Il va falloir s'y habituer. Si Mons et Tubize descendent et si Mouscron n'arrive pas à dénicher les précieux fonds nécessaires à sa survie, il ne restera plus que deux clubs wallons perdus au milieu de quatorze cercles flamands. Pour découvrir le football du nord du pays, nous sommes partis dans les deux provinces les plus représentées au sein de notre élite : la Flandre occidentale et la Flandre orientale.
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Il va falloir s'y habituer. Si Mons et Tubize descendent et si Mouscron n'arrive pas à dénicher les précieux fonds nécessaires à sa survie, il ne restera plus que deux clubs wallons perdus au milieu de quatorze cercles flamands. Pour découvrir le football du nord du pays, nous sommes partis dans les deux provinces les plus représentées au sein de notre élite : la Flandre occidentale et la Flandre orientale. En Flandre occidentale, la crise n'a pas droit de cité. Dans ce coin reculé de la Belgique, l'argent coule à flot. Dans ce qu'on a communément nommé le Texas belge, le football suit le mouvement. Pas moins de cinq clubs se partagent un marché loin d'être saturé. Tous tentent de se forger une petite place, à l'ombre du géant brugeois. Car, le Club a pris une longueur d'avance. " C'est frappant de voir que tous les clubs de Flandre occidentale et une partie des clubs de Flandre orientale pointent parmi leurs desiderata à la commission du calendrier le fait de ne pas jouer à domicile en même temps que nous ", explique le manager général du Club, Filips Dhondt. " Cela montre notre impact. " " Le Club Bruges n'est pas un club de Flandre occidentale mais un club flamand tout court. Un peu plus de la moitié de ses abonnés provient de la région : le Club recrute le reste dans la Flandre entière ", ajoute l'économiste du sport, Trudo Dejonghe. Il y a deux ans, le Club Bruges avait été reconnu comme la marque la plus populaire en Flandre. Aujourd'hui, malgré des résultats décevants depuis 2005, le taux d'occupation du stade est de 95 % et une nouvelle enceinte est en route. Les autres clubs de la province vivent donc dans une autre galaxie. Il y a sept ans, la Flandre occidentale ne comptait encore que les seuls Blauw en Zwart en D1. Depuis lors, Zulte Waregem, Roulers, Courtrai et le Cercle ont rejoint le Club. " La Flandre occidentale compte beaucoup de villes régionales au fort potentiel d'attraction ", avance Dejonghe. " Cela permet de construire un projet fort autour du club de la ville mais le désavantage réside dans le fait qu'en dehors de leur site, le rayonnement est quasiment inexistant. Plus de 60 % des abonnés de Courtrai viennent de la ville même. Même remarque pour Roulers. " Dans l'ombre du Club, le Cercle a réussi la gageure de se donner une réelle identité. Alors qu'à l'époque de Branko Karacic, Jerko Tipuric et Josip Weber, le Cercle suscitait les railleries à cause du peu d'ambiance qui y régnait, la donne est tout autre aujourd'hui. " Nous avons essayé de construire un produit Cercle sur base de quatre piliers ", explique Yvan Vandamme, le directeur marketing. " Premièrement : une image brugeoise. Nous nous profilons comme l'équipe de Bruges, avec notamment la présence du logo de la ville sur notre maillot et une forte collaboration avec les instances communales. Deuxièmement : une attention toute particulière à la jeunesse. Dans le noyau A, sur les 26 joueurs, 12 viennent de nos équipes de jeunes. La collaboration avec la Brad Friedel Academy n'entre pas en contradiction. Au contraire, cela doit donner une nouvelle impulsion à notre formation. Troisièmement : un caractère familial, une atmosphère ludique et bienveillante et aucun problème de sécurité. Quatrièmement : une forte coopération avec le tissu socio-économique. Le Cercle a toujours constitué davantage qu'une équipe de première division. Ces dernières années, nous avons développé plusieurs projets sociaux