiques mais les chasubles changent tout le temps. On n'est pas dupe non plus, certains sont sûrs de leur place. Mais pour une personne comme moi, tant que je n'ai pas vu mon nom affiché sur le tableau, je ne sais pas ce qui va se passer. Vu les blessures, Roberto Martinez n'a pas véritablement d'autre choix que de titulariser.BOYATA : Tant que t'as pas eu la confirmation de la composition, tu n'arrives pas vraiment à y croire. Mais dès que ça été le cas, j'ai reçu des messages très positifs de sa part. Il m'a donné un exemple d'une situation qu'il avait lui-même vécue et qui m'a touché. C'était le message qui venait au bon moment, un message qui signifiait beaucoup pour moi. Il est très fort au niveau de la communication...BOYATA : Je crois que c'est vraiment son point fort ( il rit). Il sait ce qu'il faut dire au bon moment, pour motiver les joueurs. Il est top pour ça. Tu te rends compte que tu es encore méconnu aux yeux du public belge ? BOYATA : Oui, vu que j'étais rarement repris en équipe nationale et que le grand public n'est pas vraiment au courant de mes performances en club. D'ailleurs, la question qui me revient souvent c'est par rapport à ce 4-4 face à l'Autriche en 2011 ! Et ma réponse est toujours la même : je ne vais pas parler d'un match qui a eu lieu il y a 7 ans et dont même moi, je ne me rappelle plus avec précision. Ça me heurte à chaque fois que je me retrouve devant la presse belge. Tu espères qu'on te parle de tes performances des derniers mois, eh bien non, on te parle d'un match qui a eu lieu il y a sept ans... Le fait de jouer au Celtic te dessert aussi par rapport aux autres Diables qui évoluent dans de grands championnats. BOYATA : Je ne dis pas le contraire, je ne pointe personne du doigt. Mais ça m'a blessé. Le fait d'être titularisé pendant cette coupe du monde ça m'a permis d'effacer ce qui s'était passé en 2011. Les gens oublient aussi que tu as régulièrement été titulaire à Manchester City, que ce soit sous Roberto Mancini ou Manuel Pellegrini. Qu'est-ce qui a fait qu'aujourd'hui tu n'évolues plus dans un grand championnat ? BOYATA : À City, c'était un peu difficile. J'avais 19 ans quand je me suis retrouvé dans le vestiaire de l'équipe première, j'étais le seul jeune du centre de formation et j'avais à côté de moi Robinho, Patrick Vieira, Yaya Touré, Carlos Tevez. Je me suis dit : mais qu'est ce qui se passe ? Pour ma première titularisation, Roberto Mancini avait noté les deux premières lettres de mon nom sur le tableau noir. Moi, j'étais sûr qu'il parlait de Boateng, surtout que j'ai été titularisé à l'arrière droit, ce qui n'est pas du tout ma position. Ça reste un moment super mais les trophées étaient attendus par les dirigeants. Intégrer des jeunes n'était donc pas une priorité. D'après les échos venus d'Écosse, tu as progressé au niveau de la concentration sous Brendan Rodgers.BOYATA : Oui, c'est ce qu'on dit. Lors de ma première saison au Celtic, on n'a gagné que le championnat mais on a été sorti en demi-finale des deux coupes nationales, c'était donc la crise totale, et le coach s'est fait virer. J'avais joué 42 matches, inscrit six buts, mais c'était pas assez. Pour être honnête, j'ai commis des erreurs de concentration. Et suite à la blessure qui m'avait privé de l'EURO, j'ai subi des rechutes. Je revenais petit à petit mais l'équipe tournait, elle s'était qualifiée en Ligue des Champions. Si je voulais retrouver ma place, le coach, Brendan Rodgers, m'avait donné des points à travailler. Il voulait que je défende tout le temps vers l'avant, que je ne loupe plus une passe à l'entraînement et que je bosse ma concentration. Comment bosse-t-on la concentration ? BOYATA : C'est compliqué. Il faut suivre le jeu constamment, regarder la ligne, parler avec ses équipiers. J'ai la réputation de parler beaucoup, je replace toujours mes équipiers. Chez les Diables, c'est aussi le cas même s'il y a des leaders qui occupent déjà ce rôle en sélection. Tu n'as pas encore pu montrer tes qualités offensives dans le jeu aérien. À City, on te surnommait, paraît-il, la tête chercheuse ? BOYATA : J'ai marqué 14 buts sur les trois dernières saisons. Et c'est vrai que j'ai certaines dispositions à marquer sur les phases arrêtées. Mais je n'ai pas pu vous le montrer en sélection. Face au Costa Rica, j'en ai loupé deux. Après, ce n'est pas forcément mon but durant ce tournoi. Avec le recul, tu ne regrettes pas d'être