En 2002, le RWDM était en faillite et Strombeek cherchait désespérément de nouvelles infrastructures. Johan Vermeersch unit leurs destinées pour en faire le FC Molenbeek Brussels, pride of Brussels. Jamais avare d'expressions fortes, le président voulait faire de cette nouvelle entité le club des vrais Bruxellois. L'objectif était de jouer, en 2010, avec 10 joueurs du cru. Dès 2008, il devrait occuper la colonne de gauche et les grands clubs devraient se déplacer au Stade Edmond Machtens avec la peur au ventre.
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En 2002, le RWDM était en faillite et Strombeek cherchait désespérément de nouvelles infrastructures. Johan Vermeersch unit leurs destinées pour en faire le FC Molenbeek Brussels, pride of Brussels. Jamais avare d'expressions fortes, le président voulait faire de cette nouvelle entité le club des vrais Bruxellois. L'objectif était de jouer, en 2010, avec 10 joueurs du cru. Dès 2008, il devrait occuper la colonne de gauche et les grands clubs devraient se déplacer au Stade Edmond Machtens avec la peur au ventre. Le Brussels entame sa quatrième saison en D1. Au terme des trois derniers championnats, le matricule 1936 a terminé respectivement quinzième, dixième et treizième. Sa moyenne de spectateurs tourne autour des 4.500 et, la saison dernière, il n'a battu qu'un seul grand : Genk, lors de la journée de clôture. C'est insuffisant pour parler de réussite. Vermeerch n'avait-il pourtant pas déclaré qu'il ne se contenterait pas de participer et qu'il voulait voir des progrès ? Financièrement, le Brussels ne se porte pas trop mal : le budget a été augmenté de 20 %, aucun grand sponsor n'est parti et deux sont arrivés : Crefibel et Tönisteiner. De 50 investisseurs au départ, il en est aujourd'hui à 150. Et il peut encore faire mieux. " J'ai travaillé à Mouscron, une région qui comptait 450 entreprises ", dit le manager, GinoGylain. " A Bruxelles, il y en a 20.000. Commercialement, il y a donc moyen de faire quelque chose et on remarque qu'avec un bon projet, les entreprises accrochent. Mais nous devons produire plus de spectacle pour attirer le public. Je connais des clubs de D2 qui s'attaquent d'abord aux problèmes structurels avant le sportif. Vermeersch a fait l'inverse : nous nous sommes maintenus en D1 pendant trois ans et nous allons maintenant résoudre les problèmes structurels ". C'est ainsi que le FC Brussels a monté sa chaîne de télévision sur internet (www.brusselstv.com), que la cellule commerciale se compose désormais de trois personnes, qu'on s'attaque au catering (150 VIP, 650 places pour des dîners d'affaires dont 450 sont occupées lors de chaque match à domicile) et que le stade accueillera cette saison plusieurs événements, comme le match des pilotes de F1 en septembre. " Toute la section commerciale est déjà vendue et c'est aussi une façon d'attirer des clients ", affirme Gylain. Et c'est nécessaire car un stade de 15.000 places qui n'est même pas rempli au tiers manque d'ambiance. D'autant que beaucoup sont invités. Le Brussels est donc l'un des clubs de D1 qui attirent le moins de spectateurs payants. C'est triste pour un marché potentiel d'un million et demi d'habitants, d'autant que le RWDM possède tout de même un riche passé. Aujourd'hui, même la fanfare a déserté le stade. Vermeersch veut que son club soit celui de tous ceux qui " vivent et travaillent en région bruxelloise " mais ces gens viennent-ils au football ? Bien sûr, Anderlecht fait le plein à chaque match mais seuls 10 % de ses supporters viennent de la capitale. " Il n'y a pas de club bruxellois ", dit Trudo Dejonghe, professeur de sport et d'économie à la haute école Lessius. " Ni Anderlecht ni le Brussels ne peut revendiquer ce titre. Vermeersch