Que pensez-vous du leader du championnat, le Club Bruges ?

Alexandre Teklak : Michel Preud'homme parvient à faire passer ses idées. En début de saison, la qualité était trop peu présente. Bruges a perdu beaucoup de points. L'écart avec Anderlecht aurait pu être plus grand si tous les joueurs arrivés à la fin août avaient été présents dès le début. Bruges a des caractéristiques typiquement belges : une bonne organisation, une maîtrise de la contre-attaque et un bon travail sur les phases arrêtées, ce qui est toujours utile pour débloquer une situation fermée. Bruges doit arrêter de dire qu'il ne vise pas le titre. Lorsqu'on voit les investissements qu'ils ont consentis...
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Alexandre Teklak : Michel Preud'homme parvient à faire passer ses idées. En début de saison, la qualité était trop peu présente. Bruges a perdu beaucoup de points. L'écart avec Anderlecht aurait pu être plus grand si tous les joueurs arrivés à la fin août avaient été présents dès le début. Bruges a des caractéristiques typiquement belges : une bonne organisation, une maîtrise de la contre-attaque et un bon travail sur les phases arrêtées, ce qui est toujours utile pour débloquer une situation fermée. Bruges doit arrêter de dire qu'il ne vise pas le titre. Lorsqu'on voit les investissements qu'ils ont consentis... En principe, oui. La victoire contre Genk, sans Vázquez, m'a rassuré sur le potentiel de cette équipe. Lior Refaelov a repris le rôle habituellement dévolu à l'Espagnol. Mais Refaelov est moins bon lorsque Vázquez n'est pas là, et inversement. Vazquez est important dans le système de jeu de Bruges. Un joueur d'une telle qualité est rare : vista, intelligence de jeu. Il adresse des passes précises que ce soit dans le jeu long ou le jeu court. Il rêve sans doute d'un plus grand club, mais si j'étais à sa place, je m'installerais à Bruges. Il est bien dans la Venise du Nord, sa femme s'y plaît également, et il gagne bien sa vie. Il y a encore des joueurs comme lui en Espagne, et beaucoup ne sont pas payés, en raison de la crise économique. Michel a évolué. On parle toujours de son style direct, mais ce n'est plus d'actualité à Bruges. Son équipe recherche toujours la profondeur, mais pas avec de longs ballons. C'est un football structuré, toujours en combinaisons, avec un bon jeu sans ballon. Recherchez le quatrième but contre Westerlo (ndlr, score final 5-0), sur internet : Thomas Meunier monte, Refaelov et Nicolas Castillo se cherchent du regard, et bougent... Ce but a l'air facile, mais il demande beaucoup d'entraînement. Un entraîneur doit beaucoup travailler, mais aussi avoir les capacités intellectuelles pour faire passer son message : apprendre aux joueurs où se trouve l'espace libre, à réfléchir en fonction du collectif. Preud'homme y parvient. Son gardien, Matthew Ryan, est aussi un atout. La grande classe même. Il excelle dans le jeu au pied. Beaucoup de gardiens se débrouillent lorsque le ballon est à l'arrêt, mais lui le fait en mouvement, certains joueurs ne sont pas capables de faire ce qu'il fait. Dans le système de Preud'homme, Timmy Simons est aussi très important. Pas spectaculaire pour un sou, mais si j'étais entraîneur, je l'alignerais aussi à tous les coups. Bruges a souvent beaucoup de joueurs devant le ballon, parfois trop. Simons reste derrière, commet la faute lorsqu'il l'estime nécessaire. Quand Ruud Vormer n'était pas encore là, il forçait parfois et essayait de s'infiltrer, mais ce n'est pas son jeu. Vormer a cette capacité naturelle. Il doit encore apprendre à doser ses efforts, à choisir le bon moment. Hasi doit soigner sa communication. Un péché de jeunesse, peut-être. A son âge, cela m'arriverait aussi. Lorsqu'une situation est claire, il faut pouvoir admettre certaines choses. Lorsqu'Aleksandar Mitrovic a donné un coup de coude contre Westerlo, sa première réaction a été de dire que les chaînes de télévisions avaient exagéré. Plus tard, il a admis lors d'une interview avec le journal Le Soir que son premier jugement était erroné. Il ne croit pas