Malgré les formidables succès récoltés sur le terrain au cours des eighties (finale de l'Europeo 80 et une quatrième place au Mundial 86, entre autres), l'Union Belge n'en menait pas large, au plan pécuniaire. Au moment de succéder à Albert Roosens comme secrétaire général de l'URBSFA, le 1er janvier 1987, Alain Courtois dut composer avec un trou d' 1,3 million d'euros en caisse.
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Malgré les formidables succès récoltés sur le terrain au cours des eighties (finale de l'Europeo 80 et une quatrième place au Mundial 86, entre autres), l'Union Belge n'en menait pas large, au plan pécuniaire. Au moment de succéder à Albert Roosens comme secrétaire général de l'URBSFA, le 1er janvier 1987, Alain Courtois dut composer avec un trou d' 1,3 million d'euros en caisse. Alain Courtois : Pour le combler, mon devancier eut dans l'idée de prélever une somme de cinq francs sur chaque droit d'entrée vendu sur les stades belges. De la sorte, 15 millions d'euros étaient susceptibles de grossir la trésorerie de la fédération. Il va sans dire que cette intention fut mal accueillie par la plupart des clubs, qui s'estimaient déjà suffisamment ponctionnés. Je songeai tout naturellement au parrainage, un terrain encore en friche. Seul le Crédit Communal soutenait les Diables Rouges, à raison de 125.000 euros par an. Comme le foot se joue à 11, j'ai proposé à ladite institution bancaire (devenue Dexia entre-temps) de devenir capitaine tout en s'entourant de 10 coéquipiers. Et nous sommes rapidement passés à 13 car chacun sait qu'une équipe type ne suffit pas pour forcer un bon résultat. Malgré des possibilités d'expansion nombreuses, cette fourchette a toujours été maintenue pour des raisons de visibilité évidentes. Puisqu'il s'agissait de l'équipe nationale, je voulais du belge tout en ayant soin d'éviter la concurrence de secteur. Il était exclu de solliciter une autre banque, évidemment. Mes tout premiers pas m'ont conduit vers Delhaize, jamais encore sollicité à des fins de sponsoring. Il se montra d'emblée enthousiaste et servit de locomotive. Il y avait Interbrew, Belgacom et la SNCB, notamment. Tous se lièrent avec nous pour une durée de quatre ans et pour un montant de 150.000 euros au départ, passé dans l'intervalle à 200.000 puis à 250.000 euros. Ce qui constitue un rapport exceptionnel quand on sait qu'il correspond à une campagne abribus pendant une semaine. Tous les contrats n'ont pas été reconduits depuis lors mais la relève n'a jamais suscité le moindre problème. A l'image d'Anderlecht, qui a toujours une liste d'attente pour ses loges et autres business seats. C'est une question à laquelle il est malaisé de répondre en ce sens que tout au long de mes quinze saisons, le football belge a connu une période de très haute conjoncture avec une présence ininterrompue dans les différentes phases finales de la Coupe du Monde. Et comme les contrats ont toujours été renégociés, de quatre ans en quatre ans, aux prémices de cet événement, nous étions toujours en position de force pour reconduire tous ces baux ou trouver une solution de remplacement pour celui ou ceux qui tenaient à décrocher. Si d'aventure les Diables Rouges ne se qualifient pas pour la prochaine Coupe du Monde en Allemagne, tout en ayant déjà dû faire l'impasse sur l'apothéose de l'EURO 2004, on verra si l'engouement est toujours le même... Personnellement, j'ai l'impression qu'il en sera toujours ainsi. Dans un pays aussi particulier que le nôtre, avec ses diverses régions et communautés linguistiques, l'équipe belge représente du pain bénit pour un sponsor, qui investira plus facilement ses sous dans cette vitrine-là, ouverte à la fois sur notre pays et le monde, que sur une scène beaucoup plus restreinte. Il y a des paramètres qui n'existaient pas lors de mon entrée en fonction et qui se sont ajoutés comme le droit d'image, pour ne citer que cet aspect. Il a non seulement entraîné une nouvelle donne dans les rapports entre la fédération et les joueurs mais a eu une incidence aussi sur les accords avec les sponsors. A cet égard, les premiers contrats que j'ai élaborés en étroite collaboration avec Jean-Paul Houben, en 1987, n'auraient plus aucune valeur