Pour un petit cours biblique, au Bosuil, prenez rendez-vous avec William Owusu. Lorsque le mot Dieu est prononcé, le Ghanéen devient intarissable. " C'est pendant votre vie sur terre que vous décidez si vous irez au ciel ou en enfer. Le jour de votre mort, c'est le jour du jugement. Mais, ce jour-là, il est déjà trop tard. "
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Pour un petit cours biblique, au Bosuil, prenez rendez-vous avec William Owusu. Lorsque le mot Dieu est prononcé, le Ghanéen devient intarissable. " C'est pendant votre vie sur terre que vous décidez si vous irez au ciel ou en enfer. Le jour de votre mort, c'est le jour du jugement. Mais, ce jour-là, il est déjà trop tard. " Owusu sait de quoi il parle. Durant sa carrière, il a souvent traversé l'enfer. Au figuré. Être appelé pour l'équipe nationale du Ghana, comme cela vient de se produire, c'eût été impensable il y a quelques années. Ses deux buts dans les play-offs contre le Beerschot-Wilrijk et les buts décisifs qu'il a inscrits depuis le début du championnat lui ont conféré un autre statut . " La relation avec les supporters de l'Antwerp a commencé par une fausse note ", se souvient William Owusu. " Durant ma première campagne ( 2014 - 2015, ndlr) j'ai inscrit 12 buts, mais la saison suivante, je n'en touchais plus une. Les supporters étaient frustrés et déçus depuis des années, et je ne pouvais pas leur apporter ce qu'ils attendaient de moi. D'une certaine manière, je pouvais comprendre qu'ils étaient fâchés. Ils auraient pu s'en prendre à n'importe qui, mais ils s'en sont pris à moi. " Alors que tu es l'exemple du joueur collectif et travailleur. Pourquoi t'ont-ils sifflé ? WILLIAM OWUSU : Je me le suis demandé aussi. Pourquoi moi en particulier ? Celui qui a la réponse peut me la donner. D'autres joueurs n'étaient pas meilleurs que moi. Parfois, j'aurais voulu me retrouver à une autre place. Finalement, tout s'est arrangé. Tu as dû émigrer à Roulers pour pouvoir rejouer en toute tranquillité. OWUSU : Cette période à Roulers fut un véritable soulagement. Toutes les conditions étaient réunies pour que je retrouve mon meilleur niveau. J'étais prêté, mais j'avais envie de rester plus longtemps. Johan Plancke et Franky Van der Elst ont essayé de me garder, mais je devais retourner à l'Antwerp. Pourquoi le transfert définitif à Roulers ne s'est-il pas concrétisé ? OWUSU : Avec Patrick Decuyper, le courant passait bien et je suis resté parce que Fred Vanderbiest m'avait promis que je recevrais ma chance. En préparation, j'ai tout joué, mais lors du premier match de la saison contre le Cercle Bruges, je ne figurais même pas dans la sélection des 18. Cette situation s'est prolongée un certain temps et j'ai commencé à compter les jours qui me séparaient de la fin de mon contrat. Mes collègues peuvent cependant témoigner : je n'ai jamais arrêté de m'entraîner très dur. Il ne faut pas donner aux autres le bâton pour vous battre. Plus tard, John Bico m'a donné une vraie chance. Mais, malheureusement, il n'était pas populaire auprès des supporters. Avec 7 buts en 17 matches, tu étais l'un des grands artisans du titre de l'Antwerp. Mais pendant l'été, des doutes sont réapparus à ton sujet. C'est un peu l'histoire de ta carrière ? OWUSU : Le contexte qui a suivi le titre était spécial. La nouvelle direction a apporté ses propres joueurs et on nous a dit que l'intention était de construire une équipe jeune. Il n'y avait plus de place pour nous, les joueurs qui avions contribué à la conquête du titre. J'avais anticipé et j'avais déjà des propositions des clubs turcs de Denizlispor et