et chaque joueur signe un contrat comprenant une clause qui stipule que tout joueur doit être disponible au moins deux heures par semaine pour des activités citoyennes. De nombreux sponsors s'associent plus facilement à nous grâce à cela. Je pense que ces différenciations nous permettent de survivre. C'est aussi simple que cela. " Dans le sud de la province, trois petits clubs, Roulers, Zulte Waregem et Courtrai, arrivés récemment en D1, tentent de se doter d'une image unique. " Ce sont trois mentalités différentes ", explique Dejonghe, " Une personne de Roulers ne va pas à Courtrai. Dans une D1 à 16 clubs, je m'attends à ce que la Flandre occidentale perde naturellement un de ses représentants. Si on tient compte de la logique économique, cela devrait être Roulers ou Courtrai, deux clubs qui naviguent dans les mêmes eaux et subissent la concurrence du Club. Si on se base sur l'histoire, ce sera Roulers qui n'a pas de vécu. De plus, la moyenne de spectateurs est en train de chuter. "Zulte Waregem a eu la chance de combiner son retour dans l'élite à des résultats immédiats. Pourtant, le club est arrivé à un palier. " Une moyenne de 6.700 spectateurs constitue un record historique pour Waregem ", affirme Vincent Mannaert, son manager général. " Pour grandir, nous devons attirer un nouveau public. La moyenne d'âge de nos spectateurs se situe entre 35 et 55 ans. Avec un stade multifonctionnel de 12.000 places assises, nous voulons séduire des plus jeunes et des familles. " Ce projet pourrait débuter en 2010. " Waregem est une petite ville mais constitue un club de tradition. Lorsqu'il évoluait en troisième division, on remarquait que personne de la région n'allait voir un club de D1 ", tempère Dejonghe. A Courtrai, on a tiré les mêmes conclusions. " L'option est de construire dans les quatre à cinq ans une nouvelle enceinte de 15.000 places ", affirme Patrick Turcq, le manager général. " Courtrai est une ville riche mais nous voulons continuer à recevoir un public populaire même si la classe moyenne afflue de plus en plus. " " Si Courtrai se sauve deux ans de suite, ce club pourrait connaître une forte croissance ", dit Dejonghe. " Même si son côté hautain, comparé aux autres villes du sud de la Flandre occidentale, lui posera toujours problème. "C'est le petit poucet de Flandre occidentale. Le club peut cependant compter sur une région fortement développée, comprenant de nombreuses grosses entreprises. " Nos sponsors sont tous des gens de la région ", analyse Antoine Van Eeckhout, le président de Roulers. " Cela donne une identité à notre équipe. Ils peuvent intervenir dans la politique de transferts. Ils ne nous utilisent pas seulement comme plateforme publicitaire, ils nous aident à nous construire. Si tu es fort dans ta propre région et si tu crées des attentes sur le plan sportif, cela devient plus facile pour vendre ton produit au niveau national. " Le miracle de la Flandre occidentale fait des émules : la Flandre orientale prend le train en marche. Certes, certains bastions forts ont dû baisser pavillon. Le Pays de Waes a ainsi le blues. La relégation de Beveren a privé cette région d'un derby de tradition. Il semble loin le temps où Beveren battait l'Inter Milan en quarts de finale (1-0) de la Coupe des Coupes. C'était en 1979. Il y a trente ans. Pour sauver le club de la faillite, Beveren est passé par la case ivoirienne. Aujourd'hui, il n'y a plus qu'un Africain dans l'équipe. " Notre image est en train de s'améliorer. On ne parle plus de FC Côte d'Ivoire ", lâche le président Dirk Verelst. " Nous avons une bonne école des jeunes et aujourd'hui, nous ne lâcherions plus un joueur comme Bjorn Vleminckx. " Petit à petit, Beveren retrouve de l'ambition en D2. Une nouvelle tribune est en voie d'érection et on ne parle plus d'une fusion en Pays de Waes. " En 2007-2008, nous avons frôlé la fusion entre Beveren, Waasland et