Le face à face avec Sébastien Dewaest se fait au moment où l'affaire Alejandro Pozuelo se décante définitivement. Le génial Espagnol filera bien au Canada, ça vient de se décider. Fin du soap. Dans le stade de Genk, on croise l'une ou l'autre mine groggy. Le costaud Dewaest n'a pas l'air perturbé. Mais s'il avait, lui aussi, reçu une offre impossible à refuser ?
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Le face à face avec Sébastien Dewaest se fait au moment où l'affaire Alejandro Pozuelo se décante définitivement. Le génial Espagnol filera bien au Canada, ça vient de se décider. Fin du soap. Dans le stade de Genk, on croise l'une ou l'autre mine groggy. Le costaud Dewaest n'a pas l'air perturbé. Mais s'il avait, lui aussi, reçu une offre impossible à refuser ? " N'importe quel club aurait pu venir, je reste. Je ne peux pas oublier que la direction m'a fait signer un nouveau contrat de quatre saisons il y a un an, quand je revenais d'une grosse blessure au genou, mes croisés avaient été démolis. Ça se respecte. J'ai senti une confiance énorme de la part du club. Et je sens une confiance énorme de la part du coach. Résultat, je suis occupé à faire la meilleure saison de ma carrière. " C'est beau, ce que tu dis là... mais quand il y a des millions à prendre ? SÉBASTIEN DEWAEST : Tout dépend de la mentalité que tu as, de tes priorités. Il y a des joueurs qui sautent sur la première occasion de se mettre à l'abri. Pour moi, l'argent n'est pas éternel. Le jour où je ne serai plus là, on ne dira pas que Dewaest a gagné autant. Mais on dira peut-être que Dewaest a été champion avec Genk. Tu sais que c'est un club qui ne sera pas champion chaque année. Autant jouer le coup à fond. Et si un club s'intéressait vraiment à moi avec une grosse offre aujourd'hui, il serait toujours intéressé dans six mois, à condition évidemment que je continue à jouer au même niveau. Le groupe n'est pas habitué à jouer et à gagner des trophées. C'est une grosse différence par rapport à Bruges par exemple. Tu n'as pas peur que ça vous coûte cher ? DEWAEST : Tu as raison, on a un noyau jeune, pas beaucoup d'expérience, il n'y a pas de gros CV ici. Mais je peux te dire que la motivation pour faire quelque chose de grand, elle est là. On croit en nous. Il y a moyen de réussir un truc. Mais là, c'est trop tôt pour en parler. Si on divise les points aujourd'hui, on n'a pas grand-chose comme avance sur les autres. Quelle équipe vous fait le plus peur ? DEWAEST : Si on regarde notre parcours depuis le début de la saison, on doit pouvoir se dire qu'on ne doit craindre personne parce qu'on a su être bons contre tout le monde ! Mais bon, Genk peut aussi être en difficulté contre n'importe qui, on l'a vu aussi. Et ça se passe quand on pense que tout va être facile. Ce sont des trucs qu'on doit bien comprendre pour ne pas les reproduire pendant les play-offs. Par exemple, on s'est fait piéger en fin de match contre Mouscron parce qu'ils avaient une meilleure mentalité que nous. Des claques pareilles, ça doit nous inspirer. Au match retour contre le Slavia Prague, vous avez tourné " Comment tout foutre en l'air en une heure "... DEWAEST : C'est fou parce qu'on avait tout en mains. On fait un bon nul là-bas, on mène chez nous, tout allait bien. C'est leur deuxième but qui a tout fait basculer. A ce moment-là, j'ai eu l'impression que le groupe se disait : Ce match, on va le perdre. L'adversaire était plus agressif, il mettait un plus gros pressing, on perdait beaucoup de deuxièmes ballons, on ne suivait plus dans le marquage. Ça ne nous ressemble pas. Ça m'a déçu de tout le monde, de moi aussi, parce que ce n'est pas dans nos habitudes. Il aurait fallu une réaction immédiate, on aurait dû se pousser les uns les autres, se réveiller. Ça aussi, c'est une leçon qu'on doit retenir pour les play-offs. On a appris énormément ce soir-là. On sait où est notre niveau quand on est à 100 %, on sait aussi où est notre niveau quand on n'y est pas. J'ai l'impression que tout le monde aime Genk cette saison. Vous