Silvio Proto a joué cinq fois les play-offs, avec quatre titres au bout de la route. Personne n'a disputé plus de matches que lui dans l'histoire du système : 42 sur un max possible de 50. Il connaît la musique. Et si on compare le classement actuel à la situation de l'année dernière, la sonorité est bonne.
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Silvio Proto a joué cinq fois les play-offs, avec quatre titres au bout de la route. Personne n'a disputé plus de matches que lui dans l'histoire du système : 42 sur un max possible de 50. Il connaît la musique. Et si on compare le classement actuel à la situation de l'année dernière, la sonorité est bonne. Silvio Proto : Ce ne sont que des chiffres. Qui prouvent que dans le système des play-offs, tout reste ouvert jusqu'à la dernière journée. Mais bon, normalement, quand tu finis la phase classique avec dix points d'avance comme le Standard l'année passée, tu dois toujours être champion. On l'a été parce qu'ils n'ont pas su gagner leurs matches. Ils nous avaient battus en ouverture, leur avance était même passée à huit points, normalement c'était fini. Paradoxalement, non. Eiji Kawashima les avait sauvés trois ou quatre fois dans ce match, ça nous avait donné confiance. Il n'y avait plus beaucoup de monde qui y croyait à l'extérieur, un journal avait titré : Anderlecht ne sera pas champion. On l'avait affiché dans notre vestiaire. Il fallait qu'on passe le Standard, mais aussi Bruges qui était intercalé. On l'a fait. Je maintiens que le système est chouette pour le spectateur neutre, mais pour ceux qui doivent jouer les PO, je n'accroche toujours pas. Finir la phase classique en tête et n'être que troisième au bout du compte, c'est terrible. On a connu ça en 2011 avec Genk qui a été champion. Je peux me mettre dans la tête des Standardmen de la saison passée. Beaucoup va dépendre des résultats des deux premières journées. Si tu es premier et si tu gagnes tes premiers matches, tu es toujours en tête, tu y crois plus que jamais. Par contre, si tu perds ton premier match, tu n'es subitement plus leader et tu te dis que tout ce que tu as fait en phase classique, ça n'a servi à rien. Mentalement, c'est dur. Il faut savoir passer au-dessus. Tout est possible. Quand tu vois la finale de la Coupe... Il n'y avait pas un écart énorme entre Anderlecht et Bruges. En plus, on avait des joueurs-clés qui revenaient de blessure et qui n'étaient pas encore à leur top. Quand ils seront à 100 %, on verra si on peut faire la différence. ... (Il coupe). Le Standard revient fort. A la différence de buts, Gand est carrément devant nous, c'est juste. C'est bien. Les matches entre Gand et Bruges sont toujours difficiles pour les deux équipes, il y a des points qui vont se perdre. Qu'ils se mangent des points entre eux, seulement... Certainement. Ça peut être un boost pour eux. Comme la victoire en Coupe peut être un boost pour Bruges. Mais bon, un boost, ça ne dure pas pendant dix matches hein ! Il faudra surtout voir comment les joueurs de Bruges et de Gand vont gérer la pression d'un titre. Ils n'y sont pas habitués. Ici, on connaît. Quand une équipe stresse à fond à cause de l'enjeu, ça peut devenir très compliqué. J'ai vu ça dans notre match décisif contre Zulte Waregem il y a deux ans. Tu es mené chez toi alors que le titre se joue, on a eu beaucoup de chance qu'un ballon dévié nous permette de prendre le point qu'il nous fallait. La pression était terrible. Tout le monde attendait qu'on se casse les dents. Je pense surtout que la Ligue des Champions ne nous a pas servis. On a perdu énormément de points avant nos matches européens. On a un groupe jeune, ça explique certaines choses. Il y a sans doute certains joueurs qui pensaient déjà à la Ligue des Champions alors qu'il y avait encore un rendez-vous en championnat à négocier. Cette équipe est aussi allée jusqu'à la finale de la Coupe. C'est difficile de mener une saison sur trois fronts. Oui mais ils ont un plus gros noyau. Regarde leurs solutions. Rien que