Cela peut surprendre. Un hommage unanime à un footballeur qui prend sa retraite et qui a toujours vécu dans l'ombre de meilleurs que lui. Un footballeur qui ne suscitera jamais autant d'éloges que les arabesques de Ryan Giggs ou de David Beckham, les improvisations et les frasques d' Eric Cantona ou de George Best. Et pourtant, l'hommage fut unanime. " Le meilleur arrière droit depuis la création de la Premier League ", lança Alan Hansen, ancien défenseur de Liverpool, rival honni de Manchester United, et aujourd'hui consultant vedette pour la BBC.
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Cela peut surprendre. Un hommage unanime à un footballeur qui prend sa retraite et qui a toujours vécu dans l'ombre de meilleurs que lui. Un footballeur qui ne suscitera jamais autant d'éloges que les arabesques de Ryan Giggs ou de David Beckham, les improvisations et les frasques d' Eric Cantona ou de George Best. Et pourtant, l'hommage fut unanime. " Le meilleur arrière droit depuis la création de la Premier League ", lança Alan Hansen, ancien défenseur de Liverpool, rival honni de Manchester United, et aujourd'hui consultant vedette pour la BBC. On croyait l'avoir oublié, lui qui fut perturbé par des blessures ces trois dernières saisons et qui dut passer le témoin à plus jeune que lui ( Wes Brown d'abord, Rafaël ensuite) mais Gary Neville nous a rappelé qu'il était toujours actif en annonçant la semaine passée qu'il prenait sa retraite. Neville aura marqué son époque et son poste (arrière droit) malgré son manque de technique et de physique. Son époque d'abord : lui dont le talent aurait dû le cantonner dans l'ombre s'est érigé en porte-parole de cette génération qui rafla tous les titres avec Manchester United. Il a même mené la fronde lorsque son coéquipier Rio Ferdinand fut exclu, en 2004, de la sélection pour avoir manqué un test anti-dopage, menaçant la Fédération d'une grève. " Cela ne m'étonne pas que Gary soit aux commandes de cette fronde ", avait déclaré le directeur exécutif de la FA, David Davies, " Gary est un leader qui protège son vestiaire. " Neville était respecté dans le noyau de MU plus que tout autre joueur. A son époque de gloire (1998-2005), c'est lui qui dictait le rythme du vestiaire et qui négociait les primes. Son poste, ensuite. Lui, le frêle esquif comparé aux autres monstres de la défense (que ce soient les Gary Pallister, Steve Bruce, Jaap Stam, Rio Ferdinand ou Nemanja Vidic), savait s'accrocher aux basques de ses adversaires comme personne, comme un chien affamé qui faisait des dribbles de ses ennemis sa pâtée quotidienne. Arrivé en 1992, en même temps que Giggs, Beckham, Scholes et Nicky Butt (ce qu'on appela la fameuse génération 1992), il connut ses heures de gloire lorsqu'il forma, avec Beckham, un flanc droit particulièrement performant. " Je dois aux centres de ces deux joueurs la plupart de mes buts de la tête ", avoua Teddy Sheringham. Mais Neville était respecté aussi à l'extérieur. Robert Pires, une semaine avant l'annonce de Neville, avait affirmé, la veille d'un déplacement d'Aston Villa à United " J'attends de pied ferme Gary Neville et j'espère qu'il sera aligné car il s'agit sans doute du joueur qui m'a fait le plus de misère dans ma carrière. " Mais plus qu'un long discours, ses statistiques et son palmarès parlent pour lui : 85 sélections pour l'équipe d'Angleterre, plus de 600 matches en Premier League, 8 titres de champion d'Angleterre (on pourrait rajouter ceux de 1993 et 1994 mais il n'a disputé qu'un match ces saisons-là), deux Ligue des Champions, trois FA Cup. Un palmarès de star. Mais avant tout, Gary Neville représentait Manchester United jusque dans ses veines. Ferguson jusqu'au mimétisme et à la provocation. " Il a toujours suivi la philosophie de Sir Alex ", dit Phil McNulty, chef sport de la BBC. " A savoir : Manchester contre le reste du monde et aucune pitié pour les rivaux. " Car, à force d'aimer son maillot rouge et noir, Neville haïssait les autres clubs. Et en particulier Liverpool et Manchester City. En 2006, il n'hésita pas à provoquer les fans de Liverpool suite au but victorieux de Ferdinand. Malgré les 50.000 livres d'amende, il n'en démordit pas : " Je crois qu'il s'agit d'une pauvre décision. Pas seulement pour moi mais pour tous les footballeurs. Etre des robots, nier la passion et l'esprit, voilà comment on veut que deviennent les footballeurs modernes. " Quelques années plus tôt, il avait déjà mis le feu aux poudres en déclarant : " Je ne peux pas encadrer Liverpool, je ne peux pas encadrer les gens de Liverpool, je ne peux rien encadrer de ce qui a un rapport avec eux. "Rebelote contre Manchester City la saison passée, lorsqu'il chambra le public de City lors du but victorieux de Michaël Owen (4-3). " J'ai davantage de respect pour Liverpool qui a une histoire et qui a remporté des titres. En revanche, je n'aime pas les clubs récents qui viennent sur le devant de la scène grâce à l'argent qu'ils ont dépensé. Maintenant, je hais plus Manchester City que Liverpool. " Neville, footballeur intelligent plus que génial, a connu une fin de carrière qui ressemble à son caractère. A l'arraché comme le prouve cette force pour revenir de blessure après une saison blanche (2007-2008) alors qu'il avait déjà 34 ans. Mais aussi réaliste comme le démontre sa décision d'arrêter les frais. A 36 ans, sa science du placement et son intelligence de jeu ne suffisaient plus et à Stoke ou contre West Bromwich Albion, il fut à chaque fois, à deux doigts de l'exclusion PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTO: REPORTERS Réaliste, il a vu que sa science du placement et son intelligence de jeu ne suffisaient plus : il a préféré arrêter.