C'est dans son padel-club à Bruges que nous rencontrons Tom De Sutter (31 ans). Il y a quatre ans, il a découvert ce sport de raquettes lors de ses vacances à Majorque. " J'essaie de faire acte de présence une fois par semaine, le lundi ", dit-il. " Cela me permet de vérifier que tout fonctionne bien et de voir ce qu'il y a encore moyen d'améliorer. Mes associés savent toutefois que le football garde ma priorité. "
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C'est dans son padel-club à Bruges que nous rencontrons Tom De Sutter (31 ans). Il y a quatre ans, il a découvert ce sport de raquettes lors de ses vacances à Majorque. " J'essaie de faire acte de présence une fois par semaine, le lundi ", dit-il. " Cela me permet de vérifier que tout fonctionne bien et de voir ce qu'il y a encore moyen d'améliorer. Mes associés savent toutefois que le football garde ma priorité. " TOM DE SUTTER : C'est vrai, mais ce fut malgré tout une année très intéressante. Sur le plan familial, c'était une chouette expérience. La communication avec le monde extérieur était compliquée, car peu de gens parlent l'anglais là-bas. Nous étions donc un peu livrés à nous-mêmes, nous vivions quasiment en vase clos et ce n'était pas toujours facile. Mais la vie était agréable et nous avons pu faire beaucoup d'activités avec les enfants. Nous nous sommes aussi souvent baladés dans les montagnes environnantes et à la côte. Il faut savoir, aussi, que l'année d'avant, j'avais été très peu à la maison, tant le programme du Club Bruges était chargé. J'avais aussi dû m'occuper du lancement du padel-club. Mon fils avait trois mois et je ne l'ai pas vu grandir. En Turquie, nous avons pris conscience que nous vivions à 150 à l'heure. Là-bas, nous ne vivions qu'à 70 à l'heure. Mon séjour dans ce pays m'a donné le temps de réfléchir et de prendre conscience que je devais aussi réserver du temps pour la famille. DE SUTTER : C'est une culture footballistique assez spéciale. Je le savais avant de partir. Je n'ai jamais eu l'impression que je recevrais ma chance. C'est tout de même curieux, alors que j'avais été présenté avec beaucoup de tra-la-la et que j'étais considéré comme un joueur important. Je n'ai joué qu'un match complet, trois jours après mon arrivée. Lors du deuxième match, j'ai été remplacé après une heure de jeu. Après cela, je ne suis quasiment plus réapparu. Mon concurrent s'est mis à bien jouer, je dois le reconnaître, mais cela n'a duré que deux mois. J'ai encore été aligné lors de deux matches de coupe, et j'ai marqué deux fois, mais cela n'a rien changé à mon statut. A mon avis, c'est dû au fait que le club était confronté à des problèmes financiers et que j'avais mis un avocat sur les rangs pour percevoir mon argent. Cela n'a sans doute pas plaidé en ma faveur. Même si j'ai fini par récupérer mes billes. Ce qui me fait dire que Bursaspor, c'était la bourse mais sans le sport. DE SUTTER : Pas toujours. En juillet, alors que j'étais retourné là-bas pour régler mon déménagement, j'ai tout de même eu beaucoup de chance : je venais de quitter Istanbul lorsqu'il y a eu la tentative de coup d'Etat et que l'aéroport a été fermé. En avril, il y avait déjà eu un attentat à Bursa, une femme s'étant fait exploser à la principale mosquée de la ville. Il y a eu quelques dégâts, mais pas d'autre victime. Il n'empêche que ça donne à réfléchir car mon épouse et moi passions de temps à autre par cet endroit. Mais pour le reste, nous avons pu vivre normalement. DE SUTTER : Oui, mais je suis quand même heureux de ne plus devoir y vivre, car je crains que ce soit un peu le chaos pour l'instant et que celui-ci perdurera encore un certain temps. DE SUTTER : Parce que c'est la proposition la plus concrète que j'ai reçue. Et parce que c'est un club sympathique qui affiche tout de même une certaine ambition. Et, enfin, parce que j'ai pu conclure un bon accord avec Bursaspor, qui m'a permis de conserver une partie de mon salaire. DE SUTTER : La saison dernière, j'ai parfois regretté d'avoir quitté le Club et d'avoir loupé le titre. Mais je sais pourquoi je suis parti en Turquie : parce que je voulais vivre une expérience à l'étranger et que je pouvais gagner beaucoup d'argent. Donc, mes regrets ont été rapidement dissipés. DE SUTTER : Lorsqu'on a 31 ans, on réfléchit quand même d'une autre manière. A fortiori quand on est attaquant. La longévité, à ce poste, est moins grande que pour un médian ou un défenseur. Je sais aussi que, lorsqu'on part en Turquie à cet âge-là, on ne doit plus espérer un appel de Bruges, d'Anderlecht ou du Standard au retour. Ces clubs-là recherchent des attaquants plus jeunes, qu'ils peuvent encore revendre plus tard. J'ai joué pour l'équipe nationale, j'ai été trois fois champion, j'ai remporté une Coupe de Belgique, j'ai joué les quarts de finale de l'Europa League et la phase de poules de la Ligue des Champions : je peux être fier de ma carrière. En optant pour Bursaspor, je me suis dit que je ne pouvais pas laisser l'occasion de gagner autant d'argent. Je ne peux rien me reprocher et je ne suis pas jaloux du palmarès des autres. DE SUTTER : Je l'espère aussi. Je n'ai pas de boule de cristal et je suis dépendant des centres qui me seront adressés. Je ne suis pas du genre Hamdi Harbaoui, capable d'inscrire 25 buts par saison. Je joue à ma manière, et je pense que Georges Leekens connaît mes qualités et sait comment m'utiliser. Je ferai de mon mieux pour rendre à Lokeren ce qu'il m'a apporté, comme je l'ai toujours fait dans mes clubs précédents. PAR CHRISTIAN VANDENABEELE - PHOTO KOEN BAUTERS" J'aurais pu signer à Charlton, mais je ne pouvais pas laisser passer l'occasion de gagner autant d'argent qu'à Bursaspor. " - TOM DE SUTTER