devant, tu as José Izquierdo, Lior Refaelov, Felipe Gedoz, Obbi Oulare, Boli Bolingoli, Tom De Sutter,... En Europa League, ils n'ont pour ainsi dire pas joué deux fois avec la même équipe. Chez nous, le coach a souvent dû aligner les mêmes joueurs. A la longue, la fatigue s'installe. Peut-être, mais ils ont plus de solutions qui marchent à Bruges. Ils ont changé plusieurs fois de système et chacun a fonctionné. Nous, on a un système qui marche, les autres sont moins efficaces. Il avait écrasé les 30 premiers matches puis s'était tué en play-offs, c'est la confirmation qu'il n'y a pas de garantie. Une grosse phase classique, ça peut te donner de la confiance, pas des certitudes. A quoi elle sert, finalement ? Juste à désigner les six équipes qui vont jouer les play-offs. Que tu les commences avec un, deux, trois, quatre, cinq ou six points de retard sur le leader, tout reste quand même à faire. C'est toujours mieux de partir avec un point d'avance qu'avec trois de retard, mais si tu bats deux fois l'adversaire qui est en tête, tu fonces sur lui. C'est sûr. Mais c'est sûr aussi que la Coupe d'Europe va leur coûter des points. Tôt ou tard, ça va lâcher. Ils ont par exemple déjà eu un passage difficile en février, c'était un signe. Le contrecoup d'un gros calendrier est automatique. Tu ne peux pas faire une saison complète à 200 %. Impossible. Oui mais bon, tu les as vus en finale, trois jours après leur déplacement compliqué en Turquie ? On doit se regarder nous-mêmes, pas commencer à spéculer sur un déplacement, un suspendu, un blessé ou un malade. Si tous nos joueurs reviennent à 100 %, normalement, ce championnat, on le gagne. Si on compare le meilleur onze de Bruges et d'Anderlecht, on est devant. Oui, ça nous ferait du bien ! Parce qu'ils sont carrément indispensables. Quand Victor Vazquez n'est pas dans l'équipe de Bruges, tu ne vois pas la différence. Quand on n'a pas Defour, ça se voit. Et Praet, s'il est l'homme des play-offs, ça va faire mal. Il faut comprendre ce que j'ai dit ce jour-là. Je n'avais jamais perdu une finale, un match décisif, que ce soit en Coupe ou en championnat. Perdre dans les dernières secondes, ça fait encore plus mal. C'est une saison difficile pour moi : je n'avais jamais encaissé autant de buts dans les dernières minutes. En Coupe de Belgique, en championnat, en Ligue des Champions. Je l'ai félicité pour la victoire de Bruges, il m'a félicité pour mon match. J'ai tout donné, j'ai fait tous les arrêts que je pouvais faire. Sur les buts, je suis impuissant, mon entraîneur de gardiens me l'a confirmé. Ce qui m'ennuie quand je repense à ce match, c'est que Besnik Hasi nous avait demandé de mettre une grosse pression sur Bruges pendant les 20 premières minutes parce qu'ils devaient être fatigués par leur voyage européen. Mais au lieu de ça, j'ai vu mon équipe qui subissait. C'était tout l'inverse de ce qu'on devait faire. Je voyais un gars comme Refaelov qui taclait. Je me suis dit : -Mince, on est en train de passer à côté de quelque chose, ici ! Puis, ils ont des occasions, des corners, et ils marquent. Non, par contre je comprends sans doute mieux que d'autres personnes la façon dont il vit ses matches, dont il s'énerve. Quand tu as joué tout derrière, tu as acquis un sens des responsabilités que les joueurs de champ n'ont pas. Tu as connu une pression plus forte que les autres, tu as été habitué à mieux capter l'importance des événements, les conséquences d'une erreur. Un gardien sait que s'il fait une faute, c'est mort. L'attaquant qui rate cinq occasions puis en met deux dedans, il est l'homme du match. Donc, ce n'est pas étonnant que certaines réactions du gardien soient plus intenses. Quand Preud'homme s'énerve, je le comprends ! Selon moi, c'est une continuité. Si je devais faire une échelle avec les responsabilités des footballeurs, je mettrais 100 pour le gardien, 90 pour les défenseurs, puis de moins en moins au fur et à mesure qu'on monte sur le terrain. Sur les 20 premières minutes, il n'y a rien à redire, c'était