En prononçant Gaille pour la rime ! Mais Guy Luzon me manque déjà. Enfin, pas tout Luzon : seulement un morceau. Non, deux morceaux : ses deux bras ! Surtout ses deux mains pleines de doigts. Ou précisément, ses poignets : flexibles, en mouvement, musicaux, onctueux, électriques, chorégraphiques, éblouissants... On appelait jadis Johan Cruijffle sémaphore, agaçant parfois, tant son index tendu au bout d'un bras tendu indiquait à ses équipiers - devrais-je dire ses vassaux ? - la voie qu'il fallait suivre. Le mouvement était impérial, il faisait même parfois führer, ce n'était pourtant que de la gnognotte gestuelle : Luzon, lui, a élevé au niveau de l'Art l'activité sémaphorique des bras, dans le monde de la balle au pied. Oserais-je formuler que nous sommes désormais veufs de ses poignets ?...
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En prononçant Gaille pour la rime ! Mais Guy Luzon me manque déjà. Enfin, pas tout Luzon : seulement un morceau. Non, deux morceaux : ses deux bras ! Surtout ses deux mains pleines de doigts. Ou précisément, ses poignets : flexibles, en mouvement, musicaux, onctueux, électriques, chorégraphiques, éblouissants... On appelait jadis Johan Cruijffle sémaphore, agaçant parfois, tant son index tendu au bout d'un bras tendu indiquait à ses équipiers - devrais-je dire ses vassaux ? - la voie qu'il fallait suivre. Le mouvement était impérial, il faisait même parfois führer, ce n'était pourtant que de la gnognotte gestuelle : Luzon, lui, a élevé au niveau de l'Art l'activité sémaphorique des bras, dans le monde de la balle au pied. Oserais-je formuler que nous sommes désormais veufs de ses poignets ?... Les poignets sont les chevilles des bras, tout Sclessin sait ça. Mais Sclessin s'est-il rendu compte que, si les joueurs du Standard avaient eu dans les chevilles la souplesse, la créativité, disons même le génie, que Luzon avait dans les poignets, la balle aurait troué plus souvent les filets ? Jamais on ne vit coach rouche parlant autant des mains (et aussi peu français). Dans un sport avec tant de temps morts, ce mec était une mine d'or pour la TV, un spectacle dans le spectacle, justifiant à lui seul la présence de moult caméras : quand le jeu t'emmerde et que la télé te fourgue pour changer le gros plan d'un coach amorphe s'emmerdant tout autant (même s'il simule des pensées profondes), tu t'emmerdes encore davantage. Pas avec Luzon ! Evidemment que j'ignore s'il était efficace, si les joueurs pigeaient ou même s'ils le voyaient ! Mais je m'en foutais, moi je regardais. Je laissais le foot un instant, c'était de l'Art pour l'Art : virevolte des bras, rotations de poignets, doigts qui s'écartaient, pianotaient, se dressaient, arabesques de top-dactylo, changements de vitesse brachiale ; mimiques tragiques avec des yeux noirs comme jais et des cheveux aussi, avec des dents blanches comme neige et une chemise souvent ; parfois les membres inférieurs qui s'accroupissaient, esquissaient quelque entrechat pour accompagner la transe... Ersatz de Nijinski pour dug-out, j'ai ri, j'ai adoré ! Dans un monde où le limogeage est monnaie courante, ce gars était une polémique en mouvement, il DEVAIT finir viré après avoir frôlé l'exploit : s'il avait fait deux saisons complètes avant de ne pas être prolongé, c'eût été comme s'il était mort peinard dans son lit. Impossible. Suffisait de le regarder pour savoir que l'homme avait un destin : Israélien allumé pour tragédie grecque ! Il demeurera dans la galerie des coaches rouches de légende, inoubliable quoique sans palmarès. Fallait le faire, chapeau, rideau. Et voilà qu'une fois Luzon chassé, les Rouches ont aligné quatre performances... de type Luzon 2013/14 à la même époque : un collectif sans stars, pas vraiment du brio, une défense impassable, de la tournante et un p'tit but par-ci par-là... ce serait d'ailleurs rigolo si ça se poursuivait demain à Séville ! Mais le coup de sang préalable d'une poignée de supporters friands de dramatisation n'a été pour rien dans cette amélioration : Ivan Vukomanovic a continué le boulot, plus discret pour marquer le coup, et avec un ballon re-roulant (pour l'instant) dans le bon sens, comme l'an dernier ! Moi, je garderais l'Ivan. Un nouveau "nom" sera de toute façon moins marrant que Luzon, il coûtera plus cher que Vuko, et ceci sans AUCUNE garantie de réussite supérieure : trop de tournantes donnent le tournis, ça vaut pour les coaches aussi ! Vukomanovic n'a pas la licence UEFA ad hoc ? On s'en fiche, faut juste une entourloupe : un prête-nom ça se trouve, Zizou en a bien dégotté un pour coacher la réserve du Réal ! Autant l'obligation de diplôme d'entraîneur est judicieuse pour former des gamins, autant elle est ridicule dans le monde du foot pro, où tu peux te faire virer bardé de diplômes, aussi bien que tu peux coacher malin sans diplôme aucun ! D'ailleurs, si vraiment un diplôme est nécessaire aux coaches pour coacher, qu'attend-on pour aussi l'imposer aux joueurs pour jouer ? Imaginez Lio Messi suçant son crayon, puis privé de foot parce que pété à l'examen tactique ! Ça serait comique. " Jamais on n'a vu un coach rouche parlant autant des mains et aussi peu français. "