d'Elaz??spor. Mais László Bölöni était si content de moi qu'il a exigé que je reste. Malheureusement, une semaine avant la fin du mercato, on m'a annoncé que je pouvais plier bagage... Les clubs turcs ne m'avaient pas attendu. Tu as aussi flirté avec le Beerschot-Wilrijk. Passer chez le rival ancestral, cela n'aurait pas posé de problème ? OWUSU : Ce n'était pas moi l'initiateur. Le Beerschot-Wilrijk me voulait vraiment, selon l'entraîneur j'étais le joueur qui manquait à l'équipe. Financièrement, c'était intéressant aussi. J'ai soumis la proposition à Lucien D'Onofrio et il m'a promis de me trouver un club au Portugal où je pourrais gagner encore plus qu'au Beerschot-Wilrijk. Vous le devinez, cela n'a débouché sur rien, et à l'Antwerp, je suis devenu le quatrième attaquant après les arrivées d'Oulare, de Touré et d'Ardaiz. En février, tu avais prédit que ce serait ta dernière saison à l'Antwerp. Mais tu es toujours là. OWUSU : ( il acquiesce) Mon contrat arrivait à échéance et il y avait une option pour une saison supplémentaire. En janvier, j'ai eu une discussion avec la direction. Je n'ai pas senti de leur part une grande confiance en moi. Ils ont levé l'option unilatéralement. Aussi longtemps que je suis ici, je respecterai mon contrat et je ferai de mon mieux. Il y a dix ans, c'est le scout d'Anderlecht Albert Martens qui t'a découvert. Tu t'en souviens ? OWUSU : J'étais l'un des trois joueurs qu'Albert avait sélectionné, lors d'un tournoi au Ghana, pour passer un test à Anderlecht. À l'aéroport, le mal du pays m'a envahi. Je n'avais pas du tout envie de laisser ma famille derrière moi et d'aller vivre seul en Europe à 17 ans. J'ai commencé à m'entraîner avec les U18, jusqu'au jour où Frankie Vercauteren m'a appelé pour un match amical avec des garçons comme Mbo Mpenza et Mémé Tchité. Après trois mois, j'ai dû retourner au Ghana pour prolonger mon visa. Mais vous savez comment cela se passe en Afrique : il y a toujours des problèmes qui surgissent. Du temps précieux a été perdu, et à Anderlecht ils ont pensé que je n'avais plus envie de revenir. Un jour, un scout du Sporting Portugal a assisté à un entraînement de l'équipe nationale ghanéenne, auquel je participais. Il a pris des renseignements à mon sujet et on lui a expliqué que j'allais signer à Anderlecht. L'homme a hoché la tête. Je le prends avec moi au Portugal.Une semaine plus tard, j'étais dans l'avion pour Lisbonne. Mes papiers étaient finalement en ordre. J'avais un visa pour la zone Schengen. Délivré par l'ambassade de Belgique... Tu as quitté le Real Tamale United, un petit club du Ghana, pour rejoindre l'un des meilleurs centres de formation de la planète. Tu as découvert un autre monde au Sporting Portugal ? OWUSU : L'adaptation n'a pas été facile. Mon premier entraîneur ne parlait pas un mot d'anglais et il m'a aussi aligné à une autre position. Je suis passé de milieu offensif à attaquant. Avec le recul, je peux dire que j'y ai gagné au change. Lors d'un match amical, j'ai marqué deux buts contre les Réserves de Manchester United. Ole Gunnar Solskjær était alors le coach et il est venu vers moi après le match. Si tu n'as pas encore de contrat, tu es le bienvenu en Angleterre. Je l'ai remercié poliment. La saison suivante, je devais en principe intégrer l'équipe Première. Hélas, lors d'un match décisif pour le titre avec l'équipe B contre Benfica, je me suis blessé au genou. C'était la totale : les ligaments croisés, les ligaments latéraux, le ménisque... Le médecin qui m'a examiné m'a dit que, durant toute sa carrière, il n'avait encore vu que deux fois une blessure aussi horrible. J'ai