aujourd'hui, tant ils comprenaient des failles juridiques. Le premier problème qui m'a été posé remonte à la fin des années 80. La marque de voitures qui nous parrainait, à ce moment-là, était Renault. Or, un des Diables Rouges, Filip De Smet, avait fait de la publicité, sous la vareuse nationale, pour un constructeur automobile japonais. Tout s'était finalement arrangé à l'amiable et l'affaire eut tôt fait d'être classée. Mais aujourd'hui, le même dénouement serait impensable. Après coup, j'ai veillé à ce que les labels Diable Rouge et Equipe nationale soient protégés. De la sorte, nous évitions l'ambush marketing, une technique qui viserait à tirer profit des Diables Rouges sans contrat. Par rapport aux contrats initiaux, rédigés sur une ou deux feuilles, tout au plus, il a fallu accroître le nombre de clauses. C'était une évolution, sans plus. Mais la révolution, nous l'avons vécue, au niveau des joueurs. Au départ, les discussions entre nous se limitaient aux primes de matches et de qualification. D'un côté de la table, il y avait le président Michel D'Hooghe, le trésorier Joseph S£ur, puis Germain Landsheere, le président de la Commission Technique, Karel Vertongen et moi-même et, de l'autre, le capitaine d'équipe, accompagné de deux ou trois autres joueurs. En général, en deux temps trois mouvements, tout était toujours réglé. A partir de 1994, tout a subitement changé. Pour la première fois, certains joueurs nous ont fait remarquer que la fédération faisait de l'argent sur leur dos. Et ils voulaient leur part du gâteau. En guise de cadeau d'anniversaire, ils m'offrirent d'ailleurs le 12 juin une raquette de tennis et un portefeuille. La raquette, c'était le symbole du sportif. Le portefeuille, celui du businessman (il rit). Depuis ce moment-là, des avocats, fiscalistes et autres conseillers se sont manifestés. Du coup, les primes n'eurent plus qu'une importance relative. Le plus important, c'étaient les retombées commerciales pour les internationaux. Et notamment la clé de répartition concernant le droit d'image. On s'est en définitive mis d'accord sur le principe suivant : dès que plus de sept joueurs étaient concernés par une action, il n'y avait pas de revendication personnelle possible. En revanche, quand ce chiffre n'était pas atteint, une individualisation s'imposait. Compte tenu de l'impact des Diables Rouges, ce critère ne m'a jamais gêné. Mais je trouve dommage qu'un joueur, qui fait cavalier seul pour tel ou tel produit ne se sente pas davantage sensibilisé lorsqu'un des partenaires financiers fait appel aux internationaux dans le cadre d'une opération de relations publiques ou commerciales. A ce niveau-là, la réponse a toujours été insignifiante. C'est regrettable. Permettez-moi de retirer deux papiers de mon portefeuille (il s'exécute et nous les montre). Le premier est le recommandé que j'ai adressé autrefois à l'Union Belge au moment de solliciter la place de secrétaire général. Le deuxième est un bout de serviette griffonné par Paul Van Himst. Au moment où chacun y allait de ses supputations quant à la liste des candidats pour la Coupe du Monde 94, je lui avais demandé lors d'un lunch s'il parvenait à garder la tête froide au milieu de toutes les suggestions de sélection qui lui étaient faites dans la presse et ailleurs. -Tu veux ma liste définitive, me demanda-t-il ? -La voilà. Et Paul se mit à coucher sur le papier 22 noms à la suite les uns des autres. A la fin du repas, tandis qu'il était allé saluer le patron, j'ai profité de sa courte absence pour arracher le morceau de serviette en question. Quelque temps plus tard, quand il divulgua les noms officiellement, c'étaient les mêmes... Il s'inscrit dans la lignée de la plupart de ses prédécesseurs, qui étaient des figures paternalistes aussi. Il sait faire passer un message, tant auprès de ses joueurs que du public, et est bien perçu au nord comme au sud. La fédération a eu la main heureuse avec lui aussi. Je persiste à croire que le jeune Walter Meeuws, exception à la règle, aurait été l'homme de la situation aussi s'il n'avait pas été pris en grippe par une certaine presse, qui lui reprochait à la fois son attitude hautaine ainsi que sa volonté de vouloir transformer