pour eux. Mais pour le reste, c'était assez équilibré. De Sutter et Refaelov peuvent recommencer cent fois leur reprise, il n'y en a pas beaucoup qui iront au fond ! Et je peste sur le placement de mes défenseurs. Sur les deux buts. On ne peut pas dire que Bruges ait réussi des phases parfaites, ils ont plutôt profité de nos erreurs. On ne doit jamais laisser De Sutter reprendre aussi facilement ce centre. Et sur le goal de Refaelov, je demande à ma défense de jouer plus haut mais au lieu de ça, elle recule et laisse trop d'espace pour bien négocier le deuxième ballon. Sinon, Mathew Ryan a dû faire des gros arrêts, non ? C'est vrai. D'ailleurs, si on gagne cette finale, on dit sans doute que je suis décisif. Pour le moment, j'ai cette malchance que j'arrête pas mal de ballons chauds mais que mon équipe n'arrive pas à en profiter. Mais c'est fini, on doit arrêter d'y penser, passer à autre chose. Tu ne peux pas revenir sur ton passé mais tu peux écrire ton futur ! Moi, dès le mardi, j'avais fait le switch. Je me suis dit : -Tu te lèves, tu prends ton sac, tu pars à l'entraînement, et ces play-offs, tu vas les gagner... Pas besoin de ça ! Un psy n'a jamais tapé dans un ballon, qu'est-ce qu'il peut t'apporter ? Il n'y a qu'un footballeur qui peut comprendre un footballeur. Tu dois avoir perdu une grande finale pour capter ce qu'on ressent dans des moments pareils. Un club ne doit pas imposer des séances de psychologie à ses joueurs s'ils n'y croient pas. Et s'il y en a qui y croient, ils peuvent faire la démarche eux-mêmes. Ils vont sur google, ils cherchent des adresses, ils téléphonent pour prendre rendez-vous... Certains le font mais je ne peux même pas te citer de noms parce que c'est le genre de truc dont on ne se vante pas ! Il faut avoir envie d'y aller, être convaincu, pour que ça ait une chance de marcher. Si tu n'as pas une vraie envie d'arrêter de fumer, tu as beau faire tout ce que tu veux, tu n'arriveras pas à arrêter ! Non, c'est la réalité. Les faits. Félicitations à Bruges. Mais félicitations aussi à nos supporters pour l'ambiance qu'ils ont mise. C'était un match super à jouer. Je n'ai jamais connu le Stade Roi Baudouin dans un état pareil dans un match avec les Diables Rouges. Pour revenir à ce tweet, tout le monde a le droit de savoir que la déception que nos supporters ont vécue après cette finale, les supporters de Bruges l'ont connue pendant huit saisons ! Aux nôtres, je voulais aussi faire passer ce message : voilà, on a perdu une bataille mais on en avait gagné d'autres et on va encore en gagner d'autres. C'est à la fin d'une saison qu'on fait les comptes. On dit que Bruges est devenu le numéro 1 en Belgique ? Il y a un an, c'est aussi ce qu'on disait du Standard. Si on n'a pas le titre, on ne pourra pas mettre la faute sur nos jeunes. Mais c'est sûr que ça intervient. Dans la finale, on a vu une grosse différence de vécu. A certains moments du match, des joueurs de Bruges gagnaient du temps. C'est normal, ça fait partie du jeu. Nous, on ne l'a pas fait à 1-1, par exemple. Il y a des gars de chez nous qui sont partis attaquer à la 93e minute. Il aurait fallu qu'on soit plus malins, qu'on attende sagement les prolongations. Nos jeunes ont des qualités énormes, mais aussi les petits défauts qui vont avec leur jeunesse. C'est sûr. Tu vois que les jeunes ne vivent pas les mauvais résultats de la même façon qu'Olivier Deschacht et moi, par exemple. Nous, on connaît l'importance de certains matches. Eux, ils doivent encore la découvrir. C'est logique. Il y a dix ans, je n'avais pas les mêmes réactions qu'aujourd'hui par rapport aux défaites. A 30 ans passés, on fête moins les belles victoires et on a plus de mal à digérer les défaites ! PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS : BELGAIMAGE/ KETELS" Une grosse phase classique, ça peut te donner confiance mais aucune certitude " " Un psy n'a jamais tapé dans un ballon, qu'est-ce qu'il peut t'apporter ? Il n'y a qu'un footballeur qui peut comprendre un footballeur. "