C'est l'histoire d'un Nigérian, d'un Norvégien et d'un Canadien qui concoctent un but illicite (*) pour un club anglais vénérable. Blackburn Rovers a été créé en 1875 et disputa la première édition de ce qui ne s'appelait pas encore la Premier League en 1888 ! Sans oublier un dernier titre pas plus tard qu'en 1995 (remember Kenny Dalglish au coaching et Alan Shearer au bombardement) !
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C'est l'histoire d'un Nigérian, d'un Norvégien et d'un Canadien qui concoctent un but illicite (*) pour un club anglais vénérable. Blackburn Rovers a été créé en 1875 et disputa la première édition de ce qui ne s'appelait pas encore la Premier League en 1888 ! Sans oublier un dernier titre pas plus tard qu'en 1995 (remember Kenny Dalglish au coaching et Alan Shearer au bombardement) ! Voici dix jours, Blackburn est mené 2-1 à Wigan dans un duel de mal classés et obtient un corner sur la gauche. Aiyegbeni Yakubu place le ballon dans l'arc de cercle et s'apprête à botter, quand vient vers lui son pote Morten Gamst Pedersen. Yakubu quitte le point de corner en passant juste à côté du ballon et on se dit que Pedersen va finalement botter : au lieu de quoi, il part en conduite de balle le long de la ligne de but, arrive au grand rectangle, centre.... et son pote Junior Hoilett finit par placer un heading au fond ! But validé, buzz sur internet évidemment, et polémiques invitant à huit papotages. -Un : le but eût été valable si Yakubu avait, fût-ce un rien, touché ce ballon avant l'arrivée de Pedersen. L'actuelle Loi 14 dit que le ballon est en jeu dès qu'il a bougé, même s'il n'est pas sorti de l'arc de cercle : finie l'époque où un ballon n'était en jeu qu'après avoir parcouru une distance égale à sa circonférence, faut le rappeler aux vieux footeux non recyclés ! -Deux : m'est avis qu'il n'y a pas eu triche préméditée, c'était trop gros pour l'oser. Yakubu a cru qu'il devait laisser le botté à Pedersen, Pedersen a cru que Yakubu l'avait frôlé : c'est le genre de ruse tentée à l'entraînement, et qu'on rêve d'un jour effectuer en match... -Trois : ne nous berçons pas d'illusions, cette erreur arbitrale n'apportera nulle eau au moulin des partisans de la vidéo. Car j'imagine d'ici Michel Platini rétorquer que la fédé anglaise aurait dû placer là, comme en UEFA, un assistant supplémentaire derrière la ligne de but, lequel aurait évidemment repéré l'irrégularité... -Quatre : le match est-il susceptible d'être rejoué ? Oui et non. Oui si le referee est un gros ignorant, assez benêt pour dire qu'il croyait que le règlement autorise un départ direct balle au pied lors d'un coup de coin : ce serait alors une erreur d'arbitrage plutôt que d'interprétation, comme nous l'explique souvent Marcel Latribune. Mais non, parce que le ref n'est ni con ni suicidaire, et prétendra à coup sûr avoir mal interprété parce que mal vu, ayant cru que Yakubu avait touchoté le cuir... -Cinq : la phase est comique, l'Histoire serait-elle un éternel recommencement ? Faut savoir que le corner est apparu aux alentours de 1870... mais que l'obligation de le botter date seulement de 1913 : jusqu'alors, le départ direct balle au pied était parfaitement légal ! Ce qui incite à dire que le corner à la rémoise est en quelque sorte une survivance du passé ! -Six : rappelons que le Board a toujours souligné l'absence de hors-jeu sur coup de coin : forcément, direz-vous, le corner est quasi fatalement une passe en retrait ! Mais tout est dans le quasi : car l'arc de cercle du coin doit avoir 1m de rayon (m'étonnerait qu'il l'ait partout), ce qui rend théoriquement possible un botté vers l'avant ! -Sept : ce n'est que depuis 1927 qu'on peut marquer directement sur coup de coin, mais seulement contre l'équipe adverse ( texto) ! Sacré Board qui prévoit tout, même l'auto-but sur corner via frappe directe d'une centaine de mètres... -Huit : anecdote ardennaise pour conclure. Simuler pareil changement de botteur de manière à ce que le second puisse filer au but en toute légalité, c'est un truc inattendu et rigolo que Tof et Pat, dans mon club de P2 voici trois ans, essayaient une fois par match à une condition : avoir pu au préalable, évidemment à l'insu de l'adversaire, informer l'arbitre de leur génial projet ! Sans ça, tenter la chose eût été synonyme de boxon garanti, il y eut même une fois début de boxon alors que l'arbitre avait pourtant paru piger l'info ! Vous allez me demander si on a réussi à planter au moins un but ? La réponse est non. (*) http://www.youtube.com/watch?v=pvue1xhg1-M PAR BERNARD JEUNEJEANSacré Board qui prévoit même l'auto-but sur corner via frappe directe d'une centaine de mètres...