l'attentisme à la belge en un jeu plus attrayant. Il n'avait peut-être pas tout à fait tort mais ses paroles se sont hélas retournées contre lui après un mièvre 1-1 contre le Luxembourg. Je crois qu'il a eu raison trop tôt car, par la suite, grâce peut-être à un potentiel offensif plus imposant encore, les Diables Rouges ont souvent séduit. Je pense à Belgique-Angleterre, au Mondiale 90, à Belgique-Hollande aux Etats-Unis ou encore à Belgique-Brésil en 2002. Ces rencontres ont contribué à notre notoriété même si notre cote n'est sans doute toujours pas exceptionnelle. Nous répondons peut-être toujours présents lors des grands rendez-vous mais il est frappant de constater qu'on nous réclame rarement comme sparring-partners. Le hasard a voulu que l'équipementier Nike ait négocié au même moment ses contrats avec la Hollande et nous, en prélude à l'EURO 2000. Même si c'était plus intéressant pour les Diables que du temps d'Adidas ou Diadora, les données de ce contrat étaient fort différentes, vu l'aura de l'équipe hollandaise, coutumière de coups d'éclat à chaque grand rendez-vous et composée de joueurs emblématiques. La Belgique n'a pas encore ce même attrait sur le plan international. Chez nous, les joueurs représentent quelque chose. Pour s'en convaincre, il suffit de se remémorer les 70.000 voix de préférence que Marc Wilmots a récoltées lors des dernières élections. L'équipe belge mobilise l'attention une demi-douzaine de fois par an ; le Sporting de façon continuelle, semaine après semaine. Il rallie aussi plus facilement les gens à sa cause que les Diables Rouges. Au Parc Astrid, les quatre cinquièmes des 25.000 spectateurs sont habillés aux couleurs mauve et blanc du club. Au stade Roi Baudouin, on est très loin du même phénomène d'identification. C'est pourquoi le merchandising, au niveau d'un club aussi emblématique que le Sporting, n'est pas comparable à celui, nettement plus anecdotique de l'équipe nationale. A l'EURO 2000, il a rapporté en tout et pour tout 500.000 euros. Des peanuts, pour une campagne pareille. Une fois par an, les Diables Rouges sont autorisés à se produire dans une autre enceinte que le stade Roi Baudouin. Dans ce cas précis, le déménagement arrange bien tout le monde puisque le Mémorial Ivo Van Damme est justement programmé la veille de l'entrée en matière des Diables lors des qualifications pour la Coupe du Monde 2006. Il n'empêche que je suis et reste favorable à un seul stade national. Comme Hampden Park à Glasgow ou le Stade de France à Paris. Car c'est LA vitrine du pays. J'ai cru comprendre que son exploitation coûterait 220.000 euros par an. C'est lourd à supporter pour une fédération ainsi que pour ses clubs qui alimentent tout de même allégrement sa trésorerie. Un centre national d'une certaine ampleur ne peut être rentable que s'il est destiné à d'autres fins qu'aux seules sélections nationales. Via l'exploitation d'une ou plusieurs structures hôtelières, par exemple. Mais Tubize fait-elle figure d'implantation idéale ? La question mérite d'être posée. Mais au-delà de cette interrogation, pareille réalisation est nécessaire. Si Anderlecht et le Standard élaborent actuellement des projets en ce sens, pour eux, l'équipe nationale se doit de le faire aussi : un centre national constitue lui aussi une vitrine. Le principal danger, c'est le système belge. Aucun pays n'a, sur le plan footballistique, une législation aussi souple que le nôtre. La preuve par Beveren qui, en Coupe de Belgique au Germinal Beerschot a joué avec dix Ivoiriens et un Letton. Je remarque aussi que durant l'actuel mercato, la plupart des clubs cherchent la solution à leurs problèmes hors frontières. Si des mesures protectionnistes ne sont pas prises, il n'y aura bientôt plus suffisamment de Belges pour constituer une équipe nationale valable parce que les postes clés seront occupés par des étrangers. C'est pourquoi je plaide en faveur de réformes. Il faut encourager la formation et l'épanouissement de nos jeunes. Et, par le biais d'une législation, faire en sorte que leur premier contrat professionnel profite à un club belge. Bruno Govers" Je suis pour un CENTRE D'ENTRAîNEMENT NATIONAL " " Le DANGER pour les Diables, c'est LE SYSTèME BELGE "