en Gohi Bi Cyriac. Le joueur le sent. Il constate qu'il ne doit pas uniquement bien jouer, mais aussi convaincre son entraîneur. Hasi aurait dû être plus intelligent et déclarer : Mitrovic est suspendu ? Pas de problème, nous avons Cyriac. En disant cela, il lui aurait redonné le moral. Hasi protège parfois Mitrovic exagérément. Dire qu'il est allé manger avec lui, qu'il est allé le chercher à la maison, cela ne se fait pas ! Si Cyriac lit cela, il se dit que son entraîneur n'est jamais venu le chercher, lui... Hasi pense qu'il rend service à Mitrovic en agissant de la sorte, mais ce n'est pas le cas. Le joueur doit prendre ses responsabilités. Je pense que le départ de Milivojevic lui a causé du tort. C'était l'un des rares joueurs avec lequel il avait une relation étroite. D'un côté, je comprends Hasi : Mitrovic a coûté cinq millions, il a donc le devoir de le rendre meilleur dans l'optique d'une revente éventuelle. Mitrovic n'est pas un mauvais joueur, il est même très bon dans le rectangle, mais il doit aussi être bien dans sa tête, et physiquement. Quand son poids varie autant, cela signifie qu'il a un problème émotionnel. En revanche, je trouve que les analyses d'après-match de Hasi sont généralement très bonnes. Anderlecht marque trop peu sur phases arrêtées. Le Sporting a perdu Roland Juhasz, Wasyl et Tom De Sutter. Sans eux, c'est difficile de marquer directement sur corner, mais il faut alors botter les coups de coin autrement. Or, ce n'est jamais le cas. Il ne faut pas craindre de chercher l'inspiration auprès d'autres entraîneurs. Diego Simeone, par exemple, qui varie ses coups. Au Portugal, il a reçu sa chance sous plusieurs entraîneurs, mais n'a jamais réussi à s'imposer définitivement, pour plusieurs raisons : blessures, suspensions... Defour doit être physiquement à 100 % pour être bon. Et je crains que son mode de vie ne le lui permette pas tout à fait. Dommage. Son corps est capital. Chez Vazquez, c'est un peu moins le cas, il peut être efficace sans être au sommet de sa condition. Defour, non. S'il est au top, il peut faire plus que ce que l'on attend d'un simple milieu récupérateur. Je ne comprends pas qu'il ne l'ait pas encore compris lui-même. Youri peut faire beaucoup mieux. Le triangle formé par Leander Dendoncker, Dennis Praet - et Defour est très équilibré : Defour en numéro six, Dendoncker comme élément mobile en huit et Praet en numéro dix. Je ne retrouve pas cette même complémentarité avec Tielemans. Parfois, un entraîneur peut gagner du temps lorsqu'il a trouvé ses numéros six, huit et dix fixes. Hasi n'a pas encore trouvé la meilleure place de Tielemans. Il ne sent pas encore le moment où il peut monter ou doit rester derrière. Je ne pense pas qu'il soit un numéro huit : il doit rester derrière le ballon, car il manque de changement de rythme et d'explosivité dans les premiers mètres. S'il veut rejoindre, un jour, un très grand club, il doit gommer cette lacune de son jeu. Je le vois plutôt en numéro six, mais dans un autre style. Pourquoi a-t-il fait de bons play-offs, l'an passé ? Parce qu'il avait Cheikhou Kouyaté à ses côtés, qui se chargeait du sale boulot. Tielemans pouvait adresser ses passes sans être pressé. Mais que s'est-il passé à Mouscron, cette saison ? Les Hurlus ont exercé un pressing intense sur Tielemans. Et il a été complètement étouffé, il a joué sa pire mi-temps de la saison. Il n'est pas encore capable de se défaire d'un pressing, en raison d'un manque d'explosivité et de capacités techniques pour éliminer un adversaire. Sur ce plan, je serai plus nuancé. Hasi est prisonnier de la génération-biberon. Son équipe regorge de talent, mais doit encore beaucoup progresser. Et il n'a pas toujours le choix au moment d'établir sa sélection. J'ai l'impression que, parfois, il est obligé d'aligner certains joueurs, parce qu'il n'a pas d'alternative. Hasi adore Tielemans et je le comprends. Mais ce garçon est passé sans transition des U17 à l'équipe Première. Il doit effectuer sa post-formation avec le noyau A. Ce fut aussi le cas de Romelu Lukaku, autrefois. Cela