Bruges-Standard sentait la poudre : question de tradition. Les rendez-vous entre le Club et les Rouches sont rarement des matches sans relief et celui de dimanche dernier a confirmé la tendance. On a eu quatre buts, deux cartes rouges, un arbitre ( Joeri Van de Velde) complètement à l'ouest, des sorties sur blessures, etc. Et c'est clairement du côté du Standard qu'on a le plus de bonnes raisons de regretter le 2-2 final car ce Club-là était à prendre. Et un Bruges prenable, ce n'est pas nouveau. L'équipe n'a toujours pas décollé cette saison. Elle n'a pas encore de match référence à son compteur, et dans la coulisse, c'est loin d'être calme. Analyse chiffrée.
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Bruges-Standard sentait la poudre : question de tradition. Les rendez-vous entre le Club et les Rouches sont rarement des matches sans relief et celui de dimanche dernier a confirmé la tendance. On a eu quatre buts, deux cartes rouges, un arbitre ( Joeri Van de Velde) complètement à l'ouest, des sorties sur blessures, etc. Et c'est clairement du côté du Standard qu'on a le plus de bonnes raisons de regretter le 2-2 final car ce Club-là était à prendre. Et un Bruges prenable, ce n'est pas nouveau. L'équipe n'a toujours pas décollé cette saison. Elle n'a pas encore de match référence à son compteur, et dans la coulisse, c'est loin d'être calme. Analyse chiffrée. Il y a juste un an, le Club était le leader autoritaire de la D1 avec un bilan presque parfait : 13 matches, neuf victoires, trois nuls, 30 points et un average de champion (28-15). Il avait aussi très bien négocié tous ses chocs : victoires à domicile contre Anderlecht, Gand et le Cercle, nul à la maison face à Genk. Aujourd'hui, le bilan est complètement différent : seulement 7 victoires en 13 rencontres et une litanie de défaites face à des équipes qu'un Club conquérant doit battre à tous les coups (Malines, Lokeren, Courtrai, Germinal Beerschot, Cercle). Et ce week-end, c'est à Anderlecht que Bruges ira jouer ce qu'il reste de sa réputation de gros calibre. En fait, c'est le bilan de toute l'année 2010 qui est pourri. En championnat, 54 points sur 114. Et toutes compétitions confondues, seulement 16 victoires en 40 matches. Bruges était en tête il y a 12 mois et navigue aujourd'hui dans le ventre mou. Au moment où les play-offs ont commencé, les gars d' AdrieKoster conservaient encore une petite chance de coiffer le titre. A la fin de cette mini-compétition, ils étaient privés de leurs rêves de Ligue des Champions suite à une correction cruciale et historique contre Gand. Qu'ils l'avouent ou non, les joueurs continuent à traîner cet affront, cette frustration. Et le nombre de buts encaissés sur phases arrêtées montre un gros manque de concentration, comme si les têtes étaient toujours ailleurs. On admettrait que les Brugeois soient à la traîne en Europa League s'ils avaient été versés dans un groupe qui tue, s'ils s'étaient retrouvés avec des caïds du style Manchester City, la Juventus, le Zenit Saint-Pétersbourg ou Dortmund. Mais ce n'est pas du tout le cas. Le Club a hérité de Villarreal, du PAOK Salonique et du Dinamo Zagreb. La défaite en Espagne est plutôt logique car ce club joue la tête de la Liga. Mais les nuls contre le PAOK et Zagreb sont des contre-performances qui hypothèquent méchamment les chances du Club. Il est actuellement dernier de sa poule, et s'il ne bat pas le Dinamo Zagreb à Bruges ce jeudi, il ne devra plus espérer une qualification pour le tour suivant. Dans les défaites enregistrées contre des adversaires moyens, il y en a deux qui ont fait très mal dans les bureaux. D'abord celle de la première journée, au terme d'un non-match du Club à Courtrai. Luc Devroe, le manager sportif, était furieux car il habite à Courtrai et a pris le résultat comme un uppercut, comme une défaite personnelle, comme une gifle à son ego. La défaite contre le Cercle a aussi fait très mal car cela reste toujours un match très particulier. Le Cercle n'est pas loin de considérer que sa saison est réussie s'il bat le Club qui, de son côté, ne peut considérer son championnat comme parfaitement abouti s'il n'a pas pris six sur six face au voisin. Un dirigeant est encore plus susceptible que les autres sur ce sujet : le président, Pol Jonckheere. Il était démonté après la défaite en tout début de championnat. Un nouveau derby est prévu le week-end du 20 novembre : l'atmosphère sera insupportable dans les hautes sphères du Club si, à ce moment-là, le Cercle est mieux classé et favori. Le Club a déjà eu cinq joueurs exclus en championnat cette saison et un en Europa League. C'est énorme, ça donne une image d'équipe de bad boys, et cela aussi irrite fortement la direction. Dorege Kouemaha qui donne un coup de boule à Hans Cornelis dans le derby contre le Cercle, cela a fait hurler au Club et lui a valu une suspension exemplaire à l'Union belge. Vadis Odjidja qui applaudit l'arbitre qui vient de lui donner une carte jaune à Lokeren et se fait ainsi exclure, cela a aussi déchaîné les passions et le joueur a été sanctionné. Jonathan Blondel qui met en péril l'intégrité physique d'un adversaire de Villarreal, cela a aussi été très mal vu par ses employeurs. Pol Jonckheere tient à ce que le Club garde la réputation qu'il a longtemps eue, celle d'une