parti aussi jeune (16 ans) en Angleterre ? BOYATA : Si je devais changer quelque chose à mon parcours, ce serait de partir plus tôt de Manchester City. Car j'avais reçu des offres. J'ai perdu beaucoup de temps à Manchester. Après, et j'en ai parlé récemment avec le père de Thibaut Courtois ( Thierry, ndlr), quand j'évoluais en Belgique, je ne me voyais pas réaliser une carrière de joueur pro. J'allais à l'école à Woluwé, et le soir aux entraînements du White Star avant de rejoindre le Brussels. Je n'ai jamais fait partie d'un foot-études par exemple. Jouer au foot était un hobby. Ce n'est que lors d'un tournoi avec le Brussels en Irlande que City m'a contacté. Là, tout a changé pour moi, j'avais le foot à temps plein et l'école le soir. Si je n'avais pas tenté le coup, je ne suis pas sûr que j'en serais là où j'en suis aujourd'hui. Par contre, si demain le même cas de figure venait à se présenter à mon enfant, je pense que je lui dirais de poursuivre son écolage en Belgique avant de tenter sa chance à l'étranger. Le fait d'avoir un père qui a été pro, ça t'a aidé dans ta carrière ? BOYATA : Il y a eu des aspects positifs mais aussi négatifs. Négatifs, car c'était le foot tout le temps. Il était coach aussi, il faisait ses tactiques à la maison. Quand j'avais 14 ans, il entraînait le Maccabi à Neder-Over-Heembeek. Il me prenait avec lui et je m'entraînais avec des gens de 30 ans. Je me disais : mais qu'est-ce que je fous ici ? Alors que ma mère lui criait : non, ne le prends pas avec.( il rit) Mon père aime tellement le foot qu'il voulait me transmettre sa passion. Moi je ne vivais pas le foot avec autant d'intensité. Ta mère ne veut par contre jamais regarder un de tes matches. À l'inverse de ton père, elle n'a pas fait le déplacement en Russie par exemple.BOYATA : Impossible. Elle a des problèmes de tension. Elle stresse, elle n'est pas bien devant du foot. Si tout le monde se met à regarder un de mes matches devant la télé, elle se met dans une autre pièce. Elle ne revient que s'il y a un but. Hier ( samedi soir, ndlr), elle m'a dit au téléphone... Laisse ta place à Vincent...BOYATA : ( il rit) Elle était contente, elle m'a dit que maintenant qu'on était qualifié, elle allait peut-être se mettre à regarder les matches. À Glasgow, par exemple, elle est venue me voir à plusieurs reprises mais elle n'est jamais venue au stade. Est-ce qu'il y a plus d'intensité lors d'un Old Firm que dans un match de Coupe du Monde ? BOYATA : Au niveau de l'intensité, l'Old Firm c'est bien au-dessus. C'est tacle par-ci, tacle par-là. Je pense aussi que le climat a une incidence sur le rythme lors de cette Coupe du Monde. Les gens ne s'en rendent peut-être pas compte mais il fait super chaud sur le terrain. Regarde à chaque fois qu'il y a un arrêt de jeu, tout le monde se presse autour du banc pour se réhydrater. Dans le vestiaire, on met des essuies avec de l'eau froide, c'est très dur. Face à la Tunisie, il faisait chaud mais face au Panama à Sotchi, il faisait humide, t'as l'impression de courir avec trois-quatre kilos sur toi. C'est vraiment insupportable. Au niveau de ta morphologie, tu es plutôt élancé. Beaucoup moins volumineux qu'un Vertonghen ou Kompany. Ça ne te pose aucuns problèmes dans les duels. BOYATA : J'ai beaucoup changé, je n'étais pas comme ça avant. Sur les trois dernières années, j'ai perdu facilement quatre kilos. On parle beaucoup de la musculation dans le foot mais quand j'en faisais, mes mouvements changeaient, ce qui entraînait plus de blessures, j'étais aussi moins mobile. Chacun sa manière de voir les choses mais aujourd'hui, je me sens super bien. Dans les duels, j'y vais quoi. Ce n'est pas mon physique qui va me freiner. Lors d'un duel, tout est dans la tête. J'avais lu une interview de Raphaël Varane qui expliquait que tout était une question de mobilité. Je suis aussi très pote avec Eliaquim Mangala. À Manchester, on travaillait avec les mêmes kinés, les mêmes nutritionnistes. Lui aussi a perdu du poids alors que quand il est arrivé à City, lui et Vincent, on les appelait les catcheurs. Dans le foot actuel, on a tendance à trop pousser à la salle ? BOYATA : Surtout en Grande-Bretagne. Parmi les meilleurs défenseurs au monde, le plus costaud c'est peut-être Vincent (Kompany) et encore, lui aussi a perdu de la masse. Des joueurs comme Thiago Silva, Varane, Sergio Ramos, ce ne sont pas nécessairement des armoires à glace.