se voyait moins, car avec son physique, il se défaisait facilement des défenseurs belges, mais on a oublié de travailler le point essentiel : sa technique de base, son jeu dos au but. Anderlecht est en train de commettre la même erreur avec Tielemans. En effet. Dendoncker est moins élégant, mais à mes yeux, il apporte plus d'équilibre à l'équipe. Le placement de Tielemans en perte de balle laisse encore à désirer. Couper les lignes de passe, se positionner à côté du numéro six : Dendoncker le fait naturellement, Tielemans pas encore. A sa place, j'attendrais encore un peu. Mentalement, il doit encore devenir plus adulte. C'est un travailleur, un numéro dix moderne. Pas un Vázquez. Praet, c'est la plus grande réussite de Hasi. En le plaçant sur le flanc gauche, la saison dernière, il a accru son volume de jeu. Praet a même appris à défendre, encouragé en cela par Olivier Deschacht, qui ne voulait pas se retrouver constamment en situation de un-contre-un, surtout contre un ailier rapide. Aujourd'hui, Praet 'redécouvre' le poste de numéro dix avec un plus grand volume, et il continue à progresser. Ses statistiques s'améliorent au fil des semaines. Malheureusement, alors qu'il court beaucoup sans ballon, et souvent en profondeur, il y a peu de mouvement autour de lui. C'est dommage. Anderlecht n'a que deux joueurs expérimentés : l'un prend place dans le but, et l'autre, Deschacht, n'est pas un leader. Lorsque tout tourne carré, comme ce fut le cas à Mouscron, il n'y a personne pour corriger le tir. C'est toujours important d'avoir, dans son équipe, des joueurs qui ont un impact sur les autres. Bruges en possède, Anderlecht pas. " Son pressing haut. Il n'est pas bon du tout. Or, c'est essentiel pour un joueur comme Mitrovic, car plus le ballon est récupéré haut, plus il est dangereux. Ce qu'il se produisait l'an passé avec Kouyaté, ne se produit plus. Il faut provoquer des pertes de balles chez l'adversaire. Defour voudrait le faire, mais manque de coordination pour cela. Lorsque j'ai vu Courtrai s'incliner face à un Standard très jeune, lors de la deuxième journée, j'ai pensé : aïe ! L'entraîneur est parti, des joueurs importants sont partis, Courtrai va au-devant d'une saison difficile. Mais Yves Vanderhaeghe a accompli de l'excellent boulot. Yves a sa propre personnalité et j'estime tout à fait incorrecte la déclaration de Vanhaezebrouck : C'est mon équipe qui joue. Yves a travaillé sur les bases jetées par Hein, et c'est logique, mais il a ressuscité Ivan Santini et Teddy Chevalier. Charleroi est une autre bonne surprise. Felice Mazzu ne l'admettra jamais, mais un joueur risque de cruellement lui manquer en janvier : Neeskens Kebano, parti à la CAN. Ce qui m'effraie, c'est qu'après la victoire à Zulte Waregem, Mehdi Bayat ait ouvertement parlé des PO1, alors que Mazzu reste beaucoup plus prudent. Il s'attache surtout à stabiliser l'ensemble. Les PO1 seront peut-être un objectif l'an prochain. Nous verrons comment les joueurs supporteront la pression. La force de Charleroi, ce n'est pas seulement son entraîneur, mais aussi le staff. On ne doit pas le sous-estimer. Mario Notaro travaille dur, est correct et honnête. Très convivial, aussi. Lorsqu'on sort, il est capable de prendre une guitare et de chanter. Ça met de l'ambiance et ça compte. Sa présence est très importante pour Mazzu, qui débute dans la profession. Mazzu est un entraîneur qui sait toucher ses joueurs sur le plan émotionnel. C'est une qualité : on peut être aussi fort que l'on veut sur le plan tactique, mais si l'on ne parvient pas à toucher ses joueurs, on n'arrive à rien. Un autre point fort des Zèbres, c'est la paire défensive constituée par Javier Martoset Sébastien Dewaest. Ils sont costauds et complémentaires. Par où dois-je commencer ? (ilsoupire). D'abord, William Vainqueur n'a jamais été remplacé. De très bons joueurs ont été proposés à Guy Luzon, mais il les a refusés parce qu'ils ne convenaient pas à son système de jeu. Quel est ce système ? L'an passé, il a joué très bas, pour procéder en contre-attaque. Il a voulu reproduire