société plutôt bourgeoise, d'un ensemble de beaux joueurs, de footballeurs fair-play. Face à tous ces dérapages, il devient nerveux et menace : " Il faut que cela change rapidement car ma patience a des limites. J'espérais que beaucoup de joueurs seraient plus adultes et professionnels cette saison, mais rien n'a évolué. A partir de maintenant, je ne tolérerai plus que des joueurs qui savent se tenir et vivent pour leur métier. "Est aussi visé, sans être nommé : Ivan Perisic, qui entretient sa réputation de noceur et a été aperçu aux petites heures dans une discothèque, la nuit précédant le match contre le Germinal Beerschot. Le vestiaire de Bruges est clairement divisé en deux clans. Il y a les anciens, les Flamands qui prennent leur métier au sérieux : Geert De Vlieger, Jeroen Simaeys, Carl Hoefkens, Peter Van der Heyden. De l'autre côté, les jeunes artistes insouciants, à la limite je-m'en-foutistes : Odjidja, Perisic, Ryan Donk, Nabil Dirar. Ce sont les leaders de la génération qui monte et ils prennent beaucoup plus de distance par rapport au jeu et aux résultats. Point de vue mentalité, tout le groupe ne tire clairement pas sur la même corde et, comme l'a reconnu récemment le président dans la presse, " un de nos problèmes est que la mentalité de certains jeunes irrite les anciens ". Dirar fait l'unanimité sur plusieurs points : c'est un garçon charmant, un footballeur hyper doué, un artiste pour lequel on va au stade. Mais il y a deux facettes chez le Bruxellois. Il pète aussi régulièrement les plombs. Pêle-mêle, il rentre en retard de déplacements au Maroc, il n'est pas à l'heure au rendez-vous de l'équipe avant les entraînements, il brosse des séances imposées d'autographes, il se frite avec des coéquipiers, il n'est pas toujours cohérent dans ses discours (il demande pour jouer à droite quand on le met à gauche, puis réclame une place à gauche si son coach l'aligne à droite...), il fait des gestes assassins sur le terrain. Il a déjà été sanctionné de nombreuses fois depuis qu'il est à Bruges, mais son clash avec Koster, la semaine dernière, est peut-être l'incident de trop. Il a été versé dans le noyau B et la direction semble avoir fait une croix sur lui. Bruges pourrait le mettre sur le marché dès le mois de janvier. Un gâchis. Deux hommes surnagent dans le malaise de cette saison. Odjidja, le chef d'orchestre. Sa cote a un peu baissé depuis son exclusion stupide à Lokeren mais il fait un excellent championnat et on imagine mal qu'il ne soit pas appelé prochainement chez les Diables. L'autre éclaircie est Ronald Vargas. Le Vénézuélien avait complètement raté ses play-offs, comme toute l'équipe. Mais il s'est entre-temps remis en question. On lui a reproché de ne pas être assez costaud et il a énormément travaillé pendant tout l'été pour se mettre à flots. Cela paie et on voit un autre Vargas dans ce championnat. Ce n'est plus l'artiste qui favorisait systématiquement le beau jeu au détriment de l'efficacité. Il est beaucoup plus concret et est le meilleur buteur du Club avec 11 goals. Son changement de position lui a aussi été bénéfique : il a quitté le flanc gauche pour un rôle plus central, d'où il est l'animateur de la plupart des mouvements offensifs. Seul bémol : il ne travaille qu'un minimum en perte de balle. Koster garde la cote dans le groupe qui apprécie sa gestion humaine et la façon dont il conçoit la discipline. Il agit un peu comme Trond Sollied, refuse de jouer continuellement au gendarme et n'intervient que quand il n'y a plus d'autre choix. Il faut aller vraiment très loin pour le faire sortir de ses gonds. Il l'a fait quand Odjidja a quitté un entraînement pendant l'été puis quand Dirar a commis son énième dérapage. Sans l'avouer, les dirigeants voudraient qu'il soit plus sévère. Koster n'a jamais été le héros de Devroe, qui l'avait déjà critiqué en tout début de saison passée, après une campagne de préparation très peu concluante. Cette année encore, le manager sportif lui a reproché off the record sa gestion de la préparation. Koster ne voulait pas d'adversaires forts lors des matches amicaux et l'équipe n'était pas prête quand le championnat a commencé : Devroe y a vu un lien de cause à effet. Le président a toujours défendu le Hollandais, mais le discours commence doucement à changer. En fin de semaine dernière, il n'a plus exclu qu'il y ait prochainement un changement d'entraîneur : il exige que l'équipe redevienne stable au plus vite et a dit qu'il ferait le point sur le coach après la trilogie Standard-Zagreb-Anderlecht. Le Club a une des meilleures attaques de D1 mais pas d'attaquant ! Vargas n'est pas un avant de pointe et ceux qui sont censés jouer à cette place ne parviennent pas à convaincre ou sont indisponibles. Kouemaha n'est pas constant. Perisic a joué là mais ce n'est pas sa place. Joseph Akpala est blessé. Stefan Scepovic, transféré l'été dernier, a encore tout à prouver : il a l'avantage de sa jeunesse (20 ans) mais il est pro depuis trois saisons et n'a encore inscrit que cinq goals, dans le championnat de Serbie... PAR PIERRE DANVOYE" J'espérais que beaucoup de joueurs seraient plus adultes et professionnels cette saison, mais rien n'a évolué. " (Pol Jonckheere, le président) Les Flamands sérieux et les artistes insouciants : deux clans dans le vestiaire.