avez un gros capital sympathie un peu partout. Parce que vous proposez le plus beau jeu ? DEWAEST : Bon, quand on va chez les adversaires directs, on se fait quand même bien siffler. A Anderlecht, à Bruges, au Standard, il n'y a pas que des pro-Genk dans les tribunes... Mais c'est vrai qu'ailleurs, ça se passe bien. On est même applaudis par moments. J'ai surtout été frappé par le comportement des supporters du Besiktas quand on a été gagner 2-4 là-bas. Ils étaient tous debout, ils nous applaudissaient, ils ont même fait une ola. Si ça c'est pas du respect pour le jeu qu'on produit... L'accueil particulier que tu reçois chaque fois que tu retournes à Charleroi, tu en penses quoi ? ... DEWAEST : Ça fait bientôt quatre ans que c'est comme ça, je vis avec. Tout ça parce que tu avais dit au moment de ton départ de Charleroi que tu partais dans un meilleur club ! DEWAEST : Si ça se passait aujourd'hui, je crois que je parlerais autrement. Mais j'étais beaucoup plus jeune... Avec le temps, tu t'améliores, tu comprends des choses. Heureusement. Si tu fais ta meilleure saison, c'est surtout parce que tu as perdu une dizaine de kilos pendant l'été ? DEWAEST : C'est une des explications. Après ma blessure aux croisés, j'ai pris conscience que je devais me relever, travailler deux fois plus et changer certaines choses, dont mon hygiène de vie. Je ne faisais pas n'importe quoi avant mais j'ai décidé de faire tout ce qui est le mieux. J'ai toujours su que j'avais quelques kilos en trop, idéalement. Je suis allé voir une diététicienne et j'ai changé beaucoup de choses. Je consommais trop de féculents, trop de viandes. J'ai remplacé par des produits bios et vegan, du poulet, beaucoup de poisson, des fruits, des légumes. Dès la première semaine, j'ai perdu plus de deux kilos. Ma femme avait du mal à perdre après sa grossesse, elle s'est mise au même régime et elle est redevenue comme avant... A côté de ça, j'ai bossé comme un malade pendant le mois de juin. On avait un programme d'entretien, on était censés faire du sport tous les deux ou trois jours. Moi, j'en faisais trois fois par jour. Je commençais par une heure de jogging à jeun, j'avais un coach sportif l'après-midi puis j'allais à la salle en fin de journée pour courir sur tapis, faire du gainage, de la muscu. Entre-temps, le staff me cite régulièrement en exemple quand un joueur du noyau a un petit coup de mou ou est en manque de confiance. Et je parle beaucoup aux joueurs, c'est un rôle qui me convient bien. Fin 2018, tu étais le troisième meilleur relanceur du championnat avec 95 % de passes réussies. On peut comprendre qu'un joueur de ton âge progresse physiquement, mais là, tu progresses aussi sur le plan technique. DEWAEST : Quand tu reçois de la confiance de ton coach et de ton club, quand tu es en pleine confiance, tout te semble plus simple. Je n'ai pas de pression. Peut-être que mon âge y est aussi pour quelque chose. Mon âge, mon vécu. Et puis il y a d'autres petits détails qui expliquent mon niveau et mes stats. On a un analyste vidéo qui fait un boulot extraordinaire. Après chaque match, on peut revoir toutes les actions individuelles. Je visionne mes actions défensives, offensives, les duels, les relances, tout est découpé. Là, on prépare le match à Charleroi, je vais rentrer chez moi avec une clé USB sur laquelle il y a une analyse de l'adversaire. Je vais étudier les actions des attaquants, des ailiers, les appels et tout ça. Ce sont des trucs que je faisais rarement ou pas du tout, avant. Et puis tout est tellement clair avec Philippe Clement. Sa mise en place, pendant la semaine, est toujours nickel. Quand le match commence, on a l'impression de tout savoir, c'est facile, on sait exactement ce qu'on doit faire. Pour moi, Clement est le meilleur entraîneur du championnat et le meilleur tacticien que j'ai côtoyé. Tu as même dit : " Si je deviens entraîneur, je veux être Philippe Clement " DEWAEST : Oui, mais maintenant, je ne pense pas... (Il rigole). Je ne crois pas que ça soit ma vocation. Je ne suis pas