Nous sommes le 5 octobre dernier dans un coin de Basse-Saxe. Un club reprend de la hauteur. Toute une tribu rebombe le torse. L'Eintracht Brunswick gagne un match de Bundesliga. 28 ans que ce n'était plus arrivé. Pour beaucoup d'entre vous, ce club n'est qu'un vague petit ersatz allemand venu se perdre dix mois dans le monde des grands avant de retourner dans la cour des miracles qu'est la D2 allemande. Brunswick, c'est bien plus que cela. C'est un des clubs fondateurs du foot allemand, en 1903. Tout comme, en 1963, de la désormais prestigieuse Bundesliga. La Ligue la plus fiable du monde. Brunswick y fut révolutionnaire et novateur.
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Nous sommes le 5 octobre dernier dans un coin de Basse-Saxe. Un club reprend de la hauteur. Toute une tribu rebombe le torse. L'Eintracht Brunswick gagne un match de Bundesliga. 28 ans que ce n'était plus arrivé. Pour beaucoup d'entre vous, ce club n'est qu'un vague petit ersatz allemand venu se perdre dix mois dans le monde des grands avant de retourner dans la cour des miracles qu'est la D2 allemande. Brunswick, c'est bien plus que cela. C'est un des clubs fondateurs du foot allemand, en 1903. Tout comme, en 1963, de la désormais prestigieuse Bundesliga. La Ligue la plus fiable du monde. Brunswick y fut révolutionnaire et novateur. En 1973, c'est sur sa vareuse jaune que pour la première fois une publicité est affichée. Cette célèbre liqueur Jägermeister avec son logo en forme de tête de cerf. La porte vers la modernité s'ouvre. Pour eux. Pas pour les autres. Les concurrents sont contre la publicité. C'était une autre époque. L'histoire ne s'arrête pas là puisqu'en 1987, Jägermeister se retire. Ils voulaient changer le nom du club en Jägermeister Brunswick. Sous la pression des autres clubs, la Bundesliga refuse. Le sponsor se casse. L'Eintracht se définit comme un club de tradition et de modernité. Il avait juste un quart de siècle d'avance. Il avait compris ce qui maintenant semble une évidence. Business et foot sont faits pour prospérer ensemble... ou sombrer. Car les 100.000 Deutsche Marks du sponsoring n'ont servi à rien. Le club descend fin de la saison pour la première fois de son histoire. Déjà une leçon. La tradition, c'est aussi dans les gènes des supporters qui, 40 ans plus tard, ont donné une leçon au monde du foot. Le club débute sa saison par un " joli " 1 sur 27. Se profile le derby à Wolfsburg. Le mardi qui précède, des centaines de fans déboulent vers le terrain d'entraînement. Certains joueurs courent se réfugier dans les vestiaires. Les plus courageux restent et entendent, à force que la meute se rapproche, des chants à leur gloire. " Nous serons toujours avec vous ". " Nous souffrirons et descendrons avec vous, s'il le faut, mais nous nous battrons ensemble ". Les mecs viennent gueuler leur amour. Aucune rancoeur. On partage tout, le meilleur comme le pire. Les joueurs sont secoués. Ils prennent une leçon. Le samedi dans le match de l'année chez le très riche voisin de Wolfsburg, le club de Volkswagen, ils offrent en retour une victoire. Un autre cri d'amour qui résonne à travers un ballon qui caresse par deux fois les filets adverses. Magnifique. 28 ans que les plus anciens attendaient cela. Une victoire en Bundesliga. Suivie d'une deuxième, il y a dix jours. Chez un autre très riche dont le sponsor a pu s'imposer dans le nom du club : le Bayer Leverkusen. Tout un symbole. Question business, Brunswick avait 30 ans d'avance. Sur la pelouse, un but a suffi. Le coach, Torsten Lieberknecht, a enfin les mots légers. Ce ne fut pas toujours le cas. Après une défaite 0-4 contre Hambourg, il avait sorti : " Aujourd'hui, nous étions une " Piss-verein ". Pas besoin de traduire. Message de dépit adressé, aussi, aux arbitres. " On nous manque de respect ". Du respect Lieberknecht en mérite. 1,74m, 70kg. Petit mais costaud. Sympa mais teigneux. Sérieux mais audacieux. Il y a cinq ans, il entraîne les jeunes. Il les forme. Les pros se dirigent vers la division 4. On lui demande alors de redonner forme aux adultes. Bingo. Les bourrins vont retrouver un soupçon de touché de balle. Ils touchent au but. Ils se sauvent. A coups de crampons, ils tracent le sillon qui deviendra leur sentier de la gloire. Celui qui ramène à la Bundesliga. Sorte de chemin de croix qui juge les hommes. Qui confronte leurs ambitions à la réalité. Celle pour qui la tradition n'est que du passé. Pas à Brunswick. Lieberknecht en fait une affaire de principe, et de présent. Il n'a que 40 ans mais pense que le salut vient des valeurs du passé. " L'histoire respectable du club nous aidera à réussir car elle nous responsabilise. ". Quand le talent manque, les valeurs compensent." L'histoire respectable du club nous aidera à réussir car elle nous responsabilise. "