Tom De Sutter (29 ans) pousse ostensiblement vers nous l'assiette de spéculoos que l'attachée de presse Kirsten Willem sert avec le café. " Je ne peux pas. Michel serait fâché. " Il ne peut s'empêcher d'y jeter un oeil de convoitise de temps en temps et à la fin de notre entretien, il en goûtera un avant de les distribuer au personnel du centre administratif De Klokke.
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Tom De Sutter (29 ans) pousse ostensiblement vers nous l'assiette de spéculoos que l'attachée de presse Kirsten Willem sert avec le café. " Je ne peux pas. Michel serait fâché. " Il ne peut s'empêcher d'y jeter un oeil de convoitise de temps en temps et à la fin de notre entretien, il en goûtera un avant de les distribuer au personnel du centre administratif De Klokke. Il n'a pas toujours envie d'accorder une interview et, dans ce cas, il le montre clairement mais aujourd'hui, ça va. " Je ne serai jamais jaloux d'un collègue qui passe dans les journaux tous les jours. " Nous ne nous souvenons pas de déclarations épicées. " Quand j'ai quelque chose sur l'estomac, j'en parle à mes amis ou à ma famille. Je ne mène pas mes combats par presse interposée : je cherche alors la confrontation directe. Je ne sais pas me taire. " Tom De Sutter : Non. Je ne vis pas dans le passé. Je ne regarde pas non plus les vieilles photos. Non. Je vis le moment présent et je retire mon plaisir de ce que je fais aujourd'hui. Je pourrais mais notre psychologue m'a conseillé de regarder les images de bons joueurs qui occupent la même position que moi afin d'étudier leurs trajectoires de course et la manière dont ils marquent. Tous les bons attaquants qui évoluent en Belgique et à l'étranger. Pas pour une personne en particulier. Par exemple, j'ai regardé les 100 meilleurs buts sur YouTube. Visualiser la préparation des buts m'encourage. Plus je m'y exerce à l'entraînement, plus je m'y habitue. Rudy Heylen, notre psy, est vraiment très fort. Selon lui, si on répète quelque chose pendant six semaines, cela devient une seconde nature sur laquelle on peut s'appuyer automatiquement. Ce serait un mécanisme neurologique. Oui. Quand j'exerce un truc six semaines, je ne dois plus réfléchir et je m'exécute plus vite. C'est pareil pour le jeu en équipe : on connaît les trajectoires des autres et il est plus facile de les trouver. Comment appelle-t-on ça ? Symbiose ? Notre psychologue joue un rôle important dans ce processus. Il repère très vite certains détails. De temps en temps. Dans un moment difficile, c'est bien de parler avec lui. Il donne des petits conseils. Par exemple rester calme, concentré. Il doit nous aider à nous sentir bien et à faire ce dont nous sommes chargés. Il s'y prend avec beaucoup de naturel. Quand j'ai quelque chose sur l'estomac, j'ai besoin d'en parler à quelqu'un qui sait me dire ce que je dois faire. Je comprends que cela lui donne énormément d'influence sur moi. Plus jeune, je ruminais certaines choses. Je continue à le faire mais j'ai aussi compris que le monde du foot n'est pas toujours très joli. Par exemple, ce que le Cercle a fait à Frederik Boi me fâche. Je ne comprends pas comment on peut renvoyer comme ça dans le noyau B quelqu'un qui a fait autant pour son club. J'ai déjà vécu pas mal de situations dans ma carrière mais ce qui lui est arrivé me restera en mémoire. Le coach le fait déjà beaucoup. Mon expérience me permet aussi de juger moi-même ce que j'ai fait de bien et de moins bien. Je ne visionne plus beaucoup d'images mais parfois, je n'arrive pas à m'endormir la nuit après un match et alors, je le repasse sur Telenet. Humainement, je pense être resté le même, si ce n'est que je sais mieux ce que je veux. Avant, je n'osais pas refuser une interview, même si ça ne me convenait pas. J'étais aussi moins pro. En fait, c'est à partir du moment où j'ai été gravement blessé que j'ai tout mis en oeuvre pour rester en forme, me sentir bien, affûté, accroître ma masse musculaire. Plus je travaille mon corps, mieux je le connais et mieux je sais ce dont il a besoin. Si je me repose deux jours, le troisième, à l'entraînement, je dois cravacher. J'ai du mal à retrouver mon rythme. Je dois bouger tous les jours. Au Cercle, rien n'était vraiment obligatoire. Les années suivantes, à Anderlecht et ici, tout est devenu un must : faire en sorte d'être constamment prêt, ne pas devoir s'adresser le moindre reproche. Oui. Interrogez le vestiaire ! Je suis resté un gamin de ce point de vue. Parfois, Ruud Vormer me demande quel âge j'ai. Je lui réponds l'âge de ma tête. J'aime m'amuser, surtout avec une bande de copains mais quand il faut être sérieux, je le suis. J'espère pouvoir effectuer un jour une préparation complète, ce qui ne m'est plus arrivé depuis quatre ou cinq ans. Mais je l'ai entamée avec Anderlecht pour l'achever ici. Mentalement, ce n'est pas la même chose. On devait disputer deux ou trois matches de préparation sur une pelouse artificielle et j'ai préféré ne pas prendre de risque. J'ai dit que je voulais partir et le Sporting m'a toujours assuré qu'il ne compliquerait pas les choses. Le problème, c'est qu'il s'agissait d'un concurrent direct. Je n'ai pas été si dur. Si Anderlecht