fait pour ça parce que je me connais. Je peux être fort impulsif, je dirais des choses qu'il ne faut pas dire, je serais trop dur avec les joueurs, je les casserais à certains moments. Pour faire ce boulot, il faut pouvoir contrôler ses émotions. Clement peut s'énerver mais il n'exagère pas, il choisit bien ses moments. Cette saison, il nous a bluffés une fois, à la mi-temps du match à l'Antwerp, on était menés 2-0. En rentrant au vestiaire, il a explosé, c'était la première fois que je le voyais s'énerver. Il a senti que le groupe avait besoin de prendre la fessée... Il a dit que tout le monde devait se réveiller, il m'a reproché de ne pas être là défensivement, de manquer d'agressivité, de jouer comme un enfant. Tout le monde a pris. On a été piqués dans notre orgueil. Et on a gagné 2-4. A ce moment-là, j'ai dit : Putain, le coach il a bien fait de s'énerver ! Toi, tu t'es bien énervé à l'entraînement en début de saison sur Dieumerci Ndongala. Tellement bien que le club t'a collé une amende. DEWAEST : Oui, ça a été vraiment loin, ça a pris une ampleur incontrôlable, il y a eu des mots, des coups. Mais le responsable, c'était moi, je n'aurais pas dû réagir comme je l'ai fait. Je n'ai pas donné un bon signal au groupe. Je me suis directement excusé au coach et à la direction. Ça, c'est le Sébastien Dewaest trop impulsif, celui qui n'arrive pas à maîtriser ses émotions ? DEWAEST : La saison démarre, tout le monde veut se montrer, prendre une place dans l'équipe. On jouait un match d'entraînement, on perdait, alors je suis devenu nerveux, parce que je ne sais pas perdre. C'est à cause de tout ça que ça s'est envenimé. Tu entretiens volontairement ton image de guerrier ? Le défenseur très tatoué et dur dans les duels... Tu te dis que ça peut effrayer les adversaires ? DEWAEST : Je ne fais pas des tatouages pour effrayer... (Il rigole). C'est mon style. Et c'est mon style de jeu. J'ai toujours été comme ça. Quand j'étais petit, je n'étais pas le plus grand... Peut-être pour compenser ça, j'étais hargneux, agressif. Ça n'a pas changé. Demande à n'importe qui ici... des fois ils me demandent de me calmer ! Dès qu'un match commence, ça peut être utile d'y aller fort, de mettre directement un tampon. A ce moment-là, l'attaquant peut se dire : Ouille, ça ne va pas être facile aujourd'hui, il va chaque fois me rentrer dedans. Je marque mon territoire. Il faut aussi jouer à l'intimidation, ça fait partie du jeu. Sur ton site, tu signales que tes sources d'inspiration sont Eric Cantona, Daniel Van Buyten et Philippe Mexès. Cantona, on peut comprendre, surtout qu'il a joué à Marseille, le club dont tu es dingue. Van Buyten et Mexès, c'est déjà moins évident. DEWAEST : Ce que j'aime chez Cantona, c'est son histoire à Marseille, mais aussi sa mentalité, sa façon de dire qu'il se fout de tout. C'est moi le plus fort ! Sa façon de marquer des buts, de bomber le torse, son petit col levé. Van Buyten, on m'en a parlé à Charleroi. Sa trajectoire, son succès, c'est le travail. Ça me ressemble. Comme lui, je n'ai jamais été le plus doué ou le plus beau à voir jouer. Et Mexès, c'était un jeune talent d'Auxerre quand j'ai commencé à m'intéresser au foot, je me suis dit qu'il allait être mon exemple. L'OM, Cantona, Mexès, ... Tu te considères plus belge ou plus français ? DEWAEST : Mon père est français mais je suis belge, ma mère est flamande, je suis né en Belgique, j'ai grandi dans la région de Mouscron, j'ai été international belge des U16 aux U20, j'ai fait l'EURO en U17 et en U19. Par contre, j'ai fait ma formation à Lille, c'était tout près. Puis j'y suis devenu interne. Je suis de la génération 91, donc je me suis retrouvé dans la même équipe que Gianni Bruno et Eden Hazard. A Luchin, j'ai aussi connu Junior Malanda, Kevin Mirallas, Dino Arslanagic, Divock Origi. J'entends encore mon père me dire à propos de Hazard : Si lui, il ne devient pas pro, personne ne le deviendra. Il nous faisait gagner des matches à lui seul. Quand il en avait envie... Quand il n'avait pas envie, voilà...