ce même système cette année, mais il n'avait plus la vitesse nécessaire devant, après les départs de Michy Batshuayi et d'Imoh Ezekiel. Sur ce plan, l'absence de Mehdi Carcela s'est fait cruellement sentir. Ce qui me frappe, au Standard, c'est l'instabilité du club, avec un président qui se méfie de tout le monde, même des personnes animées de bonnes intentions. Je suis certain qu'Ivan Vukomanovic n'était pas candidat au poste de T1. Apprendre le métier dans un club comme le Standard, c'est très compliqué. " Oui. Car le jour où le Standard a dû affronter une équipe qui fermait tous les espaces, il n'a pas trouvé la solution. Lorsque tout allait bien, Vukomanovic est toujours resté très prudent dans ses déclarations. Ce n'était pas de la fausse modestie : il constatait les lacunes, mieux que quiconque. Et les problèmes sont vite réapparus. Vous avez le temps ? Dans le but, Eiji Kawashima est hésitant dans ses sorties et prend parfois des décisions impulsives. Même chose pour Yohan Thuram. Or, un gardien doit être, au contraire, très rationnel. Organisé comme il l'est, le Standard ne parvient pas à récupérer des ballons en exerçant un pressing. Son 4-4-2 comprend trop de joueurs haut placés, les lignes sont trop écartées. Un gros travail tactique s'impose. L'équipe n'a pas les qualités suffisantes pour remporter le titre, mais bien pour intégrer le Top 6. Sans problèmes. Aujourd'hui, le Standard se retrouve dans une situation de m..., où personne ne lui reproche de jouer défensivement et de miser sur la contre-attaque. Je trouve dommage que le club ait laissé passer l'occasion, après le départ de la génération dorée Axel Witsel- Steven Defour- Marouane Fellaini, de construire une très bonne équipe basée sur les produits de l'Académie Robert Louis-Dreyfus. Une philosophie comparable à celle de l'Ajax Amsterdam. Aujourd'hui, Axel Lawarée insiste sur ce point lors de chaque interview, il veut redonner une nouvelle dynamique au centre de formation. Humainement, je désapprouve totalement la manière dont on a licencié Emilio Ferrera. Pendant la préparation, ou après deux mois, j'aurais pu comprendre, mais après une seule journée de championnat ? Alex McLeish a appliqué une bonne vieille recette : l'organisation sur le terrain et la discipline dans le vestiaire. Mais Genk n'est pas Courtrai ou Charleroi, on attend plus des Limbourgeois. Pelé Mboyo est parfois utilisé contre nature. C'est davantage un numéro dix qu'un neuf. Qui offre de la profondeur ? ThomasBuffel ? Non. Cissé ? Non plus. J'ai l'impression que tout tourne autour de Mboyo : il doit faire le jeu, marquer des buts... Oui, après une émission de radio. Tactiquement, il est très fort, et sa manière de travailler est remarquable, mais humainement, il n'est pas top. Il en donne l'impression, mais il doit beaucoup plus s'ouvrir aux autres. A La Gantoise, il a longtemps cherché l'équilibre dans l'entrejeu. Un joueur qui m'impressionne, c'est Thomas Foket. Un gros volume de jeu, une belle intelligence et une bonne passe dans les pieds. Souvent dans le bon timing. Et il dribble bien aussi, il se sort facilement de situations compliquées. Mats Sels est un bon gardien. Le numéro trois en équipe nationale, à mes yeux, davantage que Sammy Bossut. " Lille avait déjà l'intention de se retirer l'an passé, mais un concours de circonstances a permis aux Hurlus de monter en D1 via le tour final et les décideurs français se sont ravisés. Le LOSC vise uniquement à mettre ses propres joueurs en valeur, pour récupérer les meilleurs plus tard. Mouscron a été utilisé comme un club satellite, mais n'a jamais eu l'intention de développer l'aspect belge. Et les dirigeants hurlus n'ont pas prévu de plan B. Il est anormal que Mouscron soit en D1, et les problèmes qu'ils rencontrent étaient prévisibles. PAR THOMAS BRICMONT ET PETER T'KINT - PHOTOS: KOEN BAUTERS" Defour doit être physiquement à 100 % pour être bon. Et je crains que son mode de vie ne le lui permette pas. " " Ce qui m'effraie, c'est qu'après la victoire à Zulte Waregem, Mehdi Bayat ait ouvertement parlé des PO1. "