m'avait obligé à rester, je me serais livré à fond mais je n'aurais pas resigné. Je voulais rejoindre un club qui me considère comme un titulaire au lieu de me laisser moisir sur le banc. Anderlecht comprenait ce point de vue. Naturellement. Tout est parfaitement organisé ici. La communication, l'entretien des terrains, notre suivi avec le personal performance program, le psychologue, très présent... Tout ce que le Club fait pour les joueurs et aussi pour les supporters est fantastique. Seulement le Dr Declercq à Anvers quand il faut m'opérer. Je l'admire beaucoup. J'ai effectué ma dernière revalidation ici, avec Jan Vandamme et Valentijn Deneulin, et elle a été aussi bonne. C'est difficile à comparer. Anderlecht a un nouveau complexe et le fitness est plus vaste alors que le centre de Westkapelle ne sera prêt que dans un an ou deux. Quand j'avais besoin de quelque chose à Anderlecht, cela ne posait jamais de problème mais ici, l'approche est plus individuelle et sans doute un peu mieux structurée en matière d'entraînement et d'encadrement. Anderlecht n'organise pas d'actions pour ses supporters. La principale différence entre les deux clubs, selon moi, c'est qu'ici, les supporters ne casseront jamais un jeune qui tente d'émerger, comme c'est arrivé cette saison à Michaël Heylen à Anderlecht. J'ai vu beaucoup de joueurs sombrer à force d'être hués. Notre public est critique également mais il continue à soutenir son équipe. Nous n'avons plus remporté de prix depuis longtemps mais nous comptons toujours le plus grand nombre de supporters et quand ils nous encouragent, c'est comme si nous étions douze. L'impact des supporters m'a impressionné, par exemple l'année dernière, lors de notre succès 4-2 contre Anderlecht. Le public nous a insufflé une telle énergie ! Il nous a donné des ailes. Oui, je dois faire avec. Comme je le disais, j'espère pouvoir faire une préparation complète et donc connaître une saison sans blessure. Je rêve d'une super saison mais si je n'en réussis pas, je ne serais pas malheureux non plus. Je me soigne de mon mieux. Compte tenu de ma stature et du fait que je ne recule devant aucun duel, il n'est pas anormal que je me blesse de temps en temps. Je dois l'accepter. Je mets tout en oeuvre pour revenir et être dans la meilleure forme possible. Sinon, je ne pourrais pas me regarder dans la glace. Bien. Après mon opération, j'ai rapidement pu courir beaucoup de kilomètres et je suis donc en forme. En plus, l'équipe est en tête pour la première fois depuis longtemps, nous passons l'hiver en Coupe d'Europe et nous avons aussi une bonne chance de poursuivre notre parcours en Coupe. Oui. Nous allons signer une très belle saison. J'en ai le sentiment depuis six ou sept semaines. Nous n'avons pas bien joué contre Zulte mais nous avons gagné. A Courtrai, un déplacement difficilement, nous nous sommes imposés 0-3 en Coupe. La saison passée, chaque fois qu'on pouvait s'emparer de la première place, on perdait ou concédait un nul. Plus maintenant. Ce sont des indices : mentalement, physiquement et tactiquement, on a progressé. Quelques individus sortaient du lot, comme Mbokani, Biglia et Jovanovic. Le Club a une vraie équipe. En tant qu'équipe oui. C'est le meilleur collectif avec lequel j'ai joué. L'entraîneur a participé à la composition du noyau. Il savait ce dont il avait besoin. Quand chacun sait comment fonctionner tactiquement, il est plus facile de remplacer un joueur sans perdre de qualité. Un bon collectif et une bonne tactique vous permettent de moins dépendre de la classe individuelle. Oui, même si au Cercle, sous la direction de Glen De Boeck, tout était très clair aussi. Dans les séances tactiques. Je ne me suis jamais entraîné aussi tactiquement. Ce n'est pas toujours marrant, j'aimerais parfois travailler la finition ou la possession du ballon, au lieu de plancher pendant vingt minutes sur les points faibles de l'adversaire mais ça porte ses fruits. A en croire Tony Sergeant, nous n'avons pas de quoi nous plaindre car à Bari, il ne faisait rien d'autre. L'année dernière, je me suis blessé pendant les play-offs. Le coach veut que chacun reste frais. C'est particulièrement important pour un avant et ce n'est pas possible pendant 60 matches. Bien sûr, ce n'est pas marrant de ne pas jouer car on en a toujours envie. On veut aussi se montrer. En effet. Je ne l'ai pas dit comme ça mais contrairement à Preud'homme, De Boeck et John van den Brom, il ne me trouvait pas grand-chose. Je suis sûr qu'un entraîneur opère toujours les choix qu'il juge les meilleurs pour obtenir des résultats car en fin de compte, c'est là-dessus qu'on le juge. Mais ce qu'on voit en toi et comment on pense signer des résultats, ça varie de l'un à l'autre. Roland Juhasz a été un titulaire incontournable pendant des années mais Van den Brom ne l'a plus aligné. C'est le football. On s'entend bien. Il a son caractère et ce n'est pas plus mal, vu qu'il vit à des milliers de kilomètres de chez lui. Il faut du culot. Mais c'est un brave garçon. On bavarde et on se souhaite toujours bonne chance de tout notre coeur. PAR CHRISTIAN VANDENABEELE - PHOTOS: KOEN BAUTERS" J'ai beau avoir 29 ans, je reste un grand gamin. "