passé neuf mois en revalidation, mais le club croyait tellement en moi que j'ai pu signer un contrat de quatre ans. À partir de là, tu as été prêté chaque année. Au Real Massama et à Gil Vicente au Portugal. Au Cercle Bruges et à Westerlo en Belgique. Un retour au Sporting Portugal n'était plus possible ? OWUSU : Le Sporting était toujours en crise. Soit il n'y avait pas de temps pour intégrer des jeunes. Soit il n'y avait pas d'argent. Après ma saison au Cercle, je pouvais signer à Hoffenheim. Le Sporting demandait environ un million d'euros et le club allemand était disposé à les verser. Mais j'ai reçu un coup de téléphone inquiétant du directeur sportif. Il avait été contacté par quatre managers, dont un Chypriote, qui prétendaient tous qu'ils collaboraient avec moi. Je ne connaissais pas ces gens, mais le deal avec Hoffenheim a capoté. J'étais prêt à exploser. Je me retrouvais sans club. Grâce à Jan Ceulemans, j'ai fini par trouver refuge à Westerlo. Selon Wikipedia, tu aurais aussi passé une saison au Corona Brasov, en Roumanie. OWUSU : Après ma deuxième saison à Westerlo, j'ai dû retourner au Sporting. Mon contrat de quatre ans se terminait cette saison-là et j'ai reçu une nouvelle proposition de cinq ans, que j'ai refusée. Je m'entraînais avec le Sporting B, mais je ne pouvais pas jouer de match. En janvier, j'ai été invité une deuxième fois pour une discussion. Ils avaient trouvé un accord avec le Corona Brasov et ils attendaient que je l'accepte. J'ai lu le contrat et j'ai découvert qu'une clause avait été insérée, en toutes petites lettres : si je signais le contrat de location, mon contrat aurait été automatiquement prolongé de trois ans... Cela ne me plaisait pas. L'avocat du club a essayé de me menacer. Si je continuais à refuser, je m'exposais à de graves problèmes. À Brasov, on m'attendait, mais je n'ai jamais posé un pied en Roumanie. Je n'ai joué aucun match officiel cette saison-là et je n'ai pas été payé pour les six derniers mois. Je ne demandais qu'une chose : être libéré de mon contrat. Je n'ai donc pas porté plainte. On associe souvent l'Antwerp à un football de combat. Tu comprends ces critiques ? OWUSU : La saison dernière, l'accent était mis exclusivement sur la défense. Il fallait garder le zéro. Cela a un peu changé cette saison, nous jouons un football plus offensif. Contre Courtrai et Saint-Trond, ce n'était pas mauvais. Bölöni attend de ses joueurs d'entrejeu qu'ils montent fréquemment et essaient de faire la différence. Mais il ne faut pas négliger ses tâches défensives pour autant. Défendre en bloc, exercer un pressing... Je pense que notre équipe est celle qui court le plus. Nous avons à peine le temps de reprendre notre respiration. Depuis le retour en D1, l'Antwerp n'a remporté que 7 matches à domicile sur 28. Tu as une explication ? OWUSU : La saison dernière, si nous avions remporté la moitié de nos matches à domicile, nous aurions participé aux play-offs 1... Je pense que nous sommes sous pression au Bosuil. L'ambiance pèse sur les joueurs. Personne ne veut être tenu pour responsable d'une perte de points. En déplacement, nous sommes plus relax, nous ne ressentons pas la pression des 10.000 supporters fanatiques. Le déplacement à Anderlecht ne devrait donc pas poser de problème ? OWUSU : Je n'oublierai jamais tout ce que la maman d'Oleg Iachtchouk a fait pour moi. Elle était ma deuxième mère. C'est d'ailleurs Anderlecht qui m'a offert mes premières chaussures de football. Le Sporting Portugal a lancé ma carrière, mais je serai éternellement reconnaissant au Sporting bruxellois de m'avoir fait venir en Europe.