s'adresse aux Bruxellois mais comment définir ceux-ci ? Y a- t-il encore de vrais Molenbeekois ou des Bruxellois flamands ? Pour moi, ils ne sont pas plus de mille. Il faudrait plutôt exploiter le marché des allochtones mais il est très difficile de les attirer au stade. Pour moi, le seul club capable d'attirer le public bruxellois, c'est l'Union, qui a une histoire. Car il ne faut pas oublier que, même dans ses belles années, les 70, le RWDM n'attirait pas grand monde ". Gino Gylain relativise : " Il est important de jouer dans un stade plein mais les recettes guichet ne représentent que 8 % de notre budget ". C'est vrai mais comment trouver des solutions. A qui le Brussels doit-il s'adresser ? Si on pose la question aux deux principaux clubs de supporters, les BxlBoys et Den Heuve, on s'aperçoit que la majorité des spectateurs sont d'anciens sympathisants du RWDM. Ils viennent de la banlieue bruxelloise, d'Asse à Wezembeek ou Vilvorde, voire Louvain. Ils sont contents de la façon dont le club est géré mais voudraient plus de spectacle. " Le nom a changé mais le club est resté le même ", dit Kurt Rampelbergh, président de Den Heuve. " Le RWDM était déjà issu d'une fusion le Daring et le Racing White en 1973, et cela ne change donc pas grand-chose. Mais quoi qu'en dise Vermeersch, les gens ne viendront au stade que lorsque le club sera dans la colonne de gauche ". Gylain classe le public du Brussels en quatre catégories : le noyau dur de Molenbeek, le public flamand de Bruxelles, le noyau affaires et les vrais Bruxellois. " Nous tenons compte du fait que, la saison prochaine, pas mal de Flamands de la région suivront plutôt Dender ", avance-t-il. " Par contre, le public affaires ne cesse de grandir. Les vrais Bruxellois nous posent problèmes car il y a beaucoup d'étrangers et nous avons déjà constaté qu'ils ne sont pas prêts à payer grand-chose pour aller au football. Nous mettons sur pied des actions comme le transport public gratuit mais ça change peu. Désormais, nous misons sur une collaboration avec onze clubs bruxellois, dont nous espérons attirer les membres et leurs parents au stade ". Philippe Nicaise, manager général de l'Union, confirme qu'il n'est pas facile d'attirer au football les personnes d'origine étrangère, qui sont pourtant nombreuses dans la capitale. " Nous comptons 1.500 spectateurs payants pour les matches à domicile mais il y a peu d'allochtones ", confirme-t-il. " Pourtant, nos équipes d'âge sont composées à 80 % d'étrangers. C'est quelque chose que je ne m'explique pas. La plupart de nos supporters sont de vieux Bruxellois car nous détenons le folklore. C'est ce qui manque au Brussels, parce qu'il a trop souvent changé de nom. Nous, nous sommes restés l'Union depuis le siècle dernier ". En tenant compte du fait que Bruxelles offre une large palette d'activités culturelles et que la majorité des habitants est d'origine étrangère, comment le Brussels peut-il élargir son public ? Deux marchés restent à explorer : celui de la classe supérieure de Watermael et de Boitsfort. Il s'agit surtout de francophones, sportifs et riches mais ceux-ci s'intéressent davantage au golf et au tennis. Le Brussels fait un effort en offrant, sur son site internet, des initiations au golf ou des journées de golf avec les joueurs du noyau A. Une manière de combler le fossé avec le public. Le deuxième est celui des nombreuses institutions publiques de Bruxelles. Une masse d'Européens, surtout des Anglais, qui adorent le football et, le samedi, se retrouvent au café pour regarder les matches de PremierLeague sur écran géant. Mais suffiront-ils à remplir le stade ? A vrai dire, le plan de Vermeersch qui consiste à s'adresser aux vrais Bruxellois, ce que même Anderlecht ne réussit