Nieuwkerken ", explique le bourgmestre de Saint-Nicolas, Freddy Willockx. " Nous avions même échafaudé des plans de construction d'un nouveau stade près de la N70. Mais le bourgmestre de Beveren a paniqué ". Saint-Nicolas a tenté de trouver deux autres partenaires pour une fusion. En vain. Et avec Lokeren ? Pas la peine d'essayer... A Lokeren, on ne se dit pas Waeslandiens mais enfants de la Durme, la rivière de la ville. De plus, à Lokeren, grâce à la vente quasi annuelle de l'un ou l'autre joyau ( Jan Köller, Sambegou Bangoura et le dernier en date Moussa Maâzou), on n'a jamais eu de problème d'argent. " Le Pays de Waes est une région dans laquelle on peut faire quelque chose ", explique Dejonghe. " Mais Lokeren se trouve dans la mauvaise ville. L'Escaut forme une frontière et à cause d'elle, les gens de Termonde et de Hamme ne viennent pas à Lokeren. Des années 70 à maintenant, Lokeren et Beveren ont fonctionné en vases communicants. Quand le nombre de spectateurs grimpait dans un club, il baissait dans l'autre. La région est partagée entre les deux : une partie va à Beveren, l'autre à Lokeren. Quant à Saint-Nicolas, bien que ce soit une ville de 70.000 habitants, elle n'existe pas. " Ce n'est donc pas le Pays de Waes qui profite de l'élan mais bien Gand, qui s'institue comme figure centrale et commence à rivaliser avec Bruges. " Il y a une petite dizaine d'années, nous nous sommes dit qu'il fallait rapatrier les supporters gantois qui avaient filé sur Bruges ", explique le directeur commercial, Patrick Lips. " Mais on s'est rendu compte que cela avait peu de chances de réussir car un supporter de 30 ans change très peu souvent de club. Nous avons donc commencé à faire des actions auprès des enfants, en leur permettant de voir les matches gratuitement ou pour un euro. Des critiques émanèrent de nos abonnés mais aujourd'hui, la tribune enfants est pleine. Tous les nouveaux habitants de Gand reçoivent également deux tickets pour une rencontre. Nous avons abordé un nouveau public. La perception à l'intérieur et à l'extérieur du club a également changé. Le négativisme a disparu et cela est apparu avec Georges Leekens qui nous disait sans cesse que nous nous focalisions trop sur le Club Bruges en oubliant de développer notre propre identité. Avant, dans les écoles, je voyais des écharpes du Club, d'Anderlecht et parfois une de Gand. Désormais, je vois des écharpes de Gand et parfois l'une ou l'autre de Bruges ou d'Anderlecht. Cependant, on reste encore trop cantonné à la région gantoise. " On le sait à peine mais Dender est encore en Flandre orientale (et pas en Brabant flamand). Ici, on nage en pleine rivalité entre le club traditionnel qui ne fonctionne plus (Alost) et le club provincial qui a connu une ascension fulgurante et joue actuellement dans la cour des grands (Dender). Mais tout cela dans une ambiance permanente de fête populaire. Ce n'est pas la région du carnaval pour rien. " Ce qui est typique dans la région, c'est cette atmosphère festive ", explique Wim Redant, journaliste du Het Nieuwsblad, " Alost pouvait gagner ou perdre, peu importe. C'était la fête jusqu'à 4 h du mat'. Et on revit la même chose à Dender. " " A part Gand, la seule entité qui pourrait réussir quelque chose d'ambitieux, c'est Alost ", renchérit l'économiste du sport Trudo Dejonghe. " Mais avec une nouvelle direction alors ! Si Alost réussit, comme à Lokeren, à attirer 6 % de la population de sa ville, il y aura déjà 4.500 personnes au stade. Comme base, c'est pas mal. Ce club pourrait devenir un nouveau Malines. A Denderleeuw, près de 10 % de la ville va au football. C'est énorme ! Et c'est un désavantage pour Dender car ce club va avoir du mal à faire venir plus de monde de sa commune. " Or, comme en dehors, ils vont soit à Bruges, à Anderlecht ou à Alost, cela paraît un peu bouché... par raoul de groote, christian vanden abeele, et stéphane vande velde