pas à faire, n'a que peu de chances d'aboutir. Le plus grand problème du Brussels en termes de supporters, c'est peut-être le manque d'identité au sein même du club. Celui-ci est-il francophone ou néerlandophone ? Il est inscrit à la ligue flamande mais c'est surtout dû au fait que les clubs de cette dernière, contrairement aux francophones, ne payent pas d'indemnités de formation en matière de transferts de jeunes joueurs. Le club est-il francophone ? Bruxellois ? Ou international, comme le slogan Pride of Brussels le laisse entendre ? Homme d'affaires averti, Vermeersch a compris que tout était surtout question de subsides. Il va donc chercher l'argent dans les diverses communautés. Le FC Brussels a ainsi reçu l'aide de la commune de Molenbeek (pour son centre de formation), de la Communauté flamande (pour l'amélioration des infrastructures des jeunes) et de la Région bruxelloise (promotion de la ville). C'est bien vu mais cela ne favorise pas l'identité. Il est donc difficile de convaincre des clients et de vendre l'image du club. Pour les supporters, celui-ci est parfaitement bilingue. " A la buvette, dans les tribunes et en rue, on mélange allègrement le français et le néerlandais. Bien plus qu'à l'époque du RWDM, qui était davantage francophone ", assure Rampelbergh (Den Heuve). Trudo Dejonghe : " De toute façon, quelle que soit l'identité qu'il se choisisse, le club heurtera toujours une partie de ses supporters : les allochtones, les francophones ou les néerlandophones ". De plus, les supporters n'arrivent pas à s'identifier aux joueurs : hormis Alan Haydock et Steve Colpaert, il n'y a plus de Bruxellois dans le noyau. La saison dernière, quarante joueurs ont été utilises, dont beaucoup de Français et d'Africains mais pas de jeunes du cru. L'un d'entre eux, Michaël Jonckheere, a même été renvoyé dans le noyau B après des débuts pourtant prometteurs. Impulsif, Vermeersch sait aussi reconnaître ses erreurs. " Il est exact que le FC Brussels cherche encore son identité. Le club est passé par pas mal de péripéties et quand je l'ai repris, en 2002, je lui ai choisi un nom anglais : Brussels. Cela irrite mais je retrouve tout de même ce nom dans l'appellation de pas mal d'entreprises. J'avais donc dix ans d'avance (il grimace). Moi, je suis Daringman mais avec cela, on n'avance pas. On ne vit pas de tradition mais d'avenir. Je suis certain que nous allons trouver notre place en D1 mais les résultats sont primordiaux. C'est pourquoi nous devons produire plus de spectacle et battre les grands clubs. C'est ma cinquième année de présidence, il est temps de progresser mais je ne veux pas brûler les étapes. J'ai toujours travaillé sur base d'un businessplan et ce n'est pas maintenant que je vais changer. Ce club manque encore de crédit mais je refuse de m'endetter ". Selfmade man, Vermeersch veut tout contrôler, tirer toutes les ficelles. Mais un club peut-il encore reposer sur un seul homme ? Gylain connaît son président comme sa poche. " Vermeersch perd un temps fou à vouloir tout contrôler mais c'est son style. On a aussi déjà beaucoup disserté sur sa manière de communiquer mais son style direct a le mérite d'être clair ". Il sème cependant parfois la confusion. C'est ainsi que quelques transferts ont déjà échoué à cause de lui. Gregory Dufer, Kevin Roelandts et Marvin Ogunjimi, entre autres, ont eu peur de travailler sous sa direction. " Ce n'est pas un homme facile mais il est tout de même le seul à croire, depuis toujours, en son projet ", rappelle Gylain. " Sans lui, il n'y aurait rien ici. Il a osé prendre des risques et il a une vision des choses. Nous sommes toujours là, nous n'avons pas de dettes mais ce n'est pas pour cela que